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Comment les EHPAD peuvent-ils mieux détecter et prévenir le risque suicidaire chez leurs résidents ?
Douleur & Soins palliatifs

Comment les EHPAD peuvent-ils mieux détecter et prévenir

24 septembre 2025 10 min de lecture SOS EHPAD TEAM
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En EHPAD, la prévention du risque suicidaire constitue un enjeu majeur de santé publique souvent sous-estimé. Les résidents présentent des vulnérabilités spécifiques : dépression liée à la perte d’autonomie, isolement social et polypathologies. Face à cette réalité, les équipes soignantes doivent maîtriser les signaux d’alarme et disposer de protocoles d’intervention structurés pour agir efficacement et sauver des vies.

Identifier les signaux d’alarme du risque suicidaire chez les résidents

La détection précoce des idées suicidaires repose sur l’observation attentive des changements comportementaux et des verbalisations des résidents. En EHPAD, certains signes sont particulièrement révélateurs d’une détresse psychique majeure.

Les indicateurs comportementaux à surveiller

Les équipes doivent porter une attention particulière aux modifications soudaines du comportement :

  • Refus alimentaire persistant ou perte d’appétit marquée
  • Isolement social accru, évitement des activités habituelles
  • Négligence de l’hygiène personnelle
  • Troubles du sommeil (insomnie, réveils précoces)
  • Agitation ou au contraire apathie inhabituelle
  • Dons d’objets personnels ou mise en ordre de ses affaires

Un résident qui refuse subitement ses repas préférés ou cesse de participer aux animations qu’il appréciait doit alerter l’équipe soignante.

Les verbalisations suicidaires constituent des signaux d’alarme majeurs, même exprimées de manière détournée. Phrases comme « je ne sers plus à rien », « vous seriez mieux sans moi » ou « j’aimerais rejoindre mon époux » doivent être prises au sérieux.

Comment évaluer l’intensité du risque ?

L’utilisation d’outils standardisés facilite l’évaluation. L’échelle de Columbia ou la grille RUD (Risque d’Usage de Drogues) adaptée au contexte gériatrique permettent de graduer le niveau de risque :

Niveau de risqueIndicateursActions immédiates
FaibleIdées vagues, pas de planSurveillance renforcée, écoute
ModéréIdées précises, début de planificationEntretien approfondi, alerte médecin
ÉlevéPlan défini, moyens identifiésIntervention psychiatrique urgente

Conseil pratique : Organisez des transmissions ciblées quotidiennes sur l’état psychologique des résidents à risque. Documentez précisément chaque observation dans le dossier de soins pour assurer une continuité optimale.


Ecoutez notre podcast : Prévention du Suicide en EHPAD : Urgence Silencieuse, Réponses Concrètes

Protocoles d’intervention psychologique et surveillance renforcée

La mise en place de protocoles d’intervention structurés garantit une réponse rapide et coordonnée face au risque suicidaire. Ces procédures doivent être connues de tous les professionnels et régulièrement actualisées.

Étapes d’intervention immédiate

Lorsqu’un risque suicidaire est identifié, la réaction doit suivre un protocole précis :

  1. Sécurisation immédiate : éliminer les moyens potentiellement dangereux
  2. Évaluation clinique par l’infirmier coordinateur ou le médecin
  3. Contact avec le psychiatre référent dans les 24 heures
  4. Mise en place d’une surveillance continue avec traçabilité
  5. Information de la famille selon les souhaits du résident

La surveillance renforcée nécessite une organisation particulière. Elle implique des passages plus fréquents, une attention accrue lors des soins et une présence humaine régulière.

« La surveillance d’un résident à risque suicidaire ne signifie pas le priver d’intimité, mais adapter notre accompagnement à ses besoins spécifiques. » – Recommandations HAS

Mise en œuvre du soutien psychologique

L’accompagnement psychologique combine plusieurs approches :

  • Entretiens individuels réguliers avec l’infirmier ou le psychologue
  • Thérapies de groupe adaptées aux capacités cognitives
  • Activités occupationnelles valorisantes et socialisantes
  • Médiations (art-thérapie, musicothérapie, zoothérapie)

Un exemple concret : Mme D., 87 ans, exprime des idées suicidaires après le décès de son époux. L’équipe met en place des entretiens bi-hebdomadaires avec la psychologue, l’intègre à l’atelier mémoire qu’elle appréciait et organise des visites de sa petite-fille le week-end.

Quels outils utiliser pour la traçabilité ?

La documentation rigoureuse des interventions s’appuie sur des outils adaptés :

  • Grille d’évaluation quotidienne du risque suicidaire
  • Fiche de transmission spécifique « état psychologique »
  • Planning de surveillance avec horaires et observations
  • Compte-rendus d’entretiens psychologiques

Action immédiate : Élaborez avec votre équipe médicale un protocole écrit d’intervention en cas de crise suicidaire, incluant les numéros d’urgence psychiatrique et les étapes précises à suivre.


Formation des équipes à l’écoute active et partenariats psychiatriques

La formation continue des professionnels constitue le socle d’une prévention efficace du suicide en EHPAD. L’écoute active, technique fondamentale, permet de créer un climat de confiance propice aux confidences.

Développer les compétences en écoute active

L’écoute active dépasse la simple attention. Elle nécessite une formation spécifique pour maîtriser ses techniques :

Les fondamentaux de l’écoute active :

  • Adopter une posture ouverte et bienveillante
  • Reformuler les propos du résident pour valider sa compréhension
  • Poser des questions ouvertes favorisant l’expression
  • Respecter les silences et les émotions
  • Éviter les jugements et les conseils prématurés

Une aide-soignante formée saura transformer « Je ne veux plus vivre » en opportunité d’échange : « Vous traversez une période difficile, pouvez-vous m’en dire plus sur ce que vous ressentez ? »

Programme de formation recommandé

Un plan de formation structuré sur 6 mois optimise l’acquisition de ces compétences :

MoisThématiqueDuréePublic
1Repérage des signaux d’alarme4hTous professionnels
2Techniques d’écoute active6hAS, IDE, cadres
3Protocoles d’intervention3hÉquipe soignante
4Gestion de crise4hIDE, médecins
5Travail en réseau psychiatrique2hCadres, direction
6Évaluation et mise en situation3hTous professionnels

Construire des partenariats psychiatriques efficaces

La collaboration avec les services de psychiatrie gériatrique s’avère indispensable. Ces partenariats permettent d’accéder à une expertise spécialisée et d’organiser des interventions rapides.

Les modalités de partenariat incluent :

  • Convention avec un service de psychiatrie de liaison
  • Consultations psychiatriques régulières en établissement
  • Astreinte téléphonique 24h/24 pour les situations d’urgence
  • Formation continue assurée par l’équipe psychiatrique
  • Hospitalisation en urgence si nécessaire

L’établissement des Jardins de Provence a signé une convention avec le CHS local : un psychiatre intervient 2 jours par mois et une astreinte téléphonique est disponible. Résultat : délai d’intervention divisé par 3.

Comment évaluer l’efficacité des formations ?

L’évaluation des formations s’appuie sur des indicateurs concrets :

  • Nombre de situations à risque détectées précocement
  • Délai moyen entre identification et prise en charge
  • Satisfaction des résidents et familles
  • Réduction des passages à l’acte
  • Amélioration du bien-être au travail des équipes

Action concrète : Planifiez dès maintenant une formation « gestes qui sauvent psychiquement » pour vos équipes. Contactez votre centre de formation continue pour organiser un module spécialisé en prévention du suicide en gériatrie.


Recommandations HAS et outils d’évaluation du risque suicidaire

Les recommandations de la Haute Autorité de Santé fournissent un cadre méthodologique rigoureux pour la prévention du suicide chez les personnes âgées en institution. Leur application concrète sécurise les pratiques professionnelles.

Application des recommandations HAS en EHPAD

La HAS préconise une approche globale articulée autour de quatre axes prioritaires :

1. Évaluation systématique du risque
L’évaluation doit être réalisée à l’admission puis réévaluée régulièrement, notamment après tout événement déclencheur (décès d’un proche, hospitalisation, perte d’autonomie).

2. Formation des professionnels
Tous les personnels en contact avec les résidents doivent bénéficier d’une formation initiale et continue sur la prévention du suicide.

3. Coordination des soins
La prise en charge requiert une approche pluridisciplinaire coordonnée impliquant médecin, infirmiers, psychologue, aide-soignants et famille.

4. Continuité de l’accompagnement
Le suivi doit être maintenu dans le temps avec des réévaluations périodiques du risque.

Grilles d’évaluation standardisées

L’utilisation d’outils d’évaluation validés objectivise l’appréciation du risque suicidaire. Plusieurs grilles sont adaptées au contexte gériatrique :

Échelle de dépression gériatrique (GDS-15) :
– 15 questions simples (oui/non)
– Score supérieur à 5 : dépression probable
– Score supérieur à 10 : dépression sévère

Grille MINI (Mini International Neuropsychiatric Interview) :
– Module « risque suicidaire » spécifique
– Évaluation en 6 questions graduées
– Classification en risque faible, modéré ou élevé

Outil d’évaluationTemps de passationFréquence recommandéeProfessionnel habilité
GDS-155-10 minutesMensuelle si risqueIDE, psychologue
MINI suicidaire3-5 minutesÀ la demandeMédecin, psychologue
Grille personnalisée2 minutesQuotidienneAide-soignant, IDE

Que faire en cas de score élevé ?

Un score élevé aux grilles d’évaluation déclenche automatiquement un protocole d’alerte :

  1. Information immédiate du médecin coordinateur
  2. Réévaluation par le psychiatre dans les 48h
  3. Adaptation du plan de soins personnalisé
  4. Renforcement de la surveillance
  5. Information de l’équipe pluridisciplinaire

Traçabilité et documentation

La traçabilité des évaluations et interventions constitue un impératif légal et qualité. Elle facilite la coordination des soins et protège l’établissement en cas de contentieux.

Éléments à documenter systématiquement :

  • Date et circonstances du repérage
  • Score obtenu aux grilles d’évaluation
  • Mesures de protection mises en place
  • Interventions réalisées et par qui
  • Évolution de l’état du résident
  • Contacts avec les partenaires extérieurs

Un dossier bien documenté permet aussi d’analyser les pratiques et d’identifier les axes d’amélioration lors des évaluations internes et externes.

Conseil opérationnel : Intégrez les grilles d’évaluation du risque suicidaire dans votre logiciel de soins. Programmez des alertes automatiques pour les réévaluations périodiques et les scores à risque.


Vers une culture de prévention partagée et durable

La prévention du risque suicidaire en EHPAD ne peut se concevoir sans une mobilisation collective et une culture d’établissement orientée vers la bientraitance psychologique. Cette approche globale transforme la détection d’un problème individuel en dynamique d’équipe protectrice.

L’enjeu dépasse la seule application de protocoles techniques. Il s’agit de créer un environnement où chaque résident se sent écouté, respecté et accompagné dans ses difficultés. Cette ambition nécessite un engagement de tous les instants, depuis l’agent d’entretien qui remarque un changement d’humeur jusqu’au directeur qui alloue les moyens nécessaires.

Les trois piliers d’une prévention efficace restent la formation continue des équipes, la mise en réseau avec les partenaires psychiatriques et l’utilisation d’outils d’évaluation standardisés. Leur articulation harmonieuse garantit une prise en charge précoce et adaptée des résidents en souffrance psychique.

La réussite se mesure autant par l’absence de passages à l’acte que par l’amélioration du bien-être général des résidents. Chaque sourire retrouvé, chaque participation à une activité, chaque confidence partagée témoigne de l’efficacité de cet accompagnement humain et professionnel.


Questions fréquemment posées

Comment réagir face à un résident qui évoque clairement des idées suicidaires ?

Ne jamais banaliser ni minimiser ces propos. Écoutez avec bienveillance, rassurez sur votre disponibilité et alertez immédiatement l’infirmier coordinateur ou le médecin. Restez présent auprès du résident en attendant l’évaluation médicale.

Peut-on laisser seul un résident présentant un risque suicidaire ?

La surveillance ne signifie pas une présence continue 24h/24 mais une attention renforcée. Adaptez la fréquence des passages selon le niveau de risque évalué et assurez-vous qu’il puisse facilement solliciter de l’aide (sonnette, présence à proximité).

Comment impliquer les familles dans la prévention ?

Informez les proches des signes d’alerte à observer et de l’importance de leurs visites. Proposez-leur de participer aux entretiens avec le psychologue si le résident l’accepte. Leur soutien affectif constitue un facteur protecteur majeur contre le risque suicidaire.

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En EHPAD, la prévention du risque suicidaire constitue un enjeu majeur de santé publique souvent sous-estimé. Les résidents présentent des vulnérabilités spécifiques : dépression liée à la perte d’autonomie, isolement social et polypathologies. Face à cette réalité, les équipes soignantes doivent maîtriser les signaux d’alarme et disposer de protocoles d’intervention structurés pour agir efficacement et sauver des vies.

Identifier les signaux d’alarme du risque suicidaire chez les résidents

La détection précoce des idées suicidaires repose sur l’observation attentive des changements comportementaux et des verbalisations des résidents. En EHPAD, certains signes sont particulièrement révélateurs d’une détresse psychique majeure.

Les indicateurs comportementaux à surveiller

Les équipes doivent porter une attention particulière aux modifications soudaines du comportement :

  • Refus alimentaire persistant ou perte d’appétit marquée
  • Isolement social accru, évitement des activités habituelles
  • Négligence de l’hygiène personnelle
  • Troubles du sommeil (insomnie, réveils précoces)
  • Agitation ou au contraire apathie inhabituelle
  • Dons d’objets personnels ou mise en ordre de ses affaires

Un résident qui refuse subitement ses repas préférés ou cesse de participer aux animations qu’il appréciait doit alerter l’équipe soignante.

Les verbalisations suicidaires constituent des signaux d’alarme majeurs, même exprimées de manière détournée. Phrases comme « je ne sers plus à rien », « vous seriez mieux sans moi » ou « j’aimerais rejoindre mon époux » doivent être prises au sérieux.

Comment évaluer l’intensité du risque ?

L’utilisation d’outils standardisés facilite l’évaluation. L’échelle de Columbia ou la grille RUD (Risque d’Usage de Drogues) adaptée au contexte gériatrique permettent de graduer le niveau de risque :

Niveau de risqueIndicateursActions immédiates
FaibleIdées vagues, pas de planSurveillance renforcée, écoute
ModéréIdées précises, début de planificationEntretien approfondi, alerte médecin
ÉlevéPlan défini, moyens identifiésIntervention psychiatrique urgente

Conseil pratique : Organisez des transmissions ciblées quotidiennes sur l’état psychologique des résidents à risque. Documentez précisément chaque observation dans le dossier de soins pour assurer une continuité optimale.


Ecoutez notre podcast : Prévention du Suicide en EHPAD : Urgence Silencieuse, Réponses Concrètes

Protocoles d’intervention psychologique et surveillance renforcée

La mise en place de protocoles d’intervention structurés garantit une réponse rapide et coordonnée face au risque suicidaire. Ces procédures doivent être connues de tous les professionnels et régulièrement actualisées.

Étapes d’intervention immédiate

Lorsqu’un risque suicidaire est identifié, la réaction doit suivre un protocole précis :

  1. Sécurisation immédiate : éliminer les moyens potentiellement dangereux
  2. Évaluation clinique par l’infirmier coordinateur ou le médecin
  3. Contact avec le psychiatre référent dans les 24 heures
  4. Mise en place d’une surveillance continue avec traçabilité
  5. Information de la famille selon les souhaits du résident

La surveillance renforcée nécessite une organisation particulière. Elle implique des passages plus fréquents, une attention accrue lors des soins et une présence humaine régulière.

« La surveillance d’un résident à risque suicidaire ne signifie pas le priver d’intimité, mais adapter notre accompagnement à ses besoins spécifiques. » – Recommandations HAS

Mise en œuvre du soutien psychologique

L’accompagnement psychologique combine plusieurs approches :

  • Entretiens individuels réguliers avec l’infirmier ou le psychologue
  • Thérapies de groupe adaptées aux capacités cognitives
  • Activités occupationnelles valorisantes et socialisantes
  • Médiations (art-thérapie, musicothérapie, zoothérapie)

Un exemple concret : Mme D., 87 ans, exprime des idées suicidaires après le décès de son époux. L’équipe met en place des entretiens bi-hebdomadaires avec la psychologue, l’intègre à l’atelier mémoire qu’elle appréciait et organise des visites de sa petite-fille le week-end.

Quels outils utiliser pour la traçabilité ?

La documentation rigoureuse des interventions s’appuie sur des outils adaptés :

  • Grille d’évaluation quotidienne du risque suicidaire
  • Fiche de transmission spécifique « état psychologique »
  • Planning de surveillance avec horaires et observations
  • Compte-rendus d’entretiens psychologiques

Action immédiate : Élaborez avec votre équipe médicale un protocole écrit d’intervention en cas de crise suicidaire, incluant les numéros d’urgence psychiatrique et les étapes précises à suivre.


Formation des équipes à l’écoute active et partenariats psychiatriques

La formation continue des professionnels constitue le socle d’une prévention efficace du suicide en EHPAD. L’écoute active, technique fondamentale, permet de créer un climat de confiance propice aux confidences.

Développer les compétences en écoute active

L’écoute active dépasse la simple attention. Elle nécessite une formation spécifique pour maîtriser ses techniques :

Les fondamentaux de l’écoute active :

  • Adopter une posture ouverte et bienveillante
  • Reformuler les propos du résident pour valider sa compréhension
  • Poser des questions ouvertes favorisant l’expression
  • Respecter les silences et les émotions
  • Éviter les jugements et les conseils prématurés

Une aide-soignante formée saura transformer « Je ne veux plus vivre » en opportunité d’échange : « Vous traversez une période difficile, pouvez-vous m’en dire plus sur ce que vous ressentez ? »

Programme de formation recommandé

Un plan de formation structuré sur 6 mois optimise l’acquisition de ces compétences :

MoisThématiqueDuréePublic
1Repérage des signaux d’alarme4hTous professionnels
2Techniques d’écoute active6hAS, IDE, cadres
3Protocoles d’intervention3hÉquipe soignante
4Gestion de crise4hIDE, médecins
5Travail en réseau psychiatrique2hCadres, direction
6Évaluation et mise en situation3hTous professionnels

Construire des partenariats psychiatriques efficaces

La collaboration avec les services de psychiatrie gériatrique s’avère indispensable. Ces partenariats permettent d’accéder à une expertise spécialisée et d’organiser des interventions rapides.

Les modalités de partenariat incluent :

  • Convention avec un service de psychiatrie de liaison
  • Consultations psychiatriques régulières en établissement
  • Astreinte téléphonique 24h/24 pour les situations d’urgence
  • Formation continue assurée par l’équipe psychiatrique
  • Hospitalisation en urgence si nécessaire

L’établissement des Jardins de Provence a signé une convention avec le CHS local : un psychiatre intervient 2 jours par mois et une astreinte téléphonique est disponible. Résultat : délai d’intervention divisé par 3.

Comment évaluer l’efficacité des formations ?

L’évaluation des formations s’appuie sur des indicateurs concrets :

  • Nombre de situations à risque détectées précocement
  • Délai moyen entre identification et prise en charge
  • Satisfaction des résidents et familles
  • Réduction des passages à l’acte
  • Amélioration du bien-être au travail des équipes

Action concrète : Planifiez dès maintenant une formation « gestes qui sauvent psychiquement » pour vos équipes. Contactez votre centre de formation continue pour organiser un module spécialisé en prévention du suicide en gériatrie.


Recommandations HAS et outils d’évaluation du risque suicidaire

Les recommandations de la Haute Autorité de Santé fournissent un cadre méthodologique rigoureux pour la prévention du suicide chez les personnes âgées en institution. Leur application concrète sécurise les pratiques professionnelles.

Application des recommandations HAS en EHPAD

La HAS préconise une approche globale articulée autour de quatre axes prioritaires :

1. Évaluation systématique du risque
L’évaluation doit être réalisée à l’admission puis réévaluée régulièrement, notamment après tout événement déclencheur (décès d’un proche, hospitalisation, perte d’autonomie).

2. Formation des professionnels
Tous les personnels en contact avec les résidents doivent bénéficier d’une formation initiale et continue sur la prévention du suicide.

3. Coordination des soins
La prise en charge requiert une approche pluridisciplinaire coordonnée impliquant médecin, infirmiers, psychologue, aide-soignants et famille.

4. Continuité de l’accompagnement
Le suivi doit être maintenu dans le temps avec des réévaluations périodiques du risque.

Grilles d’évaluation standardisées

L’utilisation d’outils d’évaluation validés objectivise l’appréciation du risque suicidaire. Plusieurs grilles sont adaptées au contexte gériatrique :

Échelle de dépression gériatrique (GDS-15) :
– 15 questions simples (oui/non)
– Score supérieur à 5 : dépression probable
– Score supérieur à 10 : dépression sévère

Grille MINI (Mini International Neuropsychiatric Interview) :
– Module « risque suicidaire » spécifique
– Évaluation en 6 questions graduées
– Classification en risque faible, modéré ou élevé

Outil d’évaluationTemps de passationFréquence recommandéeProfessionnel habilité
GDS-155-10 minutesMensuelle si risqueIDE, psychologue
MINI suicidaire3-5 minutesÀ la demandeMédecin, psychologue
Grille personnalisée2 minutesQuotidienneAide-soignant, IDE

Que faire en cas de score élevé ?

Un score élevé aux grilles d’évaluation déclenche automatiquement un protocole d’alerte :

  1. Information immédiate du médecin coordinateur
  2. Réévaluation par le psychiatre dans les 48h
  3. Adaptation du plan de soins personnalisé
  4. Renforcement de la surveillance
  5. Information de l’équipe pluridisciplinaire

Traçabilité et documentation

La traçabilité des évaluations et interventions constitue un impératif légal et qualité. Elle facilite la coordination des soins et protège l’établissement en cas de contentieux.

Éléments à documenter systématiquement :

  • Date et circonstances du repérage
  • Score obtenu aux grilles d’évaluation
  • Mesures de protection mises en place
  • Interventions réalisées et par qui
  • Évolution de l’état du résident
  • Contacts avec les partenaires extérieurs

Un dossier bien documenté permet aussi d’analyser les pratiques et d’identifier les axes d’amélioration lors des évaluations internes et externes.

Conseil opérationnel : Intégrez les grilles d’évaluation du risque suicidaire dans votre logiciel de soins. Programmez des alertes automatiques pour les réévaluations périodiques et les scores à risque.


Vers une culture de prévention partagée et durable

La prévention du risque suicidaire en EHPAD ne peut se concevoir sans une mobilisation collective et une culture d’établissement orientée vers la bientraitance psychologique. Cette approche globale transforme la détection d’un problème individuel en dynamique d’équipe protectrice.

L’enjeu dépasse la seule application de protocoles techniques. Il s’agit de créer un environnement où chaque résident se sent écouté, respecté et accompagné dans ses difficultés. Cette ambition nécessite un engagement de tous les instants, depuis l’agent d’entretien qui remarque un changement d’humeur jusqu’au directeur qui alloue les moyens nécessaires.

Les trois piliers d’une prévention efficace restent la formation continue des équipes, la mise en réseau avec les partenaires psychiatriques et l’utilisation d’outils d’évaluation standardisés. Leur articulation harmonieuse garantit une prise en charge précoce et adaptée des résidents en souffrance psychique.

La réussite se mesure autant par l’absence de passages à l’acte que par l’amélioration du bien-être général des résidents. Chaque sourire retrouvé, chaque participation à une activité, chaque confidence partagée témoigne de l’efficacité de cet accompagnement humain et professionnel.


Questions fréquemment posées

Comment réagir face à un résident qui évoque clairement des idées suicidaires ?

Ne jamais banaliser ni minimiser ces propos. Écoutez avec bienveillance, rassurez sur votre disponibilité et alertez immédiatement l’infirmier coordinateur ou le médecin. Restez présent auprès du résident en attendant l’évaluation médicale.

Peut-on laisser seul un résident présentant un risque suicidaire ?

La surveillance ne signifie pas une présence continue 24h/24 mais une attention renforcée. Adaptez la fréquence des passages selon le niveau de risque évalué et assurez-vous qu’il puisse facilement solliciter de l’aide (sonnette, présence à proximité).

Comment impliquer les familles dans la prévention ?

Informez les proches des signes d’alerte à observer et de l’importance de leurs visites. Proposez-leur de participer aux entretiens avec le psychologue si le résident l’accepte. Leur soutien affectif constitue un facteur protecteur majeur contre le risque suicidaire.