Présenté le 26 mars 2026 à Paris, le baromètre emploi-formation OPCO Santé 2025 sonne l’alarme : 90 000 départs en retraite sont attendus dans les trois prochaines années dans le secteur sanitaire, social et médico-social. Plus de 11 000 postes d’aides-soignants seront à pourvoir sur cette seule période. Pour les EHPAD, la contrainte est double : recruter massivement tout en faisant face à une réduction des enveloppes budgétaires dédiées à la formation.
Une double bombe à retardement révélée par le baromètre
Fondé sur les données arrêtées au 31 décembre 2024 et présenté par Rémy Mazzocchi, directeur général de l’OPCO Santé, le baromètre 2025 dresse un tableau sans fard de la situation. Le chiffre le plus marquant : 90 000 salariés partiront en retraite dans les trois prochaines années sur un périmètre d’environ 900 000 salariés couverts (secteur sanitaire, social et médico-social privé non lucratif, hospitalisation privée et services de santé au travail). Cela représente un renouvellement forcé de 10 % des effectifs dans un délai historiquement court.
Mais la retraite n’est pas la seule explication à la tension sur les effectifs. Le baromètre révèle que 54 % des départs en CDI sont des démissions, soit plus d’un départ sur deux. Le turn-over sectoriel atteint 12 %, légèrement au-dessus de la moyenne nationale. Conséquence directe : le recours aux salariés exerçant en « faisant fonction » a progressé de +15 % entre 2021 et 2024, signe que les établissements comblent les vides avec les moyens du bord.
Pour maintenir l’activité à niveau constant, le secteur devra pourvoir 145 000 postes sur la période. Et 42 % des établissements déclarent déjà que leurs difficultés de recrutement actuelles ont un impact concret sur la qualité des soins et de l’accompagnement dispensés. Pour aller plus loin sur les stratégies de recrutement, consultez notre guide complet Recrutement & Fidélisation en EHPAD.
Les aides-soignants et les IDE en première ligne
Les aides-soignants représentent 12 % des effectifs du périmètre OPCO Santé et concentrent le besoin le plus urgent : plus de 11 000 postes à pourvoir en trois ans dans le secteur médico-social. Cette tension est structurelle : un salarié sur cinq a aujourd’hui plus de 55 ans dans le secteur, et l’âge moyen dépasse 42 ans. La pyramide des âges ne laisse aucun doute sur l’ampleur du choc démographique qui arrive.
Les infirmiers diplômés d’État (IDE) suivent la même trajectoire, avec 8 % des effectifs concernés par les départs prévisibles. Pour les IDEC, la problématique est différente mais complémentaire : gérer des équipes incomplètes tout en transmettant les savoirs aux nouveaux arrivants devient une mission à part entière. La fiche métier IDEC et la fiche de poste aide-soignante détaillent les compétences et parcours qui permettent de structurer ces transmissions.
Les accompagnants éducatifs et sociaux (AES) et les personnels des services généraux (ASH, agents d’entretien) figurent également parmi les dix métiers les plus exposés aux départs. La fiche métier ASH rappelle que ces professionnels constituent souvent le premier maillon de la chaîne de soins et que leur remplacement ne peut pas se traiter dans l’urgence.
La pression budgétaire sur la formation : un paradoxe alarmant
Le baromètre identifie un paradoxe central : au moment précis où le secteur doit former massivement pour intégrer et qualifier ces 145 000 nouveaux arrivants, les enveloppes budgétaires de formation se réduisent. Rémy Mazzocchi l’a lui-même souligné : « Nous sommes dans une période où nous devons répondre à des besoins de recrutements non couverts et à des évolutions fortes des métiers. »
Depuis le 1er mars 2026, une nouvelle contribution légale est entrée en vigueur pour le financement de l’apprentissage dans le secteur SSSMS (sanitaire, social, médico-social) privé non lucratif : les établissements associatifs doivent désormais verser une contribution supplémentaire, ce qui modifie le calcul des enveloppes disponibles. Par ailleurs, les partenaires sociaux signalent des « réductions des enveloppes budgétaires légales », notamment pour l’alternance, dans un contexte de restriction budgétaire global.
Pourtant, l’alternance reste un levier prometteur : le baromètre confirme que l’apprentissage a plus que doublé depuis sa première édition, et que 75 % des PME et TPE du secteur ont envoyé au moins un salarié en formation en 2025. Le guide des formations obligatoires en EHPAD et la page sur la VAE aide-soignante sont des ressources utiles pour structurer ces parcours de montée en compétences.
Ce que les directeurs d’EHPAD doivent mettre en place dès maintenant
Face à cette situation, plusieurs leviers d’action sont activables immédiatement. Le premier est la gestion prévisionnelle des emplois et compétences (GPEC) : cartographier les départs prévisibles sur 3 ans poste par poste, identifier les profils les plus exposés, et lancer les recrutements en amont plutôt qu’en urgence. Les outils proposés dans notre article sur la gestion de l’absentéisme et de la fidélisation constituent un bon point de départ.
Le deuxième levier est le renforcement de l’attractivité de l’établissement. Le baromètre confirme que le turn-over est d’abord causé par des démissions : améliorer le climat social, l’organisation du travail et la reconnaissance des compétences est donc plus efficace qu’une simple politique salariale. Le guide QVT et prévention du burnout propose une méthodologie structurée pour agir sur ces dimensions.
Troisième levier : les partenariats avec les IFAS et IFSI locaux. Accueillir des étudiants en stage, participer à leurs journées portes ouvertes, nouer des conventions de partenariat : ces démarches permettent de constituer un vivier de futurs professionnels avant qu’ils arrivent sur le marché du travail. Enfin, le recours à l’alternance (contrats d’apprentissage, contrats de professionnalisation) permet de former en interne des candidats qui n’auraient pas candidaté spontanément. Pour un panorama complet des dispositifs disponibles, notre article sur le management en EHPAD aborde les outils RH applicables dans ce contexte.
Perspectives 2026-2028 : 4 500 postes financés, mais est-ce suffisant ?
Dans ce contexte, la LFSS 2026 a prévu une enveloppe de 250 millions d’euros pour financer 4 500 professionnels supplémentaires en EHPAD, avec un objectif de 50 000 postes créés d’ici 2030. Un effort qui va dans le bon sens, mais que le baromètre OPCO Santé remet en perspective : avec 145 000 postes à pourvoir sur trois ans rien que pour maintenir les effectifs actuels, les 4 500 postes financés représentent moins de 4 % du besoin identifié.
Les accidents du travail constituent un autre signal d’alerte : ils ont progressé de +15 points sur la branche sanitaire-sociale-médico-sociale, les risques psychosociaux (RPS) étant identifiés comme le premier risque professionnel. Cette dégradation est cohérente avec la surcharge engendrée par les effectifs incomplets. Elle renforce l’urgence de traiter le sujet de façon systémique et non ponctuelle, en s’appuyant notamment sur les données du guide financement EHPAD pour construire un argumentaire budgétaire auprès des autorités de tarification.