La télémédecine représente une opportunité majeure pour les EHPAD confrontés aux difficultés d’accès aux soins de leurs résidents. Pourtant, en 2025, son déploiement reste insuffisant malgré les objectifs fixés par les pouvoirs publics. L’état de santé des résidents en EHPAD justifierait pourtant un recours accru à cette pratique. Environ 40% d’entre eux souffrent de maladies neuro-dégénératives et plus de 50% éprouvent des difficultés de communication. Comment expliquer ce paradoxe et quelles solutions peuvent être envisagées?
Un potentiel inexploité pour l’accès aux soins des résidents
Les résidents d’EHPAD constituent un public prioritaire pour la téléconsultation. Leur état de santé et leurs difficultés de déplacement en font des candidats idéaux.
La prévalence des limitations cognitives est significativement plus importante en établissement qu’à domicile. Cette réalité complique l’accès aux soins.
Plus de la moitié des résidents rencontrent des problèmes pour comprendre les autres ou se faire comprendre. Cette situation aggrave le non-recours aux soins.
Environ 60% des personnes âgées en EHPAD éprouvent des difficultés pour résoudre les problèmes quotidiens. Ces contraintes rendent les déplacements médicaux particulièrement pénibles.
Le transport vers un établissement de santé est souvent source d’anxiété pour les résidents. La télémédecine permet d’éviter ce stress inutile.
La Haute Autorité de Santé recommande la télémédecine depuis 2015 pour les EHPAD. Cette préconisation vise à réduire les hospitalisations évitables.
De nombreux passages aux urgences pourraient être évités grâce à la téléconsultation. Ces déplacements ont parfois des conséquences délétères sur la santé des résidents.
La dépendance nosocomiale et la morbi-mortalité secondaire menacent les personnes âgées hospitalisées. Ces risques sont liés à l’iatrogénie médicamenteuse ou aux syndromes gériatriques.
Des objectifs ambitieux mais une réalité décevante
La stratégie « Ma Santé 2022 » ciblait spécifiquement l’accompagnement des EHPAD en matière de télémédecine. Cet objectif prioritaire n’a pas été atteint.
Le Ségur de la santé visait également l’accès à la télémédecine pour les patients vulnérables. Les personnes âgées dépendantes figuraient parmi les publics prioritaires.
Les pouvoirs publics ont multiplié les initiatives sans stratégie cohérente. Cette approche fragmentée explique en partie les résultats décevants.
La Cour des comptes avait jugé prioritaire le déploiement de la télésanté dans les EHPAD dès 2021. Quatre ans plus tard, les progrès restent insuffisants.
L’absence d’une stratégie claire des pouvoirs publics freine le développement de ces pratiques. Les leviers et indicateurs pertinents font défaut.
Les téléconsultations représentent seulement 3,2% des actes médicaux pour les médecins libéraux et les centres de santé en 2023. Le secteur hospitalier affiche un taux encore plus faible de 1,4%.
La part des établissements de santé dans les téléconsultations diminue progressivement. Cette tendance défavorise les partenariats avec les EHPAD.
Les freins techniques et organisationnels au déploiement
L’interopérabilité des systèmes d’information reste un obstacle majeur. Le dossier usager informatisé (DUI) est peu connecté aux autres outils.
La Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie finance le programme « ESMS numérique« . Ce dispositif vise à généraliser l’utilisation du DUI dans les établissements.
L’interopérabilité avec le Dossier Médical Partagé n’est pas encore optimale. Cette limitation complique le partage d’informations lors des téléconsultations.
Les usages actuels du DUI sont centrés sur les besoins internes des établissements. Le partage de données entre professionnels reste insuffisant.
Le suivi des parcours des usagers souffre de cette fragmentation numérique. L’accès au DMP lors d’une téléconsultation en EHPAD est limité.
Les dispositifs techniques nécessitent des investissements conséquents. Les petites structures peinent à financer ces équipements.
Les prestations d’installation et de maintenance sont parfois onéreuses. Ces coûts représentent un frein pour de nombreux EHPAD.
La faillite récente de certains fournisseurs illustre la fragilité du marché. En septembre 2024, la société H4D spécialisée dans les cabines de téléconsultation a été mise en liquidation judiciaire.
Plus de 200 cabines sont devenues inutilisables suite à cette faillite. Ces investissements publics ont été réalisés en pure perte.
Le nécessaire renforcement de la coopération interprofessionnelle
L’accompagnement à la téléconsultation par des professionnels de santé reste modeste. Ce dispositif serait pourtant particulièrement adapté aux résidents d’EHPAD.
Le fonctionnement en équipe de soins favorise le développement des téléconsultations. Malheureusement, cette dynamique collective est peu mobilisée.
Les hôpitaux de proximité pourraient jouer un rôle plus important dans le déploiement. Leur action doit s’articuler avec les EHPAD et les services médico-sociaux.
Les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) constituent un levier sous-exploité. Leur coordination avec les EHPAD faciliterait l’accès à la téléconsultation.
Les groupements hospitaliers de territoire doivent organiser la gradation des soins. Cette structuration permet d’orienter efficacement les patients selon leurs besoins.
Le projet médical partagé représente l’échelon pertinent pour concevoir une approche intégrée. Il permet d’organiser des filières médicales cohérentes.
Des pistes d’amélioration pour les EHPAD
La Cour des comptes recommande d’adopter une nouvelle stratégie de développement des téléconsultations. Cette approche doit définir des objectifs prioritaires clairs.
Des indicateurs de résultat doivent être associés à cette stratégie. Ils permettront d’évaluer précisément les progrès réalisés.
Le renforcement du recours à la téléconsultation dans les établissements médico-sociaux constitue une priorité. Cette recommandation s’adresse directement aux EHPAD.
Les assises de la téléconsultation prévues pour l’été 2025 offrent une opportunité. Elles permettront de définir une nouvelle stratégie d’intégration des téléconsultations.
La prise en charge des soins non programmés bénéficierait particulièrement de cette évolution. Les résidents d’EHPAD sont souvent concernés par ces situations.
L’efficience économique représente un argument supplémentaire en faveur du développement des téléconsultations. Des économies significatives pourraient être dégagées.
En bref
La téléconsultation en EHPAD reste paradoxalement sous-développée malgré son potentiel évident pour améliorer l’accès aux soins des résidents. Si les objectifs ambitieux fixés par les pouvoirs publics n’ont pas été atteints, plusieurs leviers d’action existent.
Le renforcement de l’interopérabilité des systèmes d’information, la sécurisation des investissements techniques et le développement de la coopération interprofessionnelle sont essentiels. Les directeurs d’EHPAD ont un rôle crucial à jouer dans cette transformation, en s’appuyant notamment sur les recommandations de la Cour des comptes.
Les assises de la téléconsultation de l’été 2025 constituent une opportunité à saisir pour faire entendre la voix des établissements médico-sociaux et positionner les EHPAD comme acteurs prioritaires de cette évolution nécessaire du système de soins.