Le recrutement international d'infirmières : une solution éthique ?
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Recrutement international d’infirmières : Entre éthique

6 juillet 2023 7 min de lecture Patrice Martin
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Le recrutement international d’infirmières est une pratique de plus en plus courante, notamment dans les pays riches. Ces derniers, confrontés à une pénurie de personnel de santé, voient dans cette solution un moyen rapide et efficace de combler leurs besoins. Cependant, cette pratique soulève de nombreuses questions éthiques. Est-il juste de recruter des infirmières dans des pays qui ont eux-mêmes un besoin criant de ces professionnels de santé ? De plus, quel est l’impact de ce recrutement sur les pays d’origine de ces infirmières ? Enfin, existe-t-il des alternatives à cette pratique, qui permettraient à la fois de répondre aux besoins des pays recruteurs et de respecter les droits des infirmières et les besoins des pays d’origine ? C’est à ces questions que nous tenterons de répondre dans cet article, en nous appuyant sur des données récentes et des exemples concrets. Notre objectif est de fournir une analyse complète et nuancée de cette problématique complexe et controversée.

Sommaire

Le recrutement international d’infirmières : une solution éthique ?

Le recrutement international d’infirmières par les pays riches est une pratique de plus en plus courante. Pourtant, cette solution rapide pour combler les pénuries d’infirmières soulève des questions éthiques. Est-il juste de recruter dans des pays qui ont eux-mêmes besoin de ces professionnels de santé ?

Selon un rapport du Centre international sur la migration des infirmières, les pays de l’OCDE employaient plus de 550 000 infirmières formées à l’étranger au début de la pandémie, soit une hausse de près de 100 000 en moins de 10 ans. Ces chiffres montrent l’ampleur du phénomène. Le recrutement international est-il une solution viable ou une fuite en avant ?

Le Québec, par exemple, mise beaucoup sur le recrutement d’infirmières en Afrique, offrant des bourses de 65 000 $ par infirmière. D’ici deux ans, environ 1 000 étudiantes recrutées en Afrique devraient avoir terminé leur mise à niveau pour devenir infirmières au Québec. Mais cette pratique est-elle équitable pour les pays d’origine de ces infirmières ?

Le président de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), Luc Mathieu, estime que le recrutement d’infirmières à l’étranger comporte des enjeux éthiques. Il affirme : « Comme président de l’Ordre, ça me préoccupe qu’on aille recruter dans des pays qui ont leurs propres besoins et qui ont moins d’infirmières en proportion qu’au Québec. »

Le Canada est l’un des pays qui comptent le plus d’infirmières provenant de l’étranger. Une étude de l’OCDE estimait au début de la pandémie qu’il manquait près de 6 millions d’infirmières à travers le monde. Le recrutement international est-il une solution durable à cette pénurie ?

Sylvain Brousseau, président de l’Association des infirmières et infirmiers du Canada, estime que le Canada doit avant tout miser sur la rétention du personnel infirmier. « Il faut investir dans la rétention et le maintien en poste des infirmières et des infirmiers déjà ici au Canada », a-t-il mentionné lors de la plénière.

Le recrutement international d’infirmières est une pratique complexe, qui soulève des questions éthiques et pratiques. Il est essentiel de trouver un équilibre entre les besoins des pays riches et ceux des pays d’origine des infirmières. La solution à la pénurie d’infirmières passe-t-elle par une meilleure rétention du personnel ou par un recrutement international éthique ? C’est une question qui mérite d’être débattue.

Le revers de la médaille : l’impact du recrutement international d’infirmières sur les pays d’origine

Le recrutement international d’infirmières par les pays riches a un coût. Et ce coût est souvent payé par les pays pauvres, qui voient leurs professionnels de santé partir à l’étranger. Ces pays, déjà démunis en matière de santé, sont les premiers à souffrir de cette fuite des compétences.

Selon le Conseil international des infirmières (CII), sept ou huit pays riches, dont la Grande-Bretagne, les États-Unis et le Canada, sont à l’origine d’environ 80% des migrations internationales d’infirmières. Ces pays recrutent massivement dans des pays africains ou asiatiques dont les systèmes de santé sont parmi les plus fragiles de la planète. Ces recrutements sont difficilement justifiables, selon le CII.

Howard Catton, directeur général du CII, a évoqué les pourparlers entre la Grande-Bretagne et le Ghana en vue d’un accord via lequel Londres paierait à Accra 1.000 livres (1.140 euros) par infirmière recrutée. « Cela ne revient nullement à reconnaître la véritable valeur des coûts de formation de cette infirmière », ni « la perte pour le système de santé ghanéen », a-t-il expliqué.

Le recrutement international se concentre de plus en plus sur les infirmières spécialisées et expérimentées, ce qui crée un grave déficit d’expertise dans les pays qui ne peuvent se permettre de perdre leurs infirmières les plus expérimentées. C’est une véritable « fuite des cerveaux » qui est en cours.

Pamela Cipriano, présidente du CII, a appelé à l' »éthique » des pays recruteurs, en leur demandant de se mobiliser pour devenir autosuffisants en matière de formation d’infirmières. « La santé est un problème mondial » et « nous ne voulons pas voir certains pays prospérer et d’autres souffrir », a-t-elle déclaré.

Le recrutement international d’infirmières est donc une pratique à double tranchant. Si elle permet de combler les pénuries d’infirmières dans les pays riches, elle peut aussi affaiblir les systèmes de santé des pays pauvres. Il est donc essentiel de trouver un équilibre, pour que cette pratique ne se fasse pas au détriment des pays les plus vulnérables.

Vers des alternatives au recrutement international d’infirmières : le cas du Québec

Le recrutement international d’infirmières est une solution de plus en plus utilisée pour pallier la pénurie de personnel de santé. Cependant, face aux critiques et aux enjeux éthiques, certains pays cherchent des alternatives. Le Québec est un exemple intéressant de cette tendance.

Le gouvernement québécois a récemment annoncé un investissement de 65 millions de dollars sur deux ans pour recruter et intégrer 1000 infirmières internationales. Ces infirmières seront invitées à travailler dans sept régions où le réseau de santé est aux prises avec une pénurie d’effectifs infirmiers. Cependant, cette initiative est accompagnée d’un ensemble de mesures visant à faciliter l’intégration de ces infirmières et à minimiser l’impact sur leur pays d’origine.

Les infirmières recrutées recevront une formation d’appoint dans les cégeps des régions ciblées, qui mènera à une reconnaissance de leur formation et de leur expérience clinique par l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. Elles pourront travailler jusqu’à 20 heures par semaine comme préposées aux bénéficiaires durant leur formation. C’est une façon de valoriser leurs compétences tout en leur permettant de s’adapter à leur nouvel environnement de travail.

De plus, ces infirmières bénéficieront d’une allocation de 500 dollars par semaine pendant leur formation, et tous les frais associés à leur intégration seront couverts par le ministère de l’Immigration. Cela inclut les frais de scolarité, les frais de demande d’équivalence à l’Ordre, et le coût de la formation d’appoint.

Le gouvernement québécois s’engage également à accompagner ces infirmières dans leur installation au Québec. Cela comprend l’aide à la recherche d’un logement, l’obtention d’un permis de conduire, l’inscription de leurs enfants à l’école, et la préparation de leur dossier d’évaluation comparative des études effectuées à l’étranger. C’est une approche globale qui vise à faciliter l’intégration de ces infirmières et à minimiser l’impact sur leur pays d’origine.

Cette initiative du Québec montre qu’il est possible de trouver des alternatives au recrutement international d’infirmières qui soient à la fois éthiques et efficaces. C’est une piste à explorer pour d’autres pays confrontés à la même problématique. Il est essentiel de continuer à chercher des solutions qui respectent les droits des infirmières et les besoins des pays d’origine.

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