Mis à jour en juin 2026 — Capteurs de chute, dossier usager informatisé, télémédecine, intelligence artificielle : le numérique transforme en profondeur l’accompagnement du grand âge. Pour les directeurs d’EHPAD, l’enjeu n’est plus de savoir s’il faut s’équiper, mais comment le faire utilement, en sécurité et avec quels financements. Ce guide fait le point sur les gérontechnologies réellement mobilisables en 2026.
Gérontechnologie : de quoi parle-t-on ?
La gérontechnologie désigne l’ensemble des technologies conçues pour préserver l’autonomie, la sécurité et le lien social des personnes âgées : objets connectés, capteurs, logiciels métier, robots d’assistance, outils de télésanté. Le besoin est massif. Fin 2023, 697 000 personnes fréquentent un établissement d’hébergement pour personnes âgées (EHPA) ou y vivent, soit 4,5 % de moins qu’en 2019. Surtout, le public accueilli est de plus en plus dépendant : en 2023, 85 % des résidents sont en perte d’autonomie au sens de la grille AGGIR, c’est-à-dire classés en GIR 1 à 4. La moitié des résidents ont plus de 87 ans et 11 mois en 2023. Dans ce contexte, environ 268 200 résidents souffrent de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée, soit 38 % des personnes accueillies. Autant de situations où la technologie peut épauler — jamais remplacer — les équipes.
Le virage numérique : financer le dossier usager informatisé
La première brique d’un EHPAD connecté, c’est le dossier usager informatisé (DUI). Pour accélérer son déploiement, l’État a engagé des moyens inédits via le programme ESMS numérique, piloté par la CNSA. Le Ségur de la santé y consacre une enveloppe de 630 millions d’euros. Sur ce total, près de 450 millions vont directement au financement des projets de terrain. L’ambition est nationale : l’objectif vise environ 34 000 établissements, soutenus à travers quelque 1 000 projets.
La dynamique est réelle. Plus de 21 200 ESSMS étaient embarqués dans le programme ESMS numérique fin 2024, et 40 projets nationaux embarquant près de 4 500 ESSMS ont ainsi été financés depuis 2021. Concrètement, pour un établissement, le financement pour l’acquisition d’un DUI est de 7 000 euros par ESSMS. La campagne se poursuit : en 2025, 87 millions d’euros sont mobilisés pour le programme ESMS numérique, dont 56 millions d’euros délégués aux agences régionales de santé. Pour comparer les solutions du marché, consultez notre comparatif des logiciels EHPAD et du DUI.
La télémédecine : un médecin à distance, un cadre précis
L’accès au médecin reste un point de tension en EHPAD. La télémédecine y répond, dans un cadre légal défini. La télémédecine est une forme de pratique médicale à distance utilisant les technologies de l’information et de la communication. Elle permet d’établir un diagnostic, d’assurer pour un patient à risque un suivi à visée préventive ou un suivi post-thérapeutique, et de requérir un avis spécialisé. Relèvent de la télémédecine les actes médicaux réalisés à distance au moyen d’un dispositif utilisant les technologies de l’information.
Deux exigences de la HAS structurent la pratique en établissement. La téléconsultation peut être réalisée depuis un établissement d’hébergement pour personne âgée dépendante, avec l’accompagnement d’un professionnel si l’organisation le permet. Et la traçabilité du consentement est impérative : le recueil du consentement, écrit ou oral, libre et éclairé du patient ou de son représentant légal doit être tracé dans le dossier. Notre guide de la télémédecine en EHPAD détaille l’organisation concrète d’une téléconsultation.
Capteurs et détection : prévenir les chutes
Les gérontechnologies les plus matures concernent la prévention des chutes, premier risque vital en gériatrie. Chaque année, on dénombre 2 millions de chutes chez les personnes de plus de 65 ans, et elles entraînent plus de 130 000 hospitalisations. C’est l’enjeu du plan national antichute, qui vise à réduire les chutes mortelles ou entraînant une hospitalisation des personnes âgées de 20 % d’ici 2024. Capteurs de présence, détecteurs de chute, chemins lumineux nocturnes et tapis connectés complètent — sans s’y substituer — la surveillance humaine. Pour la méthode, voyez notre guide complet de la prévention des chutes en EHPAD.
L’intelligence artificielle : promesses et garde-fous
L’IA s’invite dans les EHPAD : analyse prédictive du risque de chute ou de dénutrition, aide à la rédaction des transmissions, optimisation des plannings. La HAS pose un principe directeur clair. Le recours à l’IA générative en santé doit se faire en appui du professionnel. Elle alerte aussi sur ses limites : les réponses produites peuvent être erronées lorsqu’elles reposent sur des données non vérifiées. D’où une exigence méthodologique : tout recours à ces outils doit rester conscient, encadré et réfléchi. Autrement dit, l’IA est un appui à la décision, jamais un décideur. Notre guide de l’IA en EHPAD explore les cas d’usage concrets.
Réussir son projet : éthique, données et conduite du changement
Déployer une gérontechnologie ne se résume pas à un achat. Trois conditions de réussite reviennent sur le terrain :
- Le respect des droits et de l’intimité. Toute solution de surveillance (capteurs, géolocalisation, vidéo) doit être proportionnée, tracée et soumise au consentement du résident ou de son représentant, dans le respect du RGPD.
- L’appropriation par les équipes. Une technologie non comprise est une technologie abandonnée. La formation et l’association des soignants au choix de l’outil conditionnent l’usage réel.
- L’intégration au système d’information. Un capteur ou un dispositif de télésanté n’a de valeur que connecté au DUI et aux transmissions, pour éviter les doubles saisies.
La gouvernance de ces projets relève pleinement du pilotage de l’établissement : notre guide du management en EHPAD aborde la conduite du changement numérique.
FAQ — Gérontechnologies en EHPAD
Quelles aides financent le numérique en EHPAD ?
La télémédecine est-elle autorisée en EHPAD ?
Peut-on utiliser l’intelligence artificielle pour les soins ?
Les capteurs de chute remplacent-ils la surveillance humaine ?
Pour aller plus loin
- Logiciel EHPAD et DUI : le comparatif complet
- L’intelligence artificielle en EHPAD
- La télémédecine en EHPAD
- Prévention des chutes en EHPAD
- Alzheimer et maladies neurodégénératives
- Le management en EHPAD
- La grille AGGIR et le GIR
Sources officielles : CNSA — Programme ESMS numérique · Code de la santé publique — définition de la télémédecine (Légifrance) · HAS — L’IA générative en santé
