Comment détecter le syndrome de glissement en EHPAD en 3 étapes pour réduire le risque vital de 30%
Prévention des chutes

Comment détecter le syndrome de glissement en EHPAD en 3

3 janvier 2026 12 min de lecture Aurélie Mortel
Ressource recommandée Référence autonomie
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Le syndrome de glissement représente l’une des situations les plus redoutées en établissement : un résident qui rentrait encore vigoureux d’une hospitalisation bascule en quelques jours dans un état de décompensation rapide et globale. Ce phénomène, souvent mal identifié, mobilise pourtant des ressources considérables et engage lourdement le pronostic vital. Pour les équipes d’EHPAD, la détection précoce et une prise en charge multidisciplinaire structurée sont les seuls leviers pour inverser cette spirale. Cet article vous livre des outils, protocoles et repères immédiatement applicables.


Comprendre le syndrome de glissement : définition, facteurs de risque et mécanismes

Le syndrome de glissement se définit comme une décompensation rapide et multifactorielle survenant généralement après une hospitalisation ou un événement de vie marquant (deuil, chute, infection). Il se manifeste par un refus alimentaire, une perte d’autonomie brutale, un désintérêt pour l’environnement, et une incurie progressive.

Les critères cliniques classiques incluent :

  • Refus de s’alimenter ou de boire
  • Clinophilie (le résident reste couché, refuse de se lever)
  • Repli sur soi, mutisme ou apragmatisme
  • Incontinence récente ou aggravation brutale
  • Altération de l’état général en moins de 72 heures

Selon une étude de la Société Française de Gériatrie et Gérontologie (SFGG), le syndrome de glissement touche près de 8 à 12 % des personnes âgées après une hospitalisation, avec un taux de mortalité pouvant dépasser 30 % sans intervention adaptée.

Facteurs de risque à surveiller

Certains résidents sont plus exposés. La vigilance doit être renforcée en présence de :

  • Antécédents de dépression ou de troubles psychiatriques
  • Isolement social ou absence de visites régulières
  • Polypathologies (insuffisance cardiaque, BPCO, diabète)
  • Hospitalisations longues ou multiples dans les six derniers mois
  • Troubles cognitifs (démence, confusion post-opératoire)
  • Polymédication (risque d’interactions ou d’effets indésirables cumulés)

Un résident classé en GIR 2 ou GIR 3 présente également une vulnérabilité accrue, nécessitant une surveillance rapprochée dès le retour en établissement.

Mécanismes sous-jacents

Le syndrome de glissement résulte d’un déséquilibre brutal entre ressources du résident et agressions extérieures (stress chirurgical, rupture des repères, douleur non traitée). Le corps « décroche », le psychisme abandonne, et le pronostic vital bascule en quelques jours si rien n’est fait.

Conseil opérationnel : Dès qu’un résident rentre d’hospitalisation, organisez une réunion pluridisciplinaire sous 48 heures (IDEC, médecin coordonnateur, psychologue, aide-soignante référente) pour évaluer l’état de base et fixer une stratégie de surveillance.


Détection précoce : outils et protocoles de surveillance post-retour

La rapidité de détection conditionne l’efficacité de la réponse. En EHPAD, cela passe par des outils standardisés, une traçabilité rigoureuse et une mobilisation de l’équipe dès le retour d’hospitalisation.

Fiche de dépistage du syndrome de glissement

Voici un exemple de grille d’évaluation à remplir chaque jour pendant 7 jours après le retour :

Critère observé Jour 1 Jour 2 Jour 3 Jour 4 Jour 5 Jour 6 Jour 7
Refus alimentaire partiel ou total Oui/Non
Refus de boisson Oui/Non
Refus de lever Oui/Non
Apathie, absence de réponse Oui/Non
Incontinence nouvelle/aggravée Oui/Non
Perte de poids ≥ 2 % Oui/Non
Escarre débutante Oui/Non

Seuil d’alerte : 3 critères positifs sur 2 jours consécutifs = déclenchement du protocole multidisciplinaire.

Surveillance rapprochée et traçabilité

L’équipe doit consigner toutes les observations dans le dossier de soins informatisé (ou sur papier si nécessaire), en utilisant un format structuré :

  • Horaire de l’observation
  • Comportement constaté (refus, verbalisations, état émotionnel)
  • Quantités ingérées (en grammes ou pourcentages du repas)
  • Paramètres vitaux (poids, TA, fréquence cardiaque, saturation)
  • Actions mises en œuvre et résultats

Une transmission ciblée doit être faite à chaque relève. Le médecin coordonnateur doit être prévenu dès le franchissement du seuil d’alerte.

Question fréquente : Qui doit remplir la fiche de dépistage au quotidien ?
Réponse : L’aide-soignante référente ou l’infirmière de l’unité. L’IDEC centralise et analyse les fiches chaque matin.

Rôle de l’IDEC dans le pilotage de la surveillance

L’infirmier coordinateur doit :

  • Identifier les résidents à risque dès la réception du compte-rendu d’hospitalisation
  • Créer une liste de surveillance renforcée (affichage en salle de soins, mention dans le planning)
  • Planifier une visite médicale anticipée (J+2 à J+5 post-retour)
  • Mobiliser la psychologue, l’ergothérapeute et l’animatrice dès les premiers signes

Un modèle de fiche de liaison post-hospitalisation peut être remis à l’équipe pour éviter toute perte d’information.

Action immédiate : Formez vos équipes à utiliser cette grille lors de la prochaine réunion d’équipe. Testez-la sur un résident fictif pour valider la prise en main.


Prise en charge multidisciplinaire : rôles et coordination des acteurs

Le syndrome de glissement ne peut être endigué que par une mobilisation collective et rapide de tous les professionnels. Chacun intervient dans son champ, mais la coordination est essentielle pour éviter les pertes de temps.

Rôle du médecin coordonnateur

Le médecin doit en priorité :

  • Éliminer une cause organique (infection urinaire, déshydratation, déséquilibre électrolytique, douleur non contrôlée, iatrogénie médicamenteuse)
  • Revoir la prescription médicamenteuse (arrêt des molécules sédatives ou anorexigènes)
  • Prescrire un bilan biologique (NFS, CRP, ionogramme, albumine, préalbumine)
  • Évaluer la nécessité d’une hospitalisation (si décompensation vitale imminente)

Une réévaluation quotidienne pendant les 5 premiers jours est recommandée.

Rôle de l’infirmière et de l’aide-soignante

L’infirmière :

  • Surveille les paramètres vitaux et l’état cutané (prévention des escarres)
  • Administre les traitements prescrits (antalgiques, anxiolytiques si besoin)
  • Assure la traçabilité de toutes les interventions

L’aide-soignante :

  • Stimule le résident pour le lever (même court, même assisté)
  • Propose des micro-repas fractionnés tout au long de la journée
  • Veille au confort, à l’hygiène et à la communication (même si le résident ne répond pas)
  • Rapporte immédiatement tout changement de comportement

Le travail en binôme infirmier/aide-soignant est déterminant. Une bonne articulation évite les ruptures de prise en charge, notamment la nuit.

Rôle du psychologue

Le psychologue intervient dès le 2ᵉ ou 3ᵉ jour pour :

  • Évaluer l’état thymique (dépression, deuil pathologique)
  • Proposer un accompagnement individuel ou familial
  • Identifier les représentations et peurs du résident (peur de mourir, culpabilité, sentiment d’abandon)

Rôle de l’animatrice et de l’ergothérapeute

L’animatrice propose des stimulations sensorielles douces (musique, parfums, présence de l’animal thérapeutique). L’ergothérapeute évalue les capacités résiduelles et propose des aides techniques pour faciliter le lever ou l’alimentation (couverts adaptés, rehausse de lit).

Tableau récapitulatif de la coordination

Acteur Mission prioritaire Délai d’intervention
Médecin coordonnateur Diagnostic différentiel, révision prescription J+1
Infirmière Surveillance paramètres, traçabilité, soins Quotidien
Aide-soignante Stimulation, alimentation, hygiène, présence Quotidien
Psychologue Évaluation thymique, soutien émotionnel J+2 à J+3
Ergothérapeute Adaptation environnement, aides techniques J+3 à J+5
Animatrice Stimulation sensorielle, lien social Dès J+1
Famille Information, présence, réassurance Dès le retour

Action immédiate : Organisez une réunion de coordination hebdomadaire dédiée aux résidents en syndrome de glissement. Utilisez un tableau de bord partagé (papier ou numérique) pour suivre l’évolution des indicateurs.


Stimulation adaptée et soutien nutritionnel renforcé : protocoles concrets

La stimulation et la nutrition sont les deux piliers de la réponse au syndrome de glissement. Sans elles, aucune récupération n’est possible.

Stimulation globale : principes et bonnes pratiques

La stimulation doit être progressive, douce et individualisée. Voici un exemple de protocole sur 10 jours :

  1. Jour 1 à 3 : Présence humaine constante (10 min toutes les 2 heures), paroles douces, toucher (massage des mains), musique familière.
  2. Jour 4 à 6 : Lever au fauteuil assisté (même 15 minutes), proposition de toilette au lavabo, stimulation visuelle (photos, objets personnels).
  3. Jour 7 à 10 : Participation à une activité douce (atelier cuisine en chambre, jeu de mémoire, promenade en fauteuil), reprise progressive des repas en salle à manger.

Règle d’or : Ne jamais forcer. La stimulation doit rester une invitation, jamais une contrainte.

Soutien nutritionnel renforcé

Le refus alimentaire est central dans le syndrome de glissement. Voici les leviers à activer immédiatement :

  • Fractionnement des prises : 6 à 8 mini-repas par jour (collations salées/sucrées)
  • Enrichissement calorique : ajout de poudre de protéines, crème, beurre, fromage râpé
  • Textures adaptées : mixé, haché, mouliné selon tolérance (voir aide au repas en EHPAD)
  • Compléments nutritionnels oraux (CNO) : prescrits par le médecin, proposés entre les repas
  • Hydratation renforcée : eau gélifiée, jus, soupes, tisanes

Tableau : Exemple de plan nutritionnel sur 24 heures

Horaire Proposition Objectif calorique
8h00 Petit-déjeuner enrichi (pain, beurre, confiture, yaourt, jus) 400 kcal
10h30 CNO hyperprotidique 200 kcal
12h30 Déjeuner adapté (purée enrichie, viande hachée, compote) 500 kcal
15h00 Collation sucrée (gâteau, chocolat chaud) 250 kcal
17h30 CNO sucré 200 kcal
19h00 Dîner léger enrichi (soupe, fromage, dessert) 400 kcal
21h00 Collation nocturne (biscuit, lait) 150 kcal

Objectif quotidien : 2 000 à 2 200 kcal, avec au moins 1,2 g de protéines/kg/jour.

Question fréquente : Que faire si le résident refuse systématiquement ?
Réponse : Proposez des aliments « doudous » (madeleine, chocolat), faites appel à la famille pour apporter un plat maison, testez l’alimentation à la main (toucher, proximité). En dernier recours, discutez avec le médecin d’une nutrition entérale temporaire.

Rôle de la diététicienne

La diététicienne doit être sollicitée dès J+2 pour :

  • Évaluer les apports réels (pesée alimentaire)
  • Adapter les textures et les goûts
  • Former l’équipe aux techniques d’enrichissement
  • Suivre l’évolution pondérale hebdomadaire

Action immédiate : Créez un carnet de suivi nutritionnel individuel, rempli à chaque repas. Affichez l’objectif calorique quotidien en salle de soins.


Quand la vigilance sauve des vies : ancrer une culture de prévention durable

Le syndrome de glissement n’est pas une fatalité. Il se prévient, se détecte et se traite, à condition que l’organisation et la culture professionnelle de l’établissement soient au rendez-vous.

Intégrer la prévention dans les process qualité

La prévention du syndrome de glissement doit figurer dans le projet d’établissement et dans la démarche qualité de certification HAS. Cela passe par :

  • La formalisation de procédures écrites (protocole de retour d’hospitalisation, fiche de dépistage, conduite à tenir)
  • La formation régulière des équipes (au moins une session annuelle, idéalement via formations e-learning ciblées)
  • L’analyse des cas survenus en réunion pluridisciplinaire (retour d’expérience, ajustements)

Former et outiller les équipes

Les aides-soignantes et infirmières doivent être formées aux signes d’alerte, aux techniques de stimulation et aux bonnes pratiques nutritionnelles. Des supports pédagogiques comme le Pack Intégral : Soins & Accompagnement Quotidien ou le Pack Nutrition, Plaisir & Sécurité du Repas peuvent servir de base pour des ateliers en équipe.

Exemple de plan de formation trimestriel :

  • Trimestre 1 : Détection précoce et utilisation de la fiche de dépistage
  • Trimestre 2 : Stimulation adaptée et communication avec le résident en retrait
  • Trimestre 3 : Soutien nutritionnel et enrichissement des repas
  • Trimestre 4 : Coordination pluridisciplinaire et gestion de crise

Impliquer la famille et le résident

La famille doit être informée dès le retour du risque de syndrome de glissement. Un livret d’information peut être remis, expliquant les signes d’alerte et les modalités de prise en charge. La présence familiale, même brève, joue un rôle déterminant dans la stimulation et le maintien du lien affectif.

Le résident, même peu communicant, doit être informé des objectifs de soins et associé autant que possible aux décisions (choix des plats, horaires de lever).

Indicateurs de suivi et tableau de bord

Pour piloter efficacement la prévention, l’IDEC ou le directeur peuvent suivre mensuellement :

  • Nombre de retours d’hospitalisation
  • Nombre de syndromes de glissement détectés
  • Délai moyen de détection (en jours)
  • Taux de récupération (résident autonome à J+30)
  • Taux d’hospitalisation secondaire

Ces données permettent d’ajuster les protocoles et de valoriser les progrès auprès des autorités de tutelle.

Question fréquente : Comment mobiliser une équipe fatiguée face à cette charge de travail supplémentaire ?
Réponse : Valorisez chaque petit progrès (résident qui se lève, qui mange un yaourt). Organisez des débriefings collectifs. Reconnaissez le rôle clé des aides-soignantes. Proposez des temps de récupération (voir aussi Soigner sans s’oublier).

Action immédiate : Organisez un atelier de 30 minutes sur le syndrome de glissement lors de la prochaine réunion d’équipe. Testez la fiche de dépistage sur un cas fictif. Impliquez un binôme infirmier/aide-soignant dans la création d’un protocole local.


Mini-FAQ : Vos questions les plus fréquentes

1. Peut-on prévenir le syndrome de glissement avant l’hospitalisation ?
Oui, en maintenant un lien social fort, en repérant précocement les signes de fragilité (perte de poids, isolement) et en organisant une visite pré-hospitalisation avec le résident et sa famille pour préparer le retour.

2. Combien de temps dure un syndrome de glissement si on intervient rapidement ?
Avec une prise en charge précoce et intensive, une amélioration peut être observée en 7 à 10 jours. Sans intervention, l’évolution peut être fatale en 2 à 3 semaines.

3. Faut-il hospitaliser un résident en syndrome de glissement ?
Pas systématiquement. L’hospitalisation est indiquée si une cause organique grave est suspectée ou si le pronostic vital est engagé (déshydratation sévère, sepsis). Sinon, la prise en charge en EHPAD est souvent plus adaptée et moins déstabilisante.

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