La gale en EHPAD n’est jamais anodine : un cas isolé mal repéré peut basculer en quelques semaines vers des cas groupés, avec un taux d’attaque élevé chez les professionnels exposés aux formes les plus contagieuses. Ce protocole détaille le repérage clinique, le traitement simultané des résidents et des contacts, la gestion du linge et de l’environnement, ainsi que les règles d’éviction et de reprise du travail pour le personnel.
Ce qu’est la gale et pourquoi l’EHPAD est un terrain à risque
La gale est due à un acarien, le sarcopte. La femelle creuse des petits tunnels sous la peau, où elle y pond ses œufs, provoquant d’intenses démangeaisons. C’est une maladie exclusivement humaine, ce qui exclut tout réservoir animal ou environnemental permanent : le parasite circule uniquement de personne à personne. La transmission est interhumaine par contact cutané direct (la plus fréquente, 95% de cas) : contacts étroits (peau contre peau) fréquents ou prolongés (15 à 20 mn pour la gale commune) : famille, voie sexuelle, vie en collectivité (sport, école, crèche, Ehpad…). L’incubation, entre 1 à 6 semaines selon l’importance de l’infestation (en moyenne 3 semaines) pour un premier épisode, se raccourcit à 1 à 3 jours en cas de ré infestation — un délai qui explique pourquoi un professionnel déjà exposé peut développer des symptômes bien plus vite qu’un résident jamais contaminé. Cette dynamique de contact prolongé en chambre, en salle de bain ou en salle à manger fait de la vie en collectivité de personnes âgées un terrain particulièrement exposé, documenté par les recommandations régionales sur la gale en collectivité.
Hors du corps humain, le parasite ne survit pas indéfiniment : sarcopte adulte = 24 à 48 h ; larves ≤ 5 jours ; œufs = 10 jours. C’est ce délai de survie qui gouverne la durée d’isolement du linge non lavable. À la chaleur, en revanche, il ne résiste pas : les parasites adultes sont tués par une exposition à 50°C pendant 10 minutes, que ce soit en atmosphère humide ou sèche. C’est le même principe de température qui structure les protocoles de bionettoyage des parties communes en EHPAD, où la chaleur et le temps de contact conditionnent l’efficacité.
Des formes cliniques au seuil de l’épidémie : ce qui change la donne
Toutes les gales ne se comportent pas de la même façon en collectivité. La gale commune reste d’une contagiosité modérée, mais la gale hyperkératosique change complètement l’équation : du fait d’une infestation massive par des milliers de parasites, cette forme est extrêmement contagieuse, notamment en institution où elle peut provoquer de véritables épidémies. Entre les deux, les gales profuses touchent un terrain particulier : forte charge parasitaire et fortement contagieuses. Terrain : immunodéprimés ou sujets âgés en collectivité traités par des médicaments immunosuppresseurs locaux ou généraux (corticothérapie typiquement) — un profil fréquent en EHPAD. La différence se mesure en charge parasitaire : risque important en cas de gale profuse/hyperkératosique où la charge en sarcoptes est 1 000 à 10 000 fois supérieure aux autres cas de gale commune (5-15 sarcoptes en moyenne sur la peau). Le Haut Conseil de la santé publique en tire une conséquence organisationnelle claire : le HCSP recommande que le traitement soit pris en charge en milieu spécialisé, comme le rappelle son avis sur la conduite à tenir face à un ou plusieurs cas de gale.
Le basculement d’un cas isolé vers des cas groupés s’évalue par cercles de contacts. Le 2e cercle : personne vivant ou travaillant dans la même collectivité englobe potentiellement l’ensemble d’une unité de vie — résidents, soignants, ASH, animateurs. Ce n’est pas une maladie à déclaration obligatoire. Cependant en cas d’épidémie en collectivité (plus de 2 cas) un signalement à l’ARS peut permettre de bénéficier d’un accompagnement dans la gestion de la maladie notamment en cas de situation complexe ou de récidive. D’autres fiches régionales vont plus loin : tous les cas groupés de gale en collectivité d’adultes ou d’enfants, devront être signalés à l’Agence régionale de santé en contact la plateforme régionale d’alerte et urgence sanitaires, comme le précise la fiche de conduite à tenir en cas de gale en collectivité.
Qui fait quoi : IDEC, médecin coordonnateur, IDE et équipe hôtelière
Face à un cas suspect, l’IDEC est en général le premier point de coordination : recensement du 2e cercle de contacts, planification du traitement simultané, suivi du linge et des dates de reprise. Le médecin coordonnateur qualifie la forme clinique — commune, profuse ou hyperkératosique — et oriente si besoin vers une prise en charge spécialisée pour les formes les plus sévères, en tenant compte du terrain fragile propre aux résidents âgés déjà évoqué plus haut. L’IDE applique le traitement prescrit et surveille sa tolérance ; elle est aussi la première concernée par l’éviction si elle est elle-même contaminée. L’équipe hôtelière — lingère, ASH — prend en charge le linge et les surfaces selon des délais précis, détaillés plus bas. Le risque de contamination croisée du personnel s’ajoute à d’autres expositions professionnelles déjà couvertes par le programme vaccinal de l’établissement, cf. le guide de vaccination des soignants en EHPAD.
La conduite à tenir, étape par étape
Traitement simultané des résidents et des contacts
La règle qui structure tout le protocole est celle de la simultanéité : le traitement des sujets atteints et des sujets contacts doit être réalisé en même temps afin d’éviter les ré infestations. Le traitement de l’environnement et du linge doit être réalisé 10 à 12h après. Le traitement par voie générale s’administre en une prise unique à J1, une deuxième prise peut être nécessaire à J8 suivant l’évolution ; sur ce point, l’Assurance Maladie précise qu’une deuxième prise, 7 jours après la première, est nécessaire car le médicament est inefficace sur les œufs du parasite de la gale, comme le détaille la page d’ameli.fr sur le traitement et les mesures à prendre contre la gale. Pour le traitement local, 2 badigeonnages successifs à réaliser à 1/4 d’heure d’intervalle sont nécessaires à J1, avec un temps de contact de 24 heures pour un adulte (12 heures pour une femme enceinte).
Linge et environnement
Dès le traitement engagé, le linge et les textiles suivent une règle de température : lavage du linge, effets personnels, tissus contaminés… à 60°C. Pour ce qui ne supporte pas ce lavage, en absence de spray acaricide, les maintenir en isolement dans un sac hermétiquement fermé, 4 à 5 jours en cas de gale commune, 8 jours en cas de gale profuse — des délais qui rejoignent la durée de survie du parasite hors de l’hôte évoquée plus haut. La désinfection des surfaces et du mobilier de la chambre s’articule avec les protocoles habituels de matériel utilisé en EHPAD pour l’entretien des locaux et la protection individuelle du personnel.
Éviction professionnelle et reprise du travail
Pour le personnel contaminé, la durée recommandée de l’éviction est de 48h après la prise d’un traitement oral (et de 3 jours après un traitement local). Cette même logique gouverne l’isolement des résidents : en général elle est de 48h après la prise d’un traitement oral (et de 3 jours après un traitement local), une durée qui reste une prescription médicale. En collectivité, la vigilance doit se prolonger au-delà du seul retour du professionnel : s’assurer de l’éviction jusqu’à 3 jours après le traitement pour une gale commune et jusqu’à négativation de l’examen parasitologique pour les gales profuses/hyperkératosiques, rappelle la fiche Eficatt de l’INRS sur la conduite à tenir en cas d’exposition à la gale. Lorsque la contamination survient dans le cadre professionnel, pour les personnels de soins, de laboratoire, d’entretien, de service ou de services sociaux contaminés dans un cadre professionnel, une reconnaissance comme maladie professionnelle est possible.
Signalement et information des résidents et des familles
Le signalement des cas groupés s’inscrit dans la même logique que celle d’une autre crise sanitaire en établissement : sans être une déclaration obligatoire au sens strict, il conditionne l’accompagnement de l’ARS et la coordination avec les autres services, un réflexe déjà mobilisé lors du déclenchement d’un plan blanc en EHPAD. L’information des résidents et des familles doit être transparente sur la nature bénigne de l’affection, la simultanéité des traitements engagés et la durée prévisible des mesures d’isolement, afin de désamorcer l’inquiétude sans minimiser la vigilance nécessaire.
Une épidémie de gale s’inscrit dans la maîtrise du risque infectieux
La gale n’est pas un phénomène isolé dans l’histoire des EHPAD : de nombreuses épidémies de gale ont été rapportées dans des maisons de retraite/EHPAD, des services de long séjour et de court séjour, mais aussi en milieu scolaire. À l’échelle nationale, l’INRS recense 272 épisodes de gale nosocomiale ont été signalés en France entre 2002 et 2010. Ils ont concerné 2 041 cas au moment du signalement avec une moyenne de 7,5 cas par épisode, avec un taux d’attaque qui grimpe fortement pour les formes les plus sévères : un taux moyen d’attaque de 34,6 % a été rapporté dans une revue de neuf épidémies en milieu de soins de gale hyperkératosique, la gale commune étant beaucoup moins contagieuse, selon les données épidémiologiques de la fiche Eficatt gale de l’INRS. En population générale, l’incidence a été estimée par l’InVS (Santé Publique France) à partir des chiffres de vente des médicaments anti gale en 2010, à au moins 328 cas/100 000/an avec une augmentation de l’incidence de l’ordre de 10 % depuis 2002. Santé publique France résume l’enjeu organisationnel en une phrase : si la gale demeure une affection bénigne, elle se caractérise aussi par une forte contagiosité pouvant être, en collectivité, à l’origine d’épidémies longues, difficiles à maîtriser, et occasionnant de ce fait des coûts et des surcharges de travail non négligeables, dans son guide d’investigation et d’aide à la gestion des épidémies de gale communautaire. Cette dimension organisationnelle rejoint directement la démarche de maîtrise du risque infectieux évaluée dans le cadre du référentiel HAS 2025 sur le risque infectieux en EHPAD, ainsi que dans les outils de repérage comme le DAMRI, l’outil de maîtrise du risque infectieux, et dans la préparation à l’évaluation externe décrite par le guide de certification EHPAD et évaluation HAS 2026.
Questions fréquentes
Combien de temps un professionnel contaminé par la gale doit-il être écarté du travail ?
À partir de combien de cas la gale doit-elle être signalée à l’ARS ?
Un soignant contaminé par la gale peut-il faire reconnaître une maladie professionnelle ?
Sources officielles
- ARS Occitanie — la gale en collectivité, informations et conduites à tenir
- ARS Provence-Alpes-Côte d’Azur — gale en collectivité, informations et conduites à tenir
- ARS Centre-Val de Loire — gale en collectivité, informations et conduites à tenir
- INRS — fiche Eficatt gale
- Assurance Maladie (ameli.fr) — traitement et mesures à prendre contre la gale
- HCSP — avis sur la conduite à tenir face à un ou plusieurs cas de gale
- Santé publique France — guide d’investigation des épidémies de gale communautaire

