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Dépression et risque suicidaire en EHPAD : repérer, évaluer et prévenir grâce à un protocole structuré en 5 étapes
Santé seniors

Dépression et risque suicidaire en EHPAD : repérer, évaluer et prévenir

6 mars 2026 10 min de lecture SOS EHPAD TEAM
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En mars 2026, la dépression et le risque suicidaire en EHPAD restent deux des problématiques de santé mentale les plus sous-diagnostiquées et les plus lourdes de conséquences. Selon les données disponibles, près d’un résident sur trois présente des symptômes dépressifs significatifs, et le risque suicidaire y demeure globalement invisible, faute de protocoles systématiques. Face à ce constat, les autorités sanitaires françaises ont renforcé leurs exigences réglementaires et leur cadre d’action depuis 2024. Les équipes de terrain, elles, doivent conjuguer vigilance clinique, compétences relationnelles et outils structurés pour protéger les résidents les plus vulnérables.


Repérage précoce de la dépression en EHPAD : identifier les signaux là où ils se cachent

La dépression du sujet âgé ne ressemble pas toujours à la dépression du sujet jeune. C’est précisément ce qui en fait un défi clinique majeur pour les équipes soignantes.

Des symptômes atypiques à ne pas confondre avec le vieillissement normal

Chez les personnes âgées en institution, la dépression se manifeste souvent par :

  • Une apathie marquée, fréquemment confondue avec la fatigue ou les effets secondaires médicamenteux
  • Un retrait social progressif, parfois interprété comme un souhait de tranquillité
  • Une perte d’appétit ou un refus de s’alimenter
  • Des plaintes somatiques répétitives sans substrat organique identifié
  • Un ralentissement psychomoteur, une irritabilité ou des troubles du sommeil inhabituels

Un résident qui cesse de participer aux activités, mange moins et parle peu n’est pas simplement « fatigué » : il doit être évalué.

Ces signes subtils imposent une posture d’observation active de la part de l’ensemble des professionnels, des aides-soignants aux animateurs, en passant par les agents de service.

Des outils d’évaluation standardisés à intégrer dans les protocoles de suivi

L’utilisation d’échelles validées est indispensable pour objectiver la souffrance psychique. Deux outils font référence en gériatrie :

Outil Cible Avantages
GDS-15 (Geriatric Depression Scale) Personnes âgées sans trouble cognitif sévère Rapide, auto-administré, validé en français
CSDD (Cornell Scale for Depression in Dementia) Résidents avec troubles neurocognitifs Basé sur l’observation et l’entretien soignant/famille

Ces évaluations doivent être intégrées dès l’admission, puis répétées à fréquence régulière — au minimum tous les six mois — ou à chaque changement d’état.

Conseil opérationnel : Inscrivez l’évaluation dépressive systématique dans le plan de soins personnalisé de chaque résident. Désignez un référent par unité chargé de suivre les scores et d’alerter le médecin coordonnateur en cas d’évolution défavorable.


Prévention du risque suicidaire en EHPAD : des obligations renforcées depuis 2024

Le risque suicidaire en EHPAD est longtemps resté un angle mort des politiques institutionnelles. Ce n’est plus acceptable en 2026.

Un cadre réglementaire et institutionnel désormais structuré

Depuis 2024, le Ministère de la Santé a produit un bilan positif de sa feuille de route sur la sécurité des prises en charge, incluant les établissements médico-sociaux. Les EHPAD sont désormais invités à :

  • Intégrer des grilles d’auto-évaluation du risque suicidaire dans leurs dispositifs de sécurité
  • Réaliser une cartographie des risques environnementaux susceptibles de faciliter un passage à l’acte
  • Désigner des professionnels formés au repérage et à la gestion de crise

En juillet 2025, une note d’information de la DGS/DS relative à la prévention des phénomènes de contagion suicidaire a été publiée. Elle s’applique également aux EHPAD, soulignant la nécessité d’une vigilance accrue lors de décès par suicide au sein d’un établissement.

Le Ministère des Solidarités, de son côté, insiste sur le lien social comme rempart essentiel contre l’isolement — facteur de risque suicidaire démontré — et recommande une formation systématique des professionnels à l’orientation vers les ressources adaptées.

Comment évaluer concrètement le risque suicidaire chez un résident ?

La démarche se structure en plusieurs étapes :

  1. Poser la question directement : contrairement aux idées reçues, interroger un résident sur ses pensées suicidaires ne les renforce pas ; cela les légitime et ouvre le dialogue
  2. Utiliser une échelle validée comme la Columbia Suicide Severity Rating Scale (C-SSRS), adaptable en gériatrie
  3. Recueillir les antécédents : tentatives passées, deuils récents, perte d’autonomie brutale, entrée en institution récente
  4. Évaluer l’environnement : accès à des moyens létaux, isolement relationnel, refus des soins
  5. Alerter et tracer : consigner l’évaluation dans le dossier et déclencher une consultation psychiatrique si nécessaire

Conseil opérationnel : Mettez en place une fiche de liaison interne « risque suicidaire » transmissible entre équipes de jour et de nuit. Cela garantit la continuité de l’alerte au-delà des transmissions verbales.


Formation des équipes et soutien psychologique des résidents : les deux piliers opérationnels

La qualité du repérage et de la prévention repose en grande partie sur la compétence et la posture des professionnels au contact quotidien des résidents.

Former les équipes : une obligation morale et désormais réglementaire

Les formations obligatoires en EHPAD incluent depuis plusieurs années des modules sur la bientraitance et la communication. Mais la santé mentale des résidents — et notamment le repérage de la dépression et du risque suicidaire — mérite un volet spécifique.

Les formations efficaces sur ce sujet comprennent :

  • La sémiologie psychiatrique gériatrique : reconnaître les signes dépressifs atypiques
  • La communication thérapeutique : comment aborder la souffrance sans la minimiser ni la dramatiser
  • La gestion de crise suicidaire : conduite à tenir, alertes à déclencher, traçabilité
  • Le soutien aux équipes elles-mêmes : car un soignant en épuisement ne peut pas être un référent de qualité pour un résident en détresse

En octobre 2025, l’OMS Europe a rappelé que les professionnels de santé sont eux-mêmes exposés à la dépression et aux pensées suicidaires. Un soignant soutenu protège mieux ses résidents.

Pour les IDEC et directeurs souhaitant structurer cette démarche, des ressources terrain comme le guide Soigner sans s’oublier permettent d’aborder ces sujets sensibles avec les équipes, en créant un espace de dialogue sur la charge émotionnelle du travail en EHPAD.

Structurer le soutien psychologique des résidents

L’accès à un psychologue au sein de l’établissement est fondamental. Ce professionnel remplit plusieurs fonctions complémentaires :

  • Suivi individuel des résidents en souffrance psychique
  • Animation de groupes de parole favorisant les échanges entre pairs
  • Soutien lors de transitions difficiles : entrée en EHPAD, deuil, perte d’autonomie
  • Appui aux équipes soignantes dans les situations complexes

Les sessions de groupe méritent une attention particulière. Elles permettent aux résidents de ne pas se sentir seuls face à leur vécu, et créent une dynamique de soutien mutuel particulièrement protectrice contre l’isolement psychologique.

Checklist rapide pour le soutien psychologique :
– [ ] Psychologue présent a minima 0,5 ETP pour 80 résidents
– [ ] File active documentée et mise à jour
– [ ] Coordination mensuelle avec le médecin coordonnateur
– [ ] Intégration du suivi psychologique dans le projet de soins personnalisé
– [ ] Traçabilité des orientations vers la psychiatrie


Lien social et environnement sécurisant : des leviers concrets contre la détresse psychologique

La prévention de la dépression et du risque suicidaire ne relève pas uniquement de la clinique. L’environnement de vie des résidents joue un rôle protecteur majeur.

Le lien social : premier rempart contre le risque suicidaire

Les autorités sanitaires françaises le répètent clairement depuis 2024 : le lien social est un facteur protecteur essentiel contre l’isolement et la détresse psychologique des personnes âgées. En EHPAD, cela se traduit par des actions concrètes :

  • Actions intergénérationnelles : partenariats avec des écoles, accueil de jeunes bénévoles
  • Groupes d’activité adaptés aux capacités cognitives et physiques : ateliers mémoire, musicothérapie, jardinage thérapeutique
  • Visites familiales facilitées : espaces d’accueil agréables, horaires flexibles, outils de communication à distance (tablettes, visioconférence)
  • Bénévolat de visite : conventionnement avec des associations de visite et d’accompagnement

Exemple concret : Un EHPAD de 90 résidents ayant mis en place un partenariat avec une école primaire voisine — pour des lectures partagées hebdomadaires — a observé une réduction significative des signalements d’apathie et une hausse de la participation aux repas parmi les résidents isolés. Le lien affectif créé avec les enfants a fonctionné comme un ancrage relationnel structurant.

Sécuriser l’environnement physique de l’établissement

La prévention du passage à l’acte suicidaire impose également une réflexion sur l’environnement physique. Depuis 2024, les recommandations ministérielles encouragent les EHPAD à conduire une cartographie des risques environnementaux :

  • Sécurisation des accès aux espaces extérieurs à risque
  • Contrôle des accès aux produits médicamenteux et aux objets potentiellement dangereux
  • Amélioration de la luminosité et de l’ambiance des espaces communs pour lutter contre l’effet dépressogène des environnements ternes

Conseil opérationnel : Constituez un groupe de travail pluridisciplinaire (IDEC, médecin coordonnateur, psychologue, directeur) pour réaliser une fois par an une revue des risques environnementaux liés au risque suicidaire. Formalisez les résultats dans un document intégré au bilan qualité.


Mobiliser, structurer, durer : faire de la prévention une culture d’établissement

La dépression et le risque suicidaire ne se gèrent pas par des actions ponctuelles. Ils exigent une culture institutionnelle de vigilance partagée, ancrée dans les pratiques quotidiennes de chaque professionnel.

Les EHPAD les plus efficaces sur ces enjeux ont en commun plusieurs caractéristiques :

  • Une direction impliquée, qui inscrit la santé mentale des résidents comme priorité dans le projet d’établissement
  • Des équipes formées en continu, avec des mises à jour régulières sur les recommandations en vigueur
  • Un psychologue intégré à la dynamique d’équipe, et non relégué à une fonction périphérique
  • Des outils de traçabilité robustes : évaluations documentées, transmissions structurées, alertes formalisées
  • Une culture de parole où les soignants peuvent eux-mêmes exprimer leurs difficultés émotionnelles sans craindre de jugement

Prévenir le suicide en EHPAD, c’est d’abord décider collectivement que ce sujet mérite d’être nommé, travaillé et suivi — à chaque réunion, à chaque transmission, à chaque évaluation.

Les perspectives fixées par le Ministère de la Santé pour 2026 intègrent des outils de suivi et d’amélioration continue que les établissements doivent s’approprier sans attendre. Les EHPAD qui anticipent ces exigences se dotent d’un avantage opérationnel réel — et surtout, protègent concrètement leurs résidents.

Pour les cadres de santé souhaitant structurer cette démarche de façon opérationnelle, des ressources comme le guide IDEC 360° proposent des outils pratiques pour piloter ces problématiques complexes au quotidien.


Mini-FAQ : questions fréquentes sur la dépression et le risque suicidaire en EHPAD

❓ La dépression en EHPAD est-elle inévitable avec le vieillissement ?
Non. La dépression n’est pas une conséquence normale du vieillissement. C’est un trouble clinique qui se diagnostique, se traite et se prévient. Elle nécessite une prise en charge active, pas une résignation.

❓ Comment aborder le sujet du suicide avec un résident sans aggraver la situation ?
En posant des questions directes, avec calme et bienveillance. Des formulations comme « Est-ce qu’il vous arrive de penser que vous préféreriez ne plus être là ? » permettent d’ouvrir le dialogue sans dramatiser. Cette approche est recommandée par les autorités sanitaires et les recommandations cliniques en vigueur.

❓ Quelles sont les ressources disponibles si une équipe n’a pas de psychologue en interne ?
Les EHPAD peuvent solliciter des consultations avancées de psychiatrie gériatrique via des conventions hospitalières, faire appel à des psychologues libéraux conventionnés, ou orienter vers les équipes mobiles de psychiatrie du sujet âgé (EMPSA) disponibles dans la plupart des territoires.

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En mars 2026, la dépression et le risque suicidaire en EHPAD restent deux des problématiques de santé mentale les plus sous-diagnostiquées et les plus lourdes de conséquences. Selon les données disponibles, près d’un résident sur trois présente des symptômes dépressifs significatifs, et le risque suicidaire y demeure globalement invisible, faute de protocoles systématiques. Face à ce constat, les autorités sanitaires françaises ont renforcé leurs exigences réglementaires et leur cadre d’action depuis 2024. Les équipes de terrain, elles, doivent conjuguer vigilance clinique, compétences relationnelles et outils structurés pour protéger les résidents les plus vulnérables.


Repérage précoce de la dépression en EHPAD : identifier les signaux là où ils se cachent

La dépression du sujet âgé ne ressemble pas toujours à la dépression du sujet jeune. C’est précisément ce qui en fait un défi clinique majeur pour les équipes soignantes.

Des symptômes atypiques à ne pas confondre avec le vieillissement normal

Chez les personnes âgées en institution, la dépression se manifeste souvent par :

  • Une apathie marquée, fréquemment confondue avec la fatigue ou les effets secondaires médicamenteux
  • Un retrait social progressif, parfois interprété comme un souhait de tranquillité
  • Une perte d’appétit ou un refus de s’alimenter
  • Des plaintes somatiques répétitives sans substrat organique identifié
  • Un ralentissement psychomoteur, une irritabilité ou des troubles du sommeil inhabituels

Un résident qui cesse de participer aux activités, mange moins et parle peu n’est pas simplement « fatigué » : il doit être évalué.

Ces signes subtils imposent une posture d’observation active de la part de l’ensemble des professionnels, des aides-soignants aux animateurs, en passant par les agents de service.

Des outils d’évaluation standardisés à intégrer dans les protocoles de suivi

L’utilisation d’échelles validées est indispensable pour objectiver la souffrance psychique. Deux outils font référence en gériatrie :

Outil Cible Avantages
GDS-15 (Geriatric Depression Scale) Personnes âgées sans trouble cognitif sévère Rapide, auto-administré, validé en français
CSDD (Cornell Scale for Depression in Dementia) Résidents avec troubles neurocognitifs Basé sur l’observation et l’entretien soignant/famille

Ces évaluations doivent être intégrées dès l’admission, puis répétées à fréquence régulière — au minimum tous les six mois — ou à chaque changement d’état.

Conseil opérationnel : Inscrivez l’évaluation dépressive systématique dans le plan de soins personnalisé de chaque résident. Désignez un référent par unité chargé de suivre les scores et d’alerter le médecin coordonnateur en cas d’évolution défavorable.


Prévention du risque suicidaire en EHPAD : des obligations renforcées depuis 2024

Le risque suicidaire en EHPAD est longtemps resté un angle mort des politiques institutionnelles. Ce n’est plus acceptable en 2026.

Un cadre réglementaire et institutionnel désormais structuré

Depuis 2024, le Ministère de la Santé a produit un bilan positif de sa feuille de route sur la sécurité des prises en charge, incluant les établissements médico-sociaux. Les EHPAD sont désormais invités à :

  • Intégrer des grilles d’auto-évaluation du risque suicidaire dans leurs dispositifs de sécurité
  • Réaliser une cartographie des risques environnementaux susceptibles de faciliter un passage à l’acte
  • Désigner des professionnels formés au repérage et à la gestion de crise

En juillet 2025, une note d’information de la DGS/DS relative à la prévention des phénomènes de contagion suicidaire a été publiée. Elle s’applique également aux EHPAD, soulignant la nécessité d’une vigilance accrue lors de décès par suicide au sein d’un établissement.

Le Ministère des Solidarités, de son côté, insiste sur le lien social comme rempart essentiel contre l’isolement — facteur de risque suicidaire démontré — et recommande une formation systématique des professionnels à l’orientation vers les ressources adaptées.

Comment évaluer concrètement le risque suicidaire chez un résident ?

La démarche se structure en plusieurs étapes :

  1. Poser la question directement : contrairement aux idées reçues, interroger un résident sur ses pensées suicidaires ne les renforce pas ; cela les légitime et ouvre le dialogue
  2. Utiliser une échelle validée comme la Columbia Suicide Severity Rating Scale (C-SSRS), adaptable en gériatrie
  3. Recueillir les antécédents : tentatives passées, deuils récents, perte d’autonomie brutale, entrée en institution récente
  4. Évaluer l’environnement : accès à des moyens létaux, isolement relationnel, refus des soins
  5. Alerter et tracer : consigner l’évaluation dans le dossier et déclencher une consultation psychiatrique si nécessaire

Conseil opérationnel : Mettez en place une fiche de liaison interne « risque suicidaire » transmissible entre équipes de jour et de nuit. Cela garantit la continuité de l’alerte au-delà des transmissions verbales.


Formation des équipes et soutien psychologique des résidents : les deux piliers opérationnels

La qualité du repérage et de la prévention repose en grande partie sur la compétence et la posture des professionnels au contact quotidien des résidents.

Former les équipes : une obligation morale et désormais réglementaire

Les formations obligatoires en EHPAD incluent depuis plusieurs années des modules sur la bientraitance et la communication. Mais la santé mentale des résidents — et notamment le repérage de la dépression et du risque suicidaire — mérite un volet spécifique.

Les formations efficaces sur ce sujet comprennent :

  • La sémiologie psychiatrique gériatrique : reconnaître les signes dépressifs atypiques
  • La communication thérapeutique : comment aborder la souffrance sans la minimiser ni la dramatiser
  • La gestion de crise suicidaire : conduite à tenir, alertes à déclencher, traçabilité
  • Le soutien aux équipes elles-mêmes : car un soignant en épuisement ne peut pas être un référent de qualité pour un résident en détresse

En octobre 2025, l’OMS Europe a rappelé que les professionnels de santé sont eux-mêmes exposés à la dépression et aux pensées suicidaires. Un soignant soutenu protège mieux ses résidents.

Pour les IDEC et directeurs souhaitant structurer cette démarche, des ressources terrain comme le guide Soigner sans s’oublier permettent d’aborder ces sujets sensibles avec les équipes, en créant un espace de dialogue sur la charge émotionnelle du travail en EHPAD.

Structurer le soutien psychologique des résidents

L’accès à un psychologue au sein de l’établissement est fondamental. Ce professionnel remplit plusieurs fonctions complémentaires :

  • Suivi individuel des résidents en souffrance psychique
  • Animation de groupes de parole favorisant les échanges entre pairs
  • Soutien lors de transitions difficiles : entrée en EHPAD, deuil, perte d’autonomie
  • Appui aux équipes soignantes dans les situations complexes

Les sessions de groupe méritent une attention particulière. Elles permettent aux résidents de ne pas se sentir seuls face à leur vécu, et créent une dynamique de soutien mutuel particulièrement protectrice contre l’isolement psychologique.

Checklist rapide pour le soutien psychologique :
– [ ] Psychologue présent a minima 0,5 ETP pour 80 résidents
– [ ] File active documentée et mise à jour
– [ ] Coordination mensuelle avec le médecin coordonnateur
– [ ] Intégration du suivi psychologique dans le projet de soins personnalisé
– [ ] Traçabilité des orientations vers la psychiatrie


Lien social et environnement sécurisant : des leviers concrets contre la détresse psychologique

La prévention de la dépression et du risque suicidaire ne relève pas uniquement de la clinique. L’environnement de vie des résidents joue un rôle protecteur majeur.

Le lien social : premier rempart contre le risque suicidaire

Les autorités sanitaires françaises le répètent clairement depuis 2024 : le lien social est un facteur protecteur essentiel contre l’isolement et la détresse psychologique des personnes âgées. En EHPAD, cela se traduit par des actions concrètes :

  • Actions intergénérationnelles : partenariats avec des écoles, accueil de jeunes bénévoles
  • Groupes d’activité adaptés aux capacités cognitives et physiques : ateliers mémoire, musicothérapie, jardinage thérapeutique
  • Visites familiales facilitées : espaces d’accueil agréables, horaires flexibles, outils de communication à distance (tablettes, visioconférence)
  • Bénévolat de visite : conventionnement avec des associations de visite et d’accompagnement

Exemple concret : Un EHPAD de 90 résidents ayant mis en place un partenariat avec une école primaire voisine — pour des lectures partagées hebdomadaires — a observé une réduction significative des signalements d’apathie et une hausse de la participation aux repas parmi les résidents isolés. Le lien affectif créé avec les enfants a fonctionné comme un ancrage relationnel structurant.

Sécuriser l’environnement physique de l’établissement

La prévention du passage à l’acte suicidaire impose également une réflexion sur l’environnement physique. Depuis 2024, les recommandations ministérielles encouragent les EHPAD à conduire une cartographie des risques environnementaux :

  • Sécurisation des accès aux espaces extérieurs à risque
  • Contrôle des accès aux produits médicamenteux et aux objets potentiellement dangereux
  • Amélioration de la luminosité et de l’ambiance des espaces communs pour lutter contre l’effet dépressogène des environnements ternes

Conseil opérationnel : Constituez un groupe de travail pluridisciplinaire (IDEC, médecin coordonnateur, psychologue, directeur) pour réaliser une fois par an une revue des risques environnementaux liés au risque suicidaire. Formalisez les résultats dans un document intégré au bilan qualité.


Mobiliser, structurer, durer : faire de la prévention une culture d’établissement

La dépression et le risque suicidaire ne se gèrent pas par des actions ponctuelles. Ils exigent une culture institutionnelle de vigilance partagée, ancrée dans les pratiques quotidiennes de chaque professionnel.

Les EHPAD les plus efficaces sur ces enjeux ont en commun plusieurs caractéristiques :

  • Une direction impliquée, qui inscrit la santé mentale des résidents comme priorité dans le projet d’établissement
  • Des équipes formées en continu, avec des mises à jour régulières sur les recommandations en vigueur
  • Un psychologue intégré à la dynamique d’équipe, et non relégué à une fonction périphérique
  • Des outils de traçabilité robustes : évaluations documentées, transmissions structurées, alertes formalisées
  • Une culture de parole où les soignants peuvent eux-mêmes exprimer leurs difficultés émotionnelles sans craindre de jugement

Prévenir le suicide en EHPAD, c’est d’abord décider collectivement que ce sujet mérite d’être nommé, travaillé et suivi — à chaque réunion, à chaque transmission, à chaque évaluation.

Les perspectives fixées par le Ministère de la Santé pour 2026 intègrent des outils de suivi et d’amélioration continue que les établissements doivent s’approprier sans attendre. Les EHPAD qui anticipent ces exigences se dotent d’un avantage opérationnel réel — et surtout, protègent concrètement leurs résidents.

Pour les cadres de santé souhaitant structurer cette démarche de façon opérationnelle, des ressources comme le guide IDEC 360° proposent des outils pratiques pour piloter ces problématiques complexes au quotidien.


Mini-FAQ : questions fréquentes sur la dépression et le risque suicidaire en EHPAD

❓ La dépression en EHPAD est-elle inévitable avec le vieillissement ?
Non. La dépression n’est pas une conséquence normale du vieillissement. C’est un trouble clinique qui se diagnostique, se traite et se prévient. Elle nécessite une prise en charge active, pas une résignation.

❓ Comment aborder le sujet du suicide avec un résident sans aggraver la situation ?
En posant des questions directes, avec calme et bienveillance. Des formulations comme « Est-ce qu’il vous arrive de penser que vous préféreriez ne plus être là ? » permettent d’ouvrir le dialogue sans dramatiser. Cette approche est recommandée par les autorités sanitaires et les recommandations cliniques en vigueur.

❓ Quelles sont les ressources disponibles si une équipe n’a pas de psychologue en interne ?
Les EHPAD peuvent solliciter des consultations avancées de psychiatrie gériatrique via des conventions hospitalières, faire appel à des psychologues libéraux conventionnés, ou orienter vers les équipes mobiles de psychiatrie du sujet âgé (EMPSA) disponibles dans la plupart des territoires.