Les personnels des EHPAD regorgent de compétences acquises au fil des années : soins, confort, gestion, coordination… La VAE (Validation des Acquis de l’Expérience) est le dispositif qui permet de faire reconnaître ces savoir-faire. Inscrite dans le code du travail, la VAE est un droit individuel : « ce dispositif permet à toute personne… de faire valoir son expérience pour acquérir tout ou partie d’une certification à finalité professionnelle, dans la mesure où elle justifie d’au moins une année d’expérience en lien direct avec le diplôme visé » . En pratique, cela signifie que chaque agent d’EHPAD — qu’il soit ASH, aide-soignante, infirmier, infirmier coordinateur ou même directeur — peut potentiellement transformer son expérience en diplôme ou titre. En 2022, plus de 87 % des candidats VAE obtenaient ainsi leur diplôme, et 94 % des candidats déclaraient recommander ce parcours . Ce taux de réussite élevé démontre que la VAE est un levier puissant de reconnaissance professionnelle, parfaitement légitime et valorisant.
Agents de service hospitaliers (ASH)
Les agents de service hospitalier (ASH) n’ont pas besoin de diplôme pour exercer, mais leur rôle est vital au quotidien (entretien, repas, hygiène, confort, soutien des résidents…). La VAE leur permet d’acquérir un diplôme de branche pour officialiser ces compétences. Par exemple, beaucoup visent un CAP (comme le CAP « Agent de propreté et d’hygiène ») par VAE. Comme le note le site Je change de métier, « les personnes entrées dans la profession sans diplôme peuvent faire reconnaître leurs compétences par la VAE et obtenir le CAP agent de propreté et d’hygiène par exemple » . Autre voie pour progresser : le titre professionnel “Agent de service médico-social” (ASMS), qui correspond précisément au métier d’ASH. Ce titre (RNCP niveau 3, équivalent CAP) peut être préparé par VAE. Le site Infans Formation explique que l’ASMS est un diplôme « de niveau 3 délivré par le ministère du Travail… applicable aux établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) » . Concrètement, un ASH peut donc, en justifiant de son expérience (généralement plusieurs années en établissement) et en constituant son dossier VAE, se présenter devant un jury pour obtenir le titre ASMS.
Dans les faits, des groupes ont fait de la VAE un levier RH : certains employeurs intègrent la VAE dès le recrutement pour spécialiser les ASH (ex : « faisant fonction d’aide-soignant ») ou pour leur ouvrir une « voie royale » vers d’autres métiers de la santé. En bref, pour l’ASH, la VAE offre des débouchés concrets (CAP, titre professionnel) et valorise un parcours parfois informel. Les efforts de professionnalisation du secteur valorisent ces démarches, dans un contexte de pénurie : plusieurs EHPAD investissent aujourd’hui dans l’accompagnement VAE de leurs ASH pour mieux fidéliser et qualifier leurs équipes.
Dans ce nouvel épisode spécial de SOS EHPAD, on s’intéresse à la VAE – la Validation des Acquis de l’Expérience
Aides-soignantes (AS)
Dans un couloir d’EHPAD, deux infirmières aident un résident à se déplacer. Derrière chaque geste de soin ou de confort accompli par les aides-soignantes se cache un savoir-faire susceptible d’être certifié. C’est justement l’objectif de la VAE du Diplôme d’État d’Aide-Soignant (DEAS) : permettre aux aidants sans diplôme d’obtenir le statut officiel. La principale condition est concrète : environ 3 ans d’expérience continue (soit 4 200 heures cumulées) dans l’accompagnement ou les soins à la personne . Ainsi, une ASH ou aide familiale en EHPAD depuis plusieurs années peut devenir éligible. Le portail France VAE rappelle que le candidat à la VAE AS doit avoir « au moins trois années d’expérience (soit 4 200 heures de travail cumulées) » en lien avec les soins .
De nombreux exemples montrent le succès de cette démarche. Ainsi, la mutuelle VYV3 a lancé en 2024, avec le soutien de la Croix-Rouge, une VAE collective pour ses agents : plus de 60 salariés ont pu valider leur DEAS grâce à ce dispositif . Autre témoignage inspirant : une aide-soignante de 50 ans explique qu’après 10 ans de travail sans diplôme, elle « a décidé de passer le diplôme pour avoir de la reconnaissance, un statut, et le salaire qui va avec » . Elle précise que grâce à l’accompagnement, elle s’est sentie prête pour l’oral, et finalement « lorsque j’ai présenté l’attestation de mon diplôme d’aide-soignante, j’ai enfin eu le statut et une augmentation de salaire. … j’ai été financièrement reconnue grâce à ma VAE. » . Autrement dit, cette aide-soignante n’a pas changé de poste après la VAE, mais son rôle a été formellement reconnu et sa fiche de paie a évolué.
Des initiatives collectives dans les EHPAD ont confirmé l’intérêt de la VAE pour le secteur. Un projet régional en Auvergne-Rhône-Alpes (2014-2017) visant les diplômes DEAS/DEAMP a réuni 113 candidats salariés d’EHPAD. Le bilan est encourageant : 70 % des candidats se sont déclarés satisfaits et les taux de réussite étaient supérieurs à la moyenne régionale . L’observation est claire : même si la VAE demande un travail d’explicitation (rédiger le livret 2 est souvent cité comme difficile), les soignants issus de l’EHPAD, avec un bon accompagnement, peuvent décrocher leur diplôme et en retirer reconnaissance et mobilité. Les taux de succès nationaux le confirment : la grande majorité des candidats VAE AS obtiennent leur DEAS.
Infirmiers et coordinateurs (IDEC)
Pour les infirmiers diplômés d’État (IDE), la situation est différente : la VAE ne permet pas d’obtenir le diplôme d’infirmier lui-même. Comme l’explique un article de Maformation, la profession d’infirmier étant réglementée, « la VAE d’infirmier paraît inenvisageable… le diplôme d’infirmier n’est donc pas éligible à la VAE » . Concrètement, pour devenir infirmier il faut toujours suivre la formation en IFSI.
Néanmoins, les IDE déjà en poste peuvent valoriser leur expérience via d’autres certifications. Par exemple, un IDE souhaitant évoluer peut viser le titre professionnel RNCP “Coordonnateur de parcours d’accompagnement et de soins (IDEC)”. Ce titre de niveau 6 (bac+3/4) correspond aux fonctions d’infirmier coordinateur en structures gériatriques et peut être préparé par la formation initiale ou la VAE . La Croix-Rouge précise que ce titre de coordonnateur est bien proposé en VAE , permettant de reconnaître officiellement la responsabilité de coordination acquise dans le métier. En résumé, si la VAE ne crée pas de nouvelle voie d’accès au DE infirmier, elle reste précieuse pour faire reconnaître la montée en responsabilité des IDE (vers la coordination ou l’encadrement) sans repasser par la case « école d’infirmier ».
Directeurs d’EHPAD
Les directeurs d’EHPAD disposent aussi de ressources VAE pour leur parcours : le diplôme clé est le CAFDES (Certificat d’Aptitude aux Fonctions de Directeur d’Établissement ou de Service d’Intervention Sociale). Ce niveau I (Master) atteste la maîtrise des compétences de direction (stratégie, gestion RH et budgétaire, politique sociale…). Le site de l’EHESP (École des hautes études en santé publique) le confirme : le CAFDES « peut être obtenu par la voie de… la VAE (validation des acquis de l’expérience) » . En clair, un directeur d’EHPAD non diplômé ou un manager du secteur qui justifie d’une expérience significative dans ces fonctions peut constituer un dossier de VAE pour décrocher le CAFDES sans suivre la formation initiale. La condition légale reste la même : au moins une année d’expérience pertinente (souvent plusieurs sont requises par l’accompagnement) dans des missions de direction autorisées . Ainsi, la VAE du CAFDES est un moyen rapide et concret de légitimer son expertise managériale.
Plus généralement, la VAE pour les cadres du secteur fonctionne sur ce même principe. Le code du travail rappelle qu’il suffit de justifier du lien entre expérience et référentiel visé . Pour les directeurs, cela signifie lister les réalisations correspondant aux blocs de compétences du CAFDES (pilotage stratégique, ressources humaines, relationnel institutionnel…). Comme pour les autres diplômes, un jury d’experts évalue alors le dossier et l’oral. Des parcours d’accompagnement (par ex. avec des Points Relais Conseil VAE) sont disponibles pour guider les candidats. En définitive, la VAE offre aux dirigeants d’EHPAD l’opportunité de valider leurs talents administratifs et de se conformer aux exigences de qualification sans retourner sur les bancs de l’école.
Se lancer dans l’aventure VAE
En résumé, la VAE est une mine d’opportunités pour tous les métiers de l’EHPAD. Aucune étape n’est remise en cause : que vous soyez ASH, AS, IDE, IDEC ou directeur, la VAE vous permet de transformer votre expérience en diplôme. Le principe est simple : rassemblez vos preuves (attestations d’emploi, missions, attestations de stages internes…), rédigez votre dossier (« livret 2 ») montrant que vous maîtrisez les compétences du métier visé, puis soutenez-le devant un jury. Si la démarche demande persévérance et remise en question (de nombreux candidats parlent de « l’écriture comme épreuve initiatique »), elle aboutit souvent à un diplôme qui renforce la confiance et l’avenir professionnel.
Les structures d’accueil (employeurs, OPCO, Régions) multiplient aujourd’hui les dispositifs d’aide : VAE collectives, accompagnements financés, congé VAE jusqu’à 72 heures pour certains agents… Par exemple, l’ANFH (pour la fonction publique hospitalière) rappelle que de nouveaux décrets (28 mars 2022) facilitent l’organisation de la VAE pour les aides-soignants . En 2020, le groupe DomusVi – un grand opérateur de maisons de retraite – a fait de la VAE « le pivot de sa politique de formation », mobilisant des centaines d’employés (ASH compris) pour monter en qualification, y compris 15 directeurs ayant commencé une VAE (source : dépêche AEF du groupe DomusVi). Ces exemples montrent que les leviers existent : il suffit d’oser les actionner.
En tant que professionnel d’EHPAD, vous disposez donc de tout un arsenal de diplômes accessibles par VAE : CAP et titres pro pour les agents, DEAS pour les soignants, certifications RNCP pour les coordinateurs, CAFDES pour les managers… Chaque parcours est concret et encadré. L’appel du terrain est le meilleur guide : examinez les offres d’emploi qui vous intéressent ou parlez-en à vos ressources humaines pour voir quels diplômes seraient utiles à votre évolution. Des points relais VAE et conseillers (CEP) peuvent vous orienter gratuitement. Bref, vos années au service des seniors peuvent devenir votre plus bel argument de mobilité. Récemment encore, une aide-soignante attestait que son diplôme acquis par VAE lui avait apporté enfin la reconnaissance attendue (« j’ai enfin eu le statut et une augmentation de salaire » ). C’est tout le pouvoir de la VAE. N’hésitez plus : chaque compétence acquise au pied d’un lit ou dans la gestion quotidienne d’un EHPAD peut et doit être valorisée. La VAE vous tend les bras pour donner à votre expérience le diplôme qu’elle mérite.
FAQ sur la VAE en EHPAD
Qu’est-ce que la VAE (Validation des Acquis de l’Expérience) et quel est son objectif principal dans le contexte des EHPAD ?
La VAE est un dispositif légal inscrit dans le code du travail qui permet à toute personne de faire reconnaître son expérience professionnelle pour obtenir un diplôme ou un titre professionnel, en tout ou partie. Son objectif principal dans les EHPAD est de valoriser les compétences acquises par le personnel au fil des années, qu’il s’agisse de soins, de confort, de gestion ou de coordination. Elle offre une reconnaissance formelle des savoir-faire, souvent informels, et peut conduire à une augmentation de salaire et à une meilleure mobilité professionnelle. Un taux de réussite élevé, plus de 87% en 2022, témoigne de son impact positif.
Qui peut bénéficier de la VAE en EHPAD et quelle est la condition d’expérience requise ?
La VAE est accessible à toutes les catégories de personnel en EHPAD, des Agents de Service Hospitaliers (ASH) aux directeurs, en passant par les aides-soignantes et les infirmiers coordinateurs. La condition minimale est de justifier d’au moins une année d’expérience en lien direct avec le diplôme visé. Pour le Diplôme d’État d’Aide-Soignant (DEAS), par exemple, environ 3 ans d’expérience continue (soit 4 200 heures cumulées) dans l’accompagnement ou les soins à la personne sont généralement requis.
Quels diplômes ou titres professionnels les Agents de Service Hospitaliers (ASH) peuvent-ils obtenir par la VAE ?
Les ASH, dont le rôle est vital pour l’entretien, les repas, l’hygiène et le confort des résidents, peuvent obtenir des diplômes de branche pour officialiser leurs compétences. Des exemples incluent le CAP « Agent de propreté et d’hygiène » ou le titre professionnel « Agent de service médico-social » (ASMS), équivalent à un CAP (RNCP niveau 3). La VAE offre des débouchés concrets et valorise un parcours parfois informel, avec des employeurs qui intègrent la VAE dès le recrutement pour spécialiser les ASH ou les orienter vers d’autres métiers de la santé.
En quoi la VAE est-elle particulièrement avantageuse pour les aides-soignantes (AS) ?
Pour les aides-soignantes, la VAE est un levier puissant pour obtenir le Diplôme d’État d’Aide-Soignant (DEAS) sans devoir repasser par la formation initiale complète. Cela permet aux aidants sans diplôme officiel de voir leur expérience concrète reconnue, ce qui conduit à une reconnaissance statutaire et souvent à une augmentation de salaire. Des initiatives collectives, comme celle de la mutuelle VYV3, ont montré le succès de la VAE pour les AS, avec des taux de satisfaction élevés et une confirmation des avantages en termes de reconnaissance et de mobilité.
Est-il possible d’obtenir le Diplôme d’Infirmier (IDE) par la VAE ? Quels sont les autres parcours VAE pour les infirmiers ?
Non, le Diplôme d’Infirmier (IDE) lui-même n’est pas éligible à la VAE car c’est une profession réglementée nécessitant une formation en IFSI. Cependant, les Infirmiers Diplômés d’État (IDE) déjà en poste peuvent utiliser la VAE pour valoriser leur expérience et accéder à d’autres certifications. Par exemple, un IDE souhaitant évoluer vers des fonctions de coordination peut viser le titre professionnel RNCP « Coordonnateur de parcours d’accompagnement et de soins (IDEC) », qui correspond aux fonctions d’infirmier coordinateur en structures gériatriques.
Quels sont les diplômes accessibles par VAE pour les directeurs d’EHPAD et les cadres ?
Pour les directeurs d’EHPAD, le diplôme clé accessible par VAE est le CAFDES (Certificat d’Aptitude aux Fonctions de Directeur d’Établissement ou de Service d’Intervention Sociale), un diplôme de niveau Master (niveau I) qui atteste des compétences en direction (stratégie, gestion RH et budgétaire, politique sociale). Cela permet aux directeurs non diplômés ou aux managers du secteur avec une expérience significative de légitimer leur expertise managériale et de se conformer aux exigences de qualification sans retourner à l’école. Le principe est le même pour les autres cadres : justifier du lien entre expérience et référentiel de compétences visé.
Comment se déroule le processus de VAE et quelles sont les principales étapes ?
Le processus de VAE implique généralement plusieurs étapes :
- Rassemblement des preuves : Le candidat doit collecter des attestations d’emploi, des descriptions de missions, des attestations de stages internes, etc.
- Rédaction du dossier (« livret 2 ») : Cette étape cruciale consiste à décrire et analyser les compétences acquises en lien avec le référentiel du diplôme visé. C’est souvent perçu comme une « épreuve initiatique » mais est essentielle pour démontrer la maîtrise des savoir-faire.
- Soutenance devant un jury : Après la validation du dossier, le candidat présente oralement son parcours et ses compétences devant un jury d’experts. La persévérance est souvent citée comme une qualité nécessaire, mais la démarche aboutit souvent à un diplôme qui renforce la confiance et l’avenir professionnel.
Quels sont les dispositifs d’aide et les initiatives pour accompagner les professionnels des EHPAD dans leur démarche VAE ?
De nombreuses structures et employeurs multiplient les dispositifs d’aide pour soutenir les candidats à la VAE. Cela inclut les VAE collectives, les accompagnements financés, et des congés VAE (jusqu’à 72 heures pour certains agents). Des organismes comme l’ANFH (pour la fonction publique hospitalière) facilitent l’organisation de la VAE. Des groupes comme DomusVi ont même fait de la VAE un pivot de leur politique de formation, mobilisant des centaines d’employés. Des « Points Relais Conseil VAE » et des conseillers en évolution professionnelle (CEP) peuvent également orienter gratuitement les candidats. Ces initiatives soulignent que les leviers existent pour que l’expérience acquise au service des seniors soit reconnue par un diplôme.


