Un EHPAD du Grand Est cessera prochainement son activité d’hébergement et d’accueil des personnes âgées dépendantes, selon un communiqué de l’agence régionale de santé (ARS) diffusé début juillet 2026. Les motifs précis de cette cessation d’activité et les modalités de relogement des résidents ne sont pas détaillés publiquement. Mais au-delà de ce cas particulier, la fermeture d’un établissement pour personnes âgées dépendantes obéit à une procédure réglementaire stricte, encadrée par le code de l’action sociale et des familles (CASF) : qui décide, dans quels délais, et avec quelles garanties pour les résidents et le personnel ?
Les faits : qui a le pouvoir de fermer un EHPAD ?
D’après un article du code de l’action sociale et des familles, l’autorité qui a délivré l’autorisation ou, le cas échéant, le représentant de l’État dans le département, prononce la fermeture, totale ou partielle, provisoire ou définitive, d’un service ou établissement médico-social, lorsque les conditions techniques minimales de fonctionnement ne sont plus respectées ou en cas d’infractions aux lois et règlements. Cette même autorité peut mettre fin à toute activité ayant donné lieu à une création ou une transformation, ou constitutive d’une extension sans l’autorisation prévue à cet effet, ce qui vise notamment les extensions de capacité réalisées hors cadre légal. Pour la grande majorité des EHPAD, relevant d’une autorisation conjointe, la décision revient conjointement au président du conseil départemental et au directeur général de l’agence régionale de santé, pour les établissements dont l’autorisation relève simultanément des deux autorités — ce qui explique pourquoi les communiqués de fermeture associent généralement conseil départemental et ARS.
Ce pouvoir de fermeture s’exerce dans le prolongement d’un contrôle permanent : le représentant de l’État dans le département peut, à tout moment, diligenter les contrôles prévus par le CASF, en disposant à cette fin des moyens d’inspection et de contrôle de l’agence régionale de santé. Pour les établissements autorisés par le directeur général de l’ARS, les contrôles sont effectués par les personnels de l’agence régionale de santé elle-même — un maillage de contrôle dont nous avons détaillé l’intensité et les suites financières en 2026, et qui recoupe les axes de bientraitance encore à corriger dans sept établissements sur dix.
Administration provisoire : un dispositif distinct de la fermeture définitive
Avant d’en arriver à une fermeture, le CASF prévoit un dispositif intermédiaire : l’administration provisoire. Lorsque la situation financière fait apparaître un déséquilibre financier significatif et prolongé, ou lorsque sont constatés des dysfonctionnements dans la gestion financière de l’établissement, l’autorité de tarification compétente peut désigner un administrateur provisoire de l’établissement ou du service pour une durée qui ne peut être supérieure à une période de six mois renouvelable une fois. Cet administrateur accomplit, pour le compte de l’établissement, les actes d’administration urgents ou nécessaires pour mettre fin aux dysfonctionnements constatés ainsi que la préparation et la mise en œuvre d’un plan de redressement — son rôle est donc, en priorité, de redresser l’établissement, pas de le fermer. Ce mécanisme, que nous avons détaillé lorsque plusieurs structures ont été placées sous administration provisoire au printemps 2026, constitue la première étape avant toute décision de fermeture définitive. Si l’organisme gestionnaire gère également des établissements de santé, l’administrateur provisoire est désigné conjointement avec le directeur général de l’agence régionale de santé.
Pour les établissements de santé eux-mêmes, une procédure voisine existe : par décision motivée et pour une durée n’excédant pas douze mois, le directeur général de l’agence régionale de santé peut placer l’établissement public de santé sous administration provisoire, une durée qui peut être prorogée pour une durée maximum de douze mois — à défaut de décision en ce sens avant la fin du mandat des administrateurs, l’administration provisoire cesse de plein droit. Ce déclenchement peut intervenir en cas de manquement grave portant atteinte à la sécurité des patients, ou lorsque l’établissement ne présente pas de plan de redressement dans le délai requis. La décision peut s’appuyer sur un avis de la chambre régionale des comptes : le directeur général de l’agence peut au préalable saisir la chambre régionale des comptes en vue de recueillir son avis sur la situation financière de l’établissement, laquelle se prononce dans un délai de deux mois après la saisine. Durant toute cette période, les attributions du conseil de surveillance et du directeur sont assurées par les administrateurs provisoires.
Ce qui change pour les résidents
La priorité légale, en cas de fermeture, reste la continuité de la prise en charge, comme le rappelle le CASF : La ou les autorités compétentes pour délivrer l’autorisation ou, en cas de carence, le représentant de l’État dans le département, prennent en tant que de besoin les mesures nécessaires à la continuité de la prise en charge des personnes qui y étaient accueillies. Concrètement, cela se traduit au niveau de chaque contrat de séjour : un EHPAD peut résilier le contrat de séjour d’un résident si l’établissement cesse ses activités, mais l’établissement ne peut mettre fin au séjour qu’après avoir vérifié qu’un relogement approprié est bien organisé pour la personne concernée. Cette garantie protège le résident quel que soit le motif de la cessation d’activité.
À l’inverse, le résident conserve lui aussi une liberté de choix, y compris en dehors de tout contexte de fermeture : un simple courrier suffit pour mettre fin au contrat, à condition de respecter un mois de préavis. Ces garanties, précisées par la fiche officielle du portail national pour les personnes âgées consacrée au contrat de séjour en EHPAD, s’appliquent quel que soit le statut juridique de l’établissement, y compris lorsque les obligations de transparence renforcées par la loi bien vieillir de 2024 s’ajoutent au dispositif.
Ce qui change pour le personnel
Côté salariés, une fermeture définitive entraîne le plus souvent des licenciements pour motif économique, strictement encadrés par le code du travail : Le licenciement pour motif économique ne peut intervenir que si tous les efforts de formation et d’adaptation ont été réalisés et que le reclassement de l’intéressé ne peut être opéré sur les emplois disponibles, situés sur le territoire national, dans l’entreprise ou les autres entreprises du groupe. Lorsqu’un poste de reclassement existe, les offres de reclassement proposées au salarié doivent être écrites et précises — une exigence qui protège en particulier les équipes soignantes des EHPAD rattachés à un groupe disposant d’autres établissements.
Sur le plan financier, l’organisme gestionnaire dispose de 30 jours après l’arrêté de fermeture pour choisir entre verser les sommes exigibles ou procéder à la dévolution de l’actif net immobilisé, une disposition qui conditionne notamment le financement des indemnités de licenciement du personnel. C’est aussi pour anticiper ce type de scénario que le pilotage budgétaire des EHPAD — via l’EPRD et l’ERRD annuels — fait l’objet d’une vigilance croissante de la part des autorités de tarification.
Impact concret pour les directeurs et les IDEC
- Anticiper le risque financier : un déséquilibre financier prolongé peut déclencher une administration provisoire de six mois renouvelable une fois, avant toute perspective de fermeture — une vigilance qui commence dès l’élaboration des états budgétaires annuels.
- Documenter les efforts de reclassement : conserver la traçabilité des actions de formation et d’adaptation proposées aux salariés, exigée par le code du travail avant tout licenciement économique.
- Sécuriser les contrats de séjour : vérifier que chaque clause de résiliation pour cessation d’activité respecte le délai d’un mois dû au résident et l’obligation de solution de relogement adaptée.
- Se former aux obligations de transparence : la loi bien vieillir de 2024 a renforcé les obligations de signalement des directeurs d’EHPAD, y compris en amont d’une procédure de contrôle ARS.
- Rappeler aux équipes la triple obligation légale qui engage le directeur en matière de signalement, également mobilisable en amont d’une procédure de contrôle ou d’administration provisoire.
Perspectives
Le cas du Grand Est illustre un mouvement plus large de restructuration du secteur médico-social, sur fond de tension budgétaire pour de nombreux gestionnaires. Sans préjuger des motifs de cette cessation d’activité précise — non détaillés dans le communiqué de l’ARS —, la multiplication des procédures d’administration provisoire observée depuis le printemps 2026 invite les directions d’EHPAD à muscler leur pilotage budgétaire et leur dialogue avec l’autorité de tarification, bien en amont de toute difficulté susceptible de déclencher ces mécanismes.
