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Douleur & Soins palliatifs

HAS : la rTMS pour les douleurs neuropathiques réfractaires en évaluation — enjeux pour les EHPAD

8 avril 2026 9 min de lecture Patrice Martin
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La Haute Autorité de Santé a publié le 18 mars 2026 une note de cadrage ouvrant officiellement l’évaluation de la stimulation magnétique transcrânienne répétitive (rTMS) dans les douleurs neuropathiques chroniques réfractaires de l’adulte. Pour les EHPAD, où plus de 75 % des résidents souffrent de douleurs chroniques, cette avancée institutionnelle mérite d’être suivie de près — même si la décision de remboursement n’est pas encore rendue.

Qu’est-ce que la rTMS et pourquoi la HAS l’évalue ?

La stimulation magnétique transcrânienne répétitive est une technique de neuromodulation non invasive : des impulsions magnétiques brèves et répétées sont appliquées sur le crâne, ciblant principalement le cortex moteur primaire (M1) pour moduler la perception de la douleur dans le cerveau. Sans anesthésie ni chirurgie, sans effet systémique, la rTMS représente une option thérapeutique pour les patients ayant épuisé les traitements médicamenteux conventionnels.

Depuis 2020, la Société Française d’Étude et de Traitement de la Douleur (SFETD) recommande la rTMS en troisième intention pour les douleurs neuropathiques chroniques réfractaires (niveau de preuve A). Des centres hospitaliers universitaires comme Nantes, Lyon ou Paris Saint-Joseph la pratiquent déjà, avec des résultats documentés : une réduction de la douleur de 30 à 50 % chez environ la moitié des patients traités.

Pourtant, la rTMS n’est pas remboursée à ce jour par l’Assurance Maladie pour cette indication, faute de décision d’inscription à la CCAM (Classification Commune des Actes Médicaux). La note de cadrage HAS de mars 2026 ouvre la voie à cette évaluation formelle.

Ce que dit exactement la note de cadrage HAS

La note de cadrage publiée par la HAS le 18 mars 2026 n’est pas une décision de remboursement — c’est un document préparatoire qui définit le périmètre et le protocole de l’évaluation à venir. Elle précise :

  • La population cible : adultes souffrant de douleurs neuropathiques chroniques réfractaires aux traitements de 1re et 2e intentions.
  • Les comparateurs étudiés : stimulation médullaire (comparateur principal) et stimulation sham (fictive, pour les études en aveugle).
  • Les critères d’évaluation : efficacité sur la réduction de l’intensité douloureuse, sécurité, impact organisationnel, accessibilité pour les patients.
  • L’objectif d’une décision finale attendue d’ici fin 2026, ouvrant potentiellement la voie à une inscription à la CCAM et à un remboursement.

Il est important de noter que la HAS avait rendu en 2022 un avis défavorable au remboursement de la rTMS pour la dépression résistante. L’évaluation 2026 concerne une indication clinique distincte — les douleurs neuropathiques — avec un corpus de preuves différent et croissant.

La douleur neuropathique en EHPAD : une réalité sous-évaluée

Comprendre l’enjeu de cette évaluation suppose d’abord de mesurer l’ampleur du problème en EHPAD. Les études disponibles dressent un tableau préoccupant :

  • Plus de 75 % des résidents d’EHPAD souffrent de douleurs chroniques (toutes causes confondues)
  • Environ 40 % des résidents en fin de vie présentent des douleurs intenses insuffisamment prises en charge
  • Les résidents cumulent en moyenne 7,9 pathologies chroniques — dont plusieurs sont fortement pourvoyeuses de neuropathies douloureuses

Les étiologies neuropathiques les plus fréquentes en EHPAD sont bien connues des équipes soignantes :

  • Neuropathie diabétique douloureuse : fréquente après 70 ans, souvent sous-traitée
  • Névralgie post-zostérienne : séquelle du zona, particulièrement invalidante chez les personnes âgées immunodéprimées
  • Douleurs centrales post-AVC : touchent 8 à 11 % des survivants d’AVC
  • Lomboradiculalgies chroniques : séquelles de tassements vertébraux ou de compressions discales
  • Neuropathies iatrogènes : séquelles de chimiothérapies anciennes, de certains antibiotiques ou médicaments cardiovasculaires

Malgré cette prévalence élevée, la douleur neuropathique spécifique reste peu documentée dans les EHPAD français. Les outils d’évaluation validés (DN4, NPSI) sont rarement utilisés en routine, particulièrement chez les résidents présentant des troubles cognitifs. Cette sous-évaluation est un frein majeur à l’accès aux soins spécialisés — et c’est précisément l’une des lacunes que l’évaluation HAS entend adresser.

Le parcours de soins actuel et le positionnement de la rTMS

Les recommandations SFETD 2024, validées par la HAS, structurent le parcours de soins en trois lignes :

1re ligne : duloxétine (60-120 mg/j), gabapentine (1 200-3 600 mg/j), antidépresseurs tricycliques à faibles doses. Pour les atteintes localisées : emplâtres de lidocaïne, neurostimulation transcutanée (TENS).

2e ligne : prégabaline (150-600 mg/j), tramadol LP, associations antidépresseur + gabapentinoïde.

3e ligne (centres spécialisés douleur — CETD) : c’est à ce niveau que se positionne la rTMS, aux côtés de la stimulation médullaire, de la morphine/oxycodone LP, du patch capsaïcine (Qutenza®) ou de la toxine botulinique A.

L’accès à la 3e ligne suppose que chaque traitement des lignes précédentes ait été essayé pendant au minimum 6 semaines à dose maximale tolérée, sans résultat suffisant (critère : réduction de la douleur inférieure à 30 %). Pour un résident d’EHPAD polymédiqué, ce critère peut être difficile à remplir formellement — les contre-indications et les effets secondaires des gabapentinoïdes ou des antidépresseurs chez la personne âgée conduisent souvent à des arrêts précoces.

Ce que cette évaluation change pour les équipes EHPAD

La note de cadrage HAS ne modifie pas les pratiques du jour au lendemain. Mais elle envoie un signal important pour les équipes qui accompagnent des résidents douloureux en situation de réfractarité.

Pour le médecin coordonnateur, garant du projet de soins, cela signifie : identifier les résidents présentant des douleurs neuropathiques réfractaires documentées et les orienter vers un Centre d’Évaluation et de Traitement de la Douleur (CETD) partenaire. En pratique, cela implique de formaliser ce partenariat dans les conventions de la structure.

Pour les IDEC et IDE, la priorité est le dépistage systématique : utiliser le questionnaire DN4 pour différencier la douleur neuropathique de la douleur nociceptive, et documenter précisément les échecs thérapeutiques successifs dans le dossier de soins — condition sine qua non pour justifier l’orientation en 3e ligne. Les outils d’évaluation de la douleur en EHPAD adaptés aux troubles cognitifs (Doloplus, ECPA) restent indispensables en complément.

Les freins pratiques spécifiques au contexte EHPAD restent réels : la rTMS nécessite une IRM cérébrale préalable (mobilisation difficile pour les résidents dépendants), un protocole initial de 5 séances quotidiennes consécutives (transport répété contraignant), et l’absence de remboursement actuel représente un frein économique majeur.

Perspectives : vers un remboursement en 2027 ?

Si l’évaluation HAS conclut favorablement d’ici fin 2026, une inscription à la CCAM pourrait intervenir en 2027, ouvrant la voie au remboursement et à une accessibilité élargie pour les résidents d’EHPAD via des conventions CETD. Ce scénario reste conditionnel mais représente une avancée substantielle pour la prise en charge de la douleur chronique en EHPAD et, plus largement, pour les soins en fin de vie.

En attendant, les équipes peuvent dès maintenant renforcer leurs pratiques d’évaluation et de traçabilité de la douleur neuropathique — une démarche qui améliore la prise en charge présente et prépare l’accès aux techniques de 3e ligne, qu’elles soient remboursées ou non. Le guide soins palliatifs et fin de vie en EHPAD détaille les approches multimodales disponibles dans ce contexte.

La rTMS est-elle compatible avec un pacemaker ou des implants métalliques ?
Non, la présence d’un pacemaker, d’implants métalliques intracrâniens ou de stimulateurs médullaires constitue une contre-indication formelle à la rTMS. Ces contre-indications sont fréquentes chez les résidents d’EHPAD âgés et polymorbides, ce qui réduit mécaniquement le nombre de candidats éligibles à cette technique. Le médecin coordonnateur doit les vérifier systématiquement avant toute orientation vers un CETD pour évaluation rTMS.
Comment orienter un résident d’EHPAD vers un Centre d’Évaluation et de Traitement de la Douleur ?
L’orientation vers un CETD se fait sur prescription du médecin traitant ou du médecin coordonnateur, avec un dossier médical complet documentant l’historique thérapeutique (traitements essayés, durées, résultats, effets secondaires). Le médecin coordonnateur peut initier ce partenariat en prenant contact directement avec le CETD de référence de son secteur — souvent rattaché à un CHU ou un CH de taille importante. Ce partenariat peut être formalisé dans une convention entre l’EHPAD et le CETD.
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