Absentéisme en EHPAD 2025 : 11,4 %, les leviers d'action du directeur
Management & RH

Absentéisme en EHPAD 2025 : 11,4 %, les leviers d’action du directeur

27 mai 2026 10 min de lecture Aurélie Mortel
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Avec un taux d’absentéisme de 11,4 % en 2023 — revenu au niveau pré-COVID mais structurellement élevé —, des postes vacants qui ont doublé en six ans (de 2,1 % à 4,5 %) et un turnover de 24,4 % désormais supérieur à la moyenne du secteur privé, les EHPAD traversent une crise RH qui ne se résout pas d’elle-même. Ces chiffres sont issus du rapport CNSA « Repères statistiques n°24 » (avril 2025). Pour le directeur d’établissement, chaque absence non anticipée peut désorganiser une équipe entière. Le point sur les données et les réponses opérationnelles disponibles.

Absentéisme, postes vacants, turnover : trois indicateurs qui racontent la même histoire

Le rapport de la CNSA « Repères statistiques n°24 », publié en avril 2025, dresse un bilan des tensions RH dans les établissements et services médico-sociaux à partir des données 2023 du tableau de bord médico-social. En EHPAD, les chiffres de la CNSA sont particulièrement éclairants.

Le taux d’absentéisme a atteint son pic à près de 13 % en 2020 selon la CNSA, sous l’effet de la crise sanitaire. Il est revenu à 11,4 % en 2023, soit son niveau d’avant-COVID. Cette stabilisation pourrait sembler rassurante. Elle ne l’est pas. Car ce « retour à la normale » révèle surtout que l’absentéisme structurel était déjà très élevé bien avant la pandémie, et qu’aucun facteur de fond n’a fondamentalement changé.

Deux autres indicateurs documentés par la CNSA continuent leur progression inquiétante. Le taux de postes vacants a doublé entre 2017 et 2023, passant de 2,1 % à 4,5 %. Quant au taux de rotation du personnel, il est passé de 19,4 % en 2018 à 24,4 % en 2023 selon la CNSA, franchissant le seuil de la moyenne du secteur privé français (21 %). Pour un EHPAD de 80 lits, ce turnover représente concrètement une vingtaine d’agents qui quittent l’établissement chaque année — autant de recrutements, d’intégrations et de formations à absorber en parallèle du fonctionnement courant.

Ces trois indicateurs forment un cercle vicieux : l’absentéisme fragilise les plannings, les équipes restantes sont surchargées, la qualité de vie au travail se dégrade, le turnover s’accélère — ce qui creuse encore les postes vacants et alourdit la charge d’encadrement.

Une fragilité structurelle, pas seulement conjoncturelle

Pour mesurer la profondeur du défi, il faut mettre en perspective. Les 448 700 professionnels qui travaillent en EHPAD en France exercent dans un contexte d’exigences croissantes : résidents de plus en plus dépendants (avec un GMP qui s’est significativement alourdi), charges administratives accrues, exigences réglementaires en hausse continue. Comme le documente la DREES, travailler en EHPAD est reconnu comme difficile physiquement et psychiquement, avec une charge mentale importante — une réalité qui pèse autant sur les soignants que sur les cadres qui les encadrent.

L’absentéisme n’est pas seulement un problème RH : c’est un révélateur d’un malaise organisationnel profond. Un directeur qui ne dispose pas des bons outils de gestion — cadre légal des plannings, obligations QVT, leviers de fidélisation, gestion des risques — se retrouve à répondre aux urgences plutôt qu’à piloter son établissement.

C’est précisément pour répondre à ces enjeux du quotidien que ces six guides de pilotage RH pour directeurs d’EHPAD couvrent les sujets les plus exposés : responsabilité pénale, gestion des plannings, recrutement, qualité de vie au travail, médecin coordonnateur et travail de nuit. Six référentiels pour sécuriser les décisions sur les sujets où l’improvisation coûte cher.

Ce que ça change concrètement dans le travail quotidien du directeur

Un taux d’absentéisme de 11,4 % — niveau documenté par la CNSA en 2023 — signifie que sur une équipe de 40 agents, plus de 4 sont absents chaque jour en moyenne. En pratique, cela se traduit par des conséquences immédiates et des risques à moyen terme.

  • Des plannings à réorganiser en permanence : appels de remplacement de dernière minute, heures supplémentaires, recours à l’intérim ou aux CDD à répétition — avec toutes les contraintes légales que cela implique (durée du travail, repos obligatoires, amplitude, surveillance nocturne).
  • Un recrutement sous pression : avec un taux de postes vacants en progression continue selon la CNSA (4,5 % en 2023), de nombreux directeurs se retrouvent à recruter dans l’urgence, sans le temps nécessaire pour soigner l’intégration — ce qui amplifie le turnover à moyen terme.
  • Une QVT dégradée pour les agents présents : les professionnels restants absorbent la charge des absents. L’épuisement gagne, les arrêts maladie se multiplient, et le cercle vicieux s’emballe.
  • Un risque juridique identifié : en cas d’accident du travail lié à la surcharge, de signalement ou d’inspection ARS, le directeur peut voir sa responsabilité engagée s’il n’est pas en mesure de démontrer des mesures de prévention formalisées et une organisation sécurisée.

Avoir à sa disposition une collection de références pratiques dédiée au recrutement, aux plannings et à la QVT en EHPAD n’est pas un luxe documentaire — c’est un outil de pilotage opérationnel pour éviter de découvrir les règles dans l’urgence.

Des leviers d’action documentés pour sortir du cercle vicieux

Les tensions RH ne sont pas une fatalité. Des leviers concrets existent à chaque niveau de l’organisation.

Prévenir l’absentéisme plutôt que le subir

L’ANAP identifie l’absence de politique de gestion de l’absentéisme parmi les faiblesses organisationnelles les plus fréquentes dans les EHPAD. Mettre en place des entretiens de retour après absence, un tableau de bord mensuel par service et une identification des causes récurrentes sont des mesures simples, mais structurantes. L’objectif est de distinguer l’absentéisme subi (maladie réelle) de celui qui traduit un mal-être organisationnel évitable.

Déployer une démarche QVT adaptée au secteur médico-social

La qualité de vie au travail est aujourd’hui reconnue comme un levier direct de fidélisation et de réduction de l’absentéisme. Les actions les plus efficaces en EHPAD combinent : soutien managérial de proximité, reconnaissance du travail réalisé, participation des professionnels aux projets d’établissement, et amélioration de l’organisation des espaces de travail. Ces démarches peuvent être financées partiellement via les fonds de l’OPCO Santé (secteur privé) ou de l’ANFH (secteur public hospitalier), qui proposent des dispositifs de formation sur la prévention des risques psychosociaux et le management d’équipe.

Sécuriser les plannings dans le cadre légal

La gestion des plannings en EHPAD est soumise à un cadre précis : durée maximale du travail, repos quotidien et hebdomadaire, compensation des gardes de nuit, organisation réglementaire de la surveillance nocturne. Ces règles — définies par la Convention Collective applicable (CCN 51 pour le secteur privé non lucratif, réglementation FPH pour le secteur public hospitalier) et par les accords de branche — constituent le socle que le directeur doit maîtriser pour éviter tout contentieux prud’homal ou mise en cause pénale en cas d’incident.

Disposer des guides de référence sur la responsabilité pénale, les plannings et la gestion des ressources humaines en EHPAD permet de prendre des décisions éclairées, documentées, et défendables devant n’importe quel organe de contrôle.

Perspectives : les tensions RH vont s’inscrire dans la durée

Le rapport CNSA de 2025 est sans ambiguïté sur ce point : les tensions RH dans les ESMS ne sont pas en cours de résorption. Le taux de postes vacants continue sa progression malgré une légère amélioration du turnover. Et les projections démographiques indiquent une augmentation significative du nombre de personnes âgées dépendantes dans les dix prochaines années, ce qui aggravera les besoins en personnels qualifiés.

Dans ce contexte, les directeurs qui s’approprient dès maintenant les outils de pilotage RH — plan de formation annuel, politique de prévention des RPS formalisée, organisation rigoureuse des plannings, pratiques de recrutement qualitatif — seront structurellement mieux positionnés pour traverser les tensions à venir. Ce n’est pas une question d’optimisme managérial : c’est une question de préparation opérationnelle.

Questions fréquentes sur l’absentéisme en EHPAD

Quel est le taux d’absentéisme moyen en EHPAD en 2023 ?
Selon le rapport CNSA « Repères statistiques n°24 » publié en avril 2025, le taux d’absentéisme en EHPAD s’établit à 11,4 % en 2023, revenu à son niveau d’avant-COVID (environ 11,5 % en 2019) après un pic à près de 13 % en 2020. Les données proviennent du tableau de bord médico-social (TDBMS 2023) et couvrent l’ensemble des ESMS publics et privés.
Quelle est la différence entre absentéisme, taux de rotation et postes vacants ?
L’absentéisme mesure la part du temps de travail théorique non effectué pour cause d’absence (maladie, accident du travail, etc.). Le taux de rotation (turnover) mesure les départs et arrivées dans un établissement sur une année — 24,4 % en EHPAD en 2023 selon la CNSA. Les postes vacants représentent les postes ouverts non pourvus à un instant T — 4,5 % en 2023 selon la CNSA, soit le double du taux de 2017. Ces trois indicateurs sont liés : une organisation fragilisée par l’absentéisme accroît la pression sur les présents, ce qui alimente le turnover et les départs non remplacés.
Le directeur d’EHPAD est-il responsable pénalement en cas d’accident lié à la surcharge ?
Oui, la responsabilité du directeur peut être engagée si un accident du travail survient dans un contexte de surcharge ou d’organisation défaillante, notamment si le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) n’est pas à jour ou si aucune mesure de prévention n’a été formalisée. L’obligation de mise à jour annuelle du DUERP, renforcée par la loi n° 2021-1018 du 2 août 2021, impose à l’employeur de tracer les risques identifiés, y compris les risques psychosociaux et les risques liés à la surcharge de travail. En cas de contrôle ou de contentieux, cette traçabilité est fondamentale.

Sources : CNSA, Rapport CNSA sur les tensions RH en ESMS 2023, avril 2025 — CNSA, CNSA Repères statistiques n°24 (2025), avril 2025 — DREES, Étude DREES sur les personnels EHPAD.

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