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Hydratation en EHPAD : protocoles, surveillance et gestion de la canicule

6 avril 2026 9 min de lecture Aurélie Mortel
Nouveau Rééducation et Maintien de l'Autonomie en EHPAD — Le Guide Complet

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L’eau représente 60 % du poids corporel chez l’adulte jeune — ce taux tombe à 45-50 % chez la personne âgée, avec une perte de près de 6 litres entre 20 et 80 ans. En EHPAD, 1 résident sur 5 présente une déshydratation chronique, et plus de la moitié des établissements ont recours à des perfusions quotidiennes. Les 33 000 décès attribuables à la chaleur entre 2014 et 2022 en France (dont 23 000 chez les plus de 75 ans) rappellent l’enjeu vital de l’hydratation. Ce guide opérationnel donne aux équipes soignantes les protocoles et les réflexes pour prévenir la déshydratation au quotidien.

Pourquoi les résidents d’EHPAD sont-ils vulnérables à la déshydratation ?

Le vieillissement modifie profondément l’homéostasie hydrique. Plusieurs mécanismes se conjuguent pour fragiliser les résidents :

  • Disparition du signal de soif : les personnes âgées ne ressentent plus la soif de façon fiable, même en état de déshydratation significative
  • Altération rénale : réduction des capacités de concentration urinaire et de réabsorption du sodium
  • Polypathologie : diabète, insuffisance cardiaque, démences, dépression — chaque pathologie augmente le risque
  • Médicaments iatrogènes : diurétiques, psychotropes (lithium, neuroleptiques), laxatifs, inhibiteurs de l’enzyme de conversion, AINS — à surveiller particulièrement par le médecin coordonnateur
  • Troubles de la déglutition : la dysphagie limite les apports en liquides (voir notre guide sur les textures modifiées et la dysphagie en EHPAD)

Le coût d’une déshydratation traitée en EHPAD est estimé à environ 750 € par épisode, et jusqu’à 6 000 € en cas d’hospitalisation. Enjeu de santé publique et enjeu économique, la prévention est la réponse la plus efficiente.

Reconnaître les signes de déshydratation : de l’observation clinique aux seuils biologiques

La déshydratation peut être de deux types, souvent associés chez la personne âgée :

  • Déshydratation intracellulaire (DIC) : natrémie élevée, osmolalité plasmatique supérieure à 292 mOsm/kg — liée à un manque d’apport en eau pure
  • Déshydratation extracellulaire (DEC) : rapport urée/créatinine supérieur à 60, natriurèse inférieure à 20 mmol/l — liée à une perte de sodium (diarrhée, diurétiques)

Les signes cliniques gradués permettent à l’AS et à l’IDE d’intervenir à chaque stade :

StadeSignes observables par l’AS/IDEAction
PrécoceUrines foncées, sécheresse buccale, lèvres sèches, pli cutané positifAugmenter les apports hydriques, surveiller
ModéréConfusion, agitation inhabituelle, hypotension orthostatique, oligurie (inférieure à 800 ml/24h)Alerter l’IDE, pesée, bilan, médecin si aggravation
SévèreTachycardie, hypotension, coma, choc hypovolémiqueAppel médecin urgence, envisager hospitalisation

La toxicité médicamenteuse est une conséquence fréquemment sous-estimée : la déshydratation augmente la concentration plasmatique des médicaments à marge thérapeutique étroite (digoxine, lithium, anticoagulants oraux, antibiotiques néphrotoxiques). L’IDE doit alerter le médecin coordonnateur dès les premiers signes chez un résident polymédicamenté.

Protocoles d’hydratation en EHPAD : organisation, traçabilité et solutions adaptées

L’apport hydrique recommandé est de 1,5 litre par jour minimum, réparti sur les repas et les collations. En pratique, le protocole institutionnel repose sur cinq piliers :

  • Évaluation initiale : calcul des besoins individualisés (1,5 L/j standard, augmenté en été ou en cas de fièvre, vomissements, diarrhée)
  • Prescription individualisée : inscrite dans le DUI par le médecin, avec mention des restrictions éventuelles (insuffisance cardiaque, hyponatrémie)
  • Planification des apports : eau, bouillons, laitages, café, tisanes — diversifier les sources et les proposer systématiquement toutes les 2 heures sans attendre la demande du résident
  • Surveillance et traçabilité : feuille de surveillance hydrique (bilan entrées/sorties sur 3 jours si alerte), pesée, observation des urines
  • Ajustements : réévaluation après tout événement intercurrent

Solutions pour les résidents dysphagiques

Les résidents présentant une dysphagie (30 à 62 % des résidents en EHPAD) ont souvent des difficultés à boire de l’eau mince (niveau IDDSI 0). Les solutions adaptées sont :

  • Eau gélifiée (niveau IDDSI 4) : maintient l’hydratation avec un risque de fausse route réduit
  • Boissons épaissies (niveaux IDDSI 1 à 3) : à base d’épaississants alimentaires (amidon modifié, gomme xanthane)
  • Aliments à haute teneur en eau : pastèque, melon, concombre, compotes, yaourts, glaces — contribuent à l’apport hydrique
  • Biberons ergonomiques et verres à code couleur : facilitent la gestion de la texture et l’identification visuelle du niveau prescrit

Pour les protocoles détaillés d’aide au repas et d’hydratation sécurisée, consultez notre article Aide au repas en EHPAD : réduire le risque de dénutrition et de fausse route.

Plan Bleu et Plan Canicule en EHPAD : obligations réglementaires 2025-2026

Le cadre réglementaire du Plan Canicule en EHPAD a été significativement renforcé ces deux dernières années :

  • Arrêté du 12 février 2024 : le Plan Bleu est intégré obligatoirement au projet d’établissement depuis le 1er janvier 2025
  • Instruction interministérielle DGS n° 2024/70 du 27 mai 2024 : référentiel opérationnel Plan Canicule mis à jour
  • Arrêté du 27 mai 2025 : nouveaux seuils d’alerte Météo-France (vert/jaune/orange/rouge), permettant une meilleure anticipation

Les obligations concrètes de l’EHPAD lors d’un épisode caniculaire sont :

  • Mettre à disposition une salle de rafraîchissement climatisée à 25-26 °C
  • Garantir l’accès à l’eau 24 h/24 dans toutes les chambres et espaces communs
  • Renforcer la surveillance de l’hydratation dès le niveau orange (bilan entrées/sorties, doublement des apports proposés)
  • Tenir un registre des personnes à risque et des actions de surveillance renforcée
  • Contacter le numéro vert 0800 06 66 66 pour signaler toute situation préoccupante

Le non-respect de ces obligations peut engager la responsabilité pénale du directeur d’EHPAD, jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende (articles 221-6, 223-1 et 223-6 du Code pénal). Notre guide Sécurité et Plan Bleu en EHPAD détaille les obligations réglementaires complètes.

Former les équipes et instaurer une culture de l’hydratation

La prévention de la déshydratation repose sur des réflexes collectifs ancrés dans la culture de l’établissement. Le rôle de chaque professionnel est clairement défini :

  • AS : proposer à boire toutes les 2 heures même sans soif exprimée, noter les refus, alerter l’IDE en cas de baisse des apports, surveiller la couleur des urines
  • IDE : surveillance des paramètres (poids, TA, diurèse), transmissions biquotidiennes en période à risque, bilan hydrique si alerte, information du médecin
  • Médecin coordonnateur : révision de la liste des médicaments favorisant la déshydratation (LPM), protocoles collectifs, validation du Plan Bleu
  • Gouvernant(e)/responsable restauration : température des boissons proposées (ni trop chaude ni trop froide), accessibilité permanente, diversité des propositions

Pour aller plus loin sur la nutrition globale des résidents, consultez notre guide dénutrition en EHPAD et l’article sur la restauration en EHPAD. Les ressources pour les familles sont disponibles sur notre page Nutrition en EHPAD : repas équilibrés et adaptés.

Quelle est la quantité minimale d’eau à donner à un résident EHPAD chaque jour ?
L’apport hydrique minimum recommandé est de 1,5 litre par jour en conditions normales, incluant toutes les sources (eau, café, tisanes, bouillons, laitages). Cet apport doit être augmenté à au moins 2 litres en période de chaleur (vigilance météo jaune ou plus), en cas de fièvre, de diarrhée, de vomissements ou de prise de médicaments favorisant la déshydratation (diurétiques, neuroleptiques). La prescription médicale fixe les apports individualisés pour les résidents avec restrictions spécifiques (insuffisance cardiaque sévère, hyponatrémie).
Comment faire boire un résident qui refuse systématiquement de s’hydrater ?
Plusieurs approches complémentaires : diversifier les formes (eau aromatisée, bouillons, laitages, glaces, pastèque), proposer des petites quantités fréquentes plutôt que de grands verres, respecter les préférences thermiques (eau à température ambiante si l’eau froide est refusée), utiliser des verres adaptés (petit volume, bec verseur). En cas de troubles cognitifs, proposer la boisson comme un geste relationnel (tisane au coin de la fenêtre). Si le refus persiste et que la déshydratation s’aggrave, signaler au médecin pour évaluer une hydratation sous-cutanée (hypodermoclyse) en EHPAD.
Quand doit-on mettre en place le Plan Bleu dans un EHPAD ?
Le Plan Bleu est déclenché par le directeur d’EHPAD selon les niveaux d’alerte Météo-France (depuis l’arrêté du 27 mai 2025 : niveaux vert, jaune, orange, rouge). Dès le niveau orange canicule, les mesures de surveillance renforcée s’appliquent obligatoirement : surveillance hydrique renforcée, bilan entrées/sorties, salle climatisée accessible, contact ARS. Au niveau rouge (canicule extrême), les mesures sont maximales, avec mobilisation de l’ensemble du personnel et signalement systématique des situations à risque à l’ARS. Depuis le 1er janvier 2025, le Plan Bleu doit être intégré au projet d’établissement (arrêté du 12 février 2024).

Sources officielles :

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