Mis à jour le 6 mai 2026 — La doll therapy (ou médiation par la poupée) est une thérapie non médicamenteuse (TNM) validée pour les résidents présentant des troubles cognitifs, reconnue par la Fédération Hospitalière de France dès 2017. Ce guide pratique vous accompagne étape par étape dans la mise en place de cette approche dans votre EHPAD, en intégrant les enjeux éthiques, la formation des soignants et l’évaluation des effets.
Qu’est-ce que la doll therapy ?
La doll therapy est une intervention psychosociale qui consiste à accompagner des personnes souffrant de démence dans leur relation avec une poupée thérapeutique (poupée empathique ou bébé reborn réaliste). Elle est principalement utilisée pour les résidents atteints de la maladie d’Alzheimer ou d’autres maladies neurodégénératives — en France, plus de 1,2 million de personnes vivaient avec Alzheimer en 2025, une projection à 2,1 millions est attendue pour 2050.
Contrairement à une idée reçue, la doll therapy ne consiste pas à « donner une poupée » de façon informelle. C’est une approche structurée, protocolisée, encadrée par des professionnels formés, et intégrée au projet de soins personnalisé des résidents Alzheimer. Elle peut se pratiquer en PASA, en UHR ou en unité protégée.
Les bénéfices documentés en EHPAD
Les études cliniques et les retours de terrain convergent sur plusieurs bénéfices observés chez les résidents bénéficiant de la doll therapy :
- Réduction de l’agitation, de l’anxiété et de l’errance : les comportements perturbateurs (cris, déambulation nocturne, agressivité) diminuent significativement chez de nombreux résidents.
- Amélioration du bien-être général : sourires, verbalisations spontanées, contact visuel, participation aux soins.
- Sentiment d’utilité et de responsabilité : le résident « s’occupe » de la poupée, retrouve un rôle social actif là où la démence le place en position de dépendance totale.
- Réduction de la consommation de psychotropes dans les établissements ayant protocolisé la démarche, selon plusieurs études de terrain françaises.
- Facilitation des soins : les soignants rapportent une plus grande coopération des résidents lors de la toilette ou de la prise de médicaments lorsque la poupée est présente.
En 2017, la FHF a décerné le 2e Prix Qualité des Soins à l’EHPAD de Comines (59) pour son projet « Une approche singulière du prendre soin : la poupée empathique », marquant l’entrée officielle de la doll therapy dans les pratiques validées. Elle s’inscrit dans le même cadre que d’autres TNM comme la musicothérapie, l’art-thérapie ou la thérapie Snoezelen.
Protocole de mise en place : les 5 étapes
Étape 1 — Sélection des résidents bénéficiaires
La doll therapy ne convient pas à tous les résidents. Les profils les plus bénéficiaires sont les personnes présentant des troubles cognitifs modérés à sévères avec comportements d’agitation, d’errance ou d’anxiété. Sont généralement exclus les résidents présentant un refus explicite, une aversion aux poupées ou un stade très avancé de la démence limitant toute interaction.
La sélection se fait en équipe pluridisciplinaire : IDE, IDEC, médecin coordonnateur, aide-soignante référente, psychologue si disponible. Elle s’appuie sur l’observation comportementale et l’analyse de l’histoire de vie du résident (a-t-il eu des enfants ? aimait-il les bébés ?).
Étape 2 — Évaluation préalable et recueil du consentement
Avant toute introduction de la poupée, une évaluation comportementale de base est réalisée (échelle NPI-ES ou grille d’agitation de Cohen-Mansfield) pour mesurer l’effet de l’intervention. Le consentement du résident doit être recherché en situation : même une personne ayant perdu la capacité de décider sur des sujets complexes peut exprimer un accord ou un refus vis-à-vis d’une poupée présentée.
En cas d’incapacité totale, l’équipe consulte le proche de confiance ou le tuteur, et décide en collégialité dans l’intérêt du résident. La famille doit être informée et idéalement associée — certains proches participent activement à la démarche.
Étape 3 — Introduction progressive de la poupée
La poupée est présentée avec soin, en situation naturelle, par un soignant formé. L’introduction est progressive : observer la réaction du résident lors d’une première mise en présence, noter ses comportements (intérêt, rejet, indifférence), ne jamais forcer. Si la réaction est positive, la poupée peut être laissée dans la chambre. Si la réaction est négative, l’intervention est suspendue et réévaluée.
Étape 4 — Séances d’animation structurées
Des séances régulières peuvent être organisées, animées par un soignant formé ou un animateur. La poupée est présentée comme un bébé à soigner, habiller, bercer. Le soignant accompagne sans corriger les perceptions du résident (technique de l’entrée dans le monde de l’autre). La durée idéale est de 20 à 30 minutes. Cette approche complète d’autres activités proposées par la thérapie occupationnelle.
Étape 5 — Évaluation continue et réajustement
L’évaluation est continue : après 4 à 6 semaines, l’équipe mesure l’évolution des comportements ciblés à l’aide des mêmes grilles utilisées en amont. Les résultats sont intégrés dans la traçabilité du projet de soins personnalisé. Si les effets sont positifs, l’intervention est maintenue et adaptée. Si les effets sont neutres ou négatifs sur plusieurs semaines, l’arrêt est envisagé en équipe.
Formation des soignants : un prérequis non négociable
La doll therapy ne s’improvise pas. Une formation minimale de deux jours dispensée par un thérapeute spécialisé est recommandée pour les soignants qui animent les séances. Cette formation couvre : les bases théoriques (mécanismes neurobiologiques, données probantes), la sélection des résidents, la technique d’introduction, les enjeux éthiques, les grilles d’évaluation et la traçabilité.
Des organismes proposent des formations spécifiques à la médiation par la poupée, finançables via les enveloppes formation des EHPAD (OPCO Santé, ANFH pour le secteur public). La formation doit être régulièrement renouvelée et complétée par des supervisions d’équipe.
Cadre éthique : les points de vigilance
- Non infantilisation : la poupée ne doit jamais être présentée comme un jouet pour enfant. Le soignant adopte une posture respectueuse et adulte.
- Pas de mensonge délibéré : si le résident demande si c’est un vrai bébé, on peut répondre « c’est une belle poupée » sans confirmer ni nier une illusion.
- Respect du refus : toute marque de rejet (grimacer, repousser la poupée) doit entraîner l’arrêt immédiat de l’interaction.
- Hygiène de la poupée : les poupées utilisées en EHPAD doivent être nettoyées régulièrement selon les protocoles d’hygiène en vigueur.
- Traçabilité : chaque séance et chaque observation doivent être consignées dans le dossier de soins pour assurer la continuité et permettre l’évaluation.
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La doll therapy est-elle recommandée par la HAS ?
Quel type de poupée utiliser : poupée empathie ou bébé reborn ?
Les familles s’opposent parfois à la doll therapy — comment gérer ?
Combien coûte la mise en place de la doll therapy dans un EHPAD ?
La doll therapy peut-elle être proposée hors des unités Alzheimer ?
Pour aller plus loin
- Guide complet Alzheimer et maladies neurodégénératives en EHPAD
- PASA, UHR et unités protégées en EHPAD
- Musicothérapie en EHPAD : bienfaits et mise en place
- Art-thérapie en EHPAD : techniques et formation
- Formation Snoezelen : contenu, durée et financements
- Thérapie occupationnelle en EHPAD
- Alzheimer et animation en EHPAD : pratiques adaptées
- Améliorer la qualité de vie des résidents en EHPAD