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Statines après 80 ans en EHPAD : l’étude 2026 confirme qu’il faut déprescrire

14 mai 2026 10 min de lecture Nicolas Mortel
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La polymédication est un risque évitable en EHPAD : sept médicaments par jour en moyenne par résident, et 70 % des ordonnances comportent au moins une prescription potentiellement inappropriée. Parmi les cibles prioritaires de la révision thérapeutique, les statines prescrites en prévention primaire chez les 80 ans et plus s’imposent comme un enjeu majeur. Une étude française publiée en 2026 confirme l’absence de surrisque cardiovasculaire à l’arrêt et renforce la position de la Haute Autorité de Santé.

Ce que révèle l’étude française de 2026 sur l’arrêt des statines

Menée sur deux ans auprès de résidents en établissement, une étude française publiée début 2026 apporte une confirmation scientifique attendue par les équipes médicales d’EHPAD : chez les personnes de 80 ans et plus sans antécédent cardiovasculaire, l’arrêt des statines ne majore pas le risque d’événement cardiaque. Le taux d’événements cardiovasculaires observé dans le groupe ayant interrompu le traitement s’établit à 3,3 %, contre 3,7 % dans le groupe poursuivant la statine — soit une réduction relative de 13 % en faveur de l’arrêt. La mortalité cardiovasculaire suit la même tendance (3,6 % contre 4,2 %).

Ces résultats prolongent les travaux de la Société Française de Gériatrie et Gérontologie (SFGG), dont l’étude CO DEPRESCRIBE, menée auprès de plus de 300 patients de plus de 75 ans, avait déjà documenté l’absence de majoration du risque cardiovasculaire à l’arrêt en prévention primaire. La position de la HAS sur la polymédication chez la personne âgée est désormais claire : la déprescription des traitements sans bénéfice démontré est une priorité de sécurité médicale, notamment pour les résidents d’EHPAD.

La distinction entre prévention primaire et secondaire reste fondamentale. Chez un résident ayant des antécédents d’infarctus du myocarde ou d’accident vasculaire cérébral, le bénéfice de la statine reste établi et justifie la poursuite du traitement. C’est précisément sur les indications de prévention primaire — prescriptions initiées pour prévenir un premier événement cardiovasculaire — que la déprescription trouve sa légitimité la plus solide chez les 80 ans et plus.

Polymédication en EHPAD : des chiffres qui imposent d’agir

La prise en charge médicamenteuse en EHPAD est marquée par une inertie prescriptive bien documentée. Le nombre moyen de médicaments par résident et par jour avoisine sept molécules, et l’on recense 12,87 % d’établissements où plus de 5 % des résidents prennent plus de quinze médicaments simultanément. Cette hyperpolymédication génère des risques croisés : interactions médicamenteuses, syndrome confusionnel, dégradation cognitive et majoration du risque de chutes. Selon les données de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), 54 à 70 % des résidents d’EHPAD reçoivent au moins un médicament potentiellement inapproprié.

Les statines prescrites en prévention primaire illustrent ce phénomène d’inertie : initiées pour des patients de moins de 65 ans, elles accompagnent souvent ces mêmes personnes dans leur parcours de vieillissement, sans réévaluation systématique à l’entrée en EHPAD ni lors des révisions annuelles d’ordonnances. Résultat : un résident sur deux est exposé à au moins un effet indésirable médicamenteux, d’après la SFGG. Réduire cette exposition inutile, c’est aussi améliorer la qualité de vie, limiter le risque de chutes et alléger la charge de soins quotidienne. Sur ce sujet, notre article sur la prévention des chutes et la polymédication apporte un éclairage complémentaire.

Qui fait quoi dans la démarche de déprescription en EHPAD ?

Le médecin coordonnateur, pilote de la révision thérapeutique

Le médecin coordonnateur est l’acteur central de cette démarche. Sa mission, renforcée par le décret 2025-897 qui refond ses missions en EHPAD, inclut explicitement la coordination des révisions thérapeutiques et l’évaluation de la pertinence des prescriptions en lien avec les médecins traitants. Pour les statines, cela se traduit par quatre actions concrètes :

  • L’identification des résidents de 80 ans et plus sous statines en prévention primaire, lors de la revue annuelle des ordonnances ou à l’occasion d’une hospitalisation
  • L’évaluation individuelle du rapport bénéfice-risque, tenant compte du pronostic global, des comorbidités et des préférences du résident
  • La conduite d’un entretien de décision partagée avec le résident et, le cas échéant, les proches, pour expliquer les motifs de l’arrêt et recueillir le consentement éclairé
  • La mise en place d’un protocole d’arrêt progressif : réduction de moitié de la dose pendant quatre semaines, puis arrêt complet, avec surveillance du bilan lipidique à trois et six mois

L’outil STOPP/START (Screening Tool of Older Person’s Prescriptions), recommandé par la SFGG comme grille d’analyse systématique des ordonnances des plus de 75 ans, constitue une aide structurée à cette démarche. Il liste explicitement les statines en prévention primaire chez les personnes sans espérance de vie dépassant cinq ans comme critère STOPP (à arrêter).

L’infirmier(ère) coordinateur(rice), garant(e) de la continuité et de la traçabilité

L’IDEC joue un rôle de coordination essentiel dans l’après-déprescription. Il ou elle s’assure que la décision est correctement documentée dans le dossier de soins : date d’arrêt, motif clinique, consentement recueilli. Les équipes infirmières et aides-soignantes en poste sont informées des motifs de l’arrêt pour éviter toute réintroduction intempestive ou toute inquiétude non fondée. En cas de questionnement de la famille, une note synthétique d’information préparée avec le médecin coordonnateur facilite la communication. Pour plus de détails sur le cadre des missions infirmières en EHPAD, les obligations de traçabilité et de surveillance post-arrêt y sont détaillées.

Le directeur d’EHPAD, promoteur de la bientraitance médicale

Sur le plan institutionnel, la réduction de la polymédication inappropriée est un indicateur de qualité reconnu dans le cadre de la certification HAS des EHPAD. Un établissement qui produit des données sur le taux de résidents ayant bénéficié d’une révision thérapeutique formalisée démontre une démarche active de bientraitance médicale. La formation du médecin coordonnateur et des infirmiers à la déprescription peut s’inscrire dans le plan de développement des compétences, financé via l’OPCO Santé ou l’ANFH selon le statut de l’établissement. Les benzodiazépines, dont la surexposition touche près d’un résident sur deux en EHPAD, constituent un autre axe prioritaire de cette démarche globale.

Perspectives 2026-2027 : vers une déprescription systématisée

L’inscription de la déprescription dans les pratiques courantes des EHPAD suppose plusieurs évolutions convergentes. La HAS devrait formaliser d’ici fin 2026 un guide de bonnes pratiques spécifique à la révision des traitements en établissement, s’appuyant sur l’outil STOPP/START. Du côté des éditeurs de logiciels de prescription, l’intégration d’alertes automatiques signalant les prescriptions potentiellement inappropriées selon l’âge du résident est en cours de déploiement dans plusieurs DUI certifiés Ségur numérique. Cette évolution technique devrait faciliter le travail d’identification lors des révisions trimestrielles d’ordonnances, réduisant la charge de travail du médecin coordonnateur sur ce point.

La prise en charge gériatrique globale bénéficiera directement de ces outils d’aide à la décision : la déprescription ne se limite pas aux statines, mais s’étend à toutes les molécules dont le rapport bénéfice-risque est défavorable chez le sujet âgé fragile — antihypertenseurs en cas d’hypotension orthostatique, anticoagulants en cas de risque hémorragique majeur, ou encore inhibiteurs de la pompe à protons prescrits sans indication documentée.

Faut-il arrêter les statines chez tous les résidents EHPAD de 80 ans et plus ?
Non. La déprescription concerne uniquement les statines prescrites en prévention primaire — c’est-à-dire chez des résidents sans antécédent d’infarctus, d’AVC ou d’autre événement cardiovasculaire majeur. Chez les résidents ayant des antécédents cardiovasculaires documentés (prévention secondaire), le bénéfice de la statine reste démontré et la poursuite du traitement est généralement justifiée. La décision doit toujours être individualisée, en tenant compte du pronostic global et des préférences du résident.
Qui est responsable de la décision d’arrêt d’une statine en EHPAD ?
La décision appartient au médecin traitant du résident, en lien avec le médecin coordonnateur de l’établissement. Le médecin coordonnateur joue un rôle d’initiateur et de coordinateur : il identifie les candidats à la déprescription lors des revues d’ordonnances, formalise la proposition et l’envoie au médecin traitant, qui valide et modifie l’ordonnance. La décision finale associe impérativement le résident (et ses proches si besoin) dans une démarche de décision partagée, conformément aux recommandations de la HAS.
Quels signes surveiller après l’arrêt d’une statine ?
Après l’arrêt d’une statine, la surveillance porte principalement sur : le bilan lipidique à 3 et 6 mois (pour vérifier l’absence de déséquilibre majeur), les signes cardiovasculaires (douleur thoracique, dyspnée inhabituelle, malaise) à signaler immédiatement au médecin traitant, et l’état général du résident. Selon les données disponibles, les myalgies liées aux statines disparaissent généralement dans les semaines suivant l’arrêt, avec un bénéfice fonctionnel souvent perceptible. Aucun signe de rebond cardiovasculaire n’a été observé dans les études menées en prévention primaire chez les 80 ans et plus.
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