Chutes des personnes âgées : 174 824 hospitalisations en 2024 — ce que le bilan SPF révèle aux équipes d’EHPAD
Prévention des chutes

Chutes des personnes âgées : 174 824 hospitalisations en 2024 — ce que le bilan SPF révèle aux équipes d’EHPAD

23 mars 2026 8 min de lecture Aurélie Mortel
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Cent soixante-quatorze mille huit cent vingt-quatre hospitalisations et vingt mille cent quarante-huit décès : tels sont les chiffres que Santé publique France publie dans son bilan épidémiologique 2019-2024 sur les chutes des personnes de 65 ans et plus. Publiées le 12 mars 2026, ces données confirment une tendance alarmante et posent une question directe aux équipes d’EHPAD : que se passe-t-il concrètement dans vos établissements ?

Ce que dit le bilan épidémiologique de Santé publique France

Le bulletin de Santé publique France, qui croise les données du Programme de médicalisation des systèmes d’information (PMSI) et du Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDc), dresse un tableau sans ambiguïté.

Entre 2019 et 2024, les hospitalisations liées aux chutes chez les 65 ans et plus ont augmenté de 29,3 %, passant de 135 182 à 174 824 séjours. Le taux standardisé a progressé de 20,5 %, ce qui signifie que la hausse n’est pas uniquement imputable au vieillissement démographique : la fréquence des chutes hospitalisantes augmente, indépendamment de la structure d’âge de la population.

Du côté de la mortalité, les chiffres sont tout aussi préoccupants : 20 148 décès en 2024, soit +26,3 % par rapport à 2019. SPF souligne un paradoxe significatif : cette hausse de la mortalité par chute intervient alors même que la mortalité toutes causes confondues est plus faible en 2024 qu’en 2019. Les chutes s’imposent donc comme un risque autonome en progression.

La vulnérabilité s’accroît fortement avec l’âge. Les personnes de 85 ans et plus affichent un taux d’hospitalisation de 3 736 pour 100 000 — soit 8,6 fois plus élevé que chez les 65-74 ans (433 pour 100 000). En matière de mortalité, l’écart est encore plus vertigineux : les 85 ans et plus décèdent 29 fois plus souvent d’une chute que les 65-74 ans.

Les données régionales apportent un éclairage supplémentaire, peu commenté ailleurs. La hausse des hospitalisations est particulièrement marquée dans les Pays de la Loire (+55,7 %), en Auvergne-Rhône-Alpes (+37,5 %) et en PACA (+25,8 %), quand des régions comme la Bretagne (+13,1 %) ou la Bourgogne-Franche-Comté (+4,5 %) progressent plus lentement. Ces disparités méritent une attention particulière des équipes opérant dans les régions les plus touchées.

SPF identifie plusieurs facteurs explicatifs : l’accroissement de la part des 85 ans et plus dans la population, les séquelles durables de la pandémie de Covid-19 (fragilisation physique, sédentarité imposée), la polymédication (psychotropes, hypotenseurs, sédatifs) et la persistance d’environnements bâtis non adaptés.

Le bilan dans votre EHPAD : les chiffres que personne ne regarde

Les statistiques nationales révèlent une tendance, mais c’est à l’échelle de chaque établissement que les enjeux deviennent tangibles. Les données institutionnelles sont implacables : 1 résident sur 2 chute ou chutera en EHPAD, avec une fréquence moyenne de 1,7 chute par résident et par an — contre 0,65 au domicile.

Pour un EHPAD de 80 résidents, cela représente statistiquement 136 chutes par an. Combien font l’objet d’un protocole d’évaluation post-chute ? Combien sont déclarées comme Événements Indésirables Graves Associés aux Soins (EIGS) ? Les données disponibles révèlent un écart préoccupant entre la réalité du terrain et les déclarations formelles.

En France, les chutes représentent 15,3 % de l’ensemble des EIGS déclarés en 2023 — premier rang toutes causes confondues. Pourtant, une étude a montré que sur 61 EIGS qui auraient dû faire l’objet d’une déclaration obligatoire, un seul avait effectivement été signalé. Cette sous-déclaration massive n’est pas un problème anecdotique : elle prive les équipes des données nécessaires à l’amélioration des pratiques et expose les établissements à des risques juridiques.

Les fractures du col du fémur illustrent concrètement l’enjeu. La France recense 55 000 fractures du col du fémur par an, consécutives dans 9 cas sur 10 à une chute. La mortalité à un an est de l’ordre de 25 % en moyenne — 30 à 35 % chez les hommes — et peut dépasser 50 % après 90 ans. Parmi les survivants, la moitié garde des séquelles définitives nécessitant une entrée ou un maintien en institution. Pour l’Assurance maladie, le coût annuel des chutes représente 1,5 milliard d’euros — 2 milliards pour la collectivité dans son ensemble.

Le Plan Antichute national : des objectifs non atteints, des leçons pour les EHPAD

Le Plan national Antichute des Personnes Âgées (PAPA), lancé le 21 février 2022, visait une réduction de 20 % des chutes mortelles ou invalidantes chez les 65 ans et plus d’ici 2024, soit 27 000 hospitalisations et 2 000 décès évités. Les données 2024 publiées par SPF montrent que cet objectif n’a pas été atteint.

SPF formule une réserve méthodologique légitime : le plan n’ayant été lancé qu’en 2022, les données disponibles jusqu’en 2024 ne permettent pas d’en évaluer pleinement l’efficacité. Il est vrai que les effets d’un programme de prévention à large échelle mettent plusieurs années à se matérialiser dans les statistiques épidémiologiques.

Mais au-delà de cette réserve, le bilan interroge sur la nature même des interventions. Le PAPA, centré sur cinq axes (repérage du risque, aménagement du logement, aides techniques, activité physique, téléassistance), était principalement orienté vers le domicile. La spécificité du risque en EHPAD — 1,7 chute par résident et par an, avec 42 % des chutes lors des transferts lit/fauteuil et 35 % lors de la marche — appelle des protocoles distincts, rigoureusement ancrés dans les pratiques soignantes quotidiennes.

Les recommandations de la Haute Autorité de Santé en matière de prévention des chutes restent la référence. La HAS a par ailleurs publié en avril 2024 une synthèse actualisée sur la prescription d’activité physique pour les personnes âgées à risque de chute, confirmant l’efficacité d’un programme multi-catégories : équilibre, renforcement musculaire des membres inférieurs et endurance cardiorespiratoire. Les programmes d’activité physique adaptée (APA) réduisent le risque de chute de 30 à 40 % lorsqu’ils sont structurés et réguliers. Depuis 2025, les infirmiers en pratique avancée (IPA) peuvent désormais prescrire ces programmes au même titre que les médecins.

5 priorités concrètes pour les équipes soignantes

Face aux données 2024, plusieurs priorités s’imposent pour les médecins coordonnateurs, IDEC et directeurs d’établissement :

1. Évaluer systématiquement le risque de chute à l’admission et à intervalles réguliers. L’utilisation d’échelles validées (Tinetti, STRATIFY) doit être intégrée dans le projet personnalisé d’accompagnement. Le référentiel HAS impose ce critère — et les bilans d’évaluation 2024 montrent qu’il reste insuffisamment maîtrisé dans de nombreux établissements. Notre guide complet sur la prévention des chutes en EHPAD recense l’ensemble des outils d’évaluation disponibles.

2. Mettre fin à la sous-déclaration des EIGS-chutes. Chaque chute suivie d’une hospitalisation, d’une fracture ou d’une détérioration de l’état de santé doit faire l’objet d’une déclaration formelle et d’une analyse systémique. Cette culture du signalement est la condition de l’apprentissage collectif. Un protocole complet de prise en charge post-chute permet de structurer cette démarche dans votre établissement.

3. Déployer ou renforcer un programme APA. Les données d’efficacité sont solidement établies. Des enveloppes ARS sont disponibles dans plusieurs régions pour financer ces programmes. Pour aller plus loin, des ressources opérationnelles sur l’activité physique adaptée en EHPAD sont disponibles pour les équipes qui souhaitent structurer leur démarche.

4. Réviser les protocoles de transfert et de mobilisation. Avec 42 % des chutes survenant lors des transferts lit/fauteuil, la sécurisation de ces moments-clés est un levier immédiat. La formation des aides-soignantes aux techniques de manutention, l’utilisation du matériel adapté et la vérification régulière des équipements dans les chambres sont des actions concrètes à intégrer dans le plan d’amélioration de la qualité.

5. Adapter la révision médicamenteuse. La polymédication est un facteur de risque majeur et souvent sous-estimé. Le médecin coordonnateur joue un rôle central dans la révision régulière des ordonnances, avec une attention particulière aux psychotropes, benzodiazépines et hypotenseurs. La consultation longue gériatrique (60 euros, accessible pour les patients de plus de 80 ans depuis le 1er janvier 2026) constitue un levier supplémentaire pour structurer cet accompagnement médical.

Les stratégies innovantes et solutions technologiques — capteurs de mouvement, détecteurs de chute par IA, systèmes d’analyse sonore non invasifs — complètent le dispositif préventif pour les établissements qui souhaitent aller au-delà des protocoles classiques. Face à des données épidémiologiques en hausse constante, l’heure n’est plus à l’observation : elle est à l’action systématique et coordonnée de toutes les équipes.

Retrouvez le détail des protocoles multifactoriels de prévention des chutes en EHPAD — évaluation du risque, interventions physiques, médicamenteuses et environnementales — dans notre guide pratique à destination des équipes soignantes.

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