La téléconsultation en EHPAD n’est plus une expérimentation : elle s’impose comme un outil opérationnel quotidien pour maintenir l’accès aux soins, rédéploiement d’un logiciel DUI en EHPADre les hospitalisations évitables et renforcer le rôle médical du médecin coordonnateur. L’expérimentation Article 51 menée dans dix-sept établissements du Grand Est entre 2019 et 2024 a documenté une baisse de 27 % des passages aux urgences et de 12 % des hospitalisations pour les résidents suivis en téléconsultation assistée. Reste à passer du démonstrateur au déploiement structuré. Voici comment organiser concrètement la mise en place technique et organisationnelle dans votre établissement.
Définir le périmètre médical et les spécialités cibles
Avant de choisir un matériel ou une plateforme, le projet médical doit être posé. Le médecin coordonnateur identifie les spécialités prioritaires au regard de la population accueillie : dermatologie (plaies chroniques, lésions cutanées), cardiologie (suivi de fibrillation auriculaire, adaptation de traitement), gériatrie (avis sur troubles cognitifs complexes), psychiatrie (suivi de troubles thymiques, ajustements neuroleptiques), pneumologie (BPCO, insuffisance respiratoire), neurologie (post-AVC, Parkinson). L’expérimentation Grand Est a démontré la pertinence de treize spécialités accessibles à distance pour la population EHPAD.
Le projet définit également les indications cliniques qui justifient le recours à la téléconsultation : avis spécialisé en urgence relative (24 à 72 heures), suivi post-hospitalisation, ajustement thérapeutique entre deux consultations physiques, second avis sur un diagnostic incertain. Cette cartographie clinique conditionne le choix des partenaires médicaux et le dimensionnement du dispositif.
Choisir l’infrastructure technique et la plateforme
L’équipement minimal d’une salle de téléconsultation comprend : un écran 24 pouces ou plus avec webcam haute définition, un micro directionnel de qualité, une connexion internet stable (fibre recommandée, débit symétrique 50 Mbits/s minimum), une salle calme isolée acoustiquement, un éclairage neutre frontal. À ce socle s’ajoutent les dispositifs médicaux connectés selon les spécialités ciblées : stéthoscope électronique pour l’auscultation à distance, dermatoscope numérique pour les lésions cutanées, otoscope connecté, ECG portable, oxymètre de pouls.
Le choix de la plateforme dépend de trois critères incontournables. Le premier est la conformité à la doctrine de l’Agence du Numérique en Santé (ANS) sur la sécurité des données et l’identification des professionnels. Le second est l’interopérabilité avec le DUI de l’établissement, condition essentielle pour intégrer les comptes rendus dans le dossier de l’usager. Le troisième est la compatibilité Ségur Numérique Vague 2, dont l’arrêté publié au Journal officiel le 3 mars 2026 fixe l’échéance de déploiement au 15 mars 2029 ; tout investissement aujourd’hui doit anticiper ces exigences.
Cette articulation avec le DUI est traitée en détail dans notre guide sur les exigences Ségur Numérique Vague 2, à consulter avant tout choix de prestataire.
Financer le dispositif : forfait DUI, CPOM, ARS
Le financement combine plusieurs leviers. La dotation Ségur ESMS Numérique portée par la CNSA finance l’investissement matériel et logiciel initial, dans le cadre d’appels à projets régionaux instruits par les ARS. Le forfait soins couvre les charges récurrentes de fonctionnement (abonnement plateforme, maintenance, formation continue). Le CPOM (contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens) constitue le véhicule contractuel pertinent pour intégrer un programme pluriannuel de télémédecine, avec engagement de moyens des ARS et conseils départementaux.
Côté actes médicaux, la convention médicale 2024-2029 fixe la rémunération des consultations spécialisées à distance. La téléexpertise (médecin requis) est revalorisée à 23 € depuis le 6 janvier 2026, ce qui solvabilise une activité régulière de seconds avis. Les téléconsultations médecin-patient suivent les tarifs conventionnels habituels, intégralement pris en charge par l’Assurance maladie pour les résidents EHPAD.
Organiser le workflow opérationnel : qui fait quoi, quand
Une téléconsultation assistée mobilise trois acteurs : le médecin demandeur (médecin coordonnateur ou traitant), le spécialiste consulté (à distance), et l’infirmière en EHPAD qui accompagne le résident sur place. La durée moyenne d’un acte se situe entre 30 et 45 minutes en incluant la préparation, la consultation et la traçabilité.
- L’IDEC organise le planning hebdomadaire (typiquement deux à trois créneaux par semaine au démarrage), forme l’équipe IDE à l’accompagnement, supervise la qualité du dossier transmis.
- L’IDE prépare le résident (consentement, dossier médical à jour, antécédents pertinents, traitement en cours), assure le bon fonctionnement des dispositifs connectés, transmet les paramètres vitaux, restitue le compte rendu dans le DUI immédiatement après l’acte.
- Le médecin coordonnateur sélectionne les médecins spécialistes partenaires, contractualise avec un établissement de référence (CHU ou CH du GHT) ou rejoint un réseau régional agréé par l’ARS, valide les protocoles cliniques par spécialité.
- Le directeur porte la décision stratégique, sécurise le financement, suit les indicateurs de pilotage (volume d’actes, hospitalisations évitées, satisfaction médecins partenaires).
Sécuriser la dimension juridique et la traçabilité
Le cadre juridique est défini par l’article L6316-1 du Code de la santé publique et ses textes d’application. Trois exigences structurent la sécurité de l’acte : le consentement éclairé du résident ou, à défaut, de son représentant légal, tracé par écrit dans le DUI ; l’identification certaine de chaque professionnel impliqué (carte CPS et messagerie sécurisée de santé) ; et la traçabilité complète de l’acte dans le dossier patient, incluant le compte rendu signé.
La Haute Autorité de Santé précise dans ses recommandations télémédecine que la responsabilité médicale est partagée : le médecin requérant est responsable de la pertinence de la demande et du dossier transmis, le médecin spécialiste sollicité est responsable de son avis. Le projet de service doit formaliser cette répartition, en particulier l’articulation avec le médecin traitant, qui reste informé de toutes les démarches conduites.
La loi infirmière du 27 juin 2025 a élargi les prérogatives de l’IDE en télésanté, sécurisant juridiquement l’assistance technique et clinique apportée pendant les actes à distance. Ce point est traité plus largement dans notre fiche métier sur le rôle de l’infirmier en EHPAD en 2026.
Indicateurs de pilotage et retour sur investissement
Le suivi d’un dispositif de téléconsultation s’appuie sur un tableau de bord trimestriel partagé en commission de coordination gériatrique. Les indicateurs clés sont : nombre d’actes réalisés par spécialité, taux d’actes urgents (moins de 72 heures), délai moyen entre demande et réalisation, taux d’hospitalisations évitées, satisfaction des médecins spécialistes partenaires et de l’équipe soignante, conformité de la traçabilité dans le DUI. Sur l’expérimentation Article 51, près de 25 % des consultations étaient à visée préventive, signe d’une appropriation médicale au-delà de la seule réponse aux situations aiguës.
Le retour sur investissement s’évalue à un horizon de deux à trois ans, en combinant l’évitement de transports vers les services d’urgence, la baisse des hospitalisations programmées, le gain de temps médical pour le médecin coordonnateur et l’attractivité renforcée du poste IDE. Au-delà des chiffres, c’est l’amélioration de la qualité du parcours de soins du résident qui constitue l’argument central, parfaitement aligné avec les critères qualité du manuel d’évaluation HAS des ESSMS.
Questions fréquentes
Faut-il l’accord du médecin traitant pour une téléconsultation en EHPAD ?
Quel est le coût initial d’équipement d’une salle de téléconsultation ?
Comment articuler téléconsultation et téléexpertise ?
Sources officielles : Code de la santé publique, article L6316-1 ; HAS (recommandations de bonnes pratiques télémédecine) ; CNAM (convention médicale 2024-2029, revalorisation téléexpertise janvier 2026) ; Agence du Numérique en Santé (doctrine technique du numérique en santé, arrêté Ségur V2 du 3 mars 2026).
