La Haute Autorité de Santé a inscrit la prise en charge de l’état dépressif de la personne âgée parmi ses priorités pour 2025, dans le cadre de son nouveau programme pluriannuel « Santé mentale et psychiatrie 2025-2030 ». Un signal institutionnel fort qui entre en résonance avec un constat de terrain préoccupant : selon la DREES, un résident EHPAD sur cinq déclare souffrir de dépression, et la moitié consomme des antidépresseurs. Face à une pathologie masquée par les troubles cognitifs, sous-diagnostiquée et pourtant traitable, le psychologue clinicien occupe un rôle pivot que les établissements ne peuvent plus sous-estimer.
La HAS fait de la dépression du grand âge une priorité nationale pour 2025
En février 2025, la Haute Autorité de Santé a publié la feuille de route de son nouveau programme pluriannuel « Santé mentale et psychiatrie 2025-2030 ». Parmi les neuf axes prioritaires figure explicitement la santé mentale de la personne âgée, avec un objectif clair pour l’année en cours : élaborer des recommandations de bonnes pratiques sur la prise en charge médicamenteuse et non médicamenteuse de l’état dépressif de la personne âgée.
Ce signal institutionnel ne surprend pas les professionnels de terrain. La HAS le soulignait déjà dans ses recommandations sur la souffrance psychique de la personne âgée : la dépression est « insuffisamment diagnostiquée notamment chez les personnes âgées », masquée par les troubles cognitifs, les plaintes somatiques ou attribuée à tort au « vieillissement normal ». Elle est pourtant fortement liée à l’isolement social, aux affections somatiques et aux événements de vie — autant de facteurs concentrés en EHPAD.
La publication de recommandations nationales en 2025 créera un nouveau standard de référence pour les établissements. Les EHPAD qui auront déjà structuré leurs pratiques de repérage et d’accompagnement psychique seront mieux positionnés lors des évaluations HAS et des inspections ARS.
Un résident sur cinq souffre de dépression : des chiffres que les EHPAD doivent connaître
Les données de la DREES brossent un tableau qui devrait alerter l’ensemble des directions et des équipes soignantes. Selon l’Étude et Résultats n°1141 publiée en janvier 2020, environ un tiers des résidents en établissement pour personnes âgées présentent un état psychologique dégradé, contre un quart des personnes de plus de 75 ans vivant à domicile. Plus précisément : un résident sur cinq déclare souffrir de dépression. Et la moitié des résidents en établissement consomme des antidépresseurs, contre une personne sur sept à domicile.
« Un senior sur cinq vivant en établissement déclare avoir souffert de dépression, et la moitié consomme des antidépresseurs — contre une personne sur sept à domicile. »
DREES, Études et Résultats n°1141, janvier 2020
Ces chiffres ne sont pas de simples statistiques : ils traduisent des souffrances quotidiennes que les équipes croisent sans toujours les identifier. Fatigue chronique, manque d’appétit, perte d’intérêt pour les activités, repli social — des symptômes souvent interprétés comme du « déclin lié à l’âge », alors qu’ils signent une dépression traitable. Selon la même source, le manque d’appétit est deux fois plus fréquent chez les résidents en établissement qu’à domicile, et la perte de motivation pour les activités quotidiennes est sept fois plus fréquente.
Le contexte de 2025 rend ce défi encore plus aigu. Selon la DREES (Études et Résultats n°1351, novembre 2025), 38 % des résidents souffrent désormais de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée — un chiffre en hausse de 4 points depuis 2019. Or, la comorbidité entre troubles cognitifs et dépression est documentée : les deux pathologies s’entretiennent, se masquent et se compliquent mutuellement, rendant le diagnostic encore plus délicat.
Pour les équipes qui souhaitent structurer leur démarche de repérage et d’intervention, ce pack de formations cliniques et de guides éthiques dédié aux psychologues en EHPAD propose des modules directement applicables sur la dépression gériatrique, la prise en charge des résidents Alzheimer et la gestion des situations de refus de soins.
Le psychologue clinicien : un rôle pivot qui exige des compétences actualisées
Dans ce contexte, le psychologue clinicien occupe une position stratégique en EHPAD que les référentiels HAS ne cessent de renforcer. Sa mission dépasse largement la simple « évaluation à l’entrée » : il est le professionnel qualifié pour distinguer la tristesse situationnelle d’une dépression caractérisée, identifier les mécanismes sous-jacents aux refus de soins, repérer la souffrance psychique derrière des troubles du comportement, et apporter un regard clinique aux situations que les équipes soignantes vivent comme de l’agressivité ou du repli.
Les recommandations HAS sur la souffrance psychique de la personne âgée identifient quatre axes d’intervention pour les professionnels en établissement : la prévention continue en instaurant un climat de confiance dès les premières rencontres, le repérage précoce des signes de détresse, la gestion interdisciplinaire en coordonnant les différents intervenants, et la prise en charge des crises suicidaires incluant l’évaluation du niveau d’urgence. Le psychologue est l’acteur central de ces quatre axes.
Cette montée en compétences suppose des connaissances actualisées sur trois dimensions : l’évaluation clinique de la dépression chez le grand âge avec des outils standardisés (échelle GDS, test de Yesavage, Mini-GDS), les spécificités de la prise en charge non médicamenteuse en contexte de troubles cognitifs, et la gestion éthique et réglementaire des situations de refus de soins — terrain où droit des personnes, éthique clinique et obligation soignante se croisent de manière particulièrement complexe. Les ressources cliniques réunies dans ce pack spécialisé couvrent précisément ces trois dimensions en s’appuyant sur les référentiels HAS en vigueur.
La collaboration avec le médecin coordonnateur et l’IDEC est également déterminante. C’est l’axe trilatéral psychologue-IDEC-médecin coordonnateur qui permet d’articuler repérage clinique, décision médicale et coordination soignante — et d’éviter que la dépression reste traitée uniquement par voie médicamenteuse alors que des approches non pharmacologiques (stimulation cognitive, art-thérapie, soutien psychologique individuel) apportent des résultats démontrés, notamment chez les résidents sous antidépresseurs dont l’efficacité est parfois limitée chez la personne très âgée.
Ce que les équipes doivent anticiper pour 2025-2026
Plusieurs évolutions dessinent un paysage de plus en plus exigeant pour les EHPAD sur le volet santé mentale des résidents. En anticiper les implications, c’est prendre une longueur d’avance sur les exigences à venir.
- Les recommandations HAS sur l’état dépressif de la personne âgée sont en cours d’élaboration pour 2025 — elles fixeront un nouveau standard de prise en charge auquel les établissements devront se conformer, notamment lors des évaluations de certification.
- La loi Bien Vieillir du 8 avril 2024 (loi n°2024-317) renforce les droits à un accompagnement personnalisé et adapté pour les résidents, incluant la dimension psychologique. Elle consolide les obligations des établissements en matière de projet de vie individualisé — ce qui englobe nécessairement le suivi psychologique.
- Le repérage du risque suicidaire est explicitement mentionné dans les recommandations HAS : les équipes doivent disposer de protocoles formalisés, et le psychologue doit être en capacité d’évaluer l’urgence et d’organiser la réponse de manière coordonnée avec le médecin coordonnateur.
- Les situations de refus de soins sont un terrain particulièrement sensible où le psychologue joue le rôle de médiateur entre la volonté du résident, les obligations soignantes et les droits fondamentaux — dans le respect du cadre tracé par la loi Leonetti-Claeys de 2016 et la loi Bien Vieillir de 2024.
Anticiper ces évolutions suppose que les psychologues et les équipes encadrantes disposent de formations actualisées et de guides de référence clairs. Ce pack de pratique clinique du psychologue en EHPAD constitue une base opérationnelle pour structurer cette montée en compétences de façon cohérente et référencée, sans attendre la publication des nouvelles recommandations HAS.
Questions fréquentes
Quelle est la prévalence réelle de la dépression en EHPAD ?
Comment différencier tristesse normale et dépression caractérisée chez un résident EHPAD ?
Quelles sont les nouvelles obligations réglementaires pour les EHPAD en matière de suivi psychologique ?
Sources officielles :
DREES, Études et Résultats n°1141 — « Un tiers des personnes âgées vivant en établissement sont dans un état psychologique dégradé » (janvier 2020)
HAS — Programme pluriannuel « Santé mentale et psychiatrie » 2025-2030
HAS — Prise en compte de la souffrance psychique de la personne âgée : prévention, repérage et accompagnement