Les défis du recrutement, du turn-over et de l’absentéisme sont omniprésents dans le monde du travail. Il est donc impératif de réfléchir au bien-être au travail. Décryptons les dynamiques émotionnelles au sein des équipes pour mieux les comprendre et les valoriser.
Historiquement, les professionnels de santé sont invités à laisser leurs émotions au vestiaire, tout en affichant empathie et humanité. Ces injonctions contradictoires génèrent un stress immense et n’empêchent pas l’expression d’émotions, parfois mal ou pas régulées, au sein des services.
Éradiquer les émotions n’est pas la solution. Les émotions, innées, sont une part essentielle de notre humanité. Nous devrions plutôt apprendre à les gérer pour une approche sensible et bienveillante du travail.
Souvent, l’éducation occidentale minimise l’importance des émotions. Cela conduit à une méconnaissance des mécanismes émotionnels. Les émotions, perçues comme gênantes, troublantes, intimes, sont souvent réprimées. Cette approche favorise une forme de malaise quand les émotions se manifestent, conduisant parfois à une mise à l’écart de ceux dont l’expression spontanée des émotions dérange.
Entre ignorer et subir les émotions, une autre voie s’offre à nous : la régulation des émotions.
La régulation des émotions, processus qui requiert de comprendre leur mécanisme et de développer la pratique, demande du temps. Pour ceux qui sont prêts à s’engager, le professeur Richard Davidson a identifié six paramètres clés qui définissent notre style émotionnel : résilience, perspective, conscience de soi, intuition sociale, sensibilité au contexte et attention.
Une fois maîtrisées, ces compétences en régulation des émotions peuvent aider à gérer l’intensité et la durée des émotions, ainsi que leur impact sur notre humeur.
Une équipe peut apprendre à réguler ses émotions grâce à des moments collectifs tels que les analyses de pratiques professionnelles (APP) ou les retours d’expériences (Retex). Ces espaces de discussion favorisent l’échange à partir de situations réelles vécues par les professionnels.
Cependant, l’organisation actuelle du travail peut freiner la mise en place de ces espaces. La culture du résultat immédiat prime souvent sur une approche à long terme qui pourrait pourtant avoir un impact positif sur le turn-over ou l’absentéisme.
Dans ce contexte, le rôle du manager est primordial. Pour accompagner efficacement les professionnels dans leurs missions, il doit connaître chaque individu et être attentif à ses états émotionnels. Développer son intelligence émotionnelle est ainsi une ressource précieuse pour le manager afin de soutenir ses équipes et éviter le burn-out.
En conclusion, un projet d’établissement axé sur l’accompagnement bienveillant ne peut pas faire l’impasse sur le travail émotionnel. Les émotions sont une part incontournable de l’expérience humaine, et le monde du travail ne fait pas exception à la règle. Elles sont d’ailleurs au cœur des relations entre les membres d’une équipe et peuvent considérablement influencer la performance et le bien-être au travail.
Apprendre à reconnaître, à comprendre et à réguler les émotions est une compétence clé pour tous les professionnels. De même, les organisations doivent encourager cette démarche et donner à leurs collaborateurs les moyens et le temps nécessaire pour développer leur intelligence émotionnelle. Il peut s’agir de former les managers à la gestion des émotions, de mettre en place des espaces de discussion et d’échange, ou encore de promouvoir une culture d’ouverture et de bienveillance envers les émotions.
Le rôle du manager est crucial dans cette démarche. Un bon manager doit être à l’écoute de ses collaborateurs, être conscient de leurs émotions et savoir y répondre de manière appropriée. Il doit également être capable de réguler ses propres émotions et de les utiliser à bon escient pour favoriser une ambiance de travail saine et productive.
Au final, transformer les émotions en atout n’est pas une tâche facile, mais c’est un enjeu majeur pour le bien-être et l’efficacité des équipes. Les organisations qui réussissent à intégrer les émotions de manière positive dans leur culture d’entreprise peuvent espérer voir une amélioration de la satisfaction et de l’engagement de leurs collaborateurs, ainsi qu’une diminution du turn-over et de l’absentéisme.
