EHPAD : Anticiper et limiter les hospitalisations en urgence pour améliorer la vie des résidents
Santé seniors

Urgences en EHPAD : Temps d’attente en forte hausse

2 avril 2025 8 min de lecture Nicolas Mortel
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Face à la crise qui frappe les services d’urgence, les personnes âgées subissent des temps d’attente de plus en plus longs. Une situation alarmante révélée par la récente étude de la DREES. En 2023, plus d’un tiers des patients de plus de 75 ans passent désormais plus de 8 heures aux urgences. Cette évolution inquiétante pose de sérieux défis pour les EHPAD et leur coordination avec les services hospitaliers. Comment réagir face à cette situation qui impacte directement le bien-être des résidents ?

Une augmentation drastique des temps d’attente depuis 10 ans

Les chiffres sont sans appel. Entre 2013 et 2023, la durée médiane de passage aux urgences est passée de 2h15 à plus de 3h pour l’ensemble des patients. Cette hausse de 45 minutes représente une augmentation de 33% en seulement une décennie.

Mais la situation est bien plus préoccupante pour nos aînés. D’après l’enquête Urgences 2023 de la DREES, 36% des patients de plus de 75 ans passent désormais plus de 8 heures aux urgences, contre 24% en 2013. Une hausse de 12 points particulièrement inquiétante.

Cette évolution s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, les personnes âgées nécessitent généralement plus d’examens médicaux. Ensuite, elles sont plus souvent orientées vers les unités d’hospitalisation de courte durée (UHCD).

Par ailleurs, selon le rapport annuel 2023 de la Fédération Hospitalière de France, le manque de lits disponibles dans les services hospitaliers prolonge considérablement l’attente des seniors aux urgences. En effet, 42% des établissements signalent des difficultés quotidiennes pour transférer les patients âgés vers des services adaptés.

Un phénomène qui touche inégalement les territoires

Cette situation n’affecte pas uniformément l’ensemble du territoire français. Selon l’Observatoire National des Urgences (ONU), les disparités régionales sont marquées.

Dans les zones rurales, où la densité médicale est plus faible, les temps d’attente peuvent atteindre des sommets. Dans certains départements comme la Creuse ou l’Ariège, plus de 45% des patients âgés restent plus de 8 heures aux urgences.

À l’inverse, les grandes métropoles disposent généralement de plus de ressources. Néanmoins, elles font face à un afflux plus important de patients. À Paris, par exemple, le temps d’attente moyen pour les seniors a augmenté de 40% en dix ans selon l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).

Pour les EHPAD situés en zone sous-dotée, la situation est particulièrement complexe. Un rapport de la Haute Autorité de Santé publié en janvier 2025 révèle que 67% des directeurs d’EHPAD en zone rurale considèrent les délais d’attente aux urgences comme « problématiques » ou « très problématiques » pour leurs résidents.

Des conséquences graves pour les résidents d’EHPAD

Pour les personnes âgées, ces longues attentes ne sont pas sans conséquence. Une étude publiée dans la revue « Gériatrie et Psychologie » en 2024 démontre que les séjours prolongés aux urgences augmentent de 28% le risque de syndrome confusionnel chez les patients de plus de 80 ans.

De plus, l’inconfort des brancards, la déshydratation et la dénutrition peuvent rapidement aggraver l’état de santé des résidents d’EHPAD. Selon le Conseil National Professionnel de Gériatrie, chaque heure passée sur un brancard après la 4ème heure augmente de 3% le risque d’escarre chez les patients âgés à mobilité réduite.

Pour les équipes des EHPAD, ces situations génèrent aussi des difficultés. Lorsqu’un résident est transféré aux urgences, un membre du personnel l’accompagne souvent. Ces absences prolongées désorganisent le fonctionnement de l’établissement et impactent la qualité de prise en charge des autres résidents.

Par ailleurs, le retour après un long passage aux urgences peut s’avérer complexe. L’épuisement physique et psychologique du résident nécessite une surveillance accrue et des soins spécifiques.

Une baisse paradoxale des hospitalisations

Fait surprenant, malgré l’augmentation des temps d’attente, la proportion de patients hospitalisés après un passage aux urgences a diminué, passant de 20% en 2013 à 15% en 2023. Cette tendance concerne aussi les seniors.

Plusieurs hypothèses expliquent ce phénomène. D’abord, la pression sur les lits hospitaliers pousse à privilégier les retours à domicile ou en EHPAD. Selon le baromètre 2024 de la Société Française de Médecine d’Urgence (SFMU), 32% des urgentistes déclarent avoir déjà renoncé à une hospitalisation par manque de place.

Ensuite, les critères d’admission se sont durcis. Dans un contexte de tension hospitalière, seuls les cas les plus graves sont désormais hospitalisés. Les autres patients sont renvoyés avec une prescription et des consignes de surveillance.

Pour les EHPAD, cette situation est paradoxale. D’un côté, les résidents attendent plus longtemps aux urgences. De l’autre, ils sont plus souvent renvoyés dans leur établissement, parfois avec des besoins en soins accrus.

Des solutions mises en œuvre par les EHPAD innovants

Face à ces défis, certains EHPAD développent des stratégies pour limiter les transferts aux urgences et améliorer la prise en charge de leurs résidents.

La télémédecine connaît un essor considérable. D’après une enquête de la FNADEPA réalisée en 2024, 64% des EHPAD utilisent désormais des dispositifs de téléconsultation, contre seulement 17% en 2019. Ces outils permettent d’obtenir un avis médical sans déplacer le résident.

L’EHPAD Les Magnolias à Lyon a mis en place un système innovant. Chaque résident dispose d’un « passeport d’urgence » contenant son dossier médical, ses directives anticipées et ses traitements en cours. Ce document facilite la prise en charge aux urgences et réduit les délais.

D’autres établissements misent sur la formation. À l’EHPAD du Parc à Nantes, l’ensemble du personnel soignant suit une formation annuelle aux « soins d’urgence gériatrique ». Cette approche a permis de réduire de 22% les transferts aux urgences en deux ans.

La mutualisation des ressources constitue également une piste prometteuse. Dans le Bas-Rhin, un groupement de 15 EHPAD a recruté trois médecins gériatres « volants » qui interviennent en cas d’urgence non vitale. Cette initiative a diminué de 35% les transferts aux urgences.

Vers une réorganisation des parcours de soins

Au niveau national, plusieurs initiatives visent à fluidifier les parcours de soins des personnes âgées et à réduire leur temps de passage aux urgences.

Le programme « Admission directe » lancé en 2024 par le ministère de la Santé encourage l’hospitalisation directe des résidents d’EHPAD dans les services gériatriques, sans passer par les urgences. En six mois, ce dispositif a bénéficié à plus de 8 000 personnes âgées.

Des filières gériatriques dédiées se développent aussi dans certains hôpitaux. Au CHU de Bordeaux, une « urgence gériatrique » accueille spécifiquement les patients de plus de 75 ans. Les délais d’attente y sont réduits de 40% par rapport aux urgences classiques.

La coordination entre EHPAD et hôpitaux s’améliore également. Dans le Val-de-Marne, un système d’information partagé permet aux urgentistes de consulter instantanément le dossier médical des résidents d’EHPAD. Cette initiative réduit considérablement les délais de prise en charge.

Enfin, l’expérimentation « IDE de nuit mutualisée » menée dans plusieurs régions depuis 2023 montre des résultats encourageants. La présence d’infirmières de nuit intervenant sur plusieurs EHPAD a permis de réduire de 27% les transferts nocturnes aux urgences.

Recommandations pour les directeurs d’EHPAD

Face à cette situation, plusieurs actions concrètes peuvent être mises en place par les directeurs d’établissements pour mieux protéger leurs résidents.

Établir des conventions avec les services d’urgence locaux constitue une première étape essentielle. Ces partenariats formalisés permettent d’accélérer la prise en charge des résidents et d’améliorer la communication entre professionnels.

Investir dans la télémédecine représente également un levier majeur. Un chariot de téléconsultation coûte environ 15 000 euros mais peut éviter de nombreux transferts aux urgences, tout en assurant une prise en charge rapide.

Former le personnel aux situations d’urgence gériatrique est primordial. Des organismes comme l’AFGSU proposent des modules spécifiques pour les soignants en EHPAD, à partir de 250 euros par personne.

Mettre en place des protocoles d’évaluation standardisés permet d’objectiver les situations nécessitant réellement un transfert. L’échelle AGGIR-PATHOS peut servir de base à ces protocoles.

Enfin, documenter précisément chaque transfert aux urgences aide à identifier les motifs récurrents et à développer des stratégies préventives adaptées.

La crise des urgences n’est pas près de se résoudre. Dans ce contexte, les EHPAD doivent plus que jamais devenir acteurs de solutions innovantes pour préserver la santé et la dignité de leurs résidents.

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