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Canicule en EHPAD : comment protéger les résidents sans climatisation ?
Sécurité & Plan bleu

Canicule en EHPAD : Comment protéger les résidents

4 novembre 2025 14 min de lecture SOS EHPAD TEAM
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Les épisodes caniculaires constituent désormais un enjeu majeur de santé publique en EHPAD. Chaque été, les établissements doivent mobiliser des ressources importantes pour protéger leurs résidents, particulièrement vulnérables face aux fortes chaleurs. Or, la climatisation généralisée n’est ni toujours disponible, ni souhaitable pour des raisons budgétaires, environnementales et sanitaires. Maîtriser les stratégies de rafraîchissement naturel et organiser une surveillance thermique renforcée devient alors indispensable pour garantir le confort et la sécurité des personnes âgées hébergées.


Comprendre les risques de l’hyperthermie chez la personne âgée en EHPAD

Les personnes âgées présentent des mécanismes de thermorégulation altérés. Leur capacité à transpirer diminue, leur sensation de soif s’émousse et leurs réserves hydriques sont réduites. En EHPAD, ces facteurs sont souvent aggravés par la polymédication, notamment les diurétiques, neuroleptiques ou anticholinergiques.

L’hyperthermie survient lorsque la température corporelle dépasse 38,5°C. Elle peut rapidement évoluer vers un coup de chaleur, urgence vitale caractérisée par une défaillance des organes. Selon Santé publique France, les personnes de plus de 75 ans représentent près de 70 % des décès liés aux canicules.

En établissement, les résidents alités, désorientés ou dépendants pour les actes de la vie quotidienne sont les plus à risque. Leur incapacité à exprimer leur inconfort ou à se déplacer vers des zones fraîches impose une vigilance accrue de la part des équipes soignantes.

Identifier les signes d’alerte précoces

Les professionnels doivent repérer rapidement les symptômes d’inconfort thermique :

  • Confusion, agitation ou apathie inhabituelle
  • Peau sèche ou au contraire moite
  • Tachycardie, hypotension
  • Nausées, vertiges
  • Température cutanée élevée

À retenir : Un résident habituellement paisible qui devient irritable ou somnolent par forte chaleur doit faire l’objet d’une surveillance rapprochée.

Conseil opérationnel : Intégrez dans vos transmissions IDE un item « tolérance thermique » pour chaque résident identifié comme vulnérable. Cela garantit une continuité de surveillance 24h/24.


Mettre en place un plan canicule adapté et opérationnel

Depuis 2004, le Plan National Canicule impose aux EHPAD d’organiser leur réponse face aux épisodes de forte chaleur. Ce plan repose sur quatre niveaux d’alerte activés par Météo-France et les Agences Régionales de Santé (ARS).

Les quatre niveaux du Plan Canicule

Niveau Couleur Activation Actions EHPAD
1 Vert 1er juin – 15 septembre Veille saisonnière, révision procédures
2 Jaune Risque modéré Information équipes, vérification matériel
3 Orange Canicule avérée Déclenchement plan interne, surveillance renforcée
4 Rouge Canicule extrême Mobilisation maximale, coordination sanitaire

Chaque établissement doit disposer d’un protocole canicule formalisé, validé en comité de direction et actualisé annuellement. Ce document doit préciser :

  • La liste nominative des résidents vulnérables
  • Les lieux rafraîchis disponibles (pièces climatisées, espaces ombragés)
  • Le matériel de rafraîchissement : brumisateurs, ventilateurs, draps humidifiés
  • Les circuits de communication interne et externe (ARS, familles)
  • Les modalités de surveillance thermique

Exemple concret : L’EHPAD Les Tilleuls à Lyon a organisé en mai une réunion plénière avec l’ensemble des services. Infirmiers, responsable hébergement, agent d’entretien et cuisiniers ont revu ensemble le plan canicule. Résultat : chaque professionnel connaît son rôle et les points critiques (chambres exposées sud, résidents sous diurétiques).

Question fréquente : Faut-il déclarer notre plan canicule à l’ARS ?
Non, mais l’établissement doit pouvoir le produire lors de tout contrôle et démontrer sa mise à jour régulière.

Identifier et recenser les résidents vulnérables

Le recensement anticipé des personnes à risque est une étape clé. Les critères d’identification incluent :

  • Âge supérieur à 75 ans
  • Pathologies chroniques (cardiaques, respiratoires, rénales)
  • Troubles cognitifs (Alzheimer, démences)
  • Polymédication avec traitements à risque
  • Antécédents de malaise lors de précédentes canicules
  • Isolement social ou absence de visite régulière

Cette liste doit être partagée avec l’ensemble de l’équipe soignante et actualisée en temps réel. Une fiche individuelle de surveillance peut être créée pour chaque résident identifié.

Conseil opérationnel : Créez un code couleur dans votre logiciel de soins (vert, orange, rouge) pour visualiser immédiatement le niveau de vulnérabilité de chaque résident lors des tournées.


Stratégies de rafraîchissement naturel : aménagements et bonnes pratiques

Lorsque la climatisation n’est pas disponible, ou pour compléter son action, les méthodes de rafraîchissement naturel permettent de maintenir un confort thermique acceptable. Ces solutions reposent sur des principes simples : limiter les apports de chaleur, favoriser la ventilation, augmenter l’évaporation.

Aménager l’environnement intérieur

Fermer volets et rideaux dès le matin pour bloquer le rayonnement solaire direct. Les tissus clairs ou occultants réfléchissent mieux la chaleur. Dans les chambres exposées plein sud, privilégiez des stores extérieurs ou des films anti-chaleur sur les vitrages.

Ventiler intelligemment : ouvrez grand les fenêtres la nuit et tôt le matin pour créer des courants d’air transversaux. Refermez dès que la température extérieure dépasse celle de l’intérieur, généralement vers 10h–11h.

Créer des îlots de fraîcheur : identifiez une salle commune climatisée ou naturellement fraîche (cave aménagée, pièce au nord) où les résidents peuvent séjourner quelques heures par jour. Équipez-la de fauteuils confortables, boissons fraîches et activités calmes.

Utiliser des ventilateurs avec précaution : efficaces jusqu’à 32°C environ, ils favorisent l’évaporation de la transpiration. Au-delà, ils brassent un air trop chaud et peuvent aggraver la déshydratation. Attention également au bruit et au dessèchement des muqueuses.

Bon à savoir : Un ventilateur placé devant une bassine d’eau froide améliore l’effet rafraîchissant par évaporation.

Rafraîchir directement les résidents

Les soins de rafraîchissement corporel sont essentiels. Plusieurs techniques peuvent être utilisées :

  1. Brumisation légère : vaporiser de l’eau fraîche (pas glacée) sur le visage, la nuque, les avant-bras et les jambes. Laisser sécher naturellement.
  2. Linges humides : appliquer des serviettes humides sur le front, la nuque, les poignets. Renouveler toutes les 20 minutes.
  3. Bains de pieds frais : 15 minutes dans une bassine d’eau tempérée procurent un soulagement immédiat.
  4. Douches tièdes : privilégier des douches à 25–30°C plutôt que froides, qui provoquent une vasoconstriction et empêchent l’évacuation de chaleur.

Exemple concret : L’EHPAD Saint-Joseph à Marseille a mis en place un chariot « canicule » circulant dans les étages. Il contient brumisateurs, serviettes humides, glaçons aromatisés, boissons fraîches et crème hydratante. Les aides-soignants peuvent intervenir rapidement auprès de chaque résident.

Adapter l’hydratation et l’alimentation

L’hydratation régulière est la pierre angulaire de la prévention. Proposer à boire toutes les heures, sans attendre la demande du résident. Varier les supports : eau, jus de fruits dilués, tisanes froides, glaces à l’eau, fruits riches en eau (pastèque, melon).

Les repas doivent être fractionnés et allégés. Privilégier :

  • Des crudités et salades composées
  • Des soupes froides (gaspacho)
  • Des laitages frais
  • Limiter les plats chauds et riches en protéines qui augmentent la thermogenèse

Question fréquente : Combien de litres d’eau un résident doit-il boire par jour en période caniculaire ?
Au minimum 1,5 litre, idéalement 2 litres. Adapter selon l’état clinique (insuffisance cardiaque, rénale). Surveiller la diurèse et l’état cutané.

Adapter l’habillement et la literie

Privilégier des vêtements légers, amples, en coton ou lin, de couleur claire. Éviter les matières synthétiques qui empêchent la transpiration. Changer régulièrement les tenues si le résident transpire.

Pour la literie, préférer un drap léger en coton plutôt qu’une couette. Certains établissements proposent des draps rafraîchissants ou des housses thermorégulatrices.

Conseil opérationnel : Stockez quelques draps au réfrigérateur (pas au congélateur) pour les appliquer brièvement sur les résidents les plus en difficulté. Changez-les dès qu’ils ont pris la température corporelle.


Organiser une surveillance renforcée et coordonnée

La surveillance thermique ne se limite pas à la prise de température : elle englobe l’observation clinique globale, la traçabilité des actions et la coordination interprofessionnelle.

Mettre en place une fiche de surveillance thermique

Une fiche standardisée facilite le suivi et les transmissions. Elle doit inclure :

  • Identité du résident et niveau de vulnérabilité
  • Température corporelle (matin, midi, soir)
  • Fréquence cardiaque et tension artérielle
  • État cutané (sécheresse, moiteur, rougeur)
  • État de conscience (vigilance, orientation)
  • Quantité de boissons ingérées
  • Diurèse
  • Mesures de rafraîchissement appliquées

Cette fiche peut être intégrée au dossier de soins informatisé ou utilisée en version papier lors des tournées.

Exemple concret : L’EHPAD Les Érables à Bordeaux utilise une application sur tablette permettant de saisir en temps réel les données de surveillance. Un système d’alerte automatique se déclenche si un paramètre dépasse le seuil défini (température > 38°C, tension < 10/6).

Définir les rôles de chaque professionnel

L’infirmier coordinateur (IDEC) pilote le dispositif : activation du plan, briefing quotidien des équipes, liaison avec la direction et l’ARS.

Les infirmiers assurent la surveillance clinique, ajustent les traitements en lien avec le médecin coordonnateur, forment les aides-soignants aux gestes de rafraîchissement.

Les aides-soignants appliquent les mesures de confort, surveillent l’hydratation, remontent toute anomalie comportementale ou clinique.

Le responsable d’hébergement veille à l’entretien des locaux, à la disponibilité du matériel (ventilateurs, brumisateurs), à l’aménagement des espaces frais.

Le médecin coordonnateur révise les prescriptions médicamenteuses, valide les protocoles de rafraîchissement, intervient en cas d’urgence.

Renforcer la communication avec les familles

Informer les proches des dispositions prises rassure et favorise leur implication. Vous pouvez :

  • Afficher le plan canicule dans les espaces communs
  • Envoyer un mail ou SMS d’information lors d’activation du niveau orange
  • Encourager les visites aux heures fraîches (matin, soirée)
  • Demander aux familles de participer à l’hydratation lors de leur présence

Question fréquente : Peut-on interdire les visites en cas de canicule ?
Non, sauf situation sanitaire exceptionnelle. En revanche, il est possible de recommander des horaires adaptés et de demander aux visiteurs de signaler toute anomalie observée.

Anticiper les situations d’urgence

Malgré toutes les précautions, un coup de chaleur peut survenir. Les signes d’alerte :

  • Température > 40°C
  • Peau chaude, sèche et rouge
  • Confusion majeure, perte de connaissance
  • Convulsions

Conduite à tenir immédiate :

  1. Appeler le 15 (SAMU)
  2. Allonger le résident dans un endroit frais
  3. Retirer les vêtements superflus
  4. Appliquer des linges mouillés sur l’ensemble du corps
  5. Ventiler activement
  6. Ne pas donner à boire si troubles de conscience

Conseil opérationnel : Organisez une simulation de coup de chaleur en équipe avant l’été. Cela permet de tester les réflexes et d’identifier les points d’amélioration.


Préparer l’établissement pour les canicules futures

Les épisodes de forte chaleur sont appelés à se multiplier et s’intensifier. Anticiper cette réalité climatique passe par une stratégie à moyen et long terme, impliquant aménagements durables, formation continue et veille réglementaire.

Investir dans des aménagements durables

Si votre budget le permet, plusieurs investissements améliorent durablement la résilience thermique :

  • Isolation thermique renforcée des toitures et façades exposées
  • Végétalisation des espaces extérieurs : arbres d’ombrage, pergolas, toitures végétalisées
  • Revêtements clairs pour sols et murs extérieurs, limitant l’absorption de chaleur
  • Films réfléchissants ou brise-soleil sur les vitrages
  • Climatisation sélective des espaces communs et chambres des résidents les plus vulnérables

Certains de ces travaux peuvent bénéficier de financements publics (fonds ARS, appels à projets régionaux) ou d’aides à la transition énergétique.

Former et sensibiliser les équipes en continu

La formation doit être renouvelée chaque année, avant la saison estivale. Les thèmes prioritaires :

  • Physiologie de la thermorégulation chez la personne âgée
  • Reconnaissance des signes d’hyperthermie
  • Techniques de rafraîchissement corporel
  • Gestion des situations d’urgence
  • Utilisation des outils de surveillance

Exemple concret : L’EHPAD du Parc à Toulouse organise en mai une matinée « Canicule » animée par l’IDEC et un médecin gériatre. Des ateliers pratiques permettent aux aides-soignants de s’entraîner aux gestes de rafraîchissement sur mannequin.

Analyser chaque épisode pour progresser

À l’issue de chaque canicule, un débriefing collectif doit être organisé. Questions à aborder :

  • Quels ont été les points forts de notre organisation ?
  • Quelles difficultés avons-nous rencontrées ?
  • Le matériel était-il suffisant et fonctionnel ?
  • Les transmissions ont-elles été efficaces ?
  • Quels ajustements apporter au plan canicule ?

Cette démarche d’amélioration continue renforce la culture sécurité de l’établissement et valorise l’implication des équipes.

Question fréquente : Devons-nous déclarer les incidents thermiques à l’ARS ?
Oui, tout événement indésirable grave (hospitalisation, décès) lié à la chaleur doit faire l’objet d’une déclaration de vigilance sanitaire.

Maintenir une veille réglementaire et scientifique

Les recommandations évoluent régulièrement. Abonnez-vous aux newsletters de :

  • Santé publique France
  • Haute Autorité de Santé (HAS)
  • Agence Régionale de Santé de votre territoire
  • Réseaux professionnels EHPAD

Participez aux webinaires et retours d’expérience organisés par les fédérations du secteur (FHF, Synerpa, Fnadepa).

Conseil opérationnel : Désignez un référent canicule dans votre établissement, chargé de la veille, de l’actualisation du plan et de l’animation des formations. Cette mission peut être confiée à l’IDEC ou au responsable qualité.


Cap sur l’été : agir maintenant pour protéger demain

Gérer les périodes de forte chaleur sans climatisation généralisée est un défi réaliste et maîtrisable pour les EHPAD. Il repose sur trois piliers indissociables : anticipation organisationnelle, aménagements adaptés et surveillance rigoureuse. Chaque professionnel, du directeur à l’agent hôtelier, joue un rôle essentiel dans cette chaîne de protection.

Les stratégies de rafraîchissement naturel ont prouvé leur efficacité lorsqu’elles sont appliquées de manière systématique et coordonnée. Brumisation, hydratation renforcée, adaptation de l’environnement et vigilance clinique constituent des gestes simples mais vitaux pour prévenir l’hyperthermie.

Au-delà de la conformité réglementaire, l’enjeu est humain : garantir dignité et confort aux résidents, même par les journées les plus torrides. En investissant dès maintenant dans la formation, le matériel et les aménagements, votre établissement se donne les moyens d’affronter sereinement les étés à venir.

Dernier conseil : Ne sous-estimez jamais l’impact psychologique de la chaleur sur les résidents. Un sourire, une présence rassurante et une attention personnalisée sont aussi des outils de rafraîchissement.


FAQ : Vos questions sur la gestion de la canicule en EHPAD

Peut-on utiliser des climatiseurs mobiles dans les chambres ?
Oui, à condition de respecter les normes électriques et de veiller à l’entretien régulier des filtres. Attention au bruit et au dessèchement de l’air : proposez une hydratation renforcée et surveillez les muqueuses.

Quelle température idéale maintenir dans les chambres ?
Entre 23°C et 26°C. Au-delà de 28°C, le risque d’inconfort thermique augmente significativement pour les personnes âgées.

Comment gérer les résidents qui refusent de boire ?
Variez les propositions (jus, glaces, fruits), fractionnez les prises, personnalisez les contenants (tasse préférée), sollicitez l’aide des familles. En cas de refus persistant et de signes de déshydratation, alertez le médecin pour envisager une réhydratation par voie sous-cutanée ou intraveineuse.

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Les épisodes caniculaires constituent désormais un enjeu majeur de santé publique en EHPAD. Chaque été, les établissements doivent mobiliser des ressources importantes pour protéger leurs résidents, particulièrement vulnérables face aux fortes chaleurs. Or, la climatisation généralisée n’est ni toujours disponible, ni souhaitable pour des raisons budgétaires, environnementales et sanitaires. Maîtriser les stratégies de rafraîchissement naturel et organiser une surveillance thermique renforcée devient alors indispensable pour garantir le confort et la sécurité des personnes âgées hébergées.


Comprendre les risques de l’hyperthermie chez la personne âgée en EHPAD

Les personnes âgées présentent des mécanismes de thermorégulation altérés. Leur capacité à transpirer diminue, leur sensation de soif s’émousse et leurs réserves hydriques sont réduites. En EHPAD, ces facteurs sont souvent aggravés par la polymédication, notamment les diurétiques, neuroleptiques ou anticholinergiques.

L’hyperthermie survient lorsque la température corporelle dépasse 38,5°C. Elle peut rapidement évoluer vers un coup de chaleur, urgence vitale caractérisée par une défaillance des organes. Selon Santé publique France, les personnes de plus de 75 ans représentent près de 70 % des décès liés aux canicules.

En établissement, les résidents alités, désorientés ou dépendants pour les actes de la vie quotidienne sont les plus à risque. Leur incapacité à exprimer leur inconfort ou à se déplacer vers des zones fraîches impose une vigilance accrue de la part des équipes soignantes.

Identifier les signes d’alerte précoces

Les professionnels doivent repérer rapidement les symptômes d’inconfort thermique :

  • Confusion, agitation ou apathie inhabituelle
  • Peau sèche ou au contraire moite
  • Tachycardie, hypotension
  • Nausées, vertiges
  • Température cutanée élevée

À retenir : Un résident habituellement paisible qui devient irritable ou somnolent par forte chaleur doit faire l’objet d’une surveillance rapprochée.

Conseil opérationnel : Intégrez dans vos transmissions IDE un item « tolérance thermique » pour chaque résident identifié comme vulnérable. Cela garantit une continuité de surveillance 24h/24.


Mettre en place un plan canicule adapté et opérationnel

Depuis 2004, le Plan National Canicule impose aux EHPAD d’organiser leur réponse face aux épisodes de forte chaleur. Ce plan repose sur quatre niveaux d’alerte activés par Météo-France et les Agences Régionales de Santé (ARS).

Les quatre niveaux du Plan Canicule

Niveau Couleur Activation Actions EHPAD
1 Vert 1er juin – 15 septembre Veille saisonnière, révision procédures
2 Jaune Risque modéré Information équipes, vérification matériel
3 Orange Canicule avérée Déclenchement plan interne, surveillance renforcée
4 Rouge Canicule extrême Mobilisation maximale, coordination sanitaire

Chaque établissement doit disposer d’un protocole canicule formalisé, validé en comité de direction et actualisé annuellement. Ce document doit préciser :

  • La liste nominative des résidents vulnérables
  • Les lieux rafraîchis disponibles (pièces climatisées, espaces ombragés)
  • Le matériel de rafraîchissement : brumisateurs, ventilateurs, draps humidifiés
  • Les circuits de communication interne et externe (ARS, familles)
  • Les modalités de surveillance thermique

Exemple concret : L’EHPAD Les Tilleuls à Lyon a organisé en mai une réunion plénière avec l’ensemble des services. Infirmiers, responsable hébergement, agent d’entretien et cuisiniers ont revu ensemble le plan canicule. Résultat : chaque professionnel connaît son rôle et les points critiques (chambres exposées sud, résidents sous diurétiques).

Question fréquente : Faut-il déclarer notre plan canicule à l’ARS ?
Non, mais l’établissement doit pouvoir le produire lors de tout contrôle et démontrer sa mise à jour régulière.

Identifier et recenser les résidents vulnérables

Le recensement anticipé des personnes à risque est une étape clé. Les critères d’identification incluent :

  • Âge supérieur à 75 ans
  • Pathologies chroniques (cardiaques, respiratoires, rénales)
  • Troubles cognitifs (Alzheimer, démences)
  • Polymédication avec traitements à risque
  • Antécédents de malaise lors de précédentes canicules
  • Isolement social ou absence de visite régulière

Cette liste doit être partagée avec l’ensemble de l’équipe soignante et actualisée en temps réel. Une fiche individuelle de surveillance peut être créée pour chaque résident identifié.

Conseil opérationnel : Créez un code couleur dans votre logiciel de soins (vert, orange, rouge) pour visualiser immédiatement le niveau de vulnérabilité de chaque résident lors des tournées.


Stratégies de rafraîchissement naturel : aménagements et bonnes pratiques

Lorsque la climatisation n’est pas disponible, ou pour compléter son action, les méthodes de rafraîchissement naturel permettent de maintenir un confort thermique acceptable. Ces solutions reposent sur des principes simples : limiter les apports de chaleur, favoriser la ventilation, augmenter l’évaporation.

Aménager l’environnement intérieur

Fermer volets et rideaux dès le matin pour bloquer le rayonnement solaire direct. Les tissus clairs ou occultants réfléchissent mieux la chaleur. Dans les chambres exposées plein sud, privilégiez des stores extérieurs ou des films anti-chaleur sur les vitrages.

Ventiler intelligemment : ouvrez grand les fenêtres la nuit et tôt le matin pour créer des courants d’air transversaux. Refermez dès que la température extérieure dépasse celle de l’intérieur, généralement vers 10h–11h.

Créer des îlots de fraîcheur : identifiez une salle commune climatisée ou naturellement fraîche (cave aménagée, pièce au nord) où les résidents peuvent séjourner quelques heures par jour. Équipez-la de fauteuils confortables, boissons fraîches et activités calmes.

Utiliser des ventilateurs avec précaution : efficaces jusqu’à 32°C environ, ils favorisent l’évaporation de la transpiration. Au-delà, ils brassent un air trop chaud et peuvent aggraver la déshydratation. Attention également au bruit et au dessèchement des muqueuses.

Bon à savoir : Un ventilateur placé devant une bassine d’eau froide améliore l’effet rafraîchissant par évaporation.

Rafraîchir directement les résidents

Les soins de rafraîchissement corporel sont essentiels. Plusieurs techniques peuvent être utilisées :

  1. Brumisation légère : vaporiser de l’eau fraîche (pas glacée) sur le visage, la nuque, les avant-bras et les jambes. Laisser sécher naturellement.
  2. Linges humides : appliquer des serviettes humides sur le front, la nuque, les poignets. Renouveler toutes les 20 minutes.
  3. Bains de pieds frais : 15 minutes dans une bassine d’eau tempérée procurent un soulagement immédiat.
  4. Douches tièdes : privilégier des douches à 25–30°C plutôt que froides, qui provoquent une vasoconstriction et empêchent l’évacuation de chaleur.

Exemple concret : L’EHPAD Saint-Joseph à Marseille a mis en place un chariot « canicule » circulant dans les étages. Il contient brumisateurs, serviettes humides, glaçons aromatisés, boissons fraîches et crème hydratante. Les aides-soignants peuvent intervenir rapidement auprès de chaque résident.

Adapter l’hydratation et l’alimentation

L’hydratation régulière est la pierre angulaire de la prévention. Proposer à boire toutes les heures, sans attendre la demande du résident. Varier les supports : eau, jus de fruits dilués, tisanes froides, glaces à l’eau, fruits riches en eau (pastèque, melon).

Les repas doivent être fractionnés et allégés. Privilégier :

  • Des crudités et salades composées
  • Des soupes froides (gaspacho)
  • Des laitages frais
  • Limiter les plats chauds et riches en protéines qui augmentent la thermogenèse

Question fréquente : Combien de litres d’eau un résident doit-il boire par jour en période caniculaire ?
Au minimum 1,5 litre, idéalement 2 litres. Adapter selon l’état clinique (insuffisance cardiaque, rénale). Surveiller la diurèse et l’état cutané.

Adapter l’habillement et la literie

Privilégier des vêtements légers, amples, en coton ou lin, de couleur claire. Éviter les matières synthétiques qui empêchent la transpiration. Changer régulièrement les tenues si le résident transpire.

Pour la literie, préférer un drap léger en coton plutôt qu’une couette. Certains établissements proposent des draps rafraîchissants ou des housses thermorégulatrices.

Conseil opérationnel : Stockez quelques draps au réfrigérateur (pas au congélateur) pour les appliquer brièvement sur les résidents les plus en difficulté. Changez-les dès qu’ils ont pris la température corporelle.


Organiser une surveillance renforcée et coordonnée

La surveillance thermique ne se limite pas à la prise de température : elle englobe l’observation clinique globale, la traçabilité des actions et la coordination interprofessionnelle.

Mettre en place une fiche de surveillance thermique

Une fiche standardisée facilite le suivi et les transmissions. Elle doit inclure :

  • Identité du résident et niveau de vulnérabilité
  • Température corporelle (matin, midi, soir)
  • Fréquence cardiaque et tension artérielle
  • État cutané (sécheresse, moiteur, rougeur)
  • État de conscience (vigilance, orientation)
  • Quantité de boissons ingérées
  • Diurèse
  • Mesures de rafraîchissement appliquées

Cette fiche peut être intégrée au dossier de soins informatisé ou utilisée en version papier lors des tournées.

Exemple concret : L’EHPAD Les Érables à Bordeaux utilise une application sur tablette permettant de saisir en temps réel les données de surveillance. Un système d’alerte automatique se déclenche si un paramètre dépasse le seuil défini (température > 38°C, tension < 10/6).

Définir les rôles de chaque professionnel

L’infirmier coordinateur (IDEC) pilote le dispositif : activation du plan, briefing quotidien des équipes, liaison avec la direction et l’ARS.

Les infirmiers assurent la surveillance clinique, ajustent les traitements en lien avec le médecin coordonnateur, forment les aides-soignants aux gestes de rafraîchissement.

Les aides-soignants appliquent les mesures de confort, surveillent l’hydratation, remontent toute anomalie comportementale ou clinique.

Le responsable d’hébergement veille à l’entretien des locaux, à la disponibilité du matériel (ventilateurs, brumisateurs), à l’aménagement des espaces frais.

Le médecin coordonnateur révise les prescriptions médicamenteuses, valide les protocoles de rafraîchissement, intervient en cas d’urgence.

Renforcer la communication avec les familles

Informer les proches des dispositions prises rassure et favorise leur implication. Vous pouvez :

  • Afficher le plan canicule dans les espaces communs
  • Envoyer un mail ou SMS d’information lors d’activation du niveau orange
  • Encourager les visites aux heures fraîches (matin, soirée)
  • Demander aux familles de participer à l’hydratation lors de leur présence

Question fréquente : Peut-on interdire les visites en cas de canicule ?
Non, sauf situation sanitaire exceptionnelle. En revanche, il est possible de recommander des horaires adaptés et de demander aux visiteurs de signaler toute anomalie observée.

Anticiper les situations d’urgence

Malgré toutes les précautions, un coup de chaleur peut survenir. Les signes d’alerte :

  • Température > 40°C
  • Peau chaude, sèche et rouge
  • Confusion majeure, perte de connaissance
  • Convulsions

Conduite à tenir immédiate :

  1. Appeler le 15 (SAMU)
  2. Allonger le résident dans un endroit frais
  3. Retirer les vêtements superflus
  4. Appliquer des linges mouillés sur l’ensemble du corps
  5. Ventiler activement
  6. Ne pas donner à boire si troubles de conscience

Conseil opérationnel : Organisez une simulation de coup de chaleur en équipe avant l’été. Cela permet de tester les réflexes et d’identifier les points d’amélioration.


Préparer l’établissement pour les canicules futures

Les épisodes de forte chaleur sont appelés à se multiplier et s’intensifier. Anticiper cette réalité climatique passe par une stratégie à moyen et long terme, impliquant aménagements durables, formation continue et veille réglementaire.

Investir dans des aménagements durables

Si votre budget le permet, plusieurs investissements améliorent durablement la résilience thermique :

  • Isolation thermique renforcée des toitures et façades exposées
  • Végétalisation des espaces extérieurs : arbres d’ombrage, pergolas, toitures végétalisées
  • Revêtements clairs pour sols et murs extérieurs, limitant l’absorption de chaleur
  • Films réfléchissants ou brise-soleil sur les vitrages
  • Climatisation sélective des espaces communs et chambres des résidents les plus vulnérables

Certains de ces travaux peuvent bénéficier de financements publics (fonds ARS, appels à projets régionaux) ou d’aides à la transition énergétique.

Former et sensibiliser les équipes en continu

La formation doit être renouvelée chaque année, avant la saison estivale. Les thèmes prioritaires :

  • Physiologie de la thermorégulation chez la personne âgée
  • Reconnaissance des signes d’hyperthermie
  • Techniques de rafraîchissement corporel
  • Gestion des situations d’urgence
  • Utilisation des outils de surveillance

Exemple concret : L’EHPAD du Parc à Toulouse organise en mai une matinée « Canicule » animée par l’IDEC et un médecin gériatre. Des ateliers pratiques permettent aux aides-soignants de s’entraîner aux gestes de rafraîchissement sur mannequin.

Analyser chaque épisode pour progresser

À l’issue de chaque canicule, un débriefing collectif doit être organisé. Questions à aborder :

  • Quels ont été les points forts de notre organisation ?
  • Quelles difficultés avons-nous rencontrées ?
  • Le matériel était-il suffisant et fonctionnel ?
  • Les transmissions ont-elles été efficaces ?
  • Quels ajustements apporter au plan canicule ?

Cette démarche d’amélioration continue renforce la culture sécurité de l’établissement et valorise l’implication des équipes.

Question fréquente : Devons-nous déclarer les incidents thermiques à l’ARS ?
Oui, tout événement indésirable grave (hospitalisation, décès) lié à la chaleur doit faire l’objet d’une déclaration de vigilance sanitaire.

Maintenir une veille réglementaire et scientifique

Les recommandations évoluent régulièrement. Abonnez-vous aux newsletters de :

  • Santé publique France
  • Haute Autorité de Santé (HAS)
  • Agence Régionale de Santé de votre territoire
  • Réseaux professionnels EHPAD

Participez aux webinaires et retours d’expérience organisés par les fédérations du secteur (FHF, Synerpa, Fnadepa).

Conseil opérationnel : Désignez un référent canicule dans votre établissement, chargé de la veille, de l’actualisation du plan et de l’animation des formations. Cette mission peut être confiée à l’IDEC ou au responsable qualité.


Cap sur l’été : agir maintenant pour protéger demain

Gérer les périodes de forte chaleur sans climatisation généralisée est un défi réaliste et maîtrisable pour les EHPAD. Il repose sur trois piliers indissociables : anticipation organisationnelle, aménagements adaptés et surveillance rigoureuse. Chaque professionnel, du directeur à l’agent hôtelier, joue un rôle essentiel dans cette chaîne de protection.

Les stratégies de rafraîchissement naturel ont prouvé leur efficacité lorsqu’elles sont appliquées de manière systématique et coordonnée. Brumisation, hydratation renforcée, adaptation de l’environnement et vigilance clinique constituent des gestes simples mais vitaux pour prévenir l’hyperthermie.

Au-delà de la conformité réglementaire, l’enjeu est humain : garantir dignité et confort aux résidents, même par les journées les plus torrides. En investissant dès maintenant dans la formation, le matériel et les aménagements, votre établissement se donne les moyens d’affronter sereinement les étés à venir.

Dernier conseil : Ne sous-estimez jamais l’impact psychologique de la chaleur sur les résidents. Un sourire, une présence rassurante et une attention personnalisée sont aussi des outils de rafraîchissement.


FAQ : Vos questions sur la gestion de la canicule en EHPAD

Peut-on utiliser des climatiseurs mobiles dans les chambres ?
Oui, à condition de respecter les normes électriques et de veiller à l’entretien régulier des filtres. Attention au bruit et au dessèchement de l’air : proposez une hydratation renforcée et surveillez les muqueuses.

Quelle température idéale maintenir dans les chambres ?
Entre 23°C et 26°C. Au-delà de 28°C, le risque d’inconfort thermique augmente significativement pour les personnes âgées.

Comment gérer les résidents qui refusent de boire ?
Variez les propositions (jus, glaces, fruits), fractionnez les prises, personnalisez les contenants (tasse préférée), sollicitez l’aide des familles. En cas de refus persistant et de signes de déshydratation, alertez le médecin pour envisager une réhydratation par voie sous-cutanée ou intraveineuse.