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Contrôles des EHPAD post-Orpea : 96 % inspectés, un bilan mitigé

1 avril 2025 9 min de lecture Nicolas Mortel
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Dans un secteur encore ébranlé par le scandale Orpea, la confiance des Français envers les EHPAD reste fragile. Charlotte Parmentier-Lecocq, ministre chargée de l’Autonomie et du Handicap, a présenté récemment un premier bilan des contrôles massifs lancés en 2022. Face aux résultats mitigés, certains établissements innovent pour se réinventer et regagner la confiance du public. Entre labellisations, intégration de bénévoles et nouvelles pratiques, les professionnels du secteur tentent de redorer leur image malgré des défis structurels persistants, notamment le sous-effectif chronique.

Un contrôle quasi-total des établissements, mais des méthodes questionnées

Le plan de contrôle des EHPAD lancé après le scandale Orpea touche à sa fin. D’ici juin 2025, 100% des 7 500 EHPAD français auront été contrôlés, 96% l’étant déjà fin 2024. Ce chiffre impressionnant mérite toutefois une nuance importante. Seulement un établissement sur trois a reçu la visite effective des inspecteurs. Les autres ont été évalués uniquement « sur pièces », une méthode nettement moins approfondie.

La qualité même des contrôles sur site suscite des interrogations. Dans de nombreux cas, aucun médecin n’était présent dans l’équipe d’inspection. Cette absence empêche l’accès à des données médicales potentiellement révélatrices de situations problématiques, comme l’a souligné France Info.

Les résultats de cette vaste campagne d’inspection montrent une situation contrastée. D’un côté, le gouvernement met en avant que seulement 11% des établissements ont été considérés en situation dégradée. De l’autre, près de 26 000 mesures correctives ont été adressées aux 6 200 premiers EHPAD contrôlés au 30 juin 2024.

Plus préoccupant encore, 55 établissements ont fait l’objet de sanctions administratives sévères comme une mise sous administration provisoire ou une fermeture pure et simple. Ces cas extrêmes représentent certes une minorité, mais illustrent la gravité de certaines situations découvertes.

Contrôles et résultats

Le plan de contrôle, annoncé il y a trois ans, visait les 7 500 Ehpad français. D’après les données officielles (info.gouv.fr), 96 % avaient été inspectés ou contrôlés sur pièces fin 2024, avec un objectif de 100 % d’ici juin 2025. Cependant, la méthode varie :

  • Seulement un tiers a été inspecté sur site, les autres l’étant « sur pièces », ce qui limite la profondeur des évaluations.
  • Dans certains cas, l’absence de médecin lors des inspections sur site a empêché l’accès à des données médicales cruciales, comme le souligne France Info.

Les résultats, consultés via des documents internes par Le Canard enchaîné et France Info, montrent un tableau mitigé :

  • Près de 90 % des contrôles n’ont pas débouché sur des injonctions (mesures correctives pour risques graves).
  • Environ 70 % des Ehpad ont été identifiés avec des éléments à améliorer, indiquant des besoins structurels.
  • 11 % sont considérés en situation dégradée, un chiffre significatif.
  • 55 Ehpad ont reçu des sanctions administratives, telles que la mise sous administration provisoire ou la fermeture, confirmant des dysfonctionnements graves (Le Parisien).
  • 40 signalements ont été faits au procureur de la République, montrant des cas graves de maltraitance.
  • D’ici juin 2024, 26 000 mesures correctives avaient été adressées aux 6 200 premiers Ehpad contrôlés, un effort notable mais révélateur d’un besoin systémique.
CatégorieStatistique
Ehpad inspectés ou contrôlés fin 202496 % (7 500 total)
Objectif d’inspection complète100 % d’ici juin 2025
Contrôles sans injonction~90 %
Ehpad avec améliorations nécessaires~70 %
Ehpad en situation dégradée~11 %
Ehpad sanctionnés (administration ou fermeture)55
Signalements au procureur40
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Une transparence encore perfectible

La fiabilité des signalements reste un point de vigilance majeur. Selon une enquête de France 2, certains incidents seraient encore minimisés. Chaque établissement doit normalement transmettre à son agence régionale de santé un signalement d’événement indésirable grave dès qu’un dysfonctionnement survient.

Or, l’émission « L’Œil du 20 heures » a révélé une pratique troublante chez emeis (ex-Orpea). Les signalements obligatoires y seraient systématiquement relus et corrigés par le siège avant transmission aux autorités. Cette pratique soulève des questions sur le filtrage potentiel des informations et leur possible édulcoration.

Pour Laurent Garcia, lanceur d’alerte à l’origine du scandale Orpea et aujourd’hui fondateur de l’Observatoire du grand âge (OGRA), le bilan est sans appel. « Le gouvernement n’a rien fait à part quelques effets d’annonce », déplore-t-il publiquement. Cette position radicale reflète une frustration partagée par de nombreux professionnels du secteur qui attendaient des réformes plus profondes.

Le sous-effectif chronique : une bombe à retardement

L’AD-PA et la Fnaqpa, deux associations majeures représentant les directeurs d’établissements, alertent sur un problème fondamental : le sous-effectif chronique dans le secteur du grand âge. Cette situation affecte gravement tant les conditions d’accompagnement des résidents que les conditions de travail des professionnels.

Ces organisations avertissent sans détour : sans une action déterminée des pouvoirs publics pour remédier à cette pénurie de personnel, il existe « la quasi-assurance de voir, tôt ou tard, ressurgir des scandales de maltraitances ». Le manque de personnel constitue donc un facteur de risque majeur pour la qualité des soins.

Les ratios actuels d’encadrement restent largement insuffisants pour garantir un accompagnement digne aux personnes âgées dépendantes. La situation est particulièrement critique dans les services de soins, où les infirmiers et aides-soignants se retrouvent souvent débordés face au nombre de résidents à prendre en charge.

Des initiatives pour restaurer la confiance

Face à ce constat préoccupant, certains établissements prennent les devants pour recréer du lien avec le public et redonner confiance aux familles. Plusieurs EHPAD misent sur l’ouverture de leurs structures à la société civile.

La résidence Kersalic à Guingamp illustre cette démarche. L’établissement a développé des partenariats avec des associations locales et mis en place des activités intergénérationnelles régulières. Cette ouverture vers l’extérieur permet de créer une dynamique positive et d’éviter l’isolement des résidents.

Plus impressionnant encore, l’EHPAD de l’Arc de Mulhouse mobilise 120 bénévoles qui travaillent aux côtés des professionnels. Ces citoyens engagés participent à l’animation, à l’accompagnement et apportent une présence humaine précieuse. Ce modèle hybride professionnel-bénévole pourrait inspirer d’autres établissements à l’avenir.

La labellisation : un atout différenciant pour les établissements

La labellisation devient un levier stratégique pour de nombreux EHPAD soucieux de valoriser leur qualité de service. Ces démarches volontaires, allant au-delà des exigences réglementaires, se multiplient dans le secteur.

Parmi les labels qui gagnent en popularité, on peut citer:

  • Le label Vivre, axé sur la qualité de vie et le respect des choix des résidents
  • Le label Tbien, centré sur la bientraitance et le bien-être
  • Les labels EHPAD de SGS Qualicert, garantissant le respect de normes exigeantes
  • Le label Établissement bien traitant, focalisé sur la prévention des maltraitances
  • Le label Humanitude, valorisant une approche relationnelle spécifique

Ces labels constituent des repères pour les familles en recherche d’un établissement. Ils permettent de distinguer les structures qui s’engagent dans une démarche d’amélioration continue et de bientraitance.

Pour les directeurs d’EHPAD, obtenir une labellisation représente un atout commercial mais aussi un levier managérial puissant. La démarche mobilise les équipes autour d’un projet commun et valorise le travail quotidien des soignants.

Vers une réforme en profondeur du modèle EHPAD ?

Au-delà des initiatives individuelles, des voix s’élèvent pour réclamer une transformation profonde du modèle actuel d’EHPAD. L’association Seniors Concept, à l’origine du label Tbien, a récemment lancé une pétition en ce sens.

Cette pétition appelle notamment à la mise en place d’un « forfait récompense ». Ce mécanisme innovant serait calculé sur les économies obtenues par la réduction des hospitalisations et des transports sanitaires. En clair, les établissements qui parviendraient à limiter les transferts hospitaliers de leurs résidents seraient financièrement récompensés.

Cette proposition part d’un constat simple : un EHPAD qui investit dans la prévention et la qualité des soins évite des hospitalisations coûteuses. Actuellement, ces économies profitent au système de santé mais pas à l’établissement qui les génère. Le forfait récompense vise à corriger cette anomalie et à créer une incitation économique vertueuse.

D’autres pistes de réforme sont également explorées, comme la révision des normes architecturales, l’assouplissement de certaines contraintes réglementaires ou encore le développement de nouveaux métiers dédiés à l’accompagnement du grand âge.

La technologie au service de la qualité et de la transparence

L’innovation technologique offre également des perspectives intéressantes pour améliorer la qualité de vie en EHPAD et renforcer la confiance des familles. De nombreux établissements investissent dans des solutions numériques permettant une meilleure traçabilité des soins.

Les logiciels de gestion du dossier résident se perfectionnent, intégrant désormais des fonctionnalités de partage d’informations avec les familles. Certains EHPAD proposent même des applications mobiles permettant aux proches de suivre les activités et les soins prodigués au quotidien.

La domotique et les objets connectés améliorent également la sécurité et le confort des résidents. Détecteurs de chute, rails de transfert, lits intelligents… Ces équipements facilitent le travail des soignants tout en préservant la dignité des personnes âgées.

L’intelligence artificielle commence même à faire son apparition dans certains établissements pilotes. Elle permet notamment d’analyser les comportements et d’anticiper les risques, comme la détection précoce des états de confusion ou de déshydratation.

Pour conclure : un secteur en transition

Le scandale Orpea a indéniablement servi d’électrochoc pour l’ensemble du secteur des EHPAD. Si les contrôles massifs lancés depuis 2022 ont permis d’identifier et de sanctionner les situations les plus problématiques, ils n’ont pas résolu les défis structurels qui affectent l’accompagnement du grand âge.

Le sous-effectif chronique, le manque de moyens et la faible attractivité des métiers continuent de peser sur la qualité de l’accompagnement. Face à ces défis, les initiatives individuelles d’établissements engagés et les démarches de labellisation constituent des avancées positives mais insuffisantes.

Une véritable transformation du modèle EHPAD nécessitera un engagement politique fort et des moyens financiers conséquents. En attendant, directeurs d’établissements, médecins coordonnateurs et cadres de santé continuent d’innover au quotidien, avec les ressources disponibles, pour offrir la meilleure qualité de vie possible aux personnes âgées qui leur sont confiées.

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