La Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie a mis en ligne en mai 2026 un guide méthodologique et une boîte à outils destinés aux établissements pour personnes âgées qui souhaitent ouvrir un tiers-lieu sur leur site. Conçus à partir de l’expérience d’une vingtaine d’EHPAD pionniers, ces ressources arrivent dans un contexte de transformation du modèle EHPAD vers davantage d’ouverture sur la cité. Pour les directions, c’est l’occasion d’engager une démarche structurée d’inclusion sociale au-delà des animations classiques.
Les faits : un guide pratique pour structurer la démarche
Le guide de la CNSA formalise pour la première fois une méthodologie complète de montage d’un tiers-lieu en EHPAD. Il accompagne les porteurs de projet sur l’ensemble du cycle de vie : étude d’opportunité territoriale, définition de la programmation, modèle économique, gouvernance partagée, conventionnement avec les partenaires extérieurs (associations, collectivités, professionnels libéraux), évaluation de l’impact. La boîte à outils qui l’accompagne fournit des trames de convention, des grilles d’auto-diagnostic et des cas concrets issus du terrain.
Sur la définition même : un tiers-lieu en EHPAD n’est pas un simple espace d’animation interne ouvert ponctuellement aux familles. C’est un espace hybride véritablement partagé entre les résidents, les habitants du quartier, des associations locales, parfois des entreprises ou des écoles. Activités, services et événements y sont co-construits, avec une programmation autonome de l’établissement lui-même.
Une politique nationale en accélération depuis 2022
La démarche s’inscrit dans la politique nationale de transformation des EHPAD ouverte par le rapport Libault de 2019 et concrétisée par les feuilles de route ministérielles successives. Le portail national pour les personnes âgées documente plusieurs vagues d’appels à projets nationaux qui ont permis l’émergence des premiers tiers-lieux d’EHPAD à partir de 2022, financés notamment via la section IV du budget CNSA dédiée à l’animation des territoires.
L’objectif politique est explicite : sortir l’EHPAD de son image d’institution fermée, fluidifier les passages entre domicile et établissement, et faire vivre une continuité de l’espace social pour les personnes âgées qui entrent en hébergement. Cette logique de tiers-lieu s’inscrit également dans la refonte du Code de l’action sociale et des familles et la loi du 8 avril 2024 portant mesures pour bâtir la société du bien-vieillir.
Impact concret par profil métier
Pour le directeur d’établissement, le tiers-lieu est un projet stratégique à inscrire dans le projet d’établissement et le CPOM. Le guide CNSA fournit une trame de réflexion en amont : analyse du besoin local, identification des partenaires potentiels, dimensionnement de l’espace physique (entrée distincte, accessibilité PMR, articulation avec les espaces de vie des résidents), modèle de gouvernance (comité de pilotage mixte, place du Conseil de la Vie Sociale dans la programmation).
Pour le responsable de la vie sociale et l’animateur, l’enjeu est de réinventer la programmation. Un tiers-lieu ne fonctionne pas comme un atelier d’animation classique : il s’anime par la co-construction avec des intervenants externes (associations, artistes, étudiants, bénévoles), avec des plages horaires plus larges, une ouverture sur la semaine et le week-end, des publics qui se mélangent (résidents, familles, voisins, jeunes du quartier). Le métier d’animateur évolue vers une fonction de facilitation et de mise en relation.
Pour les familles et les proches, le tiers-lieu offre un point de contact différent avec l’établissement : on y vient pour participer à un atelier, un café-rencontre, une conférence, sans nécessairement venir « rendre visite ». Cette logique transforme la place des aidants dans l’écosystème de l’EHPAD et facilite les passages temporaires (accueil de jour, hébergement de courte durée).
Perspectives : un déploiement appelé à s’amplifier
Les EHPAD pionniers ayant ouvert un tiers-lieu rapportent plusieurs bénéfices documentés : amélioration de l’attractivité du recrutement soignant, hausse de la satisfaction des familles, mixité sociale renforcée pour les résidents, atténuation du sentiment d’isolement, image rénovée auprès des autorités de contrôle et des futurs résidents. À l’inverse, plusieurs freins demeurent : reconfiguration architecturale parfois nécessaire, modèle économique à équilibrer (subventions, cotisations, prestations de services), implication des équipes soignantes au-delà de leur cœur de métier.
Pour les directions qui s’engagent dès 2026, plusieurs ressources complémentaires sont disponibles. Au-delà du guide CNSA, les Agences régionales de santé animent des journées d’échange entre porteurs de projet, et plusieurs branches professionnelles (FEHAP, Synerpa, Nexem, FHF) mettent à disposition des retours d’expérience sectoriels. Les premières évaluations d’impact des tiers-lieux pionniers devraient être publiées en 2027 par la DREES et permettront d’objectiver les bénéfices observés.
Questions fréquentes
Qui finance la création d’un tiers-lieu en EHPAD ?
Faut-il obligatoirement un espace dédié ou peut-on partager les locaux existants ?
Quelle articulation avec le Conseil de la Vie Sociale ?
Sources officielles : Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (guide et boîte à outils tiers-lieux EHPAD, mai 2026) ; Portail national pour les personnes âgées ; Code de l’action sociale et des familles.