le mode de fonctionnement du CLAN
Plannings & Organisation

CLAN en EHPAD : 4 étapes pour transformer vos résidents

4 juillet 2025 9 min de lecture Nicolas Mortel
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Guide Pratique : Plannings & Organisation en EHPAD

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270 000 résidents d’EHPAD souffrent de dénutrition en France. Face à ce fléau silencieux qui touche 15 à 38% des personnes âgées en établissement, le Comité de Liaison Alimentation Nutrition (CLAN) devient l’outil stratégique incontournable. Pourtant, trop d’établissements peinent encore à franchir le cap entre recommandations théoriques et mise en œuvre concrète.

La dénutrition en EHPAD : un enjeu majeur sous-estimé

La dénutrition frappe massivement les EHPAD français. Sur les 596 000 lits disponibles dans 7 353 établissements, près d’un résident sur trois présente un risque nutritionnel majeur. Cette situation alarmante contraste avec l’attention limitée portée par les pouvoirs publics : aucune enquête officielle nationale n’existe à ce jour sur la prévention de la dénutrition en EHPAD.

L’UFC-Que Choisir révélait en 2022 des défaillances structurelles. Son enquête menée auprès de 131 établissements démontre qu’aucun des 43 EHPAD étudiés n’est conforme à l’ensemble des recommandations relatives aux horaires des repas. Plus préoccupant encore : 80% des établissements imposent une période de jeûne nocturne supérieure à 12 heures aux résidents.

Les conséquences financières et humaines sont considérables. 40% des personnes âgées sont hospitalisées pour des complications liées à la dénutrition. Chaque résident dénutri génère des surcoûts médicaux significatifs : infections répétées, chutes, fractures, dégradation cognitive accélérée.

CLAN : un cadre réglementaire perfectible mais opérationnel

Le CLAN n’est pas une obligation légale stricte. Créé par la circulaire DHOS du 29 mars 2002, il demeure une « structure consultative » recommandée mais non contraignante. Cette ambiguïté réglementaire explique partiellement les disparités d’application entre établissements.

Pourtant, le Collectif de lutte contre la dénutrition milite activement pour l’inscription du CLAN dans la loi. Leurs 14 propositions incluent « l’attribution d’un caractère obligatoire » aux CLAN, avec précision de leurs missions et financement dédié. Cette évolution législative pourrait intervenir prochainement.

En attendant, les établissements précurseurs démontrent l’efficacité opérationnelle du dispositif. Le CLAN départemental de Sarthe illustre cette réussite : 148 professionnels mobilisés, 27 établissements participants, une unité opérationnelle composée de 2 diététiciennes, 1 secrétaire et 1 médecin nutritionniste.

Composition optimale d’un CLAN en EHPAD

La réussite d’un CLAN repose sur sa composition pluridisciplinaire. Les membres incontournables incluent :

  • Le directeur ou son représentant : garant de la politique nutritionnelle
  • Le médecin coordonnateur : expertise médicale et validation des protocoles
  • La diététicienne : pilotage technique des actions nutritionnelles
  • L’IDEC : coordination des équipes soignantes
  • Le responsable restauration : adaptation des menus et textures
  • Des représentants d’aides-soignants : remontée des observations terrain

L’erreur fréquente consiste à limiter le CLAN aux seuls professionnels de santé. Les services administratifs, d’entretien, d’animation enrichissent considérablement les perspectives. Un CLAN efficace compte entre 8 et 12 membres pour maintenir une dynamique collective sans diluer les responsabilités.

Étape 1 : diagnostic nutritionnel de l’établissement

Avant toute action, l’audit de l’existant s’impose. Cette phase diagnostique dure généralement 2 à 3 mois et nécessite une méthodologie rigoureuse.

L’analyse des données épidémiologiques constitue le socle de départ. Recenser les résidents dénutris, à risque, sous compléments nutritionnels oraux (CNO) permet de quantifier l’enjeu. Une étude récente montre que 2 résidents sur 3 encourent un risque nutritionnel conduisant vers la dénutrition.

L’évaluation des pratiques actuelles révèle souvent des dysfonctionnements organisationnels. Horaires de repas inadaptés, durée de jeûne nocturne excessive, manque de formation des équipes, absence de protocoles de dépistage : les carences organisationnelles priment fréquemment sur les causes purement médicales.

L’audit des menus et de la restauration complète ce diagnostic. L’enquête UFC-Que Choisir révélait que 50% des établissements ne respectent pas le critère crucial de fréquence des viandes de boucherie ou poissons sur 20 repas. Le recours excessif aux produits transformés aggrave le déficit protéique.

Étape 2 : formation et sensibilisation des équipes

La réussite du CLAN dépend de l’adhésion de l’ensemble du personnel. Cette phase de sensibilisation s’étale sur 3 à 6 mois selon la taille de l’établissement.

Les formations ciblées par métier optimisent l’efficacité. Les aides-soignants apprennent à identifier les signes d’alerte, mesurer les ingesta, adapter l’aide au repas. Le personnel de restauration découvre les techniques d’enrichissement alimentaire, alternatives souvent plus efficaces que les CNO systématiques.

L’Institut Nutrition a développé la « Fresque de la dénutrition en EHPAD ». Cet atelier ludique de 1h30 ou 3h30 réunit 6 à 8 professionnels autour de 26 ou 40 cartes représentant causes, conséquences et solutions. Plus de 40 professionnels issus de 17 établissements ont testé cet outil, améliorant la prise en charge de 1 300 résidents.

La pluridisciplinarité enrichit considérablement les échanges. Infirmiers, aides-soignants, diététiciens, gériatres, orthophonistes apportent des perspectives complémentaires. Cette diversité génère des solutions innovantes adaptées aux réalités locales.

Étape 3 : mise en place des protocoles opérationnels

Les protocoles transforment les bonnes intentions en actions concrètes. Cette phase opérationnelle mobilise le CLAN pendant 6 à 12 mois.

Le protocole de dépistage constitue la pierre angulaire. Pesée mensuelle systématique, calcul de l’IMC, surveillance des ingesta, évaluation de l’autonomie alimentaire : ces indicateurs objectivent le risque nutritionnel. L’automatisation de ces relevés via des outils numériques allège la charge administrative.

L’enrichissement alimentaire remplace avantageusement les CNO systématiques. Techniques simples mais efficaces : ajout de poudre de lait, œufs, huile dans les préparations, fractionnement des repas, collations enrichies. La télésurveillance nutritionnelle montre une réduction de 3 mois du recours aux CNO en moyenne.

L’adaptation des textures respecte les capacités masticatoires. Formation des cuisiniers aux techniques de mixage, haché, mouliné. 50% des établissements négligent cet aspect pourtant crucial pour maintenir l’appétit et le plaisir alimentaire.

Étape 4 : outils de suivi et d’évaluation

Les indicateurs de performance objectivent l’efficacité du CLAN. Cette démarche qualité rassure les tutelles et motive les équipes.

Les indicateurs quantitatifs mesurent l’impact direct. Évolution du poids moyen des résidents, réduction du nombre de dénutris sévères, diminution des hospitalisations pour complications nutritionnelles. Des résultats sont visibles dès le premier mois, notamment sur la cohérence des actions et la consommation de CNO.

Les indicateurs qualitatifs évaluent la satisfaction. Enquêtes auprès des résidents et familles, observation des comportements alimentaires, évaluation de l’ambiance des repas. Au bout de 6 mois, l’organisation nutritionnelle devient routinière et les bénéfices se stabilisent.

Les outils numériques facilitent le suivi. La société C-Diet propose une télésurveillance nutritionnelle qui a permis d’obtenir 35% de situations à risque en moins et 15% de dénutrition sévère en moins dans les EHPAD partenaires.

Financement et ressources disponibles

Le financement du CLAN mobilise différentes sources. Cette dimension économique conditionne souvent la pérennité des actions.

Les Agences Régionales de Santé soutiennent financièrement les projets. L’ARS Normandie lance en 2025 un appel à projets triennal pour accompagner les EHPAD dans le déploiement d’actions nutrition, activité physique et hygiène bucco-dentaire. La date limite de candidature est fixée au 3 mars 2025.

Les prestataires externes enrichissent l’expertise interne. Diététiciens libéraux, sociétés spécialisées, organismes de formation proposent un accompagnement personnalisé. Le coût d’une formation CLAN varie de 1 110€ TTC par jour pour un groupe de 10 personnes maximum.

La mutualisation départementale optimise les coûts. Le modèle sarthois démontre l’efficience d’une approche collective : 0,9 ETP pour couvrir 27 établissements, soit un coût de revient particulièrement attractif.

Résultats concrets et retour d’expérience

Les établissements précurseurs affichent des résultats probants. Ces success stories motivent l’essaimage des bonnes pratiques.

L’amélioration nutritionnelle se mesure objectivement. Études de cas : réduction de 25% des situations de dénutrition sévère, diminution de 30% des hospitalisations pour complications infectieuses, amélioration de l’autonomie alimentaire de 40% des résidents sous suivi personnalisé.

Les bénéfices économiques accompagnent les progrès sanitaires. Moindre consommation de CNO, réduction des frais pharmaceutiques, diminution de l’absentéisme du personnel par amélioration de l’ambiance de travail. Des résidents plus autonomes allègent la charge de travail des équipes.

La reconnaissance professionnelle motive l’engagement. Le concours « Cuisines Ouvertes » 2024 valorise les chefs et équipes de restauration. Le jury distinguera en mars 2025 les initiatives les plus inspirantes lors des Journées du vieillissement et du maintien de l’autonomie à Tours.

Défis et perspectives d’évolution

Plusieurs obstacles freinent encore la généralisation des CLAN. Identifier ces difficultés permet d’anticiper les solutions.

Le manque de temps constitue le frein principal. 17,8% seulement des EHPAD disposent d’infirmiers de nuit, limitant la continuité du suivi nutritionnel. Le taux d’encadrement moyen de 0,63 contraint l’organisation d’actions complémentaires.

La formation initiale insuffisante des professionnels nécessite un rattrapage. En France, la formation de diététicien dure 2 ans seulement, contre 3 ans minimum dans les autres pays européens. Cette faiblesse structurelle limite l’expertise disponible.

L’évolution démographique intensifie la pression. La population des plus de 75 ans passera de 10,4% en 2024 à 16,4% en 2050. Il faudra créer 108 000 places d’ici 2030 et 319 000 d’ici 2050. Cette montée en charge amplifie l’urgence nutritionnelle.

Recommandations opérationnelles pour directeurs d’EHPAD

Plusieurs actions immédiates optimisent l’efficacité du CLAN naissant.

Commencer petit mais viser juste. Privilégier 3 à 4 actions concrètes plutôt qu’un programme ambitieux mais irréalisable. L’enrichissement alimentaire et la formation des aides-soignants génèrent des résultats rapides et visibles.

Intégrer le CLAN dans la démarche qualité globale. Lier les indicateurs nutritionnels aux certifications HAS, valoriser les progrès auprès des familles et tutelles. Cette approche transversale légitime l’investissement consenti.

Exploiter les événements nationaux pour mobiliser. La Semaine nationale de la dénutrition (12-19 novembre 2024) offre une vitrine idéale. Plus de 3 000 actions labellisées en 2023 démontrent l’engouement professionnel.

Anticiper la formation des remplaçants. Le turn-over élevé en EHPAD menace la continuité des acquis. Prévoir des sessions de rattrapage trimestrielles, désigner des référents par service, constituer une « mémoire » documentaire accessible.

La transformation d’un EHPAD par son CLAN nécessite patience, méthode et persévérance. Les résultats obtenus par les établissements pionniers prouvent la faisabilité. Désormais, l’enjeu porte sur l’accélération de la diffusion de ces pratiques pour bénéficier aux 270 000 résidents français concernés par la dénutrition.

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