tablette simplifiée en EHPAD
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Tablette simplifiée en EHPAD : accéder aux droits du résident

16 min de lecture Patrice Martin
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Tablette simplifiée en EHPAD : au-delà du lien social par visio, cet outil ouvre aussi l’accès aux droits et l’autonomie numérique du résident, à condition d’être choisi, configuré et accompagné avec méthode. Ce guide s’adresse à l’animateur, au référent numérique et à la direction qui souhaitent déployer l’outil sans en faire un gadget supplémentaire.

Les fondamentaux : cadre réglementaire et état des lieux

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L’usage du numérique par les personnes âgées reste minoritaire : 40 % des personnes âgées de 70 ans et plus n’utilisent pas internet (vs. 62 % en 2015), et 73 % des personnes ayant le moins accès à internet à domicile sont retraitées. Ce constat, dressé par le référentiel autonomie numérique de la CNSA et de la Cnav, s’accompagne d’un rapport à l’outil marqué par l’inquiétude : dès 60 ans, une personne sur deux se sent inquiète face aux démarches administratives en ligne. Cette anxiété numérique touche des résidents déjà exposés à l’isolement, un sujet que un article dédié au repérage et à la prévention de l’isolement des résidents aborde sous un autre angle.

Le Défenseur des droits a documenté précisément ces difficultés d’accès aux droits dématérialisés chez les personnes âgées. Selon son étude de 2021, 40 % des plus de 70 ans se déclarent peu ou pas du tout compétents pour utiliser les démarches administratives en ligne, et plus d’une personne âgée sur sept abandonne ses démarches suite à une difficulté administrative. L’âge n’est pas le seul facteur aggravant : 22 % des personnes de plus de 85 ans ont déclaré abandonner leurs démarches en cas de difficultés contre 14 % des 65-85 ans. La perte d’autonomie pèse plus lourd encore, puisque les personnes en situation de dépendance sévère ont sept fois plus de chances que les personnes autonomes d’abandonner leurs démarches. Les personnes en situation de dépendance ont deux fois plus de chances qu’un individu autonome d’avoir des difficultés à remplir des démarches. Ces données ne décrivent pas les résidents d’EHPAD : le Défenseur des droits le précise lui-même, « Cette étude est consacrée uniquement aux personnes âgées vivant à domicile. » Elles éclairent néanmoins le terrain d’où viennent les personnes accueillies, et donc les habitudes et les difficultés qu’elles apportent avec elles dans tout projet de tablette en résidence.

Le rapport du Défenseur des droits sur la dématérialisation des services publics pose une condition claire à tout progrès numérique : le développement d’un accès numérique aux démarches administratives constitue un progrès s’il s’accompagne de garanties essentielles pour l’ensemble des usagers, notamment le maintien systématique d’un accès alternatif, c’est-à-dire d’un accompagnement humain qui ne disparaît pas au profit du tout-écran. Cette exigence prend un relief particulier en EHPAD, où le recours à une tablette ne doit jamais se substituer à l’accompagnement de l’équipe. Sur l’accessibilité proprement dite, le même rapport relevait qu’2022, près de 40 % des démarches administratives en ligne sont accessibles aux personnes en situation de handicap. Cette obligation d’accessibilité des services de communication au public en ligne trouve sa source dans l’article 47 de la loi pour l’égalité des chances de 2005, précisée depuis par le décret n° 2019-768 du 24 juillet 2019 relatif à l’accessibilité pour les personnes handicapées des services de communication au public en ligne. Le périmètre de cette obligation résulte de l’article 80 de la loi n° 2018-771 du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel. Il s’articule enfin avec un texte international, puisque l’accès des personnes handicapées aux sites internet est un droit reconnu par la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées (CIDPH). Ce cadre juridique vise en premier lieu les services publics et les employeurs entrant dans son champ d’application ; l’EHPAD, sans y être nécessairement soumis en tant que tel pour ses propres outils internes, y trouve un référentiel de bonnes pratiques transposable à l’équipement mis à disposition des résidents. Pour situer cette exigence dans le maillage plus large des droits garantis à la personne accueillie en établissement, la section suivante revient sur le référentiel d’autonomie numérique lui-même.

Analyse approfondie

Le référentiel autonomie numérique publié par la CNSA et la Cnav pose une distinction centrale pour tout achat de matériel : les dispositifs concernés sont des tablettes numériques tactiles grand public et non les tablettes dites « simplifiées », l’objectif étant de rendre les outils « classiques » accessibles à tous. Autrement dit, le référentiel ne préconise pas de bannir la tablette « simplifiée » à interface allégée, mais rappelle que la configuration d’une tablette grand public — réglages d’accessibilité, épuration de l’écran d’accueil, raccourcis — permet souvent d’atteindre le même résultat sans isoler l’utilisateur dans un environnement fermé. Cette voie de configuration est balisée par le « Guide de configuration des tablettes classiques pour les personnes âgées et les proches aidants », produit en 2019 par l’Institut national de la consommation (INC), avec le soutien de la CNSA. Au-delà du matériel, le référentiel rappelle que deux ressorts conditionnent la réussite de cette prise en main : d’une part les compétences instrumentales : capacité à manipuler des logiciels et le matériel informatique, d’autre part un facteur plus personnel, puisque l’estime de soi apparaît comme un élément-clé dans la capacité des individus à se servir des dispositifs numériques. Ce sujet est le pendant accès-aux-droits d’un enjeu déjà traité par SOS EHPAD sous l’angle du lien avec les proches : l’article complémentaire consacré aux tablettes et outils numériques comme vecteurs de lien social entre résidents et familles détaille le versant visio et lien affectif, quand le présent article porte sur l’accès aux droits et l’autonomie numérique.

La Haute Autorité de santé, dans son guide méthodologique sur le recueil du point de vue des personnes hébergées ou accueillies en EHPAD, situe la tablette parmi les supports facilitant l’expression des résidents. Pour faciliter l’interaction des résidents qui rencontrent des difficultés d’expression et/ou de compréhension, vous pouvez utiliser des supports visuels qui pourront les aider à répondre, précise la HAS, qui ajoute que ces supports peuvent être utilisés en format physique ou numérique (tablette). Le guide pose surtout une condition d’acceptation : les outils numériques sont généralement bien acceptés par les résidents, dès lors qu’ils sont adaptés et que leur utilisation est accompagnée. L’accompagnement n’est donc pas une option secondaire du déploiement, mais la condition même de son acceptabilité par le résident. Ce même souci d’un numérique éthique se retrouve dans les conditions éthiques publiées par la HAS pour les robots sociaux en EHPAD, qui posent un cadre voisin pour d’autres outils numériques auprès des résidents.

Le Conseil de l’âge du Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge (HCFEA) a consacré un séminaire, en mars 2026, aux outils et usages du numérique en EHPAD. Parmi les retours d’expérience relevés à cette occasion figure la mention suivante : « consentement et confidentialité pris en compte dans les usages numériques ». Ce triptyque — consentement du résident, confidentialité des échanges, portage par un pilotage dédié — rejoint directement le cadre des droits de la personne accueillie détaillé dans la section suivante, et fait écho à la question du consentement et du RGPD déjà posée pour le droit à l’image en EHPAD.

Impact concret par profil

Animateur et référent numérique

Pour l’animateur ou le référent numérique chargé de choisir le matériel, l’accessibilité numérique se définit ainsi : l’accessibilité numérique consiste à rendre les contenus et services numériques compréhensibles et utilisables par les personnes en situation de handicap. Cette définition est celle du référentiel général d’amélioration de l’accessibilité (RGAA), porté par la direction interministérielle du numérique. La version 4 du RGAA a été arrêtée conjointement par la ministre chargée des personnes handicapées et le ministre chargé du numérique le 20 septembre 2019. Ses critères — contraste suffisant entre texte et fond, taille de police et de cibles tactiles agrandissable, navigation simplifiée et cohérente d’un écran à l’autre — donnent à l’animateur une grille concrète pour arbitrer entre une tablette grand public reconfigurée et une tablette à interface simplifiée. Le même souci de repérage visuel guide la signalétique cognitive destinée à aider les résidents atteints de troubles cognitifs à s’orienter dans l’établissement, un principe transposable à l’écran d’accueil de la tablette.

Direction et soignants

Pour la direction et les équipes soignantes, le déploiement d’une tablette auprès d’un résident engage les droits fondamentaux de la personne accueillie. Le code de l’action sociale et des familles garantit à toute personne accueillie le respect de sa dignité, de son intégrité, de sa vie privée et familiale, de son intimité, de sa sécurité et de son droit à aller et venir librement, un socle qui encadre tout usage d’un outil numérique aussi bien qu’un usage papier. Le même texte impose une prise en charge et un accompagnement individualisé de qualité favorisant son développement, son autonomie et son insertion, adaptés à son âge et à ses besoins, respectant son consentement éclairé qui doit systématiquement être recherché, ce consentement devant être recherché lorsque la personne est apte à exprimer sa volonté et à participer à la décision. A défaut, le consentement de son représentant légal est sollicité. Aucune installation de tablette, aucun paramétrage de compte ne devrait donc se faire sans ce temps de recueil du consentement, qui rejoint les pratiques déjà déployées pour le retrait du consentement et l’effacement d’une photo en matière de droit à l’image.

Familles et accès à Mon espace santé

Certaines familles et certains résidents s’interrogent sur la possibilité de consulter le dossier médical depuis la tablette de l’établissement. L’Agence du numérique en santé rappelle que Mon espace santé, ce service public permet à chacun de stocker et de partager ses données comme ses documents de santé en toute sécurité, pour être mieux soigné. Elle ajoute que, dans ce service, les professionnels de santé, les établissements et structures sociales et médico-sociales déposent les documents liés aux soins et examens réalisés. La CNIL rappelle toutefois une règle d’accès stricte, applicable au dossier médical partagé qui constitue le socle de Mon espace santé : l’accès au DMP d’un patient est réservé aux professionnels de santé avec l’autorisation expresse du titulaire du dossier. Une tablette mise à disposition du résident ne donne donc pas, en soi, un accès libre à ce dossier : la règle vise ici l’ensemble des patients et n’est pas formulée spécifiquement pour les résidents d’EHPAD, mais elle s’applique à eux comme à tout titulaire d’un dossier médical.

Mise en œuvre : étapes et calendrier

Le déploiement d’une tablette simplifiée pour un résident se construit en quatre temps, du choix du matériel à son évaluation dans la durée.

  • Choix du matériel : arbitrer entre tablette grand public reconfigurée et tablette à interface simplifiée en fonction du profil du résident, en gardant à l’esprit que le référentiel autonomie numérique cible avant tout la reconfiguration des outils classiques.
  • Recueil du consentement : temps dédié avec le résident, ou à défaut son représentant légal, avant toute mise en service, en présence de l’équipe référente.
  • Configuration accessible : contraste renforcé, taille de police et des icônes agrandie, réduction du nombre d’applications visibles, navigation en peu d’étapes, désactivation des fonctions non pertinentes pour l’usage prévu.
  • Accompagnement continu : présence d’un référent numérique ou d’un animateur lors des premières utilisations, ateliers courts et répétés plutôt qu’une unique séance de prise en main.
  • Évaluation périodique : vérification que l’outil reste utilisé, que le consentement demeure d’actualité, et que l’accompagnement humain n’a pas été progressivement remplacé par le seul écran.

Le calendrier de déploiement gagne à s’articuler avec le budget animation de l’établissement et son cycle de renouvellement, décrit dans le guide consacré aux financements et dépenses clés du budget animation en EHPAD, ainsi qu’avec le projet de vie personnalisé de chaque résident concerné. Les ateliers numériques accompagnés peuvent également s’adosser à des temps déjà existants, comme les animations intergénérationnelles qui mobilisent souvent des outils numériques partagés entre générations, propices à une prise en main progressive et valorisante pour le résident.

Perspectives

L’enjeu, pour les prochaines années, n’est pas de généraliser une tablette par résident mais de consolider la méthode : configuration accessible documentée, recueil systématique du consentement, accompagnement humain maintenu en parallèle de tout accès numérique. Le Défenseur des droits le rappelle pour l’ensemble des services publics dématérialisés, et ce principe garde toute sa portée en EHPAD, où la tablette reste un outil au service de l’autonomie et de la qualité de vie du résident, jamais une fin en soi. Cette lecture rejoint les leviers déjà identifiés pour la qualité de vie des résidents en EHPAD, qui articule autonomie, lien social et respect des droits, et invite chaque établissement à documenter sa propre démarche, du choix du matériel jusqu’à son évaluation.

Questions fréquentes

Une tablette simplifiée remplace-t-elle la tablette utilisée pour la visio avec les familles ?
Pas nécessairement : le référentiel autonomie numérique rappelle que les dispositifs concernés sont des tablettes numériques tactiles grand public et non les tablettes dites « simplifiées », l’objectif étant de rendre les outils « classiques » accessibles à tous. Une même tablette, bien configurée, peut donc servir à la fois au lien social et à l’accès aux droits, sans dupliquer le matériel.
Le consentement du résident est-il requis avant toute utilisation d’une tablette ?
Oui, dans la mesure du possible. Le cadre applicable aux personnes accueillies prévoit une prise en charge respectant le consentement éclairé, recherché lorsque la personne est apte à exprimer sa volonté et à participer à la décision. A défaut, le consentement de son représentant légal est sollicité à sa place.
Un résident peut-il consulter son dossier médical depuis la tablette de l’établissement ?
L’accès reste strictement encadré : selon la CNIL, l’accès au DMP d’un patient est réservé aux professionnels de santé avec l’autorisation expresse du titulaire du dossier. La tablette ne modifie pas cette règle : elle peut faciliter l’usage, jamais contourner l’autorisation du résident.

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