La lutte contre l’antibiorésistance est devenue une priorité mondiale. En France, les autorités sanitaires ont élaboré une feuille de route interministérielle décennale pour combattre ce fléau, intégrant les santés humaine, animale et environnementale. Bien que la consommation globale d’antibiotiques diminue, les établissements de santé et les Ehpad font face à une augmentation de la résistance bactérienne. Cette problématique met en lumière l’importance de stratégies efficaces et durables.
La Feuille de Route Interministérielle: Une Approche Globalisée
Depuis septembre 2024, la lutte contre l’antibiorésistance s’inscrit dans une feuille de route interministérielle décennale. Cette approche, baptisée « Une seule santé », associe les santés humaine, animale et environnementale. Selon Santé publique France, cette stratégie est essentielle pour freiner la résistance bactérienne.
Les actions menées en 2023 montrent une baisse globale de la consommation d’antibiotiques. En ville, 90% de la consommation d’antibiotiques a lieu. Cependant, dans les établissements de santé et les Ehpad sans pharmacie à usage intérieur, la consommation était de 4,1 prescriptions et 39,9 doses définies journalières (DDJ) pour 1 000 journées d’hébergement. Cette consommation a diminué de 18% en prescriptions et 16% en DDJ depuis 2015. Toutefois, cette évolution n’est pas linéaire, avec des fluctuations notables pendant la crise sanitaire.
La Résistance Bactérienne: Un Défi Croissant dans les Ehpad
La montée de la résistance bactérienne est particulièrement préoccupante dans les Ehpad. Le rapport de Santé publique France relève une hausse de la résistance aux céphalosporines de troisième génération (C3G), plus élevée dans les Ehpad qu’en ville. Le taux de résistance est de 9,3% dans ces établissements, dépassant la cible de 8% fixée par la stratégie nationale. Pour les fluoroquinolones, le taux de résistance est de 18%, avec une remontée en 2023 après une baisse depuis 2015.
Les établissements de santé ne sont pas épargnés. L’incidence des infections à entérobactérales productrices de bêta-lactamases à spectre étendu (EBLSE) indique une hausse de la résistance. Bien que ces chiffres doivent être interprétés avec prudence, Santé publique France souligne la nécessité de poursuivre les efforts de maîtrise de la transmission croisée et de meilleur usage des antibiotiques.
La Consommation d’Antibiotiques à l’Hôpital: Des Disparités Notables
La consommation d’antibiotiques à l’hôpital est un autre aspect crucial de cette lutte. En moyenne, elle est de 312 DDJ pour 1 000 journées d’hospitalisation. Cependant, cette moyenne cache de fortes disparités selon le type d’établissement. Les prescriptions visant à limiter l’usage de certains antibiotiques, notamment ceux de groupe 3 réservés à la prescription hospitalière, représentent environ 2% des prescriptions et diminuent depuis 2013.
Une enquête de la Haute Autorité de santé sur la durée des antibiothérapies pour les infections respiratoires basses montre un niveau satisfaisant pour 86% des établissements. Ces résultats sont encourageants et témoignent de l’engagement des professionnels de santé dans la prévention de l’antibiorésistance. Toutefois, des améliorations sont nécessaires, notamment concernant l’indication de la durée sur la prescription, la traçabilité de la justification de la prolongation du traitement et la présence d’un référent en antibiothérapie dans les établissements. En 2023, 12% des structures sanitaires n’en comptent toujours pas.
Les Perspectives et les Défis Futurs
Pour atteindre les objectifs fixés par la stratégie nationale, notamment les 35,8 DDJ pour 1 000 journées d’ici 2025, plusieurs actions sont nécessaires. La rigueur des mesures barrières, comme l’hygiène des mains et la gestion des excréta, doit être maintenue. De plus, la vaccination joue un rôle crucial dans la prévention des infections.
La présence d’un référent en antibiothérapie dans chaque établissement est également essentielle. En 2023, 12% des structures sanitaires n’en comptent toujours pas, ce qui montre l’importance de former et de sensibiliser les professionnels de santé.
En bref
La lutte contre l’antibiorésistance est un défi complexe qui nécessite une approche globalisée et coordonnée. Les autorités sanitaires ont fait des progrès significatifs, mais des défis importants subsistent, notamment dans les Ehpad et les établissements de santé. En continuant à appliquer des mesures rigoureuses et en formant les professionnels de santé, il est possible de freiner la montée de la résistance bactérienne et de protéger la santé publique.