Le groupe Caisse des Dépôts et Consignations a publié le 9 avril 2026 le premier bilan de sa feuille de route « Santé et Grand Âge » lancée en 2025 : près de 6 milliards d’euros mobilisés en une seule année, dont plus d’un milliard consacré aux établissements et services médico-sociaux (ESSMS). Sur les 200 structures médico-sociales bénéficiaires, 88 % relèvent du secteur public ou associatif : les EHPAD publics et associatifs sont donc les premiers destinataires de ces financements. Décryptage de ce que les directeurs d’EHPAD peuvent concrètement en attendre.
Un plan à 25 milliards sur 5 ans : le cadre général
La feuille de route « Santé et Grand Âge » du groupe Caisse des Dépôts prévoit 25 milliards d’euros mobilisables sur la période 2025–2029, tous sous-groupes confondus (Banque des Territoires, BpiFrance, CNP Assurances, CDC Habitat, La Poste Santé Autonomie). L’objectif : répondre au double défi de la transition démographique — un quart de la population française aura plus de 65 ans en 2040 — et de la crise financière structurelle d’un secteur où 30 % des EHPAD publics sont en déficit selon la Fédération hospitalière de France.
Le bilan de la première année est significatif : 6 milliards mobilisés en 2025, soit 24 % de l’enveloppe quinquennale consommée dès la première année. La Banque des Territoires porte à elle seule 5 des 6 milliards engagés.
Répartition des 6 milliards : ce qui va au médico-social
Les 6 milliards se répartissent entre deux grandes catégories d’intervention :
| Type d’intervention | Montant 2025 | Détail |
|---|---|---|
| Prêts long terme | 3,6 milliards € | Dont 2,6 Md€ vers le sanitaire (250 structures) et 1 Md€ vers le médico-social (200 structures) |
| Investissements et innovation | 2,2 milliards € | Dont 1 Md€ en participations directes et 1 Md€ d’aides BpiFrance à l’innovation santé |
Le milliard destiné au médico-social a bénéficié à 200 structures : EHPAD, habitats partagés et résidences autonomie. Donnée essentielle pour les directeurs d’EHPAD publics et associatifs : 88 % de ces prêts grand âge sont allés au secteur public et associatif, contre 12 % au privé lucratif. Les conditions sont particulièrement favorables : durée de 30 à 35 ans, taux autour de 2 % (indexé sur le Livret A), sans exigence de garanties complexes pour les petits établissements publics.
L’effet territorial est déjà visible : en Occitanie, les prêts aux hôpitaux locaux et aux EHPAD sont passés de moins de 10 millions d’euros les années précédentes à 79 millions d’euros en 2025, un record régional illustrant l’accélération du dispositif. Des résultats similaires sont attendus dans d’autres régions pour 2026. Le guide complet sur le financement des EHPAD détaille les différents mécanismes disponibles en complément des prêts CDC.
Comment les EHPAD peuvent concrètement bénéficier de ces prêts
Les prêts de la Banque des Territoires ne sont pas automatiques : ils font l’objet d’un dossier de financement auprès des directions régionales de la Banque des Territoires. Les projets éligibles couvrent un spectre large :
- Rénovation énergétique : mise aux normes thermiques, installation de panneaux solaires, chaufferie biomasse. C’est le premier poste d’utilisation des prêts grand âge selon la Banque des Territoires.
- Construction ou extension : création de places supplémentaires, reconstruction d’unités vétustes, restructuration architecturale
- Mise en conformité réglementaire : sécurité incendie, accessibilité handicap, adaptation aux nouvelles exigences HAS
- Modernisation numérique : déploiement ou changement de DUI, télémédecine, infrastructure informatique
Pour les EHPAD souhaitant entrer dans un CPOM, le prêt Banque des Territoires peut être articulé avec les enveloppes de la section soin du budget EHPAD. La page sur le CPOM en EHPAD offre des clés pour comprendre cette articulation financière.
87 millions pour le numérique médico-social : l’ESMS numérique accélère
Au-delà des prêts, la CDC a consacré 87 millions d’euros en 2025 à la transformation numérique des ESSMS dans le cadre du programme ESMS numérique. Cette enveloppe — déjà en cours de déploiement — finance notamment l’adoption de DUI interopérables, la mise en place de systèmes de télémédecine en EHPAD et la sécurisation des systèmes d’information des établissements.
Pour les directeurs qui ne sont pas encore engagés dans la transition numérique, c’est une fenêtre d’opportunité : les aides du programme ESMS numérique peuvent financer jusqu’à 100 % de l’investissement logiciel dans certaines configurations. Le comparatif des logiciels EHPAD et DUI et la page pilier télémédecine en EHPAD permettent d’évaluer les options disponibles avant de constituer un dossier.
La CDC actionnaire de référence d’Emeis (ex-Orpea) : ce que ça change
Au-delà des prêts directs, la feuille de route santé de la CDC inclut un volet de restructuration du paysage des opérateurs. Depuis 2023, la CDC est actionnaire de référence d’Emeis (ex-Orpea), le deuxième groupe privé d’EHPAD en France qui gère 229 établissements. Cette participation stabilise un acteur qui avait traversé une crise majeure et permet à la CDC de peser sur les orientations stratégiques en matière de qualité de soin et de gouvernance.
Le groupe CDC a également acceléré le transfert d’Arpavie (gestionnaire d’EHPAD appartenant à CDC Habitat) vers le Groupe SOS, créant en 2025 un géant associatif du grand âge. Ces mouvements de consolidation traduisent la volonté de la CDC de favoriser l’émergence d’acteurs « de taille critique et souverains », capables de porter des investissements lourds de modernisation sans recourir à un endettement excessif.
Les limites du dispositif : des EHPAD en déficit qui peinent à accéder aux prêts
Malgré son ampleur, le plan CDC ne résout pas à lui seul la crise financière du secteur. Un prêt, même à taux favorable, représente une nouvelle charge pour un établissement déjà en déficit. La Banque des Territoires demande des garanties financières minimales ; les EHPAD les plus fragiles peuvent se retrouver dans l’incapacité d’être éligibles sans une mise à niveau préalable de leur situation comptable.
Par ailleurs, l’objectif global de dépenses (OGD) autonomie atteint 42,6 milliards d’euros en 2025 (+6,1 % par rapport à 2024) — mais cette progression est abs orbée en grande partie par le BUDGET rectificatif 2026 de la CNSA, qui affiche un déficit de 600 millions d’euros. La montée en charge des financements CDC doit donc être complétée par des réformes structurelles du financement public, dont certaines sont attendues dans le cadre de la future loi grand âge. Pour les directeurs qui veulent anticiper, la page sur le CPOM et le guide sur la gestion et le management en EHPAD offrent des cadres d’analyse concrets.
Ce qu’il faut surveiller en 2026
La CDC a annoncé qu’elle publiera un bilan annuel de sa feuille de route chaque printemps. Le prochain rendez-vous est attendu en avril 2027. D’ici là, les directeurs d’EHPAD public et associatif peuvent s’appuyer sur leurs directions régionales de la Banque des Territoires pour évaluer leur éligibilité aux différents dispositifs de prêt. L’accélération de l’enveloppe ESMS numérique est par ailleurs liée aux jalons du calendrier national de la stratégie de transformation du système de santé : les établissements qui n’ont pas encore déposé de dossier numérique devraient le faire avant la fin 2026 pour profiter des dotations disponibles. Pour approfondir, la page pilier Intelligence Artificielle en EHPAD et le comparatif DUI et logiciels métiers sont des points d’entrée utiles.