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Santé seniors

Troubles du sommeil après 75 ans : 6 formes et quand consulter

24 juillet 2026 14 min de lecture Aurélie Mortel
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Les troubles du sommeil après 75 ans ne se résument pas à « moins bien dormir » : insomnie, apnées nocturnes, jambes sans repos ou décalage du rythme circadien touchent chacun le sommeil différemment et n’appellent pas la même réponse. Comprendre ce qui relève du vieillissement normal et ce qui doit alerter permet d’accompagner un proche sans attendre l’épuisement, et d’aborder la question des somnifères avec la prudence qu’elle exige chez la personne âgée.

Ce qui change dans le sommeil avec l’âge (et ce qui n’est pas anormal)

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Avec l’avancée en âge, l’architecture du sommeil se transforme progressivement. L’endormissement devient précoce, dès le début de soirée, et le réveil l’est également ; le sommeil devient plus léger et il est souvent fragmenté, avec des sensations d’être éveillé plusieurs fois par nuit, selon l’Assurance Maladie. Ce constat, souvent vécu comme une dégradation, mérite d’être nuancé : une personne âgée peut avoir l’impression d’être insomniaque, alors que son sommeil est normal pour son âge. Repérer ce qui relève du vieillissement passe aussi par une vigilance plus large sur les problèmes de santé qui affectent le quotidien d’un proche âgé.

Reste que tout ne s’explique pas par l’âge. Six situations concrètes reviennent le plus souvent chez les personnes de 75 ans et plus : elles ne se manifestent pas de la même façon, ne s’observent pas avec les mêmes signes et n’appellent pas les mêmes réponses. Les repérer, c’est éviter de tout mettre sur le compte du vieillissement — et éviter, aussi, la spirale du somnifère pris « faute de mieux ».

Les 6 troubles du sommeil à connaître après 75 ans

1. L’insomnie chronique

L’insomnie se définit comme le sentiment d’avoir mal dormi en raison de difficultés d’endormissement et/ou d’un ou de plusieurs réveils nocturnes et/ou d’un réveil trop précoce le matin, précise l’Assurance Maladie. Elle devient chronique lorsque les troubles se produisent plus de trois fois par semaine, depuis plus de trois mois.

Ce que le proche observe : plaintes répétées de mauvaises nuits, fatigue en journée, irritabilité, parfois des siestes prolongées qui compensent la fatigue mais aggravent encore l’endormissement du soir suivant.

Ce qu’on peut faire : la Haute Autorité de santé recommande d’appliquer des règles d’hygiène autour du sommeil — lumière et éclairage suffisants dans la journée, limitation de la sieste diurne, activité physique. Si ces mesures ne suffisent pas et que les troubles persistent, mieux vaut en parler au médecin traitant plutôt que de se tourner d’emblée vers un somnifère.

2. L’apnée du sommeil (SAHOS)

L’apnée du sommeil est plus fréquente lors du vieillissement : on estime que 30 % des personnes de plus de 65 ans sont concernées, selon l’Assurance Maladie.

Ce que le proche observe : ronflements bruyants et irréguliers, pauses respiratoires pendant le sommeil rapportées par un conjoint ou un aidant, réveils avec une sensation d’étouffement, fatigue et somnolence en journée malgré une nuit apparemment complète.

Ce qu’on peut faire : en parler au médecin traitant, qui orientera vers le bilan adapté. Parmi les mesures simples, l’Assurance Maladie indique que dormir sur le côté, et non sur le dos, peut réduire de moitié le nombre d’obstructions pendant la nuit. Ces mesures s’inscrivent dans un accompagnement médical, jamais dans une automédication.

3. Le syndrome des jambes sans repos

Le syndrome des jambes sans repos est un trouble chronique caractérisé par un besoin impérieux, urgent et irrésistible, de bouger les jambes, associé à des sensations désagréables au niveau des membres inférieurs survenant au repos, définit l’Assurance Maladie. En France, 6 à 7 % des Français présenteraient des symptômes épisodiques, et 2 % un syndrome des jambes sans repos chronique. Ces sensations, qui surviennent précisément au moment où la personne cherche le repos, fragmentent le sommeil nuit après nuit.

Ce que le proche observe : impatiences dans les jambes en soirée ou au coucher, besoin de se lever et de marcher pour soulager la sensation, sommeil interrompu par ces sensations désagréables.

Ce qu’on peut faire : consulter, car il existe une prise en charge. Le médecin peut prescrire un médicament de la famille des agonistes dopaminergiques : pramipexole, ropinirole ou rotigotine. Il faut consulter lorsque les symptômes perturbent le sommeil et la concentration dans la journée, et/ou retentissent sur l’humeur.

4. Le décalage du rythme circadien (avance de phase)

Certaines personnes âgées s’endorment très tôt en soirée et se réveillent en pleine nuit sans pouvoir se rendormir : c’est ce qu’on appelle une avance de phase, un décalage de l’horloge biologique. Avec l’âge, l’endormissement est précoce, dès le début de soirée, et le réveil également ; quand ce glissement s’accentue, il désorganise toute la journée.

Ce que le proche observe : coucher de plus en plus précoce, réveils vers 3 ou 4 heures du matin sans possibilité de se rendormir, désynchronisation progressive avec le rythme du foyer ou de l’établissement.

Ce qu’on peut faire : agir sur la lumière, qui est le principal synchroniseur de l’horloge interne. L’Assurance Maladie conseille de s’exposer à la lumière du jour dès le réveil, au moins une heure. La Haute Autorité de santé recommande, dans le même esprit, une lumière et un éclairage suffisants dans la journée, une limitation de la sieste diurne et une activité physique.

5. Le trouble du comportement en sommeil paradoxal

Moins connu du grand public, ce trouble se manifeste par une agitation physique pendant les phases de rêve, alors que le corps devrait normalement rester immobile. Il constitue une manifestation fréquente, parfois inaugurale, dans la maladie à corps de Lewy, selon la Haute Autorité de santé.

Ce que le proche observe : mouvements brusques, paroles ou cris pendant le sommeil, gestes qui miment un rêve, parfois des coups ou une chute du lit.

Ce qu’on peut faire : en raison de son caractère potentiellement dangereux — agression du conjoint, chute du lit, somnambulisme — un avis spécialisé est nécessaire. Ce trouble ne se gère pas seul en famille : il justifie une consultation neurologique ou gériatrique dédiée.

6. Le sommeil perturbé par une pathologie ou un médicament

Le sommeil peut aussi être perturbé « par ricochet », par une maladie en cours ou par un traitement. C’est particulièrement net dans les maladies neurocognitives : fréquents et délétères pour l’entourage — l’aidant, les soignants ou les résidents —, les troubles du sommeil sont à l’origine de prescriptions inappropriées de psychotropes, notamment de benzodiazépines, relève la Haute Autorité de santé. Une pathologie chronique déjà installée peut également perturber les nuits — c’est le cas, par exemple, chez un proche suivi pour une insuffisance cardiaque.

Ce que le proche observe : sommeil de plus en plus haché à mesure qu’une pathologie évolue, agitation nocturne, inversion partielle du rythme jour/nuit, ou nuits qui se dégradent après l’introduction d’un nouveau traitement.

Ce qu’on peut faire : traiter la cause plutôt que le symptôme, et faire réévaluer l’ordonnance par le médecin — jamais modifier un traitement de sa propre initiative. Si une bonne hygiène de sommeil a été adoptée mais que les troubles du sommeil persistent, il faut en parler au médecin traitant, qui pourra chercher la pathologie ou le médicament en cause avant d’envisager un hypnotique.

TroubleSignes observables par le procheVers qui se tourner
Insomnie chroniqueMauvaises nuits plus de 3 fois/semaine depuis plus de 3 mois, fatigue diurneMédecin traitant
Apnée du sommeil (SAHOS)Ronflements, pauses respiratoires, réveils avec sensation d’étouffementMédecin traitant, consultation sommeil
Syndrome des jambes sans reposImpatiences des jambes au coucher, besoin de marcher, sommeil interrompuMédecin traitant
Décalage du rythme circadienCoucher très précoce, réveil en pleine nuitMédecin traitant
Trouble du comportement en sommeil paradoxalAgitation, gestes ou cris pendant le sommeil, gestes dangereuxAvis spécialisé (neurologue/gériatre)
Sommeil perturbé par une pathologie ou un médicamentSommeil haché évolutif, agitation nocturneMédecin traitant, réévaluation du traitement

Les signaux qui doivent conduire à consulter

Plusieurs signaux, au-delà de la simple gêne, justifient de solliciter un avis médical sans attendre :

  • des troubles du sommeil qui persistent malgré une bonne hygiène de sommeil ;
  • des impatiences ou troubles qui perturbent le sommeil et la concentration dans la journée, et/ou retentissent sur l’humeur ;
  • des comportements de nature potentiellement dangereuse pendant le sommeil — agression du conjoint, chute du lit, somnambulisme — pour lesquels un avis spécialisé est nécessaire ;
  • des ronflements accompagnés de pauses respiratoires observées par l’entourage, qui font suspecter une apnée du sommeil.

Ces signaux concernent aussi les proches qui accompagnent une personne présentant des troubles psychiques ou une fragilité psychologique : le sommeil est souvent l’un des premiers indicateurs d’un déséquilibre plus large.

Somnifères et benzodiazépines : ce que disent les recommandations

La question des somnifères se pose presque systématiquement face à un trouble du sommeil qui s’installe. Les recommandations disponibles convergent toutes vers la même prudence.

Lorsqu’un traitement par benzodiazépine ou molécule apparentée est engagé, la Haute Autorité de santé est claire : le traitement par benzodiazépine ou composé Z est court, pas plus de 3 semaines, en respectant les précautions d’emploi et de surveillance, notamment chez la personne âgée. Pour l’insomnie en général, l’Assurance Maladie précise qu’un traitement par hypnotique doit être de courte durée, moins de quatre semaines.

Cette prudence n’est pas théorique : chez la personne âgée, la consommation de benzodiazépines augmente le risque de chute pouvant entraîner une fracture du col du fémur. Plus largement, la Haute Autorité de santé déconseille les benzodiazépines à fortes doses ou utilisées de façon prolongée au-delà d’un mois, en raison du risque de chutes, de fractures et de troubles cognitifs, avec une réévaluation périodique annuelle lorsqu’un traitement chronique existe déjà. Notre dossier sur la surexposition aux benzodiazépines en établissement détaille l’ampleur de ce phénomène, et notre guide pratique de déprescription explique comment cette réévaluation s’organise concrètement — un sujet qui concerne directement les familles qui s’interrogent sur le traitement de leur proche.

Un point mérite d’être répété aux familles : un somnifère prescrit à un proche âgé ne s’arrête jamais de sa propre initiative ni du jour au lendemain. Toute question sur la poursuite, la réduction ou l’arrêt d’un traitement doit être posée au médecin traitant, seul habilité à réévaluer une prescription.

Ce qui aide sans médicament

Avant, pendant ou en complément d’un suivi médical, l’hygiène du sommeil reste le premier levier. L’Assurance Maladie conseille de respecter des horaires réguliers de sommeil, en se levant et se couchant à la même heure, même le week-end. Elle recommande également de faire de l’exercice physique dans la journée, de façon à se sentir fatigué en fin de journée.

Côté soirée, deux réflexes concrets : éviter la prise d’excitants dès 14 heures — thé, vitamine C, boissons caféinées, cigarettes, et limiter le temps passé devant les écrans, en stoppant leur usage idéalement une heure avant le coucher. Le matin, à l’inverse, s’exposer à la lumière du jour dès le réveil, au moins une heure, aide à remettre l’horloge biologique à l’heure.

Ces approches rejoignent les thérapies non médicamenteuses déjà mobilisées en établissement, qui s’appuient sur la régularité des rythmes, l’activité physique et la stimulation sensorielle plutôt que sur la prescription. Elles s’inscrivent aussi dans une vigilance plus large face à la fragilité de la personne âgée, dont le sommeil est un indicateur parmi d’autres, au même titre que l’isolement ou les difficultés de mobilité.

Questions fréquentes

Le sommeil léger et fragmenté après 75 ans est-il forcément anormal ?
Non. Avec l’âge, l’endormissement et le réveil deviennent précoces, et le sommeil devient plus léger et souvent fragmenté. Une personne âgée peut avoir l’impression d’être insomniaque alors que son sommeil est en réalité normal pour son âge. Ce qui doit alerter, c’est la persistance de troubles malgré une bonne hygiène de sommeil, ou un retentissement sur la journée.
Combien de temps un somnifère peut-il être pris chez une personne âgée ?
Un traitement par hypnotique doit être de courte durée, inférieure à quatre semaines, et lorsqu’un trouble neurocognitif de type maladie d’Alzheimer ou apparentée est en cause, la Haute Autorité de santé retient une durée encore plus courte : le traitement par benzodiazépine ou composé Z est court, pas plus de 3 semaines, en respectant les précautions d’emploi et de surveillance, notamment chez la personne âgée. Un somnifère ne s’arrête jamais de sa propre initiative : toute modification doit être décidée avec le médecin traitant.
Quels signes pendant le sommeil doivent conduire à consulter rapidement ?
Des mouvements ou comportements potentiellement dangereux pendant le sommeil — agression involontaire du conjoint, chute du lit, somnambulisme — nécessitent un avis spécialisé, tout comme des impatiences qui perturbent le sommeil et la concentration dans la journée, et/ou retentissent sur l’humeur.

Sources

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