La campagne de renouvellement vaccinal contre la Covid-19 s’ouvre le 20 avril 2026 pour les résidents d’EHPAD et les personnes à haut risque de forme grave. Avec seulement 63,6 % des résidents couverts lors de la dernière saison — un taux en recul — et un taux de vaccination des soignants tombé à 4,3 %, les équipes ont un rôle décisif à jouer d’ici le 30 juin.
Des couvertures vaccinales préoccupantes : pourquoi cette campagne est cruciale
Les données de surveillance publiées par Santé Publique France pour la saison 2024-2025 dessinent un tableau préoccupant. Réalisée auprès de 2 503 EHPAD et 203 736 résidents, cette enquête montre que la couverture vaccinale COVID-19 des résidents n’atteint plus que 63,6 %, en recul notable par rapport aux saisons précédentes. Chez les professionnels soignants d’EHPAD, ce taux chute à 4,3 % — qualifié d' »excessivement faible » dans le rapport de Santé Publique France. La couverture antigrippale des soignants, 21,0 % seulement, est également insuffisante.
Ce recul s’inscrit dans un contexte où les infections respiratoires représentent 36,2 % de toutes les infections associées aux soins en EHPAD, selon l’enquête Prev’Ehpad 2024 conduite dans 1 288 établissements. Elles constituent le premier type d’infection rencontré en établissement, devant les infections urinaires (31,7 %) et cutanées (25,8 %). La Covid-19 reste par ailleurs une cause de mortalité significative chez les personnes très âgées : en 2023, 62,9 % des décès imputés au virus concernaient des personnes de 85 ans et plus.
Dans ce contexte, la campagne printanière constitue un filet de sécurité essentiel pour les résidents dont l’immunité s’est amoindrie depuis la vaccination automnale, et une opportunité d’élargir la couverture parmi les soignants encore non immunisés. Pour les infirmiers coordinateurs (IDEC), organiser cette campagne dès maintenant, sans attendre le dernier moment, est une priorité.
Qui est éligible, et dans quels délais ?
Selon le communiqué officiel du ministère de la Santé, les publics prioritaires de cette campagne sont :
- Les résidents d’EHPAD et d’USLD, quel que soit leur âge — c’est le critère le plus opérationnel pour les équipes
- Les personnes de 80 ans et plus, qu’elles vivent en établissement ou à domicile
- Les personnes immunodéprimées, quel que soit leur âge
- Les personnes à très haut risque sur décision médicale individuelle
Sur le délai d’éligibilité, une distinction importante s’applique. Pour la majorité des publics à risque, le délai minimum depuis la dernière injection ou infection confirmée est de 6 mois. Pour les résidents d’EHPAD, les personnes de 80 ans et plus et les immunodéprimés, ce délai est ramené à 3 mois. Cette décision s’appuie sur l’avis du collège de la HAS du 26 février 2026, qui confirme que l’immunité vaccinale décline plus rapidement chez les personnes très âgées.
En pratique, un résident vacciné lors de la campagne automnale d’octobre 2025 est éligible dès la semaine d’ouverture. La quasi-totalité des résidents dont la dernière vaccination remonte à l’automne 2025 peut donc être vaccinée dès le 20 avril.
Le vaccin utilisé et comment l’approvisionner
Pour cette campagne printanière, le vaccin recommandé pour les résidents adultes est le Comirnaty LP.8.1 à 30 microgrammes, identifiable par son bouchon gris. Ce vaccin à ARNm de Pfizer-BioNTech cible les souches en circulation depuis l’automne 2025. Il s’administre en une dose unique de 0,3 mL par voie intramusculaire pour toute personne de 12 ans et plus.
Les commandes sont ouvertes sur le portail de Santé Publique France depuis le 3 avril 2026. Les établissements qui n’auraient pas encore commandé doivent le faire sans délai.
Point d’attention opérationnel : les seringues et aiguilles ne sont plus fournies avec les flacons de vaccin depuis la fin de la logistique centralisée Covid. Les établissements doivent vérifier leurs stocks de matériel d’injection avant les premières séances. La vaccination est prise en charge à 100 % par l’Assurance Maladie, sans avance de frais ni document requis de la part du résident.
La HAS précise également dans son avis de février 2026 que la vaccination concomitante avec d’autres vaccins — notamment le vaccin contre le VRS (Abrysvo) — est possible sur des sites d’injection distincts. C’est une opportunité pour les résidents qui n’auraient pas reçu leur vaccination VRS lors de l’automne dernier.
Comment organiser la campagne dans votre établissement
L’organisation d’une campagne de vaccination intra-muros mobilise plusieurs acteurs. C’est généralement l’IDEC qui centralise la coordination opérationnelle, en lien étroit avec le médecin coordonnateur.
Checklist en 7 étapes pour l’IDEC
- Établir la liste des résidents éligibles — identifier ceux dont la dernière vaccination remonte à plus de 3 mois en croisant le dossier médical et le suivi des traitements du DUI
- Recueillir le consentement — informer oralement le résident et/ou son représentant légal, tracer le consentement ou le refus motivé dans le dossier
- Informer les médecins traitants — chaque médecin traitant doit être prévenu avant et confirmé après chaque vaccination réalisée pour ses patients
- Planifier les séances par unité de vie — prévoir des créneaux hors repas et soins lourds, avec au minimum deux IDE disponibles en cas de volume important
- Préparer le matériel — flacons Comirnaty LP.8.1 (bouchon gris), seringues 1 mL, aiguilles IM 25G, plateau d’urgence avec adrénaline disponible à portée
- Tracer la vaccination — dans le DMP (Dossier Médical Partagé), dans le dossier résident et sur le carnet de vaccination si le résident le possède
- Bilan de couverture — documenter le taux de résidents vaccinés à l’issue de la campagne pour intégration dans le prochain rapport d’activité médicale
Ce bilan de vaccination s’inscrit utilement dans la démarche de prévention des infections en EHPAD et dans les indicateurs qualité suivis lors de l’évaluation HAS. Le référentiel d’évaluation HAS inclut en effet un critère sur l’accompagnement à la santé qui évalue la politique vaccinale de l’établissement.
Les points de vigilance juridiques
La vaccination contre la Covid-19 n’est pas obligatoire — ni pour les résidents, ni pour les soignants. Le droit de refus du résident doit être pleinement respecté et tracé. Un refus ne peut entraîner aucune conséquence sur la prise en charge.
Pour les résidents sous mesure de protection juridique, la procédure diffère selon le régime :
- Curatelle : le résident consent lui-même avec l’assistance possible du curateur ; son accord prévaut
- Tutelle : le tuteur signe le formulaire de consentement, mais doit agir dans l’intérêt du résident ; le médecin traitant est associé pour les actes médicaux non urgents
- En cas de refus du tuteur contraire à l’intérêt du résident, le médecin coordonnateur peut saisir le juge des contentieux de la protection
Sur la vaccination des professionnels : la Covid-19 reste recommandée mais non imposée. Dans un contexte où moins d’un soignant sur vingt-cinq était vacciné lors de la dernière campagne, une communication active par la direction et le médecin coordonnateur est indispensable. À noter : la LFSS 2026 a ouvert la voie à une obligation vaccinale contre la grippe pour les soignants et les résidents d’EHPAD — un avis de la HAS est attendu à l’été 2026 sur ce sujet.
Tableau récapitulatif : éligibilité et modalités
| Public concerné | Délai minimum | Vaccin (bouchon) | Schéma |
|---|---|---|---|
| Résidents EHPAD / USLD | 3 mois | Comirnaty LP.8.1 (gris) | 1 dose |
| Personnes 80 ans et plus | 3 mois | Comirnaty LP.8.1 (gris) | 1 dose |
| Personnes immunodéprimées | 3 mois | Comirnaty LP.8.1 (gris) | 1 dose |
| Autres personnes à risque élevé | 6 mois | Comirnaty LP.8.1 (gris) | 1 dose |
La campagne est ouverte du 20 avril au 30 juin 2026, soit 10 semaines pour vacciner l’ensemble des résidents éligibles. Une planification par unité de vie, mise en place dès maintenant, permettra d’atteindre une couverture maximale sans surcharge des équipes soignantes.