L'Ordre national des infirmiers lance une campagne contre les violences sexistes touchant un soignant sur deux
Soins & Accompagnement

L’Ordre national des infirmiers lance une campagne contre les violences sexistes

27 janvier 2026 9 min de lecture Aurélie Mortel
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L’Ordre national des infirmiers a lancé, le 21 janvier, une vaste campagne nationale contre les violences sexistes et sexuelles subies par les professionnels dans l’exercice de leurs fonctions. Une initiative qui résonne fort dans le secteur médico-social, où près d’un infirmier sur deux déclare avoir été victime de telles violences. Pour les EHPAD, où les équipes soignantes sont majoritairement féminines et souvent jeunes, cette prise de parole collective marque un tournant : il est temps de briser le silence et d’agir concrètement pour protéger celles et ceux qui prennent soin de nos aînés.

Une réalité chiffrée qui interpelle le secteur gériatrique

Les chiffres révélés par l’Ordre national des infirmiers (ONI) à l’automne dernier sont sans appel. Entre le 13 et le 29 septembre 2024, 21 870 infirmiers et infirmières ont répondu à une consultation nationale inédite. Résultat : 49 % d’entre eux ont subi des violences sexistes ou sexuelles au cours de leur carrière. Ce taux grimpe à 53 % chez les femmes, et concerne également 24 % des hommes de la profession.

Les formes de violences rapportées sont multiples :

  • 39 % ont subi des réflexions inappropriées ou dégradantes sur leur physique, leur tenue ou leur statut professionnel.
  • 21 % ont fait l’objet d’outrages sexistes (propos insultants, gestes déplacés, environnement de travail hostile).
  • 43 % des jeunes diplômés (moins de deux ans d’exercice) déclarent avoir déjà été victimes de VSS, et un sur quatre dès la formation initiale (stages, école).

Plus inquiétant encore : près de 40 % des victimes n’ont entrepris aucune démarche contre leur agresseur. Ce silence, alimenté par la peur, la culpabilité ou la banalisation, constitue le cœur du problème.

« Une infirmière sur deux victime, 40 % sans démarche… La précocité des faits chez les jeunes diplômés alimente une acceptation tacite. » — Alain Desbouchages, président du Conseil national de l’Ordre des infirmiers.

Pourquoi les EHPAD sont particulièrement concernés

Les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes cumulent plusieurs facteurs de vulnérabilité face aux violences sexistes et sexuelles :

1. Une profession ultra-féminisée
Les infirmières et aides-soignantes représentent l’écrasante majorité des effectifs. Dans un contexte où le sexisme ordinaire persiste (remarques sur la tenue, sous-estimation des compétences, injonctions à la douceur), cette féminisation accroît l’exposition.

2. Des jeunes professionnels en première ligne
Les EHPAD accueillent régulièrement des stagiaires, des alternants ou de jeunes diplômés. Or, 43 % des moins de deux ans d’ancienneté ont déjà été victimes de VSS. Le manque d’expérience, la crainte de déplaire ou de « mal faire », et l’absence de repères clairs favorisent l’emprise ou le silence.

3. Des situations d’intimité quotidiennes
Les soins d’hygiène, l’aide à la toilette, l’habillage ou le déshabillage créent des moments d’intimité propices aux comportements inappropriés de la part de résidents, de familles, voire de collègues. Ces gestes, banalisés ou minimisés (« c’est de l’humour », « il ne sait plus ce qu’il fait »), constituent pourtant des violences.

4. Une hiérarchie parfois floue ou maltraitante
Les EHPAD connaissent des tensions managériales fortes (pénurie de personnel, turnover, épuisement). Lorsque les cadres ou directions minimisent les faits, tardent à réagir ou culpabilisent les victimes, le climat devient propice à l’impunité.

5. Un isolement géographique ou organisationnel
Certains établissements, en zone rurale ou au sein de groupes privés peu structurés, manquent de référents identifiés, de protocoles clairs ou de relais extérieurs. Les victimes ne savent pas vers qui se tourner.

Une campagne nationale structurée autour de trois piliers

Face à ce constat alarmant, l’ONI a déployé une stratégie d’action complète, soutenue par le ministère de la Santé, le ministère de l’Égalité entre les femmes et les hommes, la Mission interministérielle pour la protection des femmes victimes de violences (Miprof) et la Direction générale de l’offre de soins (DGOS).

1. Alerter et signaler

L’ONI propose plusieurs dispositifs concrets :

  • Généralisation des conventions santé-sécurité-justice sur tout le territoire, pour fluidifier le lien entre établissements, forces de l’ordre et justice.
  • Dispositif d’alerte géolocalisé pour les infirmiers libéraux (IDEL) intervenant à domicile, souvent isolés face à des situations à risque.
  • Droit de retrait immédiat en cas d’agression sexuelle, sans obligation de continuité des soins, pour protéger le professionnel sans culpabilité.

2. Informer et accompagner

Un site dédié a été mis en ligne : https://stopviolences.ordre-infirmiers.fr/. Accessible via QR code sur des affiches téléchargeables, il centralise :

  • Les ressources juridiques (code pénal, sanctions encourues).
  • Les démarches de signalement et de dépôt de plainte.
  • Les contacts d’aide (référents violences, France Victimes, numéros d’urgence).

Les signalements peuvent être effectués via l’espace membre de l’Ordre, avec une prise en charge sous 24 heures par des référents formés (infirmiers élus). L’ONI propose également une domiciliation professionnelle sécurisée à l’adresse de l’Ordre pour les victimes souhaitant protéger leur vie privée.

3. Former et anticiper

L’ONI insiste sur la nécessité de former dès la formation initiale et en continu :

  • Apprendre à repérer les situations de VSS (sur soi, sur une collègue, sur une patiente).
  • Intégrer des modules de prévention et de gestion des violences dans les cursus d’aides-soignants, d’infirmiers et de cadres de santé.
  • Former annuellement les référents violences dans chaque établissement.

« Former pour repérer, prévenir et orienter : c’est mettre fin à l’impunité. » — Roxana Maracineanu, directrice de la Miprof.

Que peuvent faire concrètement les EHPAD ?

En tant que directeur, infirmier coordinateur (IDEC), responsable qualité ou membre du comité de direction, vous pouvez agir dès maintenant pour protéger vos équipes et instaurer une culture de tolérance zéro.

Afficher et diffuser les outils de la campagne

  • Téléchargez les affiches de l’ONI sur le site dédié et placez-les dans les vestiaires, salles de pause, bureaux infirmiers et salles de réunion.
  • Diffusez le QR code du site dans vos communications internes (mails, livrets d’accueil).
  • Rappelez régulièrement le slogan : « Stop, et c’est puni par la loi ».

Désigner un référent violences identifié

Assurez-vous qu’un professionnel formé (souvent l’IDEC, le cadre de santé ou le directeur adjoint) soit clairement identifié comme référent VSS. Ce référent doit :

  • Être formé au repérage et à l’écoute des victimes.
  • Connaître les procédures de signalement interne et externe.
  • Pouvoir orienter vers les bons partenaires (ONI, France Victimes, police/gendarmerie).

Intégrer la prévention des VSS dans vos formations obligatoires

Profitez des formations en hygiène, bientraitance ou gestion des situations difficiles pour aborder :

  • Les définitions légales (outrage sexiste, harcèlement sexuel, agression sexuelle).
  • Les attitudes professionnelles face à un résident désinhibé.
  • La conduite à tenir en cas de propos ou gestes inappropriés.

Des formations en ligne peuvent compléter vos dispositifs internes et permettre une montée en compétences rapide.

Sécuriser les situations à risque

  • Travail en binôme lors de soins intimes auprès de résidents ayant des antécédents de comportements inappropriés.
  • Protocole de signalement simplifié : un document unique, connu de tous, pour signaler un fait sans délai.
  • Débriefing après incident pour éviter la banalisation et soutenir la victime.

Protéger les jeunes professionnels et stagiaires

Les stagiaires et jeunes diplômés sont particulièrement vulnérables. Mettez en place :

  • Un entretien d’accueil pour rappeler les droits, les interdits et les recours possibles.
  • Un tutorat rapproché avec un professionnel expérimenté.
  • Une évaluation régulière du climat de travail ressenti.

Réagir sans délai en cas de signalement

Ne minimisez jamais un signalement, même si les faits paraissent « légers ». La loi sanctionne désormais l’outrage sexiste (contravention de 4e classe, jusqu’à 750 €), le harcèlement sexuel (jusqu’à 2 ans de prison et 30 000 € d’amende) et l’agression sexuelle (jusqu’à 5 ans de prison et 75 000 € d’amende).

En tant qu’employeur, vous avez une obligation de sécurité vis-à-vis de vos salariés. Un manquement peut engager votre responsabilité civile et pénale.

« La sécurité des soignants est une condition de la qualité des soins. » — Ordre national des infirmiers.

Des outils pour accompagner vos équipes au quotidien

Pour aller plus loin dans la protection de vos professionnels et l’harmonisation des pratiques, plusieurs ressources peuvent vous être utiles :

Perspectives : vers un changement de culture

La campagne de l’ONI s’inscrit dans un mouvement plus large : celui du #MeToo hospitalier, qui a commencé à libérer la parole des soignantes victimes d’abus. Elle fait suite au « plan Neuder » de début 2025, qui promettait une campagne de sensibilisation nationale.

L’ONI porte également des propositions législatives pour renforcer la protection des professionnels de santé (loi Pradal de 2024 sur la sécurité des soignants, en attente de décrets d’application).

L’Observatoire de la Sécurité des Infirmiers (OSI), lancé en 2023, a traité 2 301 signalements de violences entre janvier 2023 et décembre 2025 (tous types confondus). Un baromètre annuel est attendu pour suivre l’évolution des VSS dans la profession.

Pour les EHPAD, cette dynamique est une opportunité de repenser le climat de travail, de renforcer la culture de respect et de protéger durablement les équipes. Car protéger les soignants, c’est protéger la qualité de l’accompagnement offert aux résidents.


En résumé : les actions prioritaires pour votre EHPAD

  • ✅ Télécharger et afficher les supports de la campagne ONI.
  • ✅ Désigner et former un référent VSS identifié.
  • ✅ Intégrer la prévention des VSS dans le plan de formation.
  • ✅ Sécuriser les situations à risque (binômes, protocoles).
  • ✅ Réagir systématiquement à tout signalement.
  • ✅ Protéger particulièrement les jeunes et les stagiaires.
  • ✅ Encourager la parole et rappeler régulièrement les droits.

Pour signaler ou être accompagné :
👉 Site dédié : https://stopviolences.ordre-infirmiers.fr/
👉 France Victimes : 116 006 (appel et service gratuits)
👉 Numéro d’urgence : 17 (police/gendarmerie)

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