Le géant des Ehpad, Orpea, a récemment été « sauvé » par la Caisse des dépôts (CDC) après une série de négociations à rebondissements. Cette prise de contrôle, bien que nécessaire, ne fait pas l’unanimité dans le secteur. Les acteurs publics et associatifs, ainsi que les entreprises de services à domicile, demandent un soutien financier massif. Dans une tribune pour Challenges, Yann Reboulleau, président du Groupe Philogeris, qui gère 17 Ehpad et résidences autonomie en France, analyse les répercussions de cet accord de restructuration financière d’Orpea sur l’ensemble du secteur et chacun de ses acteurs, dont le modèle économique va inévitablement se transformer. Selon lui, il est temps de penser à construire un avenir plutôt que de simplement « sauver les meubles ».
L’accord de restructuration financière d’Orpea aura des conséquences bien au-delà de l’entreprise elle-même. Il est le premier pas vers une refondation nécessaire du modèle financier des EHPAD, qui sera réinitialisé pour l’ensemble du secteur et chacun de ses acteurs. Les fonds d’investissement impliqués dans des opérations « à effet de levier » devront également se soumettre à cette nouvelle arithmétique de refondation, où il va falloir « prendre sa perte ».
La refondation économique de ce secteur d’activité implique de considérer les caractéristiques économiques qui ne sont pas celles d’un marché dérégulé. Les investissements nécessaires à la reconstruction du modèle doivent être faits en considération des transferts sociaux et de la redistribution d’un bien commun, à savoir notre système de protection sociale. Cette réalité économique, lorsqu’elle devient financière, ne peut s’affranchir d’un bénéfice raisonnable.
La refondation de ce secteur implique également une révolution des critères de responsabilité sociale des entreprises. La notion de partie prenante doit cesser d’être qu’un simple élément de langage. Les attentes des citoyens âgés, qui ont été les acteurs des grands changements du XXe siècle et qui ont construit notre système de protection sociale, doivent être au centre de la réflexion pour repenser les offres de prestations. Les opérateurs doivent être actifs dans cette période de refondation et participer à la reconstruction d’un nouveau modèle économique. Les pouvoirs publics ont également un rôle important à jouer en définissant le volume de flux de redistribution qu’il faut y consacrer.
Le « sauvetage » d’Orpea par la Caisse des dépôts est l’acte préliminaire d’une refondation nécessaire du modèle économique des EHPAD. Cette refondation aura des conséquences bien au-delà de l’entreprise Orpea elle-même. Les acteurs financiers devront se soumettre à cette nouvelle arithmétique de refondation et les opérateurs du secteur devront être actifs dans cette période de reconstruction. Il est temps de construire un avenir solide pour les EHPAD