L’Agence Régionale de Santé (ARS) de La Réunion travaille actuellement sur un projet ambitieux : la construction de cinq nouveaux établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). Cette annonce intervient dans un contexte de forte transformation du secteur médico-social, marqué par une expérimentation nationale de refonte du financement et par une pression croissante sur l’offre d’accueil pour personnes âgées. Pour les professionnels du secteur, ce projet soulève de nombreuses questions : quels moyens humains et financiers ? Quelle place pour la qualité d’accompagnement ? Et comment ces nouveaux établissements s’inscriront-ils dans la stratégie régionale de santé ?
Sommaire
Un projet encore en construction
À ce jour, aucune communication officielle de l’ARS La Réunion ne confirme publiquement le calendrier précis, les emplacements ou les capacités de ces cinq futurs EHPAD. Les informations disponibles sur le site de l’agence, actualisées jusqu’au 10 février, ne mentionnent pas explicitement ce projet. Les dernières annonces portent sur des sujets variés : la campagne de vaccination contre la variole B (mpox), le déploiement de l’éducation thérapeutique du patient (ETP), ou encore le soutien à la transition écologique dans les établissements médico-sociaux.
Cependant, plusieurs éléments du contexte laissent penser que ce projet pourrait s’inscrire dans une dynamique plus large de modernisation et de rééquilibrage territorial de l’offre en EHPAD.
Le contexte réglementaire et budgétaire
La Réunion participe depuis le 1er juillet 2025 à l’expérimentation nationale de financement des EHPAD, issue de l’article 79 de la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2024. Ce dispositif fusionne les tarifs soins (financés par l’Assurance Maladie) et dépendance (financés par les résidents et les départements) en un forfait unique. L’objectif : simplifier le modèle économique, supprimer la variable dépendance dans le calcul et favoriser une plus grande équité.
En parallèle, la LFSS 2026, publiée le 31 décembre 2025, a alloué 18,3 milliards d’euros aux EHPAD, soit 700 millions d’euros supplémentaires par rapport à l’année précédente. Ces fonds sont destinés à améliorer la qualité d’accompagnement, recruter 4 500 professionnels et financer des projets de modernisation (espaces familles, accueil de jour, etc.). L’ARS contribue à hauteur de 190 millions d’euros au financement des actions pour personnes âgées.
Ces enveloppes budgétaires renforcées laissent entrevoir une marge de manœuvre pour financer de nouvelles infrastructures, notamment dans les territoires ultramarins où l’offre en EHPAD peut être insuffisante ou géographiquement mal répartie.
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J’accède au stock illimitéLe Projet Régional de Santé révisé
Le 9 janvier dernier, l’ARS La Réunion a adopté une version révisée de son Projet Régional de Santé (PRS) 2023-2033. Ce document stratégique définit les priorités en matière de santé pour la décennie, incluant l’accompagnement des personnes âgées. Même si aucune mention explicite de construction de cinq nouveaux EHPAD n’y figure, le PRS constitue le cadre dans lequel s’inscrivent toutes les actions médico-sociales de l’agence.
La direction de l’ARS est assurée depuis le 15 décembre 2025 par Jean-Jacques Coiplet, qui a présenté fin janvier sa feuille de route autour de trois axes : protéger, prévenir et moderniser. Une réunion avec les fédérations médico-sociales a eu lieu le 16 janvier, portant sur divers sujets structurants pour le secteur.
Les enjeux pour les professionnels d’EHPAD
Si ce projet de construction se confirme, il aura des répercussions directes sur l’organisation du secteur à La Réunion. Pour les directeurs, IDEC et équipes soignantes en poste dans les établissements existants, plusieurs questions se posent :
- Recrutement : avec déjà une pénurie de professionnels dans les EHPAD, l’ouverture de cinq nouvelles structures va intensifier la concurrence pour attirer aides-soignants, infirmiers, psychologues, ergothérapeutes et cadres de santé.
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Formation : ces nouveaux établissements devront intégrer dès leur ouverture les exigences de la certification HAS, les protocoles actualisés en matière d’hygiène, de bientraitance et de sécurité du circuit du médicament. Les équipes devront être opérationnelles rapidement, ce qui suppose un accompagnement structuré.
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Financement et GMP : la participation au nouveau modèle de financement unifié impose une vigilance accrue sur le GIR Moyen Pondéré (GMP), indicateur clé de l’allocation des ressources. Les nouveaux EHPAD devront calibrer leur projet d’accompagnement en fonction du profil de dépendance attendu.
Point clé : La participation résidente au financement est passée à 6,16 €/jour en 2026, contre 6,10 €/jour en 2025. Ce forfait unique change la donne pour l’organisation budgétaire et l’évaluation de la dépendance.
Des opportunités de développement professionnel
L’arrivée de nouvelles structures peut aussi être perçue comme une opportunité pour les professionnels du secteur :
- Évolution de carrière : de nouveaux postes d’encadrement seront à pourvoir (directeurs d’EHPAD, IDEC, responsables d’hébergement).
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Innovation organisationnelle : ces EHPAD pourront être conçus dès l’origine avec des équipements modernes (litière numérique, espaces dédiés à l’accueil de jour, salles sensorielles pour les résidents atteints de troubles cognitifs).
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Projets pilotes : le contexte de modernisation peut favoriser l’intégration de démarches innovantes en matière de prévention des escarres, d’aide au repas, ou de gestion des troubles du comportement.
Pour accompagner ces transformations, les professionnels peuvent s’appuyer sur des outils pratiques comme le guide IDEC 360°, qui compile 50 solutions opérationnelles pour piloter un service avec sérénité et légitimité.
Un financement en partie accessible via le FIR
Le Fonds d’Intervention Régional (FIR) 2026, ouvert du 15 janvier au 31 mars via la plateforme STARS-FIR, finance des actions alignées sur le PRS. Il peut potentiellement soutenir des projets médico-sociaux comme la construction ou la modernisation d’EHPAD. Les porteurs de projets (associations, établissements publics, gestionnaires privés) ont jusqu’à fin mars pour déposer leurs demandes de financement.
Si le projet des cinq EHPAD s’inscrit dans cette dynamique, des précisions devraient émerger dans les prochains mois, notamment après la clôture des dépôts de dossiers FIR et l’instruction par l’ARS.
Ce que cela change pour les établissements existants
- Pression sur les équipes : le risque est de voir les professionnels actuels sollicités pour former les nouvelles recrues, sans bénéficier nécessairement de décharges ou de renforts.
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Harmonisation des pratiques : les nouveaux établissements devront être conformes aux mêmes exigences que les structures existantes, notamment en matière de certification HAS, de prévention de la maltraitance et de bientraitance.
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Besoin de supports pédagogiques : pour sécuriser l’ouverture et garantir une mise en conformité rapide, les nouveaux EHPAD pourront s’appuyer sur des packs structurants comme le Pack Intégral : Hygiène & Sécurité Sanitaire ou le Pack Intégral : Prévention Maltraitance & Culture de la Bientraitance.
Les défis opérationnels à anticiper
La construction de cinq nouveaux EHPAD ne se résume pas à des bâtiments neufs. C’est aussi une question d’organisation, de formation et de culture d’établissement.
1. Sécuriser le circuit du médicament dès l’ouverture
Le circuit du médicament doit être sécurisé dès le premier jour d’accueil des résidents. Traçabilité, gestion des stupéfiants, prévention des erreurs d’administration : tout doit être opérationnel avant l’arrivée des premiers résidents.
2. Former les équipes aux fondamentaux
Les nouveaux professionnels recrutés devront être rapidement opérationnels sur les soins quotidiens : aide au repas, prévention des chutes, évaluation de l’autonomie via la grille AGGIR, gestion des troubles du comportement. Des supports comme le Pack Intégral : Soins & Accompagnement Quotidien peuvent accélérer cette montée en compétences.
3. Prévenir l’épuisement des cadres
Piloter l’ouverture d’un nouvel établissement est une épreuve de haute intensité pour les cadres de santé. Tension sur les plannings, recrutements difficiles, exigences de conformité : autant de facteurs de risque d’épuisement professionnel. Le guide Soigner sans s’oublier permet de poser des mots sur ces difficultés et d’ouvrir le dialogue au sein des équipes.
Quelle suite pour ce projet ?
À ce stade, l’absence de communication officielle sur le calendrier et les porteurs de projet laisse plusieurs hypothèses ouvertes :
- Le projet pourrait être en phase d’étude de faisabilité, notamment pour identifier les territoires prioritaires et les besoins en capacité d’accueil.
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Les dossiers de financement pourraient être en cours d’instruction dans le cadre du FIR ou d’autres dispositifs régionaux.
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Une annonce officielle pourrait intervenir dans les prochaines semaines, notamment lors d’une conférence de presse ou d’une réunion avec les fédérations.
Dans tous les cas, les professionnels du secteur ont intérêt à se tenir informés et à anticiper les impacts organisationnels. Que vous soyez directeur d’EHPAD, IDEC ou aide-soignant, ces nouvelles structures vont redessiner le paysage médico-social réunionnais pour les années à venir.
Ce qu’il faut retenir
- Projet annoncé mais non confirmé officiellement : cinq nouveaux EHPAD à La Réunion, dans un contexte de modernisation nationale et de refonte du financement.
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Contexte budgétaire favorable : 18,3 Md€ alloués aux EHPAD au niveau national, dont 190 M€ via l’ARS pour les actions personnes âgées.
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Enjeux RH majeurs : recrutement, formation, prévention de l’épuisement des équipes dans un secteur déjà en tension.
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Opportunités pour les professionnels : nouveaux postes d’encadrement, projets innovants, structuration des pratiques dès l’ouverture.
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Vigilance sur le financement : intégration du modèle unifié, suivi du GMP, conformité aux exigences de certification HAS.
Les mois à venir devraient apporter des éclaircissements sur ce projet stratégique pour le territoire réunionnais.

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