1 résident EHPAD sur 40 infecté en 2024 : ce que révèle l'enquête nationale
Actualité

1 résident EHPAD sur 40 infecté en 2024 : ce que révèle l’enquête nationale

8 mai 2026 12 min de lecture Aurélie Mortel
A découvrir dans notre boutique

2,35 % des résidents d’EHPAD présentent une infection associée aux soins un jour donné, selon l’Enquête nationale de prévalence publiée par Santé publique France en mai 2025. C’est un résident sur quarante — un chiffre qui rappelle avec force le rôle pivot de l’hygiène environnementale et des professionnels qui l’incarnent chaque jour : gouvernantes, responsables hébergement et agents de service hôtelier.

L’enquête nationale 2024 : 1 résident sur 40 infecté

Entre le 15 mai et le 28 juin 2024, Santé publique France a coordonné, avec les Centres d’appui pour la prévention des infections associées aux soins (CPias), la deuxième Enquête nationale de prévalence (ENP) des infections associées aux soins en EHPAD. Les résultats, rendus publics en mai 2025, portent sur 1 288 établissements et 102 166 résidents analysés — un échantillon représentatif couvrant 52 % des EHPAD tirés au sort.

La prévalence des infections associées aux soins (IAS) est estimée à 2,35 %, en baisse par rapport à 2016 (2,93 %), mais elle reste significative dans un contexte de grande fragilité des résidents. Selon Santé publique France, 2 652 infections ont été dénombrées dans cet échantillon, se répartissant ainsi :

  • Infections respiratoires : 36,2 %
  • Infections urinaires : 31,7 %
  • Infections cutanées ou des tissus mous : 25,8 %

Ces trois catégories partagent un point commun : leur transmission est directement influencée par la qualité de l’hygiène des surfaces, la gestion du linge et les protocoles d’entretien des espaces. Ce sont précisément les domaines qui relèvent de la gouvernante et de son équipe. L’enquête souligne également que les établissements sans accès à une expertise en hygiène enregistrent une prescription d’antibiotiques plus élevée — signe que le maillon environnemental n’est pas suffisamment intégré à la stratégie de prévention.

L’hygiène environnementale : un levier de prévention encore sous-évalué

La transmission des agents infectieux en EHPAD n’emprunte pas seulement la voie directe entre personnes. Elle passe aussi par les surfaces de contact (barreaux de lit, poignées de portes, tablettes de nuit), le linge souillé, les équipements partagés. Le bionettoyage — nettoyage suivi d’une désinfection selon un protocole standardisé — est le principal outil de rupture de cette chaîne de contamination.

Si l’hygiène des mains du personnel soignant bénéficie d’une attention soutenue et de protocoles bien établis, l’entretien des environnements repose encore trop souvent sur des pratiques empiriques plutôt que formalisées. La Société française d’hygiène hospitalière (SF2H), dans ses travaux de 2025 sur la prévention et le contrôle des infections, insiste sur la nécessité d’une approche systémique qui intègre l’hygiène environnementale comme levier à part entière — au même titre que les gestes soignants.

C’est dans ce contexte que le rôle de la gouvernante ou du responsable hébergement prend toute sa dimension. Pour structurer cette démarche avec des protocoles éprouvés, des fiches pratiques et des formations adaptées à la réalité des EHPAD, ce pack complet dédié à l’hébergement et à l’hygiène en EHPAD apporte un appui opérationnel immédiatement applicable — du bionettoyage à la gestion du linge en passant par l’encadrement des ASH.

Ce que cela implique concrètement pour la gouvernante et les ASH

La gouvernante ou responsable hébergement n’est pas une professionnelle en marge de la prévention des IAS : elle en est l’un des pivots opérationnels. L’ENP 2024 permet de cibler quatre domaines d’action prioritaires.

Bionettoyage des chambres. Les infections cutanées et des tissus mous (25,8 % des IAS) surviennent fréquemment chez des résidents immobilisés. L’environnement immédiat — matelass, barrières de lit, dispositifs d’appel, tablette de nuit — constitue un réservoir potentiel de micro-organismes. Le protocole de nettoyage à blanc lors d’une sortie définitive ou d’un décès est une procédure à la fois technique et sensible, qui nécessite une formation spécifique des ASH et une tracçabilité rigoureuse.

Gestion du linge. Le linge souillé est un vecteur de transmission fréquemment sous-estimé. La gouvernante est responsable de l’organisation des circuits propre et sale, des conditions de tri dès la chambre, des températures de lavage adaptées selon les typologies (linge courant, linge à risque infectieux, linge de résidents en isolement). Une défaillance dans cette chaîne peut contribuer à une contamination croisée entre résidents.

Entretien des zones communes et des sanitaires. Dans les unités Alzheimer ou les unités protégées, où les déambulations sont fréquentes et les contacts rapprochés, le planning d’entretien doit être renforcé et adapté. La fréquence des passages, le choix des produits désinfectants et la technique de passage (de la zone la plus propre vers la plus souillée) sont des variables directement liées à la prévalence locale des infections.

Coordination avec les équipes soignantes. La gouvernante doit articuler les interventions de ses ASH avec les plages de soins pour éviter les contaminations croisées lors du bionettoyage. En période épidémique — gastro-entérite, grippe, Covid-19 — cette coordination devient un enjeu de sécurité collectif, qui dépasse largement l’organisation des plannings.

Pour outiller ces pratiques au quotidien et former ses équipes sur les bonnes procédures, les ressources de référence du responsable hébergement EHPAD — livre SOS Hébergement, pack hygiène intégral et guides spécialisés — offrent une base documentaire structurée, directement applicable en établissement.

Les échéances réglementaires à anticiper dès 2025

Le contexte réglementaire renforce la pression sur la prévention des IAS, avec des implications directes pour les gouvernantes et les directeurs d’établissement.

Évaluation externe HAS (6e cycle, 2025–2030). Le référentiel d’évaluation des établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESSMS) intègre la prévention des IAS comme critère évalué à part entière. La fiche pédagogique publiée par la HAS en janvier 2025 rappelle que les établissements doivent démontrer une démarche structurée, incluant des protocoles écrits, la formation du personnel et la tracçabilité des opérations d’hygiène. La gouvernante est une actrice clé de cette démonstration.

Publication des résultats d’évaluation. Le décret n° 2024-1138 du 4 décembre 2024 fixe les modalités de publication des rapports d’évaluation par la HAS, entre le 1er juillet et le 30 novembre 2025. Ces documents seront publics et consultables par les familles et les partenaires institutionnels. La qualité de l’hygiène environnementale de l’établissement pourra y apparaître — positivement comme négativement.

Développement de référents hygiène en ESMS. L’ENP 2024 souligne que les EHPAD sans accès à une expertise en hygiène enregistrent davantage de prescriptions antibiotiques, signal d’une prévention insuffisante. Ce constat pousse les pouvoirs publics à encourager les ESMS à désigner des référents hygiène internes — un rôle que la gouvernante, avec la formation adaptée, est naturellement positionnée pour incarner.

Face à ces échéances, structurer les pratiques de bionettoyage et de gestion hôtelière avec des outils à jour est un investissement stratégique, bien en amont des évaluations.

Questions fréquentes

La gouvernante doit-elle être intégrée au programme de prévention des IAS de l’EHPAD ?
Oui. Bien qu’elle ne soit pas professionnelle de santé, la gouvernante est directement responsable de l’hygiène environnementale — l’un des piliers de la prévention des IAS. Elle doit être intégrée au programme de prévention et de contrôle des infections (PCI) de l’établissement, aux côtés de l’infirmière coordinatrice et du médecin coordonnateur. Cela implique la formalisation de protocoles de bionettoyage, leur actualisation régulière et la formation continue des ASH.
Quels sont les protocoles de bionettoyage indispensables que doit maîtriser une ASH en EHPAD ?
Plusieurs procédures sont essentielles : l’entretien quotidien des chambres (surfaces hautes, surfaces basses, sanitaires), le nettoyage à blanc lors des sorties ou des décès, l’entretien des zones communes en distinguant les niveaux de risque, et la gestion du linge selon les circuits définis (propre/sale). Chaque protocole doit être écrit, validé, tracé et contrôlé pour répondre aux exigences de la démarche qualité et de l’évaluation HAS.
Comment évaluer l’efficacité du bionettoyage dans un EHPAD ?
Plusieurs outils existent : les contrôles visuels réguliers par la gouvernante, les audits périodiques avec grilles d’observation (technique, matériel, produits utilisés), le suivi de la tracçabilité des opérations et, dans certains établissements, des contrôles microbiologiques ponctuels des surfaces en partenariat avec le CPias régional. L’ENP 2024 rappelle que l’accès à une expertise en hygiène est corrélé à de meilleures pratiques préventives.

Sources
– Santé publique France, Infections associées aux soins et traitements anti-infectieux dans les EHPAD en 2024, mai 2025 — santepubliquefrance.fr
– HAS, Prévention des IAS — évaluation des ESSMS, 6e cycle, janvier 2025 — has-sante.fr
– Légifrance, Décret n° 2024-1138 du 4 décembre 2024legifrance.gouv.fr

Partager cet article
Lien copié dans le presse-papier