Dépenses de santé en France : un fossé géographique et démographique
Douleur & Soins palliatifs

Dépenses de santé en France : Un fossé géographique

Mis à jour le 4 min de lecture Patrice Martin
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En 2018, les dépenses de santé en France s’élevaient en moyenne à 2 750 euros par patient, avec des disparités importantes selon les départements, allant de 2 290 euros en Loire-Atlantique à 3 550 euros en Haute-Corse. Les dépenses les plus élevées se trouvaient principalement dans les départements ruraux du centre et du nord-est de la France métropolitaine, ainsi qu’en Provence-Alpes-Côte d’Azur, en Martinique et en Guadeloupe. À l’inverse, les dépenses les plus faibles étaient observées dans le quart nord-ouest de la France métropolitaine, en Rhône-Alpes, en Guyane et en Île-de-France.

Ces écarts s’expliquent en grande partie par les structures démographiques de chaque département, la demande de soins étant fortement liée à l’âge et au sexe. Après correction de ces facteurs, les dépenses des départements ruraux du centre de la France métropolitaine sont proches de la moyenne nationale. Elles sont plus faibles dans le quart nord-ouest et, dans une moindre mesure, dans le quart sud-ouest, le centre et les Alpes. À l’inverse, elles sont particulièrement élevées dans les départements d’outre-mer, en Corse, dans le quart nord-est métropolitain et le pourtour méditerranéen.

Les écarts significatifs de dépenses qui demeurent après prise en compte de la structure démographique reflètent notamment des disparités de revenus entre les départements. Les dépenses de santé sont ainsi légèrement plus élevées dans les départements où le taux de pauvreté est le plus important. En effet, les patients les plus précaires sont susceptibles d’avoir davantage besoin de soins, même s’ils sont également les plus concernés par le renoncement aux soins. De plus, les dépenses tendent à être plus importantes dans les départements où le niveau de vie des plus aisés est le plus élevé.

L’accessibilité de l’offre de soins contribue également significativement aux écarts de dépenses. Ainsi, dans certains départements du pourtour méditerranéen, le niveau élevé de dépenses est lié à une densité médicale importante, tandis que le niveau de dépenses est plus faible dans l’ouest de la France, où la densité médicale est plus limitée.

Les modulations géographiques des tarifs réglementaires de soins et biens médicaux dans certains départements (DOM, Île-de-France et Corse) peuvent aussi contribuer aux disparités de dépenses. Dans les DOM en particulier, elles s’appliquent aux séjours hospitaliers et aux soins de ville, et pourraient à elles seules, par leur ordre de grandeur, expliquer le surcroît de dépenses de santé observé.

Pour les patients, les écarts de reste à charge sont atténués par l’assurance maladie obligatoire (AMO), qui prend en charge en moyenne 82 % des dépenses de santé en France en 2018.

Les 18 % restants correspondent au reste à charge après assurance maladie obligatoire (RAC AMO), qui s’élève en moyenne à 490 euros par patient. Si cette prise en charge par l’AMO réduit nettement la dispersion des RAC moyens entre départements, les écarts restent importants : les RAC AMO moyens les plus élevés se trouvent à Paris, dans les Hauts-de-Seine, les Yvelines, le Rhône, l’Isère et les Alpes-Maritimes. Dans les 10 départements où ils sont les plus élevés, les RAC AMO sont supérieurs d’au moins 19 % aux RAC AMO moyens des 10 départements où ils sont les plus faibles.

Le principal facteur de variation des RAC AMO est le montant des dépassements (dépassements d’honoraires et tarifs libres sur certains produits ou actes, non pris en charge par l’AMO), notamment ceux pratiqués par les médecins spécialistes, les cliniques et pour les soins dentaires. Le lien avec la structure démographique n’est pas établi, et c’est le niveau de vie des plus aisés au sein du département qui apparaît en réalité comme le premier facteur d’explication du montant de dépassements.

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