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Évaluation HAS

Accompagné-traceur HAS 2026 : préparer l’entretien soignant en EHPAD

20 avril 2026 10 min de lecture Nicolas Mortel
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L’accompagné-traceur est la méthode-phare de l’évaluation externe HAS des EHPAD. Elle repose sur une règle délibérément peu connue : le directeur est exclu de l’entretien avec les soignants. Ce que vos aides-soignantes et IDE diront à l’évaluateur ce jour-là reflète la culture réelle de l’établissement, bien plus fidèlement que n’importe quel document officiel. Comprendre cette méthode, c’est comprendre ce que la HAS cherche vraiment à mesurer.

Qu’est-ce que l’accompagné-traceur et quelle est sa place dans le référentiel HAS ?

L’accompagné-traceur est l’une des trois méthodes d’évaluation définies par la HAS dans son référentiel et manuel d’évaluation des ESSMS. Elle correspond intégralement au chapitre 1 du référentiel, intitulé « La personne », qui couvre 68 critères répartis en sept thématiques : bientraitance et éthique, droits fondamentaux, expression et participation, co-construction du projet d’accompagnement personnalisé, autonomie, accompagnement à la santé, et continuité du parcours.

La méthode repose sur un double entretien successif. D’abord, un échange semi-directif de 30 à 45 minutes avec un résident volontaire, idéalement dans son espace de vie. Ensuite, un entretien de 1h30 à 2h avec les professionnels qui accompagnent ce résident au quotidien — aides-soignantes, IDE, peut-être psychologue ou travailleur social. Les données de ces deux entretiens sont ensuite croisées avec la consultation du dossier d’accompagnement, des transmissions et du projet de vie personnalisé. C’est ce croisement qui produit l’évaluation.

Les deux autres méthodes — le traceur ciblé (entretiens professionnels thématiques) et l’audit système (entretien avec la gouvernance) — complètent l’accompagné-traceur pour évaluer respectivement les pratiques professionnelles et le pilotage de l’établissement. Ces trois méthodes combinées couvrent les 157 critères du référentiel, dont 18 sont déclarés « impératifs ».

Le bilan HAS 2025 : ce que les chiffres révèlent

Le bilan annuel 2025 du dispositif d’évaluation HAS présente un panorama contrasté. À fin 2025, 16 647 évaluations avaient été réalisées depuis le lancement du cycle en 2023, dont 7 263 sur la seule année 2025. Pour les EHPAD, plus de 3 500 établissements sur 7 400 disposent désormais d’un rapport publié sur Qualiscope.

La répartition des notes révèle une situation globalement honorable mais avec des fragilités structurelles :

Note QualiscopeSignification% des EHPAD évalués
ADémarche qualité avancée34,7 %
BDémarche qualité structurée43,0 %
CDémarche qualité partielle20,6 %
DDémarche qualité insuffisante1,8 %

Derrière ces notes globales, les données sectorielles sont plus interpellantes. Seulement 19 % des EHPAD maîtrisent parfaitement les 18 critères impératifs — en recul par rapport aux 25 % de 2023. Les domaines les plus fragiles sont l’accompagnement à la santé (-0,7 point), la gestion des risques (-0,7 point) et la continuité des parcours (-0,4 point). La prévention de la maltraitance présente un taux de non-conformité préoccupant dans 44 % des établissements. Ces failles sont souvent révélées non par la documentation, mais par ce que les soignants de terrain expriment — ou ne savent pas exprimer — lors de l’accompagné-traceur.

Les trois étapes du protocole accompagné-traceur

Étape 1 — Sélection du résident (J-15 à J de la visite)

L’établissement constitue une liste de résidents volontaires comprenant au minimum le double du nombre d’accompagnés-traceurs prévus. L’évaluateur choisit librement parmi cette liste, en s’assurant d’une diversité : âge, sexe, durée d’accompagnement, modalités d’accueil (hébergement permanent, temporaire, accueil de jour), profil GIR. Le consentement écrit du résident — ou de son représentant légal — est recueilli et versé au dossier. La personne peut être accompagnée par quelqu’un de son choix lors de l’entretien.

Étape 2 — Entretien avec le résident (30 à 45 minutes)

L’entretien se déroule en présentiel, de préférence dans le lieu de vie de la personne. Il est conduit en format semi-directif et porte sur le ressenti du résident : qualité de l’accompagnement perçue, respect des droits fondamentaux, participation aux décisions le concernant, qualité des relations avec les soignants. Pour les résidents avec troubles cognitifs modérés à sévères, la HAS a publié en janvier 2026 un guide dédié au recueil de leur point de vue, avec des outils FALC (Facile à Lire et à Comprendre).

Étape 3 — Entretien avec les professionnels (1h30 à 2h)

C’est l’étape la plus révélatrice. L’équipe pluridisciplinaire — aides-soignantes, IDE, éducateurs, psychologue selon le profil du résident traceur — s’entretient avec l’évaluateur. Le directeur ou tout cadre dirigeant est formellement exclu de cet entretien. Cette règle méthodologique est délibérée : elle vise à garantir la liberté de parole des soignants de terrain. Un professionnel qui a participé à l’entretien résident ne peut pas participer à l’entretien professionnel pour la même personne, afin d’éviter toute contamination des réponses.

La règle qui change tout : le directeur exclu, les soignants seuls face à l’évaluateur

Cette règle d’exclusion mérite qu’on s’y attarde. Elle signifie concrètement que ce que vos aides-soignantes diront à l’évaluateur ce jour-là — comment elles décrivent le projet personnalisé, comment elles parlent de bientraitance, comment elles formulent les pratiques de l’équipe — reflète la culture réelle de l’établissement. Pas sa communication institutionnelle. Pas ses procédures écrites.

Le bilan HAS 2025 confirme ce que les évaluateurs observent sur le terrain : les établissements qui obtiennent les meilleures notes ne sont pas nécessairement ceux qui ont la documentation la plus perfectionnée. Ce sont ceux où les soignants de terrain partagent réellement les valeurs d’accompagnement, où les aides-soignantes peuvent nommer spontanément la notion de bientraitance, où les transmissions reflètent une attention réelle à la personne. Le score moyen sur le domaine « La personne accompagnée » est de 3,70/4 — mais avec des disparités importantes selon les établissements.

Conséquence pratique : préparer un accompagné-traceur, c’est autant un travail de management interne qu’un travail documentaire. Ce sont les pratiques quotidiennes, la culture d’équipe et la compréhension partagée des valeurs d’accompagnement qui se jouent lors de cet entretien.

Rôle de chaque professionnel dans l’accompagné-traceur

ProfessionnelRôle dans l’accompagné-traceur
DirecteurPrépare la liste de résidents, mobilise les équipes, constitue les dossiers — absent de l’entretien professionnel
IDECCoordinatrice du dispositif en amont (dossiers, planification, formation des équipes) — sollicitée lors du traceur ciblé ou de l’audit système
IDEParticipe à l’entretien professionnel si référente du résident sélectionné
Aide-soignanteInterlocutrice prioritaire lors de l’entretien professionnel — exprime les pratiques quotidiennes de soins, de relation, de bientraitance
Psychologue / ASSollicité si impliqué dans le suivi du résident traceur
Médecin coordonnateurImpliqué sur les critères santé (1.14-1.16) via traceur ciblé plutôt que l’AT standard

Comment préparer votre équipe sans la « briefer » faussement

La tentation de préparer des « réponses types » avant la visite doit être évitée. Non seulement parce qu’elle est contre-productive — les évaluateurs détectent facilement les réponses récitées — mais parce qu’elle rate l’essentiel : ce que cherche la HAS, c’est l’appropriation réelle des valeurs d’accompagnement par les équipes.

L’IDEC joue ici un rôle de « coach » au sens propre. Avant la visite, elle peut organiser des temps collectifs de réflexion sur les notions clés — bientraitance, droit à l’autodétermination, projet personnalisé — non pas pour apprendre des réponses, mais pour s’assurer que chaque membre de l’équipe comprend et adhère à ces valeurs dans sa pratique quotidienne. L’inspection ARS partage d’ailleurs cette logique : ce qui est évalué, c’est ce qui se passe vraiment, pas ce qui est écrit.

Trois axes concrets de préparation sont identifiés par les organismes évaluateurs :

  • Renforcer la culture bientraitance — temps de formation ou de réflexion collective en équipe, analyse de situations concrètes, rappel de la procédure de signalement interne
  • S’assurer que les dossiers reflètent la réalité — les projets personnalisés doivent être à jour, les transmissions doivent mentionner la personne (pas seulement les actes), les consentements doivent être tracés
  • Impliquer les résidents en amont — les personnes qui ont l’habitude d’être consultées, de donner leur avis, de participer aux décisions les concernant seront des interlocuteurs naturellement à l’aise lors de l’entretien avec l’évaluateur

Ce qui change avec le référentiel v2 attendu en 2028

La HAS a lancé en mars 2026 les 8 groupes de travail pour le référentiel v2, applicable à partir de 2028. Si les grandes lignes ne sont pas encore publiées, plusieurs orientations se dessinent : renforcement des critères sur la participation des personnes accompagnées, meilleure articulation avec les parcours de santé territoriaux, et probable évolution de la méthode accompagné-traceur pour mieux prendre en compte les résidents avec des troubles cognitifs sévères.

Les établissements évalués en 2026 et 2027 sur la base du référentiel v1.1 auront deux enjeux simultanés : réussir leur évaluation sur le cadre actuel, et anticiper les évolutions pour ne pas avoir à tout reconstruire lors du prochain cycle. La page pilier sur l’évaluation HAS détaille les critères actuels en détail.

Combien d’accompagnés-traceurs doit-on prévoir pour un EHPAD de 80 lits ?
Le nombre exact est déterminé entre J-15 et le jour de la visite, selon la grille du Manuel v1.1. Pour un EHPAD de 30 places et plus, le minimum est de 3 AT, mais ce nombre peut augmenter pour couvrir toutes les modalités d’accompagnement (unité protégée, hébergement temporaire, accueil de jour). La liste de résidents volontaires doit comprendre le double du nombre d’AT prévus. Consultez directement la FAQ officielle de la HAS pour votre configuration précise.
Un résident avec Alzheimer sévère peut-il être sélectionné comme accompagné-traceur ?
La sélection doit tenir compte de la capacité de la personne à participer à un entretien semi-directif. Pour les personnes avec des troubles cognitifs modérés à sévères, la HAS a publié en janvier 2026 un guide spécifique sur le recueil de leur point de vue, avec des outils FALC (Facile à Lire et à Comprendre). Ces personnes peuvent donc être incluses dans la liste, mais l’évaluateur adapte la méthode à leurs capacités lors de l’entretien.
L’IDEC peut-elle participer à l’entretien professionnel de l’accompagné-traceur ?
Oui, si elle est impliquée dans le suivi du résident traceur sélectionné. L’exclusion ne concerne que le directeur et les cadres dirigeants, pas l’encadrement intermédiaire ou les soignants référents. L’IDEC peut donc être présente — et c’est même souhaitable pour les critères relatifs à la coordination des soins et à l’accompagnement à la santé.
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