Les stomies représentent un défi quotidien pour les équipes en EHPAD : près de 5 % des résidents en sont porteurs, principalement en raison de cancers colorectaux ou de pathologies digestives chroniques. Pourtant, la prise en charge des stomies reste souvent source d’anxiété pour les soignants peu formés. Entre risques infectieux, complications cutanées et nécessité d’un appareillage adapté, l’accompagnement de ces résidents requiert des compétences spécifiques, un protocole clair et une coordination étroite entre infirmiers et aides-soignants. Cet article vous guide pour sécuriser vos pratiques et améliorer le confort des résidents stomisés.
Comprendre les spécificités des stomies en EHPAD
Les stomies digestives (colostomies, iléostomies) et urinaires (urostomies) nécessitent une connaissance approfondie de leur physiologie et de leurs contraintes. En EHPAD, les résidents stomisés présentent souvent des fragilités cumulées : peau âgée, polymédication, mobilité réduite, troubles cognitifs.
Types de stomies et impacts sur les soins
Chaque stomie possède des particularités :
- Colostomie : selles moulées ou pâteuses, changement tous les 3 à 7 jours.
- Iléostomie : effluents liquides et fréquents, pH acide, changement plus régulier (2 à 4 jours).
- Urostomie : écoulement urinaire continu, système de drainage nocturne obligatoire.
Ces différences conditionnent le choix du matériel de stomie, la fréquence des soins et le niveau de surveillance cutanée.
Point de vigilance : les résidents atteints de démence peuvent arracher leur poche ou manipuler la stomie, nécessitant des dispositifs de protection et une surveillance accrue.
Chiffre clé : Environ 100 000 personnes vivent avec une stomie en France, dont 15 % en institution. Le risque de complication cutanée atteint 60 % sans protocole adapté.
| Type de stomie | Fréquence de change | Risque cutané principal | Durée de vie du matériel |
|---|---|---|---|
| Colostomie | 3-7 jours | Macération | 5-7 jours |
| Iléostomie | 2-4 jours | Irritation acide | 3-5 jours |
| Urostomie | 2-3 jours | Fuite + infection | 4-6 jours |
Les principales complications à anticiper
Les complications des stomies les plus fréquentes en EHPAD incluent :
- Dermite péristomiale : inflammation cutanée par fuite ou allergie.
- Prolapsus ou rétraction : modification de la stomie nécessitant un avis médical.
- Occlusion ou hernie : urgence digestive potentielle.
- Infection locale : surinfection bactérienne ou fongique.
Un protocole de prévention des complications stomies repose sur trois piliers : hygiène rigoureuse, surveillance quotidienne, traçabilité des incidents.
Action immédiate : Créez une fiche de suivi individuelle pour chaque résident stomisé, avec date de pose, type de matériel, fréquence de change et incidents constatés. Elle devient l’outil de référence pour toute l’équipe.
Structurer un protocole de soins de stomie efficace
Un protocole stomies formalisé garantit la sécurité, l’homogénéité des pratiques et la traçabilité. Il doit être accessible, clair et révisé annuellement.
Élaborer un protocole adapté à votre EHPAD
Votre protocole doit intégrer :
- Identification des rôles : qui fait quoi (IDE, AS, médecin coordonnateur).
- Matériel requis : liste précise, fournisseurs, stock minimum.
- Procédure de change : étapes détaillées, techniques d’adhérence, gestion des fuites.
- Surveillance et traçabilité : grille de suivi, logiciel de soins, alerte en cas d’anomalie.
- Circuit d’urgence : conduite à tenir en cas de fuite, décollement, saignement, douleur.
Exemple terrain : Un EHPAD de 80 lits en Bretagne a intégré un protocole de stomie numérique dans son logiciel de soins. Résultat : réduction de 40 % des complications cutanées en un an grâce à la traçabilité et aux alertes automatiques.
La fiche technique d’appareillage : un incontournable
Une fiche technique appareillage doit accompagner chaque résident stomisé. Elle détaille :
- Le type de poche (une pièce ou deux pièces, avec ou sans filtre).
- Les accessoires : pâte stomahésive, anneau modelable, poudre protectrice, spray barrière.
- La taille du support : diamètre de découpe, gabarit utilisé.
- Les consignes spécifiques : heure de change, précautions, sensibilités allergiques.
Cette fiche circule entre soignants, médecin traitant et stomathérapeute en cas d’hospitalisation.
Règle d’or : Jamais de changement de matériel sans validation par l’IDE référent et le médecin coordonnateur. Toute modification doit être tracée dans le dossier de soins.
Checklist pour sécuriser l’appareillage :
- [ ] Vérifier la date de péremption du matériel.
- [ ] Contrôler l’intégrité de la peau péristomiale.
- [ ] Mesurer le diamètre de la stomie (elle évolue dans le temps).
- [ ] Tester l’adhésivité de la poche sur peau sèche.
- [ ] Noter tout incident ou difficulté dans le dossier.
Action immédiate : Organisez une réunion mensuelle IDE/AS pour réviser les protocoles de stomie et partager les retours d’expérience. La co-construction garantit l’adhésion des équipes.
Maîtriser les soins d’appareillage et l’hygiène spécifique
La réalisation des soins de stomie requiert technique, délicatesse et rigueur. L’objectif : éviter les fuites, préserver la peau, garantir le confort du résident.
Procédure de change : les étapes clés
- Préparation du matériel : poche neuve, ciseaux courbes, compresses non tissées, eau tiède, sac à déchets DASRI.
- Retrait de l’ancienne poche : décoller délicatement de haut en bas, sans tirer sur la peau.
- Nettoyage : eau tiède et compresses, séchage doux par tamponnement. Jamais de désinfectant alcoolique.
- Observation : couleur de la stomie (rouge vif = normal), état cutané, présence de suintement ou lésion.
- Découpe du nouveau support : gabarit adapté, marge de 2 à 3 mm autour de la stomie.
- Pose : appliquer fermement, lisser pour chasser les bulles d’air, maintenir 30 secondes à température corporelle.
- Vérification finale : poche bien fermée, filtre dégagé, résident à l’aise.
Point de vigilance : les résidents alités nécessitent un positionnement adapté (en décubitus latéral) pour faciliter l’accès et éviter les tensions cutanées.
Hygiène et prévention des infections
L’hygiène spécifique des stomies repose sur :
- Hygiène des mains : friction hydro-alcoolique avant et après chaque soin.
- Matériel à usage unique : compresses, gants, sacs à déchets.
- Gestion des déchets : filière DASRI pour les poches pleines et accessoires souillés.
- Désinfection du matériel réutilisable : ciseaux, gabarits, selon protocole de stérilisation.
Exemple terrain : Un EHPAD parisien a mis en place une formation trimestrielle des aides-soignants par l’IDE référente stomie. Les sessions pratiques sur mannequin ont permis de réduire les fuites de 50 % en six mois.
| Bonne pratique | Fréquence | Responsable | Traçabilité |
|---|---|---|---|
| Vérification de la poche | Quotidienne | AS/IDE | Feuille de suivi |
| Changement complet | Selon type de stomie | IDE | Dossier de soins |
| Évaluation cutanée | À chaque change | IDE | Grille dermato |
| Réévaluation du matériel | Mensuelle | IDE + médecin | Fiche technique |
Action immédiate : Créez un kit de stomie mobile, avec tout le matériel nécessaire, pour chaque étage ou unité. Cela évite les pertes de temps et les oublis lors des changes urgents.
Former et accompagner les équipes soignantes
La formation des soignants aux soins de stomie est essentielle. Sans elle, le risque d’erreur, de complications et d’épuisement professionnel augmente significativement.
Qui peut réaliser les soins de stomie ?
Selon le cadre réglementaire en vigueur :
- Les infirmiers : responsables de l’évaluation, du change complet, de l’adaptation du matériel, de la surveillance des complications.
- Les aides-soignants : peuvent participer au change et à la surveillance quotidienne, sous supervision et après formation, dans le cadre de la collaboration IDE/AS.
Important : la délégation de certains actes doit être formalisée dans le protocole de l’établissement et tracée dans le dossier de soins.
Programme de formation interne recommandé
Un dispositif efficace comprend :
- Formation théorique (2h) : anatomie, types de stomies, complications, matériel, hygiène.
- Ateliers pratiques (3h) : manipulation sur mannequin, découpe, pose, gestion des fuites.
- Stage d’observation (1 journée) : accompagnement d’une IDE expérimentée ou d’une stomathérapeute.
- Évaluation des compétences : grille d’auto-évaluation, supervision terrain.
- Recyclage annuel : actualisation des pratiques, retour sur incidents.
Exemple terrain : Un EHPAD de Loire-Atlantique a fait appel à une stomathérapeute libérale pour former son équipe. Coût : 800 € pour une journée, financé par le plan de formation. Résultat : gain d’autonomie, réduction des hospitalisations évitables.
Question fréquente : Comment financer une formation stomie ?
Utilisez votre budget formation continue, ou sollicitez l’OPCO Santé. Certaines associations (STOMIE, Fédération des Stomisés de France) proposent des ressources gratuites.
Checklist du soignant formé :
- [ ] Connaît les différents types de stomies et leurs spécificités.
- [ ] Sait identifier une complication cutanée ou digestive.
- [ ] Maîtrise le change complet en moins de 15 minutes.
- [ ] Utilise le matériel adapté et le traçabilité.
- [ ] Sait rassurer le résident et respecter son intimité.
Action immédiate : Nommez un IDE référent stomie dans votre établissement. Cette personne devient le relais formation, assure la veille matérielle, et centralise les remontées d’incidents.
Vers une prise en charge globale et humaine du résident stomisé
Au-delà de la technique, l’accompagnement des résidents porteurs de stomie engage une dimension psychologique, sociale et éthique. Ces personnes vivent souvent une altération de l’image corporelle, une perte d’autonomie et un sentiment de honte.
Soutenir la dimension émotionnelle
Les soignants doivent :
- Écouter les craintes, les gênes, les questions du résident.
- Respecter l’intimité : change en chambre individuelle, porte fermée, discrétion.
- Valoriser l’autonomie : encourager l’auto-soin si possible, proposer des ateliers d’éducation thérapeutique.
- Impliquer la famille : information, participation aux soins si le résident le souhaite.
Exemple terrain : Un EHPAD en Auvergne organise des groupes de parole trimestriels pour résidents stomisés. Animés par un psychologue et l’IDE référente, ils favorisent l’expression et réduisent l’isolement.
Coordination avec les acteurs externes
La prise en charge des stomies dépasse souvent les murs de l’EHPAD. Il est essentiel de collaborer avec :
- Le stomathérapeute hospitalier : pour les situations complexes, les adaptations de matériel.
- Le pharmacien : pour la gestion des commandes, les dispositifs médicaux remboursés.
- Le médecin traitant : pour les prescriptions, le renouvellement du matériel.
- Les associations de stomisés : soutien, documentation, ateliers.
Question fréquente : Que faire en cas de fuite nocturne répétée ?
Réévaluez le matériel (taille, type de poche), vérifiez l’alimentation du résident (fibres, hydratation), consultez un stomathérapeute si besoin. Tracez chaque incident pour identifier les facteurs déclenchants.
Anticiper les situations d’urgence
Certains signes doivent alerter immédiatement :
- Saignement abondant de la stomie.
- Douleur abdominale intense, absence de selles ou de gaz.
- Rétraction brutale de la stomie.
- Fièvre, signes infectieux locaux.
- Décollement complet de la poche sans possibilité de refixation.
Action immédiate : Intégrez dans votre protocole une fiche réflexe « Urgence stomie », affichée en salle de soins et dans le classeur de procédures. Elle indique les gestes à effectuer et les numéros d’appel (SAMU, médecin coordonnateur, stomathérapeute de garde).
Mini-FAQ complémentaire :
Peut-on baigner un résident stomisé ?
Oui, avec une poche bien fermée et étanche. Préférer la douche pour éviter le décollement prolongé. Sécher soigneusement après.
Faut-il changer de matériel en cas d’allergie ?
Absolument. Testez des supports hypoallergéniques (sans latex, sans colophane) et documentez la réaction dans le dossier.
Quel rôle pour le médecin coordonnateur ?
Il valide le protocole, prescrit le matériel, supervise la formation, coordonne avec les spécialistes et assure la traçabilité réglementaire.
Cap sur une culture de l’excellence et de la bienveillance
La prise en charge des résidents porteurs de stomies en EHPAD ne se résume pas à un geste technique. Elle incarne une culture du soin expert, mêlant rigueur protocolaire, formation continue, vigilance quotidienne et humanité. Les établissements qui investissent dans la formation de leurs équipes, la formalisation de protocoles de soins de stomie clairs et la coordination avec les professionnels externes constatent une amélioration significative de la qualité de vie des résidents et une diminution des complications.
Les recommandations soins stomies actuelles encouragent une approche pluridisciplinaire, centrée sur la personne, et intégrant les outils numériques pour optimiser la traçabilité. Les équipes doivent disposer de matériel adapté, de fiches techniques à jour et d’un référent interne capable de mobiliser les ressources externes.
En pratique, chaque EHPAD doit se poser trois questions essentielles : mes soignants sont-ils formés et confiants ? Mon protocole est-il à jour et opérationnel ? Mes résidents stomisés bénéficient-ils d’un accompagnement global, technique et humain ?
Dernière action immédiate : Planifiez dès cette semaine un audit interne de vos pratiques stomie : matériel disponible, compétences des équipes, traçabilité des soins, satisfaction des résidents. Identifiez trois axes d’amélioration prioritaires et lancez un plan d’action sur six mois. Votre engagement fera toute la différence pour les résidents concernés et leurs familles.