Avec le décret n° 2025-897 du 4 septembre 2025, les missions du médecin coordonnateur en EHPAD connaissent une refonte majeure : suivi médical élargi, télécoordination encadrée, reconnaissance législative de l’IDEC. Dans un contexte où près de 2 000 postes restent vacants sur 7 500 EHPAD, ce professionnel clé doit conjuguer leadership clinique, coordination pluridisciplinaire et conformité réglementaire. Voici le guide actualisé des bonnes pratiques pour 2026.
1. Cadre réglementaire : de l’article D312-158 au décret de 2025
Le socle juridique du médecin coordonnateur repose sur l’article D312-158 du Code de l’action sociale et des familles (CASF). Depuis le décret fondateur n° 2005-560 du 27 mai 2005, plusieurs textes ont progressivement élargi ses prérogatives :
- Décret n° 2019-714 du 5 juillet 2019 : extension du droit de prescription médicamenteuse. Le médecin coordonnateur peut désormais prescrire lorsque le médecin traitant n’est pas en mesure d’assurer une consultation, par intervention dans l’établissement, conseil téléphonique ou téléprescription. Introduction de l’évaluation gériatrique avec propositions diagnostiques et thérapeutiques.
- Décret n° 2022-731 du 27 avril 2022 : augmentation du temps minimal de présence (jusqu’à 1 ETP pour 200 places et plus) et conventionnement systématique avec un établissement de santé.
- Décret n° 2025-897 du 4 septembre 2025 : refonte complète des missions. Le médecin coordonnateur peut assurer le suivi médical des résidents qui le souhaitent et réaliser des prescriptions médicales dans ce cadre. Création du statut de l’infirmier coordonnateur (IDEC). Possibilité encadrée de télécoordination, sous information préalable de l’ARS.
Le contrat du médecin coordonnateur doit désormais distinguer clairement le temps consacré au suivi médical de celui dédié à la coordination. Cette séparation est essentielle pour la traçabilité et la tarification. Pour un panorama complet des obligations de conformité, consultez notre guide Inspection ARS en EHPAD.
2. Les 13 missions : tableau synthétique actualisé
Le décret de 2025 réorganise et enrichit les missions historiques. Voici la synthèse complète des missions du médecin coordonnateur telles qu’elles figurent désormais à l’article D312-158 du CASF :
| N° | Mission | Description clé |
|---|---|---|
| 1 | Projet général de soins et programme de prévention | Élaboration avec l’équipe soignante, intégration au projet d’établissement, coordination et évaluation de la mise en œuvre |
| 2 | Avis sur les admissions | Vérification de la compatibilité de l’état de santé avec les capacités de soins de l’établissement |
| 3 | Présidence de la commission de coordination gériatrique | Organisation de l’intervention des professionnels salariés et libéraux |
| 4 | Rapport annuel d’activité médicale | Modèle type fixé par arrêté du 6 février 2026, remontée nationale des données |
| 5 | Coordination de l’équipe soignante | Encadrement médical, protocoles de soins, référentiels |
| 6 | Évaluation gériatrique | Bilan à l’entrée puis en tant que de besoin, propositions diagnostiques et thérapeutiques |
| 7 | Bon usage du médicament | Adaptation des prescriptions aux impératifs gériatriques, lutte contre la iatrogénie |
| 8 | Préparation à l’évaluation externe (HAS) | Préparation des référentiels et critères qualité |
| 9 | Conventions avec les établissements de santé | Articulation des parcours de soins hospitaliers et EHPAD |
| 10 | Formation et encadrement | Contribution à la formation continue, encadrement des internes et des étudiants en service sanitaire |
| 11 | Coordination avec les réseaux gérontologiques | Mise en œuvre des réseaux coordonnés et réseaux de santé (art. L6321-1 CSP) |
| 12 | Droit de prescription élargi | Urgences, risques collectifs (grippe), et absence du médecin traitant |
| 13 | Suivi médical des résidents volontaires (nouveau 2025) | Fonction de médecin traitant pour les résidents qui en font la demande |
La mission n° 7 relative au bon usage du médicament s’inscrit dans une démarche globale de sécurisation. Notre guide du circuit du médicament en EHPAD détaille les protocoles et les outils de traçabilité.
3. Formation et qualifications requises en 2026
Le décret de 2025 actualise la liste des diplômes qualifiants pour exercer la fonction de médecin coordonnateur (article D312-157 du CASF). Cinq voies d’accès sont reconnues :
- DESC ou DES de gériatrie : diplôme d’études spécialisées (complémentaires) de gériatrie.
- Capacité de gérontologie : formation historique, progressivement remplacée depuis 2021.
- DU de médecin coordonnateur d’EHPAD : formation mixte (70 % distanciel, 2 séminaires présentiels, 70 h de stage).
- DIU national de médecine de la personne âgée (nouveau 2025) : cursus de 2 ans porté par le Collège National des Enseignants de Gériatrie. Prérequis au DIU de coordination en gériatrie.
- Attestation de formation continue : à défaut des diplômes précédents, une formation spécifique validée.
La demande de formation explose : les sessions 2025-2026 affichent complet dans plusieurs universités (Montpellier, Paris-Saclay, Dijon). Le coût du DIU s’établit autour de 1 450 € de frais pédagogiques, auxquels s’ajoutent les droits d’inscription universitaire. Pour intégrer ces formations dans votre plan de développement des compétences, retrouvez notre guide des formations obligatoires en EHPAD.
4. Pénurie et stratégies de recrutement
La situation est préoccupante : près de 2 000 postes de médecin coordonnateur restent vacants sur les 7 500 EHPAD français. Un tiers des établissements fonctionne sans ce professionnel clé, selon les données de la Cour des comptes et du Sénat. En 2021, la DREES estimait que 93 % des EHPAD disposaient d’un médecin coordonnateur, mais ce chiffre masque les vacances temporaires et les temps partiels insuffisants.
Facteurs de la pénurie
- Démographie médicale défavorable : seulement 1 817 gériatres en activité régulière pour plus de 7 000 EHPAD (Conseil national de l’Ordre des médecins, 2022).
- Attractivité limitée du temps partiel : dans les zones peu denses, combler le reste du temps médical est difficile.
- Contraintes réglementaires accrues : le seuil de 200 résidents imposant plus d’un médecin coordonnateur crée une tension supplémentaire.
- Épuisement professionnel : l’accumulation des missions sans moyens proportionnels provoque du turnover.
Leviers de recrutement et de fidélisation
- Prime de revalorisation Ségur : 517 € brut mensuels depuis avril 2022 (décret n° 2022-717).
- Cumul d’activités : exercice libéral en parallèle ou coordination sur plusieurs établissements.
- Télécoordination : solution temporaire encadrée pour les territoires sous-dotés.
- Parcours de formation financés : ANFH, OPCO Santé, CNFPT pour les établissements publics.
Pour approfondir les stratégies RH adaptées au secteur, consultez notre guide du management en EHPAD.
5. Leadership médical et coordination pluridisciplinaire
Le médecin coordonnateur occupe une position unique : il exerce sous l’autorité administrative du directeur tout en assurant un leadership clinique sur l’ensemble de l’équipe soignante. Cette dualité exige des compétences relationnelles et organisationnelles spécifiques.
La commission de coordination gériatrique
Présidée par le médecin coordonnateur, elle réunit l’ensemble des professionnels intervenant dans l’établissement (salariés et libéraux). C’est le lieu privilégié pour harmoniser les pratiques, définir les protocoles communs et résoudre les tensions entre exercice libéral et cadre institutionnel.
Binôme médecin coordonnateur / IDEC
Le décret de 2025 consacre législativement le rôle de l’infirmier coordonnateur (IDEC), qui participe désormais à la coordination de l’équipe paramédicale et concourt à plusieurs missions du médecin coordonnateur (missions 1, 2, 4, 5, 8 à 10 de l’art. D312-158). Ce binôme stratégique est le pilier de la qualité des soins. Retrouvez le détail de la fonction dans notre fiche métier du médecin coordonnateur.
Coordination avec les médecins traitants
La coexistence entre médecin coordonnateur et médecins traitants libéraux reste un enjeu majeur. Le coordonnateur ne se substitue pas au traitant mais assure la cohérence globale. Il doit informer systématiquement le médecin traitant de toute prescription réalisée et transmettre les conclusions de l’évaluation gériatrique. Dans les EHPAD où des résidents n’ont pas de médecin traitant, la possibilité d’assurer ce rôle (mission 13) représente une avancée concrète pour la continuité des soins.
6. Qualité, évaluation HAS et rapport annuel
Le médecin coordonnateur est un acteur incontournable de la démarche qualité et de la préparation aux évaluations externes.
Le nouveau rapport annuel d’activité médicale
L’arrêté du 6 février 2026 fixe le modèle type du rapport annuel d’activité médicale prévu à l’article D312-158. Ce rapport alimente désormais un traitement national de données, renforçant la transparence et le pilotage du secteur. Il doit couvrir les indicateurs de morbidité, les hospitalisations évitables, la couverture vaccinale, le taux de chutes, les prescriptions de psychotropes et la prévalence de la dénutrition.
Contribution à l’évaluation HAS
Le référentiel d’évaluation de la qualité de la HAS intègre directement le rôle du médecin coordonnateur sur plusieurs critères : continuité et sécurité des soins, gestion du circuit du médicament, prévention des risques (chutes, dénutrition, escarres), respect des droits des résidents. Le médecin coordonnateur est le garant technique de la conformité médicale lors des visites d’évaluation. Pour maîtriser tous les critères, consultez notre guide de l’évaluation HAS en EHPAD.
7. Bonnes pratiques de leadership au quotidien
Au-delà du cadre réglementaire, l’efficacité du médecin coordonnateur repose sur des pratiques concrètes de leadership :
Organisation du temps
- Planifier le temps de coordination vs le temps clinique : le décret 2025 impose une distinction contractuelle. En pratique, bloquer des créneaux dédiés à chaque fonction.
- Structurer les réunions de coordination : commission de coordination gériatrique au minimum trimestrielle, staffs pluridisciplinaires hebdomadaires.
- Utiliser les outils numériques : le DUI (dossier usager informatisé) facilite le partage d’information en temps réel entre le médecin coordonnateur, l’IDEC et les médecins traitants.
Protocoles et référentiels
- Formaliser les protocoles de soins : prescriptions anticipées personnalisées, conduite à tenir en urgence, gestion des épidémies (grippe, Covid, gastro-entérites).
- Intégrer la démarche palliative : anticiper les situations de fin de vie en lien avec les équipes mobiles de soins palliatifs.
- Piloter les indicateurs qualité : taux de chutes, prévalence des escarres, couverture vaccinale, hospitalisations non programmées.
Posture de leader
- Fédérer les médecins libéraux : valoriser leur expertise, faciliter leur intervention (créneaux, accès dossier), instaurer un dialogue régulier.
- Accompagner les soignants : formations internes, analyses de pratiques, soutien dans les situations complexes (contention, refus de soins, fin de vie).
- Collaborer avec la direction : le binôme directeur/médecin coordonnateur est déterminant pour l’orientation stratégique de l’établissement.
Pour aller plus loin sur les enjeux de coordination médicale et paramédicale, retrouvez nos articles sur les missions officielles du médecin coordonnateur et sur l’encadrement soignant en EHPAD.
Questions fréquentes
Le médecin coordonnateur peut-il être médecin traitant des résidents ?
Oui, depuis le décret n° 2025-897 du 4 septembre 2025, le médecin coordonnateur peut assurer le suivi médical des résidents qui en font la demande et réaliser des prescriptions médicales dans ce cadre. Son contrat doit alors distinguer le temps consacré au suivi médical de celui dédié à la coordination. Cette évolution répond à la pénurie de médecins traitants intervenant en EHPAD.
Quels diplômes sont exigés pour exercer la fonction en 2026 ?
L’article D312-157 du CASF reconnaît cinq diplômes : le DESC ou DES de gériatrie, la capacité de gérontologie, le DU de médecin coordonnateur d’EHPAD, le DIU national de médecine de la personne âgée (ajouté par le décret 2025), ou à défaut une attestation de formation continue. Le DIU de médecine de la personne âgée remplace progressivement la capacité de gérontologie depuis 2021.
Quel est le temps minimal de présence requis ?
Depuis le 1er janvier 2023 (décret n° 2022-731), le temps minimal varie selon la capacité : 0,40 ETP pour moins de 44 places, 0,80 ETP pour 60 à 99 places, et 1 ETP pour 200 places ou plus. Les établissements de plus de 200 résidents doivent recruter plus d’un médecin coordonnateur.
Qu’est-ce que la télécoordination ?
Introduite par le décret 2025, la télécoordination permet au médecin coordonnateur d’exercer certaines missions à distance lorsque l’EHPAD ne peut pas disposer du temps de coordination prévu. Elle est strictement encadrée : durée limitée, information préalable de l’ARS, et conditions fixées par arrêté (non encore publié à date).
Quelle rémunération pour un médecin coordonnateur en 2026 ?
La rémunération moyenne se situe entre 64 800 et 92 700 € brut annuels selon les sources et l’expérience. La Convention Collective Nationale de 1951 positionne le salaire brut débutant à environ 4 833 € mensuels. S’y ajoute la prime de revalorisation Ségur de 517 € brut mensuels (décret n° 2022-717). Le cumul d’activités (coordination sur plusieurs établissements ou exercice libéral) est fréquent.
Le médecin coordonnateur peut-il être directeur de l’EHPAD ?
Non. L’article D312-158 du CASF prévoit expressément une incompatibilité entre la fonction de médecin coordonnateur et celle de directeur d’établissement. Cette séparation garantit l’indépendance du jugement médical dans les décisions d’admission et de prise en charge.
Que se passe-t-il quand un EHPAD n’a pas de médecin coordonnateur ?
Près d’un tiers des EHPAD connaissent des périodes de vacance du poste. L’IDEC assure alors une partie de la continuité, mais ne peut exercer les missions proprement médicales (prescription, avis sur les admissions, évaluation gériatrique). La télécoordination constitue une solution temporaire. L’établissement doit informer l’ARS et mettre en œuvre un plan de recrutement actif.
Pour aller plus loin
Sur SOS EHPAD :
- Fiche métier médecin coordonnateur : guide complet 2026
- Management en EHPAD : guide complet
- Évaluation HAS en EHPAD : guide complet
- Circuit du médicament en EHPAD
- Soins palliatifs et fin de vie en EHPAD
- Formations obligatoires en EHPAD
- Inspection ARS en EHPAD
- Missions officielles des médecins coordonnateurs
- EHPAD sans médecin coordonnateur : quand l’IDEC prend le relais
- Commissions gériatriques en EHPAD
Sources officielles :