Mis à jour le 04/10/2026 — Le chariot d’urgence en EHPAD n’est qu’un maillon d’une organisation plus large : savoir où il se trouve, qui l’utilise, qui le tient à jour, et comment les soignants sont formés pour s’en servir. Ce guide pratique fait le point sur ce que prévoit la HAS, sur le défibrillateur, sur la formation AFGSU et sur le rôle du médecin coordonnateur et de l’IDE.
Chariot d’urgence en EHPAD : contexte et enjeux
Le chariot d’urgence relève de la même famille de sujets que la sécurisation du circuit du médicament : une dotation pensée à l’avance, des responsabilités partagées entre médecin, infirmier et pharmacien, et une traçabilité claire. Dans sa recommandation sur la prise en charge médicamenteuse en Ehpad, la HAS cite parmi les pistes d’action l’élaboration d’une dotation (médicaments et ou dispositifs médicaux) pour les urgences au sein de l’Ehpad (médecin coordonnateur, médecins traitants, pharmaciens).
Le même document poursuit : « En constituant et mettant à disposition le chariot d’urgence36 (médecin coordonnateur, infirmier, pharmacien, Equipe mobile de gériatrie externe, etc.) ». Autrement dit, la dotation et le chariot se construisent à plusieurs, et pas seulement à l’initiative de l’équipe soignante.
Ne confondez pas ce chariot avec le chariot de médicaments utilisé pour les tournées de distribution : l’un sert à la préparation et à l’administration courantes, l’autre à la réponse à une situation d’urgence vitale. Pour situer le chariot parmi les autres équipements de l’établissement, voyez aussi notre point sur le matériel et la dotation en EHPAD.
Ce guide ne fournit pas de composition type du chariot ni de rythme de contrôle : la liste du contenu est une question d’organisation à décider localement, avec les acteurs que la HAS associe à la constitution du chariot.
Organiser l’urgence vitale : les bonnes pratiques
Un chariot connu, accessible et complet
Le risque, sur le terrain, est moins l’absence de chariot que son inutilité le jour où on en a besoin. La HAS, dans son analyse des évènements indésirables graves liés aux dispositifs médicaux, rapporte, pour l’un des cas étudiés dans un contexte hospitalier, que les professionnels présents ne connaissent pas l’emplacement du chariot, dépourvu par ailleurs de défibrillateur (le contenu du chariot d’urgence n’a pas été vérifié).
Dans la base des erreurs associées aux produits de santé, la HAS relève aussi, parmi les erreurs déclarées dans la base (tous établissements confondus), des cas de non-respect des bonnes pratiques de stockage : erreur de rangement, non-respect des bonnes pratiques de rangement du chariot d’urgence.
Les étapes à poser dans l’établissement
- Désigner les rôles. Qui constitue le chariot, qui le vérifie, qui est joignable pour l’approvisionnement : à écrire, pour chaque équipe de jour comme de nuit.
- Rédiger les protocoles. La HAS évoque la nécessité de rédiger des protocoles de soins pour la gestion des urgences et former les soignants à l’identification et à la conduite à tenir face à ces urgences (MEDEC, IDEC).
- Prévoir le réflexe d’appel. Avant toute décision de transfert d’un résident vers un SU, il est recommandé de contacter le SAMU – Centre 15. La HAS formule la même idée en parlant de s’assurer d’une régulation médicale des situations d’urgence par le SAMU-Centre 15.
- Préparer le transfert. Le dossier de liaison d’urgence se prépare à l’avance : l’édition papier est stockée dans l’Ehpad et régulièrement mise à jour, en général, par un infirmier désigné.
- Former et rejouer. Les formations et les mises en situation sont détaillées plus bas.
- Analyser les événements. La HAS propose d’analyser en réunion d’équipe pluridisciplinaire les retours d’expériences concernant l’utilisation du DLU-Ehpad et les transferts en SU des résidents.
Pistes d’organisation pour la vérification et la traçabilité
Les pistes ci-dessous sont des propositions d’organisation de la rédaction, à adapter à votre établissement avec le médecin coordonnateur et le pharmacien : elles ne sont pas issues d’un texte cité dans ce guide.
| Piste | Intérêt en pratique | Qui s’en charge |
|---|---|---|
| Fiche de contrôle jointe au chariot | Garder la trace de chaque passage et de chaque remplacement de produit | IDE référent désigné |
| Fermeture scellée avec numéro noté | Voir d’un coup d’œil si le chariot a été ouvert depuis le dernier contrôle | IDE, après chaque utilisation |
| Affichage de l’emplacement | Permettre à toute l’équipe, y compris un remplaçant, de le retrouver sans hésiter | IDEC |
| Débriefing après chaque utilisation | Identifier ce qui a manqué ou fonctionné, et corriger la dotation | IDEC et médecin coordonnateur |
| Présentation aux nouveaux arrivants | Éviter qu’un soignant découvre le chariot au moment de l’urgence | IDEC |
Pour aller plus loin dans la mise en pratique, notre article sur la façon de sécuriser le chariot d’urgence en EHPAD détaille une démarche de fiabilisation.
Défibrillateur en EHPAD : obligation et maintenance
Le Code de la construction et de l’habitation fixe un cadre pour les établissements recevant du public. Il pose d’abord le principe : Sont soumis à l’obligation de détenir un défibrillateur automatisé externe, les établissements recevant du public qui relèvent : 1° Des catégories 1 à 4 mentionnées à l’ article R. 143-19.
Pour la catégorie 5, le texte soumet l’obligation à des conditions : il vise, parmi ceux relevant de la catégorie 5, lorsqu’ils sont implantés pour une durée supérieure à trois mois et accueillent un nombre minimal de personnes défini par arrêté des ministres chargés de la santé et de la construction, notamment les structures d’accueil pour personnes âgées ou pour personnes handicapées mentionnées à l’ article L. 312-1 du code de l’action sociale et des familles. Ce n’est donc pas parce qu’un établissement accueille des personnes âgées que l’obligation s’applique d’office : l’établissement vérifie sa situation (durée d’implantation, seuil fixé par l’arrêté visé) au regard de ces conditions, au besoin auprès de son organisme de contrôle ou de son gestionnaire.
Côté installation, le DAE est installé dans un emplacement visible du public et en permanence facile d’accès. La mutualisation est également envisagée par le texte. Lorsque plusieurs établissements recevant du public, mentionnés à l’article R. 157-1 , sont situés soit sur un même site géographique soit sont placés sous une direction commune au sens de l’article R. 143-21 , le défibrillateur automatisé externe peut être mis en commun.
Qui assure la maintenance du défibrillateur
Le propriétaire du défibrillateur veille à la mise en œuvre de la maintenance du défibrillateur et de ses accessoires et des contrôles de qualité prévus pour les dispositifs médicaux qu’il exploite.
Pour la réalisation, le texte distingue plusieurs cas : La maintenance est réalisée soit par le fabricant ou sous sa responsabilité, soit par un fournisseur de tierce maintenance, soit, si le propriétaire n’est pas l’exploitant, par l’exploitant lui-même. En pratique, formalisez dans un contrat ou une convention qui fait quoi, surtout si l’EHPAD est rattaché à un site partagé avec un autre établissement.
Un cas particulier mérite l’attention des équipes : celui des résidents équipés d’un stimulateur ou d’un défibrillateur implanté. Voir notre fiche sur le résident porteur de DAI en EHPAD pour le protocole à prévoir.
Formation des soignants : AFGSU et procédures d’urgence
Le matériel ne sert à rien si les équipes ne savent pas s’en servir. Dans son guide consacré au dossier de liaison d’urgence, la HAS invite à former les soignants, en particulier ceux travaillant la nuit, aux soins de premiers secours. L’AFGSU niveau 2 est conseillée (attestation de formation aux gestes et soins d’urgence). Elle ajoute de former les soignants, de jour et de nuit, à l’utilisation du DLU-Ehpad et aux procédures de gestion des urgences.
Pour replacer l’AFGSU dans l’ensemble des obligations de formation de l’établissement, consultez notre pilier sur les formations obligatoires en EHPAD.
Ce que couvrent les formations et leur recyclage
Le plan d’actions régional de l’ANFH pour la région Pays de la Loire décrit le contenu du recyclage. Pour le recyclage de l’AFGSU de base, le contenu porte sur l’identification d’une urgence et sa prise en charge (avec et sans chariot d’urgence) seul ou à plusieurs en attendant l’arrivée de l’équipe médicale.
La formation de base inclut, d’après le même plan, la Réanimation cardio-pulmonaire dans le cadre professionnel avec le matériel (défibrillateur automatisé externe).
Pour le recyclage destiné aux soignants, l’ANFH indique que la règlementation impose une journée de formation. Cette formation s’adresse aux personnels soignants ayant validé l’AFGSU 2, depuis moins de 4 ans. Le programme comprend une demi-journée consacrée prioritairement à la révision des situations d’urgence vitales.
Mise en œuvre par métier
Directeur et IDEC
Pistes d’organisation proposées par la rédaction, à adapter, non issues d’un texte cité : le directeur arbitre les moyens (maintenance du défibrillateur, temps de formation, remplacement des produits) ; l’IDEC pilote le quotidien : suivi des vérifications, accueil des nouveaux, organisation des mises en situation. Pour les parcours de formation adaptés à ces deux fonctions, voyez notre guide sur la formation des IDE et IDEC en EHPAD.
Médecin coordonnateur
Le médecin coordonnateur tient une place particulière : le Code de l’action sociale et des familles lui attribue notamment des missions de formation et de prescription en urgence. Il contribue à la mise en œuvre d’une politique de formation et participe aux actions d’information des professionnels de santé exerçant dans l’établissement. En situation d’urgence, il réalise des prescriptions médicales pour les résidents de l’établissement au sein duquel il exerce ses fonctions de coordonnateur en cas de situation d’urgence ou de risques vitaux ainsi que lors de la survenue de risques exceptionnels ou collectifs nécessitant une organisation adaptée des soins.
IDE et soignants de nuit
Pour l’infirmier, le Code de la santé publique prévoit ceci : « En l’absence d’un médecin, l’infirmier est habilité, après avoir reconnu une situation comme relevant de l’urgence ou de la détresse psychologique, à mettre en œuvre des protocoles de soins d’urgence, préalablement écrits, datés et signés par le médecin responsable. » Le texte précise aussi : Ces actes et soins font obligatoirement l’objet de la part de l’infirmier d’un compte rendu écrit, daté, signé, remis au médecin et annexé au dossier du patient.
Hors protocole, la règle suivante s’applique : En cas de constat d’une situation d’urgence et en dehors de la mise en œuvre d’un protocole de soins d’urgence, l’infirmier décide des gestes et mesures conservatoires à pratiquer dans l’attente de l’intervention d’un médecin. Pour la situation de l’infirmier seul la nuit, lisez notre article sur la conduite à tenir pour l’IDE seule face à une urgence vitale.
Aides-soignants et autres soignants
Piste d’organisation proposée par la rédaction, à adapter, non issue d’un texte cité : les aides-soignants sont souvent les premiers à constater un malaise. Leur rôle pratique : alerter sans délai, savoir où se trouvent le chariot et le défibrillateur, et suivre les consignes du protocole en attendant l’infirmier. D’où l’intérêt de les associer aux formations et aux mises en situation, et pas seulement l’équipe infirmière.
Points de vigilance et indicateurs de suivi
- Un chariot non vérifié ou dont personne ne connaît l’emplacement : la HAS rapporte un cas de ce type dans un contexte hospitalier, dont les équipes d’EHPAD peuvent tirer une piste de vigilance.
- Un défibrillateur sans maintenance suivie : le suivi se formalise avec le prestataire retenu.
- Des équipes de nuit insuffisamment formées : le sujet est expressément visé par la HAS.
- Des protocoles non datés ou non signés : leur validité repose sur leur formalisation écrite.
- Des transferts non analysés : sans retour d’expérience, les mêmes difficultés reviennent.
Côté indicateurs, la HAS propose de faire le bilan des hospitalisations non programmées et des transferts en SU, dans le cadre du rapport annuel d’activité médicale rédigé par le médecin coordonnateur. Comme piste d’organisation, vous pouvez compléter ce suivi par des indicateurs propres à l’établissement : part des soignants de nuit formés, utilisation du chariot tracée et débriefée, dates des opérations de maintenance du défibrillateur consignées.
Suivre les évolutions des textes et des recommandations
Les recommandations de la HAS sur le dossier de liaison d’urgence et sur la réduction des hospitalisations non programmées restent les premiers documents à relire lors d’une révision du projet d’établissement. Consultez la page de chaque source pour vérifier la version en vigueur avant de modifier vos procédures.
Questions fréquentes
Que recommande la HAS pour le chariot d’urgence en EHPAD ?
Un EHPAD doit-il disposer d’un défibrillateur ?
Qui assure la maintenance du défibrillateur ?
Quelle formation pour les soignants, notamment de nuit ?
Que peut faire l’IDE face à une urgence en l’absence de médecin ?
Le médecin coordonnateur peut-il prescrire en urgence ?
📚 Pour approfondir — SOS EHPAD propose la Procédure de gestion des urgences vitales et de maintenance du chariot d’urgence, prête à adapter à votre établissement.
Sources officielles
- HAS — recommandation sur la prise en charge médicamenteuse en Ehpad
- HAS — dossier de liaison d’urgence en Ehpad
- HAS — réduire les hospitalisations non programmées des résidents
- ANFH — plan d’actions régional, formations aux gestes et soins d’urgence
- HAS — évènements indésirables graves liés aux dispositifs médicaux
- HAS — erreurs associées aux produits de santé déclarées dans la base EIGS
- Légifrance — Code de la construction et de l’habitation, obligation de détenir un défibrillateur
- Légifrance — Code de la construction et de l’habitation, maintenance du défibrillateur
- Légifrance — Code de l’action sociale et des familles, missions du médecin coordonnateur
- Légifrance — Code de la santé publique, actes de l’infirmier en situation d’urgence


