PATHOS et AGGIR sont les deux piliers de l’évaluation médico-sociale en EHPAD. Pourtant, leur complémentarité reste souvent mal comprise, même parmi les professionnels de terrain. Résultat : des coupes réalisées en silo, des profils de soins sous-évalués, et in fine une dotation qui ne reflète pas la réalité de la prise en charge. Cet article démêle les deux outils, leurs objectifs distincts, leur articulation dans le calcul du GMPS, et illustre leur complémentarité par des cas cliniques concrets.
AGGIR : évaluer la perte d’autonomie fonctionnelle
La grille AGGIR (Autonomie Gérontologie Groupes Iso-Ressources) est un outil d’évaluation de la dépendance fonctionnelle et psychique des personnes âgées. Elle a été instituée par la loi du 24 janvier 1997 et constitue la base légale de l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA).
AGGIR évalue la capacité d’une personne à réaliser seule 10 variables discriminantes :
- Cohésion (orientation temporo-spatiale, comportement) ;
- Orientation (dans le temps et dans l’espace) ;
- Toilette (corporelle et capillaire) ;
- Habillage (haut, milieu, bas du corps) ;
- Alimentation (préparation et prise des repas) ;
- Élimination (urinaire et fécale) ;
- Transferts (se lever, se coucher, s’asseoir) ;
- Déplacements intérieurs (avec ou sans aide technique) ;
- Déplacements extérieurs ;
- Communication à distance (téléphone, alarme).
L’évaluation AGGIR attribue à chaque résident un GIR (Groupe Iso-Ressources) de 1 (dépendance totale) à 6 (autonomie complète). Seuls les GIR 1 à 4 ouvrent droit à l’APA en EHPAD. Pour une présentation complète de la grille et de son utilisation pratique, consulter notre guide complet de la grille AGGIR.
PATHOS : évaluer les besoins en soins médico-techniques
Le modèle PATHOS (Pathologies Associées et Traitement des Opérateurs de Santé) poursuit un objectif radicalement différent d’AGGIR : il ne mesure pas ce que le résident peut faire, mais de quels soins médicaux il a besoin. Développé conjointement par le ministère chargé de la santé et la CNSA, PATHOS repose sur 50 états pathologiques codifiés, 12 profils de soins et 8 postes de ressources.
La coupe PATHOS est réalisée par le médecin coordonnateur, en lien avec les médecins traitants et l’équipe soignante. Elle évalue pour chaque résident l’intensité des soins réellement requis par ses pathologies, et génère un score individuel qui, agrégé sur l’ensemble de la population, donne le PMP (PATHOS Moyen Pondéré).
Pour comprendre en détail la mécanique de calcul du PMP et les 8 postes de ressources, consulter notre article PATHOS en EHPAD : guide complet.
Tableau comparatif : PATHOS vs AGGIR
| Critère | AGGIR | PATHOS |
|---|---|---|
| Objectif | Évaluer la perte d’autonomie fonctionnelle et psychique | Évaluer les besoins en soins médico-techniques |
| Ce qu’il mesure | Capacité à réaliser les actes essentiels de la vie | Intensité des soins requis pour les pathologies actives |
| Niveaux | 6 GIR (GIR 1 = dépendance totale, GIR 6 = autonomie) | 50 états pathologiques × 12 profils = 238 combinaisons |
| Qui évalue ? | Professionnel formé (IDE, médecin, évaluateur habilité) | Médecin coordonnateur exclusivement |
| Indicateur synthétique | GMP (GIR Moyen Pondéré) | PMP (PATHOS Moyen Pondéré) |
| Section financée | Section dépendance (APA + résident) | Section soins (Assurance maladie via ARS) |
| Financeur | Conseil départemental + résident (selon GIR) | ARS (100% Assurance maladie) |
| Fréquence | Lors du CPOM (5 ans) ou si variation > 5% du GMP | Lors du CPOM (5 ans) ou si variation > 5% du PMP |
| Outil de saisie | GALAAD (plateforme CNSA) | GALAAD (plateforme CNSA) |
La formule GMPS : comment les deux outils se combinent pour le financement
La véritable complémentarité de PATHOS et AGGIR s’exprime dans la formule du GMPS (GIR Moyen Pondéré Soins), qui détermine la dotation soins versée par l’ARS :
GMPS = GMP + (PMP × 2,59)
Dotation annuelle = GMPS × Nombre de places × Valeur du point GMPS (~10,37 €/point en 2025)
Le coefficient 2,59 appliqué au PMP traduit le fait que les soins médicaux mobilisent proportionnellement davantage de ressources que la dépendance. Un point de PMP vaut donc 2,59 fois plus qu’un point de GMP dans le calcul de la dotation soins.
Pour un établissement de 80 places avec un GMP de 744 et un PMP de 213 (valeurs nationales moyennes) :
- PMP pondéré : 213 × 2,59 = 552 points
- GMPS : 744 + 552 = 1 296 points
- Dotation estimée : 1 296 × 80 × 10,37 = ~1 074 000 €/an
Pour comprendre comment le GMP est calculé à partir de la grille AGGIR, notre page pilier sur le GMP en EHPAD détaille le processus de pondération.
Cas cliniques : quand PATHOS et AGGIR donnent des résultats divergents
L’un des apports les plus importants de la lecture croisée PATHOS/AGGIR est d’identifier les profils de résidents dont la charge réelle n’est pas reflétée par un seul outil.
Cas 1 — Résident Alzheimer sévère avec peu de pathologies somatiques
- GIR 1 (dépendance totale : désorienté, incontinent, non communicant, aide complète pour tous les actes) ;
- PMP faible (pathologies somatiques stabilisées : hypertension contrôlée, sans plaie, sans traitement complexe) ;
- Impact : charge dépendance très élevée → section dépendance importante ; charge soins faible → section soins modeste ;
- Implication opérationnelle : ce résident nécessite beaucoup d’aide-soignantes et peu d’infirmières. Le ratio de personnel doit en tenir compte.
Cas 2 — Résident GIR 4 sous traitement oncologique actif
- GIR 4 (dépendance partielle : peut se nourrir et se laver seul avec aide technique, déplacements avec aide) ;
- PMP très élevé (cancer actif sous chimiothérapie orale : soins techniques intensifs, chambres implantables, bilans biologiques hebdomadaires, coordination oncologue) ;
- Impact : charge dépendance modérée → section dépendance limitée ; charge soins très élevée → section soins importante ;
- Implication opérationnelle : ce résident mobilise des IDE qualifiées et des ressources en biologie/imagerie, malgré son autonomie fonctionnelle relative.
Cas 3 — Résident GIR 5 avec diabète instable et plaie complexe
- GIR 5 (quasi-autonome dans les actes de la vie quotidienne) ;
- PMP modéré à élevé (diabète mal équilibré, pansement complexe 2×/jour, surveillance glycémique, anticoagulation) ;
- Impact : charge dépendance quasi nulle ; charge soins disproportionnée au regard du GIR ;
- Implication opérationnelle : ce profil est souvent sous-valorisé si le médecin coordonnateur se focalise sur le GIR. C’est précisément ce type de résident que PATHOS permet de ne pas « oublier » dans la dotation soins.
Ces cas illustrent pourquoi une lecture conjointe des deux outils est indispensable. Pour une vision complète des pathologies fréquentes en EHPAD et de leur impact sur les soins, consulter notre guide sur Alzheimer et les maladies neurodégénératives en EHPAD.
Rôles respectifs des professionnels dans les deux évaluations
| Professionnel | Rôle dans AGGIR | Rôle dans PATHOS |
|---|---|---|
| Médecin coordonnateur | Supervise la validation de la coupe AGGIR | Réalise et valide la coupe PATHOS (rôle central exclusif) |
| IDE / IDEC | Réalise l’évaluation AGGIR par observations quotidiennes | Fournit les données de soins (actes, protocoles, transmissions DUI) |
| Aide-soignante | Observations terrain pour les variables ADL (alimentation, toilette, transferts) | Observations sur les besoins en soins de base non médicaux |
| Médecins traitants | Confirment les pathologies cognitives / psychiatriques impactant l’autonomie | Fournissent diagnostics, ordonnances, comptes rendus d’hospitalisation |
| Médecin ARS | Valide la coupe AGGIR (GMP pour section dépendance) | Valide la coupe PATHOS (PMP pour section soins) |
| Médecin Conseil Dép. | Peut intervenir pour contester un GIR dans le cadre de l’APA | Non impliqué dans PATHOS |
L’IDEC joue un rôle pivot dans les deux évaluations, en assurant la traçabilité des données dans le DUI et en coordonnant les contributions de l’équipe soignante. Notre fiche métier de l’IDEC détaille l’ensemble de ses responsabilités dans la gestion des soins.
Incohérences AGGIR/PATHOS : un signal d’alerte pour l’ARS
Lors de la validation, l’ARS examine la cohérence entre les résultats AGGIR et PATHOS. Des incohérences manifestes (un GIR 1 avec un PMP très faible, ou un GIR 6 avec un PMP très élevé) peuvent déclencher une demande d’explication ou une validation contradictoire.
Il ne s’agit pas d’aligner mécaniquement GIR et PMP — les cas 1, 2 et 3 décrits ci-dessus montrent que des divergences légitimes existent. Mais elles doivent être documentées et justifiables par des éléments cliniques probants. Une bonne pratique consiste à produire, lors de la coupe, un rapport de cohérence qui analyse les profils atypiques et en explique les raisons.
Pour aller plus loin sur la prévention des risques lors d’une inspection ou d’un contrôle ARS, notre guide sur l’inspection ARS en EHPAD recense les points de vigilance essentiels.