En EHPAD, la toilette n’est pas un acte anodin. C’est un moment intime, parfois redouté, toujours révélateur. Pourtant, dans trop d’établissements, elle reste organisée selon les contraintes d’équipe — et non selon les préférences du résident. Avec les nouvelles attentes de la HAS et les évaluations externes renforcées, la personnalisation de l’accompagnement au quotidien est devenue un critère d’audit à part entière. Le projet de vie personnalisé est l’outil central pour formaliser ces préférences. Encore faut-il savoir les recueillir, les transcrire et les faire vivre au sein des équipes.
Pourquoi le projet de vie personnalisé est incontournable dans la toilette du résident
Le projet de vie personnalisé (PVP) est défini par la loi du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale. Il constitue un droit fondamental pour toute personne accueillie en établissement médico-social.
Dans le champ de la toilette, ce droit se traduit concrètement : à quelle heure le résident préfère-t-il sa douche ? Aime-t-il un bain chaud le dimanche ? Préfère-t-il une femme soignante ? Utilise-t-il un savon particulier depuis 40 ans ?
Ces informations semblent anodines. Elles ne le sont pas.
La toilette est l’acte le plus intime de la prise en charge. Elle engage la dignité, l’identité et le vécu corporel du résident.
La HAS rappelle dans ses recommandations sur la bientraitance que l’individualisation de l’accompagnement passe nécessairement par la prise en compte des habitudes de vie antérieures. Un résident qui n’a jamais pris de douche le matin ne devrait pas être contraint d’en prendre une à 7h30 simplement parce que l’organisation du service le prévoit ainsi.
En mars 2026, les établissements font face à des évaluations externes renforcées, pilotées par des organismes habilités HAS. L’un des axes prioritaires évalués : la traçabilité du respect des préférences individuelles dans les soins quotidiens.
Checklist — Ce que le projet de vie doit intégrer sur la toilette :
- Horaires préférés (matin, après-midi, soir)
- Type de toilette préféré (douche, bain, toilette au lavabo)
- Préférences de genre du soignant accompagnant
- Produits cosmétiques habituels
- Rituels personnels (ordre, eau chaude, musique, silence…)
- Niveau d’autonomie souhaité et capacité à faire seul
- Sensibilités culturelles ou religieuses
💡 Conseil opérationnel : Intégrez un volet spécifique « hygiène et soins corporels » dans votre trame de PVP. Si ce volet est absent, créez une fiche complémentaire annexée au dossier résident dès aujourd’hui.
Comment recueillir les préférences du résident pour sa toilette : méthodes et outils
Le recueil des préférences ne s’improvise pas. Il suppose une méthode, un moment adapté et des interlocuteurs bien identifiés.
Quand recueillir ces informations ?
Le moment idéal est l’admission, lors de la semaine d’accueil. L’entretien d’accueil, souvent conduit par l’IDEC ou un(e) infirmier(ère) référent(e), est le cadre naturel pour aborder ces sujets.
Mais attention : un résident en état de stress à l’entrée ne sera pas toujours en mesure d’exprimer ses préférences de manière fiable. Il est donc recommandé de prévoir un entretien de réévaluation à J+15 ou J+30, une fois la personne davantage stabilisée et en confiance.
Avec qui ?
Trois interlocuteurs sont pertinents :
- Le résident lui-même — priorité absolue, même en cas de troubles cognitifs légers
- La famille ou le représentant légal — pour compléter ou confirmer les informations
- L’équipe soignante de proximité — les aides-soignants observent souvent ce que les entretiens formels ne révèlent pas
Quels outils utiliser ?
- Un questionnaire structuré intégré au dossier d’admission (papier ou logiciel métier)
- Des grilles d’observation complétées par les AS lors des premiers soins
- La toilette évaluative, qui transforme les premiers soins d’hygiène en moment d’observation clinique structurée
💬 Question fréquente — PAA : Comment aborder les préférences de toilette avec un résident atteint de troubles cognitifs ?
Utilisez des questions simples, fermées, illustrées si possible. Observez aussi les réactions non verbales lors des soins (crispation, détente, sourire). La grille AGGIR peut aider à calibrer le niveau d’autonomie fonctionnelle et adapter le questionnement.
Exemple de terrain :
Dans un EHPAD de 80 lits en Bretagne, l’équipe a mis en place une fiche « Ma toilette, mes habitudes » à remplir avec le résident ou sa famille dans les 72h suivant l’admission. Résultat constaté en six mois : diminution significative des tensions lors des soins du matin et meilleure adhésion des résidents à leur accompagnement quotidien.
💡 Conseil opérationnel : Formez vos aides-soignants à l’écoute active lors de la toilette. Un AS bien formé recueille des informations précieuses en dix minutes de soin ce qu’un entretien formel peut ne pas obtenir en une heure.
Comment formaliser et transmettre ces préférences au sein de l’équipe
Recueillir les informations est une étape. Les rendre accessibles à tous les soignants, à toutes les vacations, en est une autre — souvent négligée.
La traçabilité : une obligation réglementaire et une protection collective
La loi impose la traçabilité des éléments du projet de vie. En pratique, cela signifie que les préférences du résident pour sa toilette doivent figurer dans un document formalisé, accessible à l’ensemble de l’équipe soignante — y compris les remplaçants et intérimaires.
Un logiciel comme Netsoins ou un équivalent permet d’intégrer ces données dans le dossier de soins informatisé. Si votre établissement utilise encore le papier, une fiche synthétique affichée à l’intérieur du placard de la chambre (avec l’accord du résident) peut être une solution transitoire efficace.
Un soignant remplaçant qui ignore les préférences du résident n’est pas en faute. L’organisation qui ne les a pas transmises, si.
Structurer la transmission en équipe
La transmission orale reste indispensable, mais insuffisante. Voici un format de transmission écrite recommandé :
| Élément | À documenter | Où |
|---|---|---|
| Horaire préféré | Ex. : toilette après 9h | Dossier de soins / fiche PVP |
| Type de toilette | Ex. : douche assise uniquement | Dossier de soins |
| Préférence soignant | Ex. : femme soignante uniquement | Fiche de préférences discrète |
| Produits utilisés | Ex. : savon Dove + shampoing Elsève | Fiche de préférences |
| Rituels | Ex. : musique classique pendant la douche | Note informelle / fiche |
💬 Question fréquente — PAA : Comment gérer la préférence d’un résident pour une soignante de même sexe ?
Cette demande est légitime et doit être respectée dans la mesure du possible. Elle relève du droit à la dignité et à l’intimité. Documentez-la clairement dans le dossier et organisez les plannings en conséquence. Lorsque ce n’est pas possible (effectifs réduits, nuit), expliquez la situation au résident et à sa famille avec transparence.
💡 Conseil opérationnel : Créez un onglet dédié « Préférences de vie » dans votre dossier résident, distinct du dossier de soins médical. Ce document doit être rédigé dans un langage accessible, co-construit avec le résident, et révisé au minimum une fois par an.
Respecter les préférences au quotidien : de la théorie à la pratique
Formaliser les préférences ne suffit pas. Il faut encore les faire respecter dans la réalité du terrain — avec ses contraintes d’effectifs, de temps et de charge de travail.
Les obstacles les plus fréquents
- Le manque de temps : la pression sur les plannings conduit souvent à standardiser les pratiques
- Le turn-over : les nouveaux arrivants ne connaissent pas les habitudes des résidents
- Les absences et remplacements : les intérimaires n’ont pas toujours accès au dossier complet
- Les troubles cognitifs évolutifs : les préférences peuvent changer et ne pas être réévaluées
Des leviers concrets pour ancrer le respect des préférences
- Intégrer les préférences dans le planning de soins — et pas seulement dans le dossier
- Former les équipes à la posture de bientraitance active (ne pas faire pour le résident mais avec lui)
- Utiliser la méthode DICE lorsqu’un résident refuse sa toilette, pour analyser les causes et adapter l’approche
- Organiser des temps de partage en équipe sur les situations difficiles (réunions de cas, analyses de pratique)
- Inclure les préférences dans les transmissions ciblées à chaque changement de vacation
💬 Question fréquente — PAA : Que faire quand un résident refuse systématiquement sa toilette ?
Le refus de soin est un droit. Il ne doit jamais être forcé. L’enjeu est d’en comprendre les causes : douleur, peur, pudeur, mauvais souvenir, trouble de la perception. La méthode DICE permet d’investiguer ces causes de manière structurée. Réévaluez aussi les préférences : peut-être que l’horaire, le soignant ou la méthode ne convient pas.
Exemple de terrain :
Dans un EHPAD de 95 lits en Île-de-France, une résidente de 87 ans refusait systématiquement sa douche. Après investigation, l’équipe a découvert qu’elle avait toujours pris un bain — jamais de douche — toute sa vie. Le passage à une toilette au lavabo avec bassine a mis fin au refus. Cela a été documenté dans le PVP et partagé à toute l’équipe.
💬 Question fréquente — PAA : Comment réviser les préférences de toilette quand l’état de santé du résident évolue ?
Prévoyez une révision du PVP à chaque changement significatif de l’état de santé, après une hospitalisation, ou au minimum une fois par an. Impliquez le résident, sa famille et les soignants référents dans cette révision.
💡 Conseil opérationnel : Mettez en place un tableau de bord des PVP à réviser, avec les dates de dernière mise à jour. L’IDEC peut en assurer le suivi mensuel. Le pack IDEC 360° propose des outils visuels concrets pour piloter ce type de suivi de manière structurée.
Ce que votre démarche dit de votre établissement : faire de la toilette un acte de culture institutionnelle
Respecter les préférences du résident pour sa toilette, c’est bien plus qu’une conformité réglementaire. C’est le reflet d’une culture de soin.
Un établissement qui écoute vraiment ses résidents construit une réputation. Il fidélise ses soignants — car prendre soin avec sens est plus porteur que répéter des gestes sans lien avec la personne. Il rassure les familles. Et il passe ses évaluations externes avec davantage de sérénité.
La bientraitance ne se décrète pas. Elle se construit, geste après geste, dans chaque moment de soin.
Les équipes qui souffrent de la pression du temps ont souvent l’impression que personnaliser prend plus longtemps. C’est parfois vrai à court terme. Mais un résident dont les préférences sont connues et respectées coopère mieux, refuse moins, génère moins de situations de crise — ce qui, in fine, libère du temps.
Pour aller plus loin dans la montée en compétences de vos équipes sur les soins quotidiens personnalisés, le Pack Soins & Accompagnement Quotidien propose des supports directement utilisables en formation d’équipe, sans préparation supplémentaire.
Actions à initier cette semaine :
- Auditez vos dossiers résidents : combien contiennent un volet « préférences de toilette » formalisé ?
- Identifiez les résidents sans PVP à jour et planifiez les entretiens de révision
- Formez vos AS à recueillir et transmettre les préférences lors de la toilette
- Vérifiez que votre logiciel métier permet de tracer ces informations de manière accessible
Mini-FAQ
Le recueil des préférences de toilette est-il obligatoire réglementairement ?
Oui, de manière indirecte. La loi du 2 janvier 2002 impose l’élaboration d’un projet de vie personnalisé intégrant les habitudes de vie. La HAS et les grilles d’évaluation externe évaluent la mise en œuvre concrète de cette individualisation, y compris dans les soins d’hygiène.
Un résident peut-il changer d’avis sur ses préférences de toilette en cours de séjour ?
Absolument, et cela doit être anticipé. Les préférences évoluent avec l’état de santé, les saisons, le vécu émotionnel. C’est pourquoi une révision annuelle du PVP — au minimum — est indispensable, et une réévaluation après tout événement de santé significatif est recommandée.
Comment impliquer les familles sans outrepasser les droits du résident ?
La famille est un appui précieux, surtout pour les résidents ayant des troubles cognitifs. Mais elle ne se substitue pas à la volonté du résident. En cas de divergence entre les souhaits exprimés par le résident et ceux de la famille, c’est toujours la parole du résident — même fragmentée — qui prime, sauf décision contraire d’un juge des tutelles.