En France, 9,3 millions de personnes accompagnent au quotidien un proche en perte d’autonomie ou en situation de handicap. Pour soutenir ces aidants familiaux, un ensemble de dispositifs financiers, de congés et de solutions de répit existe, mais reste souvent méconnu. Ce guide recense tous les dispositifs d’aide aux aidants familiaux en vigueur en 2026 : allocations, congés, droit au répit, plateformes d’accompagnement et ressources pratiques.
1. L’Allocation Journalière du Proche Aidant (AJPA)
L’AJPA est le principal dispositif d’indemnisation financière des aidants familiaux. Versée par la CAF ou la MSA, elle compense la perte de revenus liée à la réduction ou la cessation d’activité professionnelle pour accompagner un proche en perte d’autonomie (GIR 1 à 4) ou en situation de handicap (taux d’incapacité d’au moins 80 %).
Montants au 1er janvier 2026
| Durée | Montant brut | Montant net |
|---|---|---|
| Journée complète | 71,43 € | 66,64 € |
| Demi-journée | 35,72 € | 33,32 € |
| Maximum mensuel (22 jours) | 1 571,46 € | 1 466,08 € |
Durée et droits rechargeables
Depuis le 1er janvier 2025, l’AJPA est limitée à 66 jours par personne aidée, avec un plafond cumulé de 264 jours sur l’ensemble de la carrière. Ce mécanisme de droits rechargeables permet aux aidants accompagnant successivement plusieurs proches de rouvrir leurs droits. L’AJPA ouvre automatiquement droit à l’Assurance Vieillesse des Parents au Foyer (AVPF), ce qui protège les droits à la retraite de l’aidant.
Qui peut en bénéficier ?
- Salariés du secteur privé et public
- Travailleurs indépendants et conjoints collaborateurs
- Stagiaires rémunérés
- Demandeurs d’emploi (interruption de recherche)
L’AJPA n’est soumise à aucune condition de ressources, mais elle est imposable. Malgré ces avantages, le dispositif reste sous-utilisé : en 2024, on ne comptait que 1 645 bénéficiaires mensuels. Pour en savoir plus sur les conditions d’autonomie ouvrant droit à l’AJPA, consultez notre guide complet de la grille AGGIR.
2. Le congé de proche aidant
Le congé de proche aidant permet à tout salarié, agent public, travailleur indépendant ou demandeur d’emploi de suspendre ou réduire son activité professionnelle pour accompagner un proche en perte d’autonomie ou en situation de handicap. Il est ouvert sans condition d’ancienneté depuis fin 2019.
Conditions et durée
| Paramètre | Détail |
|---|---|
| Durée initiale | 3 mois (sauf disposition conventionnelle) |
| Renouvellement | Possible, dans la limite d’1 an sur toute la carrière |
| Fractionnement | Autorisé (jours ou demi-journées) |
| Temps partiel | Possible avec accord de l’employeur |
| Préavis employeur | 1 mois (sauf urgence : départ immédiat) |
| Indemnisation | AJPA (66,64 €/jour net en 2026) |
Le salarié bénéficie d’une protection de l’emploi : maintien de l’ancienneté, conservation des avantages acquis et retour garanti à un poste équivalent. Le congé peut concerner un ascendant, descendant, collatéral jusqu’au 4e degré, conjoint ou toute personne avec laquelle l’aidant entretient des liens étroits et stables.
3. Le don de jours de repos entre collègues
La loi du 13 février 2018 a étendu le dispositif de don de jours de repos aux proches aidants. Tout salarié peut renoncer anonymement et sans contrepartie à une partie de ses jours de repos non pris au profit d’un collègue qui accompagne un proche en perte d’autonomie ou en situation de handicap.
Jours cessibles
- 5e semaine de congés payés (les 4 premières semaines sont exclues)
- Jours de RTT non pris
- Congés conventionnels supplémentaires
- Jours de récupération
Le bénéficiaire conserve sa rémunération pendant toute la durée de l’absence. Le décret n° 2018-874 du 9 octobre 2018 a étendu ce dispositif aux agents de la fonction publique. Ce mécanisme de solidarité entre collègues constitue un complément précieux au congé de proche aidant.
4. Le droit au répit : APA et solutions concrètes
Créé par la loi d’adaptation de la société au vieillissement du 28 décembre 2015 (article L232-3-2 du CASF), le droit au répit permet de financer des solutions de relais pour que l’aidant puisse souffler. Il prend la forme d’une majoration du plan d’aide APA lorsque le plafond est atteint.
Montants en 2026
| Situation | Montant annuel maximum |
|---|---|
| Droit au répit (majoration APA) | 583,52 € |
| Hospitalisation de l’aidant (aide d’urgence) | 1 159,32 € |
Prestations finançables
- Accueil de jour en EHPAD ou centre spécialisé
- Hébergement temporaire en établissement ou en accueil familial
- Relais à domicile par un professionnel (aide à domicile, garde de nuit)
La demande s’effectue auprès du Conseil départemental. Une évaluation médico-sociale au domicile détermine le besoin de répit et peut entraîner une révision du plan APA. Pour comprendre le mécanisme de l’APA, consultez notre article sur le calcul et l’attribution de l’APA. Vous pouvez également consulter notre guide sur l’hébergement temporaire en EHPAD.
5. Le baluchonnage (relayage à domicile)
Inspiré du modèle québécois, le baluchonnage permet à un intervenant unique de prendre le relais de l’aidant à domicile, 24h/24, pendant jusqu’à 6 jours consécutifs. Après une phase expérimentale (2019-2024) et 14 mois de suspension faute de décret, le dispositif a été généralisé par la loi du 15 novembre 2024 relative aux troubles du neuro-développement.
Cadre réglementaire en 2026
Le décret n° 2025-827 du 19 août 2025 fixe les modalités de mise en oeuvre. En février 2026, le département du Tarn (via Sérénitarn) est devenu le premier territoire à relancer officiellement le baluchonnage. Les conditions sont les suivantes :
- Durée maximale : 6 jours consécutifs par intervention
- Plafond : 94 jours par période de 12 mois pour un même intervenant
- Financement possible via l’APA à domicile ou la PCH
- Coût journalier : entre 110 et 620 € selon les prestations
Le bilan de l’expérimentation est encourageant : 624 baluchonnages réalisés auprès de 474 binômes aidant-aidé et près de 56 000 heures de répit délivrées au 31 décembre 2024. Le déploiement territorial reste progressif, département par département.
6. Les plateformes d’accompagnement et de répit (PFR)
Les PFR constituent le premier point de contact pour les aidants en quête de solutions de répit. Environ 250 plateformes maillent le territoire national, avec l’objectif d’atteindre au moins une PFR personnes âgées et une PFR handicap par département d’ici fin 2026, conformément à la stratégie nationale.
Services proposés par les PFR
- Information et orientation : recensement de toutes les solutions de répit du territoire
- Soutien psychologique : entretiens individuels, groupes de parole
- Formation : ateliers pratiques sur les gestes du quotidien, la communication avec le proche aidé
- Activités aidant-aidé : sorties culturelles, ateliers créatifs favorisant le lien social
- Répit à domicile : organisation de relais par des professionnels formés
Pour trouver la plateforme la plus proche, rendez-vous sur le portail national soutenirlesaidants.fr ou appelez le 0 800 360 360 (numéro vert gratuit). Pour les aidants accompagnant un proche atteint de maladie neurodégénérative, notre guide sur Alzheimer et les maladies neurodégénératives propose des ressources complémentaires. Découvrez également les solutions innovantes de répit qui se développent sur le territoire.
7. La stratégie nationale « Agir pour les aidants 2023-2027 »
Lancée le 6 octobre 2023, cette seconde stratégie nationale fixe des ambitions structurantes pour améliorer concrètement le quotidien des 9,3 millions d’aidants en France. Elle s’articule autour de six engagements majeurs :
- Garantir 15 jours de répit par an pour les aidants les plus sollicités
- Un interlocuteur unique par département pour simplifier les démarches
- Renforcer les droits existants : AJPA rechargeable, congé de proche aidant sans ancienneté
- Ouvrir la VAE aux aidants : reconnaissance des compétences acquises dans l’accompagnement
- Soutenir les étudiants aidants : revalorisation des bourses depuis la rentrée 2023
- Plan national de repérage : formation des professionnels de santé et du médico-social au repérage des aidants
Parmi les mesures concrètes : la création de 5 000 places supplémentaires d’accueil temporaire et d’accueil de jour d’ici 2027, et le déploiement d’une PFR par département pour chaque public (personnes âgées et handicap). Plus de quinze grandes entreprises (L’Oréal, SNCF, La Poste, AXA) ont signé une charte d’engagement pour les proches aidants salariés.
Pour les directeurs d’EHPAD, cette stratégie implique de renforcer les dispositifs d’accueil de jour et d’hébergement temporaire, et de former les équipes au repérage et à l’orientation des aidants. Notre article sur les droits des aidants familiaux détaille les implications pratiques. Consultez aussi notre dossier sur la Journée nationale des aidants et les nouveaux droits au répit.
Ressources pratiques et contacts utiles
| Ressource | Contact / Lien | Service |
|---|---|---|
| Numéro national aidants | 0 800 360 360 (gratuit) | Orientation vers les « Communautés 360 » de votre département |
| Portail national du répit | soutenirlesaidants.fr | Annuaire des PFR et solutions de répit |
| Portail pour les personnes âgées | pour-les-personnes-agees.gouv.fr | Simulateurs APA, annuaire EHPAD, droits |
| Mon Parcours Handicap | monparcourshandicap.gouv.fr | Démarches AJPA, congé, PCH |
| CAF / MSA | caf.fr / msa.fr | Demande et versement AJPA |
| Conseil départemental | Votre département | APA, droit au répit, hébergement temporaire |
Pour approfondir les questions de financement, notre guide complet du financement en EHPAD aborde en détail les mécanismes APA, ASH et aides fiscales. Les professionnels trouveront également des ressources utiles dans notre guide sur le maintien à domicile des seniors et notre article sur le transport et l’accueil de jour en EHPAD.
Questions fréquentes
Peut-on cumuler l’AJPA avec d’autres revenus ?
L’AJPA n’est pas cumulable avec une activité professionnelle à temps plein. En revanche, elle peut se combiner avec un temps partiel dans le cadre d’un congé de proche aidant fractionné. Elle est cumulable avec l’APA perçue par la personne aidée, qui est une prestation distincte versée au bénéficiaire de l’aide et non à l’aidant.
Le congé de proche aidant est-il ouvert aux aidants de personnes en EHPAD ?
Oui. Le congé de proche aidant n’est pas limité à l’accompagnement à domicile. Un salarié peut en bénéficier pour accompagner un proche hébergé en EHPAD, notamment lors de l’entrée en établissement, d’hospitalisations ou de périodes nécessitant une présence renforcée.
Comment est financé le baluchonnage ? Le reste à charge est-il élevé ?
Le coût du baluchonnage varie entre 110 et 620 euros par jour selon les prestations. Il peut être partiellement financé par l’APA à domicile ou la PCH. Toutefois, la loi ne prévoit pas de financement spécifique, ce qui entraîne un reste à charge souvent significatif pour les familles. Le droit au répit (583,52 €/an) peut compléter le financement.
Quelles sont les conditions pour bénéficier du droit au répit ?
Le droit au répit est accessible lorsque le plafond du plan d’aide APA de la personne aidée est atteint. L’aidant doit assurer une présence indispensable à la vie à domicile de son proche et ne pas pouvoir être remplacé par une autre personne de l’entourage. La demande s’effectue auprès du Conseil départemental, qui procède à une évaluation à domicile.
Le don de jours de repos est-il possible dans la fonction publique hospitalière ?
Oui. Le décret n° 2018-874 du 9 octobre 2018 a étendu le dispositif de don de jours de repos aux agents publics civils, y compris dans la fonction publique hospitalière. Les agents d’EHPAD publics peuvent donc donner des jours de repos à un collègue proche aidant, dans les mêmes conditions que le secteur privé.
Existe-t-il des aides fiscales pour les aidants familiaux ?
Plusieurs avantages fiscaux existent : le crédit d’impôt pour l’emploi d’un salarié à domicile (50 % des dépenses, plafond de 12 000 €), la déduction des frais d’hébergement d’un parent dépendant (sous conditions), et la possibilité de rattacher un parent au foyer fiscal en tant que personne à charge. La personne aidée en EHPAD peut également bénéficier d’une réduction d’impôt de 25 % sur les frais de dépendance et d’hébergement.
Comment un directeur d’EHPAD peut-il accompagner les aidants ?
Les directeurs d’EHPAD jouent un rôle clé : développer l’accueil de jour et l’hébergement temporaire, former les équipes au repérage des aidants en difficulté, orienter les familles vers les PFR et le 0 800 360 360, organiser des groupes de parole et des cafés des aidants, et intégrer le soutien aux aidants dans le projet d’établissement. C’est un levier de qualité évalué dans le cadre de la démarche HAS.