Soins podologiques en EHPAD : comment prévenir 70% des complications chez les résidents
Prévention des chutes

Soins podologiques en EHPAD : Comment prévenir 70%

12 décembre 2025 13 min de lecture Aurélie Mortel
Ressource recommandée Référence autonomie
Rééducation et Maintien de l'Autonomie en EHPAD — Le Guide Complet

Rééducation et Maintien de l'Autonomie en EHPAD — Le Guide Complet

Le guide complet pour entretenir l'autonomie des résidents au quotidien.

À partir de 29,90 € Découvrir l'ouvrage
Partager

Les pathologies podologiques en EHPAD représentent un enjeu majeur souvent sous-estimé. Mycoses, ongles incarnés, cors et durillons fragilisent l’équilibre des résidents, augmentent le risque de chutes et peuvent conduire à des complications graves, notamment chez les personnes diabétiques. Pourtant, un accompagnement préventif adapté et des soins d’hygiène rigoureux permettent d’éviter 70 % de ces complications. Face aux contraintes de temps et à la diversité des pathologies, les équipes d’EHPAD ont besoin de repères clairs, d’outils pratiques et de partenariats structurés pour garantir une prise en charge podologique efficace et sécurisée.

Pourquoi les soins podologiques préventifs doivent devenir une priorité en EHPAD

Les pieds des personnes âgées concentrent de multiples fragilités. La diminution de la mobilité, les troubles circulatoires, le diabète et la dénutrition favorisent l’apparition de lésions cutanées et d’infections. Selon les données de la HAS, près de 40 % des résidents en EHPAD présentent au moins une affection podologique nécessitant une surveillance régulière.

L’impact fonctionnel est considérable. Un ongle incarné mal soigné peut provoquer une douleur telle que le résident refuse de marcher, accélérant ainsi la perte d’autonomie. Une mycose non traitée favorise les surinfections bactériennes. Chez les personnes diabétiques, une plaie mineure au pied peut évoluer vers une ulcération, puis une amputation dans les cas les plus graves.

En EHPAD, 1 chute sur 5 est liée à un problème de pieds : douleur, déformation, chaussage inadapté ou perte de sensibilité.

L’approche préventive repose sur trois piliers :

  • La détection précoce des signes d’alerte lors des soins d’hygiène quotidiens
  • La mise en œuvre de protocoles de soins adaptés aux profils à risque
  • Le recours à des professionnels qualifiés (podologues) pour les actes techniques

Un établissement qui investit dans la prévention podologique réduit les hospitalisations évitables, améliore le confort des résidents et optimise le temps soignant en évitant la gestion de complications.

Conseil opérationnel : Intégrez dans votre projet de soins un objectif annuel chiffré sur la podologie préventive, par exemple « 100 % des résidents bénéficient d’un examen podologique au moins une fois par an ».


Comment structurer un programme podologique efficace dans votre établissement

La mise en place d’un programme podologique nécessite une organisation claire et partagée entre les équipes soignantes et les intervenants extérieurs. Voici une méthode en cinq étapes pour garantir son efficacité.

1. Identifier les résidents à risque podologique

Tous les résidents ne nécessitent pas le même niveau de surveillance. Il est essentiel de catégoriser les profils pour adapter les soins :

Profil Risque Fréquence de suivi recommandée
Personne diabétique grade 2 ou 3 Élevé Tous les 2 mois
Troubles circulatoires sévères Élevé Tous les 2-3 mois
Déformations importantes (hallux valgus, orteils en griffe) Moyen Tous les 3-4 mois
Autonomie réduite, hygiène difficile Moyen Tous les 4-6 mois
Absence de pathologie podologique Faible Tous les 6 mois à 1 an

Un dossier de suivi individualisé permet de tracer les interventions, les observations et les recommandations.

2. Former les aides-soignants et infirmiers à l’observation podologique

Les équipes soignantes sont en première ligne lors de la toilette, du change ou de l’habillage. Leur rôle d’observation est fondamental pour repérer les signes d’alerte :

  • Rougeur, chaleur ou œdème localisé
  • Plaie, crevasse ou ampoule
  • Ongle épaissi, décoloré ou incarné
  • Odeur suspecte évoquant une infection
  • Douleur exprimée ou comportement d’évitement

Une formation interne annuelle de 2 à 3 heures, animée par un podologue partenaire, permet de renforcer ces compétences. Cette formation peut inclure :

  • Reconnaissance visuelle des principales pathologies
  • Gestes d’hygiène adaptés (lavage, séchage inter-orteils)
  • Utilisation de la fiche de transmission podologique
  • Limite de compétence : ce que l’AS/IDE peut faire, et ce qui relève du podologue

Exemple concret : L’EHPAD Les Glycines (Normandie) a mis en place un « référent pieds » par étage, formé spécifiquement, qui anime une courte séquence d’observation lors des transmissions hebdomadaires.

3. Formaliser un partenariat podologique structuré

Le recours à un podologue libéral ou à un réseau de podologues conventionnés garantit la qualité et la continuité des soins. Le partenariat doit être contractualisé et définir :

  • La fréquence des interventions (passage hebdomadaire, bihebdomadaire)
  • Les actes pris en charge (soins d’hygiène, coupe d’ongles, traitement des hyperkératoses, orthèses plantaires)
  • Les modalités de signalement urgent
  • Le tarif et les conditions de prise en charge (Sécurité sociale, complémentaire santé, reste à charge)

Les soins de pédicurie-podologie pour les personnes de plus de 60 ans en perte d’autonomie sont pris en charge par l’Assurance Maladie sous conditions (grade de risque podologique).

4. Créer des outils de suivi et de traçabilité

La traçabilité est indispensable pour assurer la sécurité juridique et la continuité des soins. Deux outils sont incontournables :

  • La fiche individuelle de suivi podologique : date de passage, observations, actes réalisés, recommandations
  • Le registre de signalement : permet aux AS/IDE de remonter rapidement une alerte au podologue ou à l’IDEC

Ces documents peuvent être intégrés au dossier de soin informatisé pour faciliter le partage d’information.

5. Planifier les interventions et anticiper les besoins

Un planning trimestriel des passages du podologue, affiché en salle de soins et partagé avec les familles, permet d’anticiper les besoins et d’optimiser l’organisation. Il facilite aussi la prise de rendez-vous complémentaires en cas de besoin urgent.

Conseil opérationnel : Organisez une réunion annuelle de bilan avec votre podologue partenaire pour ajuster le programme, analyser les incidents podologiques survenus et définir les axes d’amélioration.


Soins d’hygiène rigoureuse : les bonnes pratiques à transmettre aux équipes

L’hygiène quotidienne des pieds est un acte de prévention essentiel, mais elle doit être réalisée avec méthode et rigueur pour éviter les erreurs fréquentes qui peuvent aggraver l’état podologique.

Les étapes d’un soin des pieds sécurisé

Voici un protocole de soins d’hygiène des pieds à intégrer dans vos fiches techniques :

  1. Préparer l’environnement : installer le résident confortablement, éclairer suffisamment, rassembler le matériel (bassine, savon doux, serviette, crème hydratante).

  2. Laver les pieds à l’eau tiède (37-38 °C), tester la température avec le coude ou un thermomètre. Utiliser un savon neutre, sans parfum. Durée maximale : 5 minutes pour éviter la macération.

  3. Sécher minutieusement, surtout les espaces inter-orteils. L’humidité résiduelle favorise les mycoses. Utiliser une serviette douce en tamponnant, sans frotter.

  4. Observer systématiquement : inspecter la plante, le dos du pied, les orteils, les ongles, les zones d’appui.

  5. Hydrater la peau sèche avec une crème émolliente, en évitant les espaces inter-orteils. Masser doucement pour stimuler la circulation.

  6. Vérifier le chaussage : pas de compression, coutures irritantes, ou corps étranger dans la chaussure.

Les erreurs à éviter absolument

Certaines pratiques courantes en EHPAD sont potentiellement dangereuses :

Erreur fréquente Risque Alternative sécurisée
Couper les ongles trop courts ou en arrondi Ongle incarné Couper droit, limer les angles
Utiliser des instruments non stériles Infection Matériel à usage unique ou désinfecté
Appliquer de la crème entre les orteils Macération, mycose Sécher puis hydrater uniquement peau sèche
Tremper les pieds plus de 10 minutes Ramollissement cutané, plaies Limiter à 5 minutes maximum
Utiliser des râpes ou ciseaux pour les cors Blessure, surinfection Confier au podologue

Exemple concret : L’EHPAD Sainte-Marie a instauré une fiche mémo plastifiée accrochée dans chaque salle de bain, récapitulant les 5 étapes du soin des pieds et les erreurs à éviter. Le taux de signalement d’ongles incarnés a chuté de 30 % en un an.

Quand alerter le podologue ou l’infirmier ?

Les aides-soignants doivent savoir quand transmettre une observation. Voici les critères d’alerte :

  • Toute plaie, même minime, chez une personne diabétique
  • Rougeur, chaleur ou gonflement d’un orteil ou du pied
  • Ongle incarné avec douleur ou écoulement
  • Modification rapide de l’aspect d’un ongle (couleur, épaisseur)
  • Douleur lors de la marche ou refus de poser le pied

Question fréquente : Peut-on couper les ongles d’un résident diabétique ? Non, sauf formation spécifique et validation par l’IDEC. En cas de doute, transmettre systématiquement au podologue.

Conseil opérationnel : Créez une checklist hygiène des pieds intégrée au plan de soins quotidien, avec une case de validation pour tracer l’acte et les observations associées.


Recommandations pratiques pour sécuriser les soins podologiques et prévenir les complications

Au-delà des protocoles, plusieurs leviers organisationnels permettent de renforcer la prévention podologique en EHPAD.

Sensibiliser les familles et impliquer les résidents

Les familles jouent un rôle clé dans la surveillance podologique, notamment lors des visites. Il est utile de leur remettre un livret d’information expliquant :

  • Les risques podologiques liés à l’âge et aux pathologies
  • L’importance du chaussage adapté (pas de chaussons usés, de pantoufles sans maintien)
  • Les signes d’alerte à signaler à l’équipe
  • Les modalités de prise en charge financière

Les résidents autonomes peuvent également être acteurs de leur prévention. Des ateliers collectifs animés par le podologue ou l’ergothérapeute permettent de transmettre les bons gestes d’hygiène et d’auto-observation.

Exemple concret : L’EHPAD Le Clos Fleuri organise deux fois par an un atelier « Prendre soin de ses pieds », ouvert aux résidents autonomes et semi-autonomes, avec démonstration pratique et remise d’une fiche récapitulative.

Adapter le chaussage et prévenir les plaies d’appui

Le port de chaussures inadaptées est une cause majeure de complications podologiques. Les critères d’un chaussage sécurisé sont :

  • Fermeture ajustable (scratch, lacets)
  • Tige suffisamment haute pour maintenir le pied
  • Semelle antidérapante et amortissante
  • Absence de coutures intérieures saillantes
  • Largeur suffisante pour éviter les compressions

Pour les résidents à risque élevé, le recours à des chaussures thérapeutiques sur mesure ou à des orthèses plantaires est recommandé. Ces dispositifs peuvent être prescrits par le médecin traitant et pris en charge partiellement.

Intégrer la podologie dans le projet de soins personnalisé

Chaque résident doit bénéficier d’une évaluation podologique initiale lors de son admission, réalisée ou supervisée par l’IDEC. Cette évaluation permet de :

  • Identifier le grade de risque podologique
  • Définir la fréquence de suivi adaptée
  • Transmettre les recommandations au podologue et aux équipes soignantes

Le projet de soins individualisé doit comporter un volet podologique, actualisé au moins une fois par an ou en cas de modification de l’état de santé.

Utiliser les outils numériques pour faciliter le suivi

De plus en plus d’EHPAD s’équipent de logiciels de gestion des soins intégrant un module podologique. Ces outils permettent :

  • La programmation automatique des interventions du podologue
  • L’envoi d’alertes en cas de dépassement de délai
  • La centralisation des observations et photos (avec consentement)
  • L’édition de bilans podologiques trimestriels

Conseil opérationnel : Si votre établissement ne dispose pas encore de module dédié, créez un tableau Excel partagé listant les résidents, leur profil de risque, la date du dernier soin et la date prévisionnelle du prochain passage. Simple et efficace.


Mettre en place une culture de la prévention podologique durable

La prévention podologique ne se limite pas à des interventions ponctuelles. Elle nécessite une culture collective portée par la direction, l’encadrement et les équipes soignantes.

Inscrire la podologie dans les indicateurs qualité de l’établissement

Depuis 2024, le référentiel d’évaluation HAS intègre explicitement la prévention des risques podologiques dans le critère relatif aux soins. Les EHPAD sont encouragés à définir des indicateurs de suivi, par exemple :

  • Pourcentage de résidents bénéficiant d’un suivi podologique régulier
  • Nombre d’incidents podologiques déclarés (plaies, infections, hospitalisations)
  • Délai moyen entre signalement d’une alerte et intervention du podologue
  • Taux de participation des équipes aux formations podologiques

Ces indicateurs, présentés en COPIL qualité ou en CVS, démontrent l’engagement de l’établissement et facilitent la mobilisation des ressources.

Capitaliser sur les retours d’expérience

Organiser une analyse collective des incidents podologiques survenus permet d’identifier les défaillances organisationnelles et d’ajuster les pratiques. Cette démarche, non punitive, repose sur l’analyse des causes profondes (manque de formation, délai d’intervention trop long, absence de transmission).

Exemple concret : Suite à un cas d’escarre au talon non détecté à temps, l’EHPAD Les Lilas a instauré une double vérification systématique lors de la toilette, avec signature de deux soignants sur la fiche de traçabilité.

Valoriser les compétences et reconnaître l’engagement des équipes

La prévention podologique repose avant tout sur l’implication des soignants. Valoriser leur rôle par des actions concrètes renforce la dynamique :

  • Mettre en avant les bonnes pratiques lors des réunions d’équipe
  • Encourager la montée en compétence par des formations continues
  • Créer un « prix de la prévention » interne récompensant l’équipe la plus investie

Communiquer auprès des parties prenantes

Informer régulièrement les familles, les tuteurs et les résidents sur les actions menées en matière de podologie renforce la confiance et la transparence. Plusieurs supports sont mobilisables :

  • Article dans le journal de l’établissement
  • Affichage en salle d’accueil
  • Présentation lors du Conseil de Vie Sociale
  • Compte-rendu dans le rapport annuel d’activité

Conseil opérationnel : Réalisez un mini-bilan annuel podologique (nombre de passages, types de soins, alertes traitées) et partagez-le avec vos partenaires, financeurs et instances représentatives. Cela valorise votre démarche qualité.


Questions fréquentes sur les soins podologiques en EHPAD

Qui peut réaliser la coupe des ongles d’un résident diabétique ?
Seul un pédicure-podologue diplômé d’État ou, sous certaines conditions et après formation validée, un infirmier peut réaliser cet acte chez une personne diabétique à risque podologique. Les aides-soignants doivent transmettre au professionnel habilité.

Les soins de podologie sont-ils pris en charge pour tous les résidents ?
La prise en charge par l’Assurance Maladie dépend du grade de risque podologique (déterminé par le médecin traitant). Les soins préventifs pour les personnes de plus de 60 ans en perte d’autonomie peuvent être remboursés sous conditions. Le reste à charge éventuel peut être couvert par la complémentaire santé ou rester à la charge du résident.

Comment choisir un podologue partenaire pour mon EHPAD ?
Privilégiez un professionnel diplômé, inscrit à l’Ordre des pédicures-podologues, ayant une expérience en gériatrie et capable d’assurer une présence régulière. Demandez des références, proposez une période d’essai et formalisez le partenariat par convention écrite incluant tarifs, planning et modalités d’alerte.

Ressource expert recommandée Pack référence
Pack INTÉGRAL Guides SOINS — 8 références cliniques EHPAD
Pack INTÉGRAL Guides SOINS — 8 références cliniques EHPAD

La référence soins en EHPAD : 8 guides cliniques alignés piliers HAS.

  • 8 guides cliniques 2026
  • Plaies, médicament, palliatifs
  • Économie 41% vs unitaire
Partager cet article
Dossier expert Prévention des Chutes en EHPAD : Guide Complet [2026]

Guide complet sur la prévention des chutes en EHPAD : épidémiologie (174 824 hospitalisations/an), facteurs de risque intrinsèques et extrinsèques, protocole d'évaluation multifactorielle, aménagements environnementaux,...

Lire le dossier
Solution partenaire — Hornet Medical Tensions avec les familles en EHPAD : prévenir plutôt que gérer grâce à la traçabilité

Les conflits avec les familles autour des dispositifs médicaux égarés ne naissent pas de la perte, mais du...

Lire l'article
Lien copie dans le presse-papier