Le média des professionnels en EHPAD
Sarcopénie et dénutrition en EHPAD : comment les distinguer pour adapter la prise en charge et prévenir les chutes
Dénutrition & Nutrition

Sarcopénie et dénutrition en EHPAD : Comment les distinguer

4 mars 2026 11 min de lecture SOS EHPAD TEAM

En EHPAD, il arrive fréquemment que deux diagnostics soient confondus lors des évaluations cliniques : la sarcopénie et la dénutrition. Pourtant, ces deux entités sont distinctes, avec des mécanismes, des critères diagnostiques et des prises en charge différents. Cette confusion n’est pas sans conséquences : elle peut conduire à des interventions inadaptées, un suivi insuffisant et une aggravation de l’état de santé des résidents. À l’heure où la qualité nutritionnelle en EHPAD est scrutée de près par les autorités de contrôle, maîtriser ces deux concepts est devenu une compétence clinique incontournable pour toute l’équipe soignante.


Sarcopénie et dénutrition : de quoi parle-t-on exactement ?

La confusion entre ces deux termes est compréhensible. Les deux conditions touchent la masse musculaire. Toutes deux sont fréquentes chez les personnes âgées. Et les deux peuvent coexister chez un même résident.

Mais là s’arrêtent les similitudes.

La sarcopénie : une perte musculaire liée au vieillissement

La sarcopénie est définie comme une perte progressive de la masse, de la force et de la fonction musculaire squelettique, associée au vieillissement. Elle n’est pas nécessairement liée à un déficit d’apport alimentaire.

Le groupe de travail européen sur la sarcopénie chez la personne âgée (EWGSOP2), dans sa révision de 2019, a établi des critères diagnostiques clairs :

  • Force musculaire réduite (mesure de la force de préhension ou du lever de chaise),
  • Quantité ou qualité musculaire diminuée (confirmée par imagerie ou bioimpédancemétrie),
  • Performance physique altérée (test de marche, test d’équilibre).

Selon l’EWGSOP2, la force musculaire réduite est désormais le critère primaire d’identification de la sarcopénie.

Sa prévalence en EHPAD est estimée entre 30 % et 60 % selon les populations et les outils de mesure utilisés.

La dénutrition : un déséquilibre entre apports et besoins

La dénutrition protéino-énergétique résulte d’un apport alimentaire insuffisant par rapport aux besoins de l’organisme. Elle peut être liée à une réduction des ingesta, une augmentation des dépenses énergétiques ou une malabsorption.

En France, la Haute Autorité de Santé (HAS) a publié en 2021 une recommandation de référence sur le diagnostic de la dénutrition chez l’adulte. Les critères retenus sont :

Critère phénotypique Seuil retenu
Perte de poids ≥ 5 % en 1 mois ou ≥ 10 % en 6 mois
IMC bas < 22 kg/m² chez le sujet ≥ 70 ans
Réduction de la masse musculaire Évaluée par outils validés
Albuminémie < 30 g/L (critère de sévérité)

La dénutrition touche environ 30 à 50 % des résidents en EHPAD selon les études. C’est un problème majeur de santé publique, directement en lien avec les risques de chutes, d’escarres, d’infections et de mortalité.

Conseil opérationnel : Formalisez dans votre établissement un tableau de bord différenciant le suivi de la dénutrition (IMC, pesée mensuelle, albuminémie) du suivi de la sarcopénie (grip test, vitesse de marche). Ces deux colonnes de surveillance ne se substituent pas l’une à l’autre.


Pourquoi confondre sarcopénie et dénutrition peut nuire à vos résidents

Cette confusion n’est pas qu’une question sémantique. Elle a des conséquences cliniques directes.

Un résident peut être sarcopénique sans être dénutri

Un résident en surpoids ou obèse peut présenter une sarcopénie sévère. C’est ce qu’on appelle l’obésité sarcopénique. Son IMC est normal ou élevé. Ses apports caloriques sont suffisants. Mais sa masse musculaire est insuffisante et sa fonction motrice dégradée.

Si l’équipe se concentre uniquement sur la dénutrition, ce résident ne sera pas repéré. Il ne bénéficiera d’aucune intervention ciblée sur la fonction musculaire.

Exemple terrain : Dans un EHPAD de 80 lits, une résidente de 82 ans présente un IMC à 27, des apports alimentaires jugés corrects. Elle chute deux fois en un mois. L’évaluation en équipe révèle une force de préhension effondrée et une vitesse de marche très lente. Le diagnostic de sarcopénie est posé tardivement. Un programme de kinésithérapie de renforcement musculaire est mis en place avec succès — mais avec six mois de retard.

Un résident peut être dénutri sans sarcopénie avérée

À l’inverse, un résident dénutri depuis peu peut ne pas encore présenter de perte musculaire mesurable. La dénutrition précède la sarcopénie mais ne la garantit pas. Agir tôt sur la dénutrition peut prévenir l’installation de la sarcopénie.

Les interventions ne sont pas identiques

Pathologie Levier principal Intervention nutritionnelle Activité physique
Dénutrition Apports insuffisants Essentielle (CNO, enrichissement) Bénéfique en complément
Sarcopénie Perte de masse/force musculaire Utile (protéines) mais insuffisante seule Indispensable

Traiter une sarcopénie uniquement par la nutrition sans programme de renforcement musculaire, c’est comme traiter une fracture avec des antalgiques : on soulage sans guérir.

Conseil opérationnel : Intégrez à vos réunions de synthèse une double grille : la fiche de surveillance nutritionnelle ET un indicateur fonctionnel (lever de chaise, test de vitesse de marche). Ces deux outils doivent coexister dans le dossier de soin.


Comment repérer et évaluer ces deux entités en pratique quotidienne ?

Les outils de dépistage de la dénutrition

Le MNA (Mini Nutritional Assessment) reste l’outil de référence en gériatrie. Il existe en version longue (18 items) et en version courte dite MNA-SF (6 items), adaptée au dépistage rapide en EHPAD.

Les bonnes pratiques de surveillance nutritionnelle en établissement incluent :

  • Pesée mensuelle systématique de chaque résident,
  • Calcul et traçabilité de l’IMC à l’entrée puis à chaque variation de poids significative,
  • Évaluation des ingesta lors des repas par observation des aides-soignants,
  • Dosage régulier de l’albuminémie et de la préalbuminémie selon prescription médicale,
  • Réalisation du MNA à l’admission et en réévaluation périodique.

L’ensemble de ces données doit être tracé dans le dossier de soin informatisé. Les logiciels de gestion en EHPAD tels que Netsoins permettent aujourd’hui d’automatiser des alertes à partir des seuils de poids.

Les outils de dépistage de la sarcopénie

Le test SARC-F est un outil de dépistage simple, utilisable par tout soignant formé. Il évalue cinq dimensions en auto-questionnaire ou hétéro-questionnaire :

  1. Force (difficulté à soulever un objet de 5 kg),
  2. Aide à la marche,
  3. Relevé d’une chaise,
  4. Montée d’escaliers,
  5. Chutes dans l’année.

Un score ≥ 4 oriente vers une sarcopénie probable et justifie une évaluation approfondie.

Le grip test (dynamomètre à main) mesure la force de préhension. Il est simple, rapide et peu coûteux. Un seuil < 16 kg chez la femme et < 27 kg chez l’homme est retenu comme indicateur de faiblesse musculaire.

Exemple terrain : Un EHPAD a intégré le SARC-F dans la grille d’évaluation à l’admission, au même titre que la grille AGGIR. Résultat : les kinésithérapeutes sont sollicités dès l’admission pour les résidents à risque, sans attendre une chute.

Conseil opérationnel : Formez vos aides-soignants au SARC-F et à l’observation de la marche. Ce sont eux qui, au quotidien, remarquent en premier une lenteur, une hésitation ou une fatigue inhabituelle. Leur observation clinique est une ressource précieuse souvent sous-utilisée.


Construire une prise en charge différenciée et pluridisciplinaire

Pour la dénutrition : mobiliser les ressources nutritionnelles

La prise en charge de la dénutrition repose sur une approche graduelle :

  1. Enrichissement des repas (adjonction de protéines, matières grasses, fromage râpé, poudre de lait…),
  2. Fractionnement des repas (collations matin et après-midi),
  3. Compléments nutritionnels oraux (CNO) prescrits par le médecin coordonnateur,
  4. Nutrition entérale en cas de dénutrition sévère ou d’impossibilité à s’alimenter.

Le Pack Nutrition, Plaisir & Sécurité du Repas proposé par SOS EHPAD fournit des supports clés en main pour former les équipes aux textures modifiées, à l’aide au repas et à la prévention de la fausse route.

Pour la sarcopénie : l’activité physique est non négociable

La prise en charge de la sarcopénie repose sur deux piliers indissociables :

  • Exercices de résistance progressive (renforcement musculaire),
  • Apports protéiques optimisés (minimum 1,2 à 1,5 g/kg/jour selon les recommandations actuelles).

Le kinésithérapeute joue un rôle central. Mais les aides-soignants peuvent contribuer en encourageant la marche, les transferts actifs et les mobilisations lors des soins quotidiens.

La sarcopénie n’est pas une fatalité. Des interventions ciblées de renforcement musculaire, même chez des résidents très âgés, montrent des résultats mesurables en quelques semaines.

Questions fréquentes sur le sujet

❓ Peut-on utiliser le MNA pour dépister la sarcopénie ?
Non. Le MNA évalue le statut nutritionnel, pas la fonction musculaire. Il peut orienter vers un risque de dénutrition, mais ne remplace pas le SARC-F ou le grip test pour la sarcopénie.

❓ La sarcopénie est-elle réversible ?
Partiellement. Elle ne peut pas être totalement inversée, mais ses effets fonctionnels peuvent être significativement améliorés grâce à un programme d’exercice régulier et un apport protéique adapté.

❓ Qui est responsable du diagnostic en EHPAD ?
Le médecin coordonnateur est le pivot. Mais le repérage en amont dépend de toute l’équipe soignante. Un soignant qui alerte tôt fait souvent gagner des semaines de prise en charge.

❓ La dénutrition peut-elle accélérer la sarcopénie ?
Oui. Un déficit prolongé en protéines accélère la perte musculaire. Les deux pathologies s’alimentent mutuellement et doivent être surveillées conjointement, notamment chez les résidents à risque élevé.

Conseil opérationnel : Organisez une réunion pluridisciplinaire mensuelle dédiée aux résidents présentant soit une perte de poids, soit une altération fonctionnelle. Kinésithérapeute, diététicien (si présent), médecin coordonnateur, IDEC et aides-soignants référents doivent y contribuer. C’est la coordination qui fait la différence clinique.


Deux maux, un même objectif : préserver l’autonomie jusqu’au bout

Sarcopénie et dénutrition partagent une menace commune : l’effacement progressif de l’autonomie. Chutes, dépendance accrue, perte de dignité dans les gestes du quotidien — les conséquences sont identiques, même si les chemins sont différents.

C’est précisément pourquoi les distinguer n’est pas une question théorique. C’est une condition opérationnelle pour agir juste.

Les équipes qui maîtrisent cette distinction ne réagissent plus simplement à la perte de poids ou à la chute. Elles anticipent, évaluent et adaptent en continu. Elles utilisent les bons outils au bon moment. Et elles évitent les prises en charge redondantes ou insuffisantes.

Pour les IDEC et directeurs, cela implique de structurer deux filières de vigilance distinctes dans l’organisation des soins :

  • Une filière nutritionnelle : pesées, MNA, alertes sur les ingesta, CNO, enrichissement,
  • Une filière fonctionnelle : SARC-F, grip test, suivi kinésithérapeutique, programme d’activité.

Ces deux filières se croisent, se complètent, mais ne se substituent pas. Les formaliser dans les procédures internes, les intégrer aux formations obligatoires en EHPAD et les inclure dans les protocoles de soins, c’est transformer une connaissance clinique en culture d’établissement.

Un EHPAD qui distingue sarcopénie et dénutrition dans ses pratiques quotidiennes protège mieux ses résidents. Et protège mieux ses équipes.


Mini-FAQ

Quelle est la différence principale entre sarcopénie et dénutrition ?
La dénutrition est un déséquilibre entre apports et besoins énergétiques. La sarcopénie est une perte de masse et de fonction musculaire liée au vieillissement. La première se traite principalement par la nutrition, la seconde nécessite impérativement l’activité physique.

Un résident obèse peut-il être sarcopénique ?
Oui. C’est le profil de l’obésité sarcopénique. L’IMC peut être normal ou élevé tandis que la masse musculaire fonctionnelle est insuffisante. Le dépistage musculaire ne doit pas être omis chez les résidents en surpoids.

Quels professionnels sont impliqués dans la prise en charge de la sarcopénie en EHPAD ?
Le médecin coordonnateur pose le diagnostic. Le kinésithérapeute pilote le programme de renforcement musculaire. Les aides-soignants et l’IDEC assurent la surveillance quotidienne et la mise en œuvre des transferts actifs. La collaboration pluridisciplinaire est indispensable.

Ressource recommandee pour cet article
Repas en EHPAD : Accompagner avec Efficacité et Humanité
Mini-formations EHPAD : supports pratiques de 30 minutes à déployer immédiatement
Repas en EHPAD : Accompagner avec Efficacité et Humanité

Faites du repas un moment sans risque : maîtrisez la méthode REPAS pour installer le résident à 90°, surveiller efficacement la déglutition et prévenir les fausses routes et pneumopathies d'inhalation.

Partager cet article
Lien copie dans le presse-papier

Sarcopénie et dénutrition en EHPAD : Comment les distinguer

Sarcopénie et dénutrition en EHPAD : apprenez à distinguer ces deux pathologies pour adapter vos interventions et préserver l’autonomie de vos résidents.

En EHPAD, il arrive fréquemment que deux diagnostics soient confondus lors des évaluations cliniques : la sarcopénie et la dénutrition. Pourtant, ces deux entités sont distinctes, avec des mécanismes, des critères diagnostiques et des prises en charge différents. Cette confusion n’est pas sans conséquences : elle peut conduire à des interventions inadaptées, un suivi insuffisant et une aggravation de l’état de santé des résidents. À l’heure où la qualité nutritionnelle en EHPAD est scrutée de près par les autorités de contrôle, maîtriser ces deux concepts est devenu une compétence clinique incontournable pour toute l’équipe soignante.


Sarcopénie et dénutrition : de quoi parle-t-on exactement ?

La confusion entre ces deux termes est compréhensible. Les deux conditions touchent la masse musculaire. Toutes deux sont fréquentes chez les personnes âgées. Et les deux peuvent coexister chez un même résident.

Mais là s’arrêtent les similitudes.

La sarcopénie : une perte musculaire liée au vieillissement

La sarcopénie est définie comme une perte progressive de la masse, de la force et de la fonction musculaire squelettique, associée au vieillissement. Elle n’est pas nécessairement liée à un déficit d’apport alimentaire.

Le groupe de travail européen sur la sarcopénie chez la personne âgée (EWGSOP2), dans sa révision de 2019, a établi des critères diagnostiques clairs :

  • Force musculaire réduite (mesure de la force de préhension ou du lever de chaise),
  • Quantité ou qualité musculaire diminuée (confirmée par imagerie ou bioimpédancemétrie),
  • Performance physique altérée (test de marche, test d’équilibre).

Selon l’EWGSOP2, la force musculaire réduite est désormais le critère primaire d’identification de la sarcopénie.

Sa prévalence en EHPAD est estimée entre 30 % et 60 % selon les populations et les outils de mesure utilisés.

La dénutrition : un déséquilibre entre apports et besoins

La dénutrition protéino-énergétique résulte d’un apport alimentaire insuffisant par rapport aux besoins de l’organisme. Elle peut être liée à une réduction des ingesta, une augmentation des dépenses énergétiques ou une malabsorption.

En France, la Haute Autorité de Santé (HAS) a publié en 2021 une recommandation de référence sur le diagnostic de la dénutrition chez l’adulte. Les critères retenus sont :

Critère phénotypique Seuil retenu
Perte de poids ≥ 5 % en 1 mois ou ≥ 10 % en 6 mois
IMC bas < 22 kg/m² chez le sujet ≥ 70 ans
Réduction de la masse musculaire Évaluée par outils validés
Albuminémie < 30 g/L (critère de sévérité)

La dénutrition touche environ 30 à 50 % des résidents en EHPAD selon les études. C’est un problème majeur de santé publique, directement en lien avec les risques de chutes, d’escarres, d’infections et de mortalité.

Conseil opérationnel : Formalisez dans votre établissement un tableau de bord différenciant le suivi de la dénutrition (IMC, pesée mensuelle, albuminémie) du suivi de la sarcopénie (grip test, vitesse de marche). Ces deux colonnes de surveillance ne se substituent pas l’une à l’autre.


Pourquoi confondre sarcopénie et dénutrition peut nuire à vos résidents

Cette confusion n’est pas qu’une question sémantique. Elle a des conséquences cliniques directes.

Un résident peut être sarcopénique sans être dénutri

Un résident en surpoids ou obèse peut présenter une sarcopénie sévère. C’est ce qu’on appelle l’obésité sarcopénique. Son IMC est normal ou élevé. Ses apports caloriques sont suffisants. Mais sa masse musculaire est insuffisante et sa fonction motrice dégradée.

Si l’équipe se concentre uniquement sur la dénutrition, ce résident ne sera pas repéré. Il ne bénéficiera d’aucune intervention ciblée sur la fonction musculaire.

Exemple terrain : Dans un EHPAD de 80 lits, une résidente de 82 ans présente un IMC à 27, des apports alimentaires jugés corrects. Elle chute deux fois en un mois. L’évaluation en équipe révèle une force de préhension effondrée et une vitesse de marche très lente. Le diagnostic de sarcopénie est posé tardivement. Un programme de kinésithérapie de renforcement musculaire est mis en place avec succès — mais avec six mois de retard.

Un résident peut être dénutri sans sarcopénie avérée

À l’inverse, un résident dénutri depuis peu peut ne pas encore présenter de perte musculaire mesurable. La dénutrition précède la sarcopénie mais ne la garantit pas. Agir tôt sur la dénutrition peut prévenir l’installation de la sarcopénie.

Les interventions ne sont pas identiques

Pathologie Levier principal Intervention nutritionnelle Activité physique
Dénutrition Apports insuffisants Essentielle (CNO, enrichissement) Bénéfique en complément
Sarcopénie Perte de masse/force musculaire Utile (protéines) mais insuffisante seule Indispensable

Traiter une sarcopénie uniquement par la nutrition sans programme de renforcement musculaire, c’est comme traiter une fracture avec des antalgiques : on soulage sans guérir.

Conseil opérationnel : Intégrez à vos réunions de synthèse une double grille : la fiche de surveillance nutritionnelle ET un indicateur fonctionnel (lever de chaise, test de vitesse de marche). Ces deux outils doivent coexister dans le dossier de soin.


Comment repérer et évaluer ces deux entités en pratique quotidienne ?

Les outils de dépistage de la dénutrition

Le MNA (Mini Nutritional Assessment) reste l’outil de référence en gériatrie. Il existe en version longue (18 items) et en version courte dite MNA-SF (6 items), adaptée au dépistage rapide en EHPAD.

Les bonnes pratiques de surveillance nutritionnelle en établissement incluent :

  • Pesée mensuelle systématique de chaque résident,
  • Calcul et traçabilité de l’IMC à l’entrée puis à chaque variation de poids significative,
  • Évaluation des ingesta lors des repas par observation des aides-soignants,
  • Dosage régulier de l’albuminémie et de la préalbuminémie selon prescription médicale,
  • Réalisation du MNA à l’admission et en réévaluation périodique.

L’ensemble de ces données doit être tracé dans le dossier de soin informatisé. Les logiciels de gestion en EHPAD tels que Netsoins permettent aujourd’hui d’automatiser des alertes à partir des seuils de poids.

Les outils de dépistage de la sarcopénie

Le test SARC-F est un outil de dépistage simple, utilisable par tout soignant formé. Il évalue cinq dimensions en auto-questionnaire ou hétéro-questionnaire :

  1. Force (difficulté à soulever un objet de 5 kg),
  2. Aide à la marche,
  3. Relevé d’une chaise,
  4. Montée d’escaliers,
  5. Chutes dans l’année.

Un score ≥ 4 oriente vers une sarcopénie probable et justifie une évaluation approfondie.

Le grip test (dynamomètre à main) mesure la force de préhension. Il est simple, rapide et peu coûteux. Un seuil < 16 kg chez la femme et < 27 kg chez l’homme est retenu comme indicateur de faiblesse musculaire.

Exemple terrain : Un EHPAD a intégré le SARC-F dans la grille d’évaluation à l’admission, au même titre que la grille AGGIR. Résultat : les kinésithérapeutes sont sollicités dès l’admission pour les résidents à risque, sans attendre une chute.

Conseil opérationnel : Formez vos aides-soignants au SARC-F et à l’observation de la marche. Ce sont eux qui, au quotidien, remarquent en premier une lenteur, une hésitation ou une fatigue inhabituelle. Leur observation clinique est une ressource précieuse souvent sous-utilisée.


Construire une prise en charge différenciée et pluridisciplinaire

Pour la dénutrition : mobiliser les ressources nutritionnelles

La prise en charge de la dénutrition repose sur une approche graduelle :

  1. Enrichissement des repas (adjonction de protéines, matières grasses, fromage râpé, poudre de lait…),
  2. Fractionnement des repas (collations matin et après-midi),
  3. Compléments nutritionnels oraux (CNO) prescrits par le médecin coordonnateur,
  4. Nutrition entérale en cas de dénutrition sévère ou d’impossibilité à s’alimenter.

Le Pack Nutrition, Plaisir & Sécurité du Repas proposé par SOS EHPAD fournit des supports clés en main pour former les équipes aux textures modifiées, à l’aide au repas et à la prévention de la fausse route.

Pour la sarcopénie : l’activité physique est non négociable

La prise en charge de la sarcopénie repose sur deux piliers indissociables :

  • Exercices de résistance progressive (renforcement musculaire),
  • Apports protéiques optimisés (minimum 1,2 à 1,5 g/kg/jour selon les recommandations actuelles).

Le kinésithérapeute joue un rôle central. Mais les aides-soignants peuvent contribuer en encourageant la marche, les transferts actifs et les mobilisations lors des soins quotidiens.

La sarcopénie n’est pas une fatalité. Des interventions ciblées de renforcement musculaire, même chez des résidents très âgés, montrent des résultats mesurables en quelques semaines.

Questions fréquentes sur le sujet

❓ Peut-on utiliser le MNA pour dépister la sarcopénie ?
Non. Le MNA évalue le statut nutritionnel, pas la fonction musculaire. Il peut orienter vers un risque de dénutrition, mais ne remplace pas le SARC-F ou le grip test pour la sarcopénie.

❓ La sarcopénie est-elle réversible ?
Partiellement. Elle ne peut pas être totalement inversée, mais ses effets fonctionnels peuvent être significativement améliorés grâce à un programme d’exercice régulier et un apport protéique adapté.

❓ Qui est responsable du diagnostic en EHPAD ?
Le médecin coordonnateur est le pivot. Mais le repérage en amont dépend de toute l’équipe soignante. Un soignant qui alerte tôt fait souvent gagner des semaines de prise en charge.

❓ La dénutrition peut-elle accélérer la sarcopénie ?
Oui. Un déficit prolongé en protéines accélère la perte musculaire. Les deux pathologies s’alimentent mutuellement et doivent être surveillées conjointement, notamment chez les résidents à risque élevé.

Conseil opérationnel : Organisez une réunion pluridisciplinaire mensuelle dédiée aux résidents présentant soit une perte de poids, soit une altération fonctionnelle. Kinésithérapeute, diététicien (si présent), médecin coordonnateur, IDEC et aides-soignants référents doivent y contribuer. C’est la coordination qui fait la différence clinique.


Deux maux, un même objectif : préserver l’autonomie jusqu’au bout

Sarcopénie et dénutrition partagent une menace commune : l’effacement progressif de l’autonomie. Chutes, dépendance accrue, perte de dignité dans les gestes du quotidien — les conséquences sont identiques, même si les chemins sont différents.

C’est précisément pourquoi les distinguer n’est pas une question théorique. C’est une condition opérationnelle pour agir juste.

Les équipes qui maîtrisent cette distinction ne réagissent plus simplement à la perte de poids ou à la chute. Elles anticipent, évaluent et adaptent en continu. Elles utilisent les bons outils au bon moment. Et elles évitent les prises en charge redondantes ou insuffisantes.

Pour les IDEC et directeurs, cela implique de structurer deux filières de vigilance distinctes dans l’organisation des soins :

  • Une filière nutritionnelle : pesées, MNA, alertes sur les ingesta, CNO, enrichissement,
  • Une filière fonctionnelle : SARC-F, grip test, suivi kinésithérapeutique, programme d’activité.

Ces deux filières se croisent, se complètent, mais ne se substituent pas. Les formaliser dans les procédures internes, les intégrer aux formations obligatoires en EHPAD et les inclure dans les protocoles de soins, c’est transformer une connaissance clinique en culture d’établissement.

Un EHPAD qui distingue sarcopénie et dénutrition dans ses pratiques quotidiennes protège mieux ses résidents. Et protège mieux ses équipes.


Mini-FAQ

Quelle est la différence principale entre sarcopénie et dénutrition ?
La dénutrition est un déséquilibre entre apports et besoins énergétiques. La sarcopénie est une perte de masse et de fonction musculaire liée au vieillissement. La première se traite principalement par la nutrition, la seconde nécessite impérativement l’activité physique.

Un résident obèse peut-il être sarcopénique ?
Oui. C’est le profil de l’obésité sarcopénique. L’IMC peut être normal ou élevé tandis que la masse musculaire fonctionnelle est insuffisante. Le dépistage musculaire ne doit pas être omis chez les résidents en surpoids.

Quels professionnels sont impliqués dans la prise en charge de la sarcopénie en EHPAD ?
Le médecin coordonnateur pose le diagnostic. Le kinésithérapeute pilote le programme de renforcement musculaire. Les aides-soignants et l’IDEC assurent la surveillance quotidienne et la mise en œuvre des transferts actifs. La collaboration pluridisciplinaire est indispensable.