Il est rare qu’un ouvrage technique nous arrache des larmes. Il est encore plus rare qu’un livre écrit par un Directeur d’établissement devienne le manifeste souterrain des aides-soignantes et des infirmières. Avec « Soigner sans s’oublier », Nicolas Mortel ne signe pas un manuel de management, mais un traité d’humanité brute. Une lecture indispensable, urgente, qui agit comme un pansement sur les plaies invisibles d’une profession au bord de la rupture.
Il est 6h45. Dans des milliers de vestiaires à travers la France, des femmes et des hommes enfilent une blouse blanche. Dans quelques minutes, ils vont courir. Ils vont courir contre la montre, contre la maladie, contre la mort parfois, mais surtout contre un système qui leur demande l’impossible. Ils vont laver, nourrir, rassurer, piquer, écouter. Et ce soir, en rentrant chez eux, le dos brisé et la tête pleine de bruits, une question les hantera, insidieuse, toxique : « En ai-je fait assez ? »
C’est à cette armée des ombres, ces « soldats du prendre-soin », que s’adresse le livre événement de cette rentrée médico-sociale. « Soigner sans s’oublier : Manuel de survie en EHPAD » n’est pas un livre de plus sur la crise des EHPAD. Ce n’est pas une enquête à charge, ni un rapport technocratique. C’est une main tendue.
L’auteur, Nicolas Mortel, n’est pas un observateur lointain. Il est Directeur d’EHPAD. Il vit « dedans ». Et pour la première fois, un cadre dirigeant tombe la veste pour parler d’égal à égal avec ses équipes. Le résultat est détonnant : un ouvrage qui mélange l’humour féroce des salles de pause, la tendresse infinie des gestes de soin, et une lucidité implacable sur les limites du métier.
Nous avons lu ce manuel d’une traite. Nous en sommes ressortis secoués, mais étrangement apaisés. Voici pourquoi ce livre pourrait bien sauver la peau de milliers de soignants.
L’électrochoc de la déculpabilisation : « Vous n’êtes pas des robots »
Le premier tour de force de l’ouvrage est de s’attaquer à la racine du mal-être soignant : la culpabilité. Pas celle de faire une erreur technique, mais celle, beaucoup plus lourde, de ne pas être « parfait ».
Nicolas Morel ouvre son livre sur un constat clinique : le soignant d’aujourd’hui est écartelé entre son idéal de soin (prendre le temps, tenir la main) et la réalité logistique (10 toilettes en 2 heures). De cet écartèlement naît une souffrance éthique majeure. Là où la plupart des ouvrages de management expliqueraient comment « optimiser le temps », Nicolas Morel prend le contre-pied total. Il écrit : « Votre premier devoir professionnel n’est pas de finir toutes les assiettes, mais de ne pas vous effondrer. »
Le droit à l’imperfection
Au fil des pages, l’auteur déconstruit le mythe du « super-héros » en blouse blanche. Il offre une véritable absolution laïque. Vous n’avez pas eu le temps de raser Monsieur Paul ce matin parce qu’il y a eu une urgence dans la chambre 12 ? Ce n’est pas de la maltraitance. C’est de la vie. En posant des mots sur cette réalité, le livre agit comme un anxiolytique puissant. Il autorise le lecteur à accepter ses limites.
L’auteur développe ce qu’il appelle le « Kit anti-culpabilité », une série de réflexes mentaux pour laisser le travail au travail. Il y explique, avec une justesse psychologique rare, comment le soignant devient une « éponge émotionnelle » et comment, sans une hygiène mentale stricte, il finit par ramener les fantômes du service dans son propre lit conjugal.
Ce livre ne vous apprendra pas à faire un lit au carré. Il vous apprendra à vous regarder dans le miroir le soir en vous disant : « J’ai fait de mon mieux, et c’est suffisant. » Rien que pour ce message, martelé avec bienveillance, l’ouvrage devrait être remboursé par la Sécurité Sociale.
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Briser les murs du silence : Sexe, Rire et « Familles Dragons »
Si la première partie panse les plaies, la deuxième partie arme le soignant pour le combat quotidien. Car l’EHPAD est une jungle sociale où il faut savoir se positionner.
Nicolas Morel excelle dans l’art de nommer les choses que tout le monde voit mais que personne ne dit. Le style est direct, parfois cru, toujours respectueux. On sent le vécu à chaque paragraphe.
La méthode « Famille Dragon »
C’est sans doute le chapitre qui sera le plus photocopié et affiché dans les bureaux des infirmières coordinatrices. L’auteur y aborde la gestion des familles agressives, celles qui hurlent pour un vêtement perdu ou une soupe tiède. Au lieu de diaboliser ces familles ou de prôner une soumission polie, Morel propose une analyse fine : l’agressivité est le symptôme de leur culpabilité d’avoir « placé » leur parent. Il livre une méthode clé en main, la méthode « Famille Dragon », pour désamorcer ces conflits sans s’épuiser. Des phrases types, des postures physiques, des réparties : c’est du pragmatisme pur. On sort de la théorie pour entrer dans la survie relationnelle.
Sexe et Humour noir : la vie malgré tout
L’ouvrage courageux s’aventure aussi sur les terrains minés. La sexualité des résidents, grand tabou des institutions, est traitée avec une intelligence remarquable. Comment réagir quand on surprend deux résidents ? Comment gérer la libido parfois désinhibée par la démence ? L’auteur rappelle que l’EHPAD est un lieu de vie, pas un couvent, et invite les soignants à être les gardiens de cette intimité, quitte à choquer les familles.
De même, le chapitre sur le rire est une pépite. Nicolas Mortel y défend le droit à l’humour « carabin », cet humour noir, parfois grinçant, qui résonne dans les salles de pause. « Si on ne rit pas, on meurt », écrit-il. Il trace la ligne rouge entre moquerie et soupape de sécurité, validant ce besoin viscéral de décompresser par le rire face à l’absurdité de la vieillesse et de la mort.
C’est là toute la force de ce livre : il ne juge jamais. Il comprend. Il est le collègue idéal qui vous tape sur l’épaule après une journée d’enfer pour vous dire : « T’inquiète pas, c’est normal ce que tu ressens. »
Les Invisibles et la Révolution du « Prendre soin de soi »
Enfin, « Soigner sans s’oublier » est un livre politique, au sens noble du terme. Il redessine la hiérarchie de l’importance dans nos établissements de santé.
Il rend un hommage vibrant, presque bouleversant, aux « invisibles » du système : les ASH (Agents de Service Hospitalier) et les équipes de nuit. Les pages consacrées à la nuit sont d’une poésie sombre et magnifique. L’auteur y décrit ce huis clos particulier, cette responsabilité écrasante de porter une maison de 80 âmes à deux ou trois, dans le silence des couloirs. Il redonne ses lettres de noblesse à ces veilleurs de l’ombre souvent oubliés des formations classiques.
La Révolution copernicienne du soin
Mais la conclusion de l’ouvrage est ce qui restera gravé dans l’esprit du lecteur. Nicolas Morel inverse le paradigme habituel. Le dogme classique dit : « Le résident d’abord ». Morel ose dire : « Le soignant d’abord ».
Ce n’est pas de l’égoïsme, c’est du réalisme. Il démontre par A + B que l’outil de travail du soignant, ce n’est pas le chariot de soins, c’est lui-même. Son corps, son empathie, sa patience. Si cet outil casse, il n’y a plus de soin. « Vous êtes l’infrastructure la plus précieuse de la maison », martèle-t-il.
En refermant ce livre, on a envie de l’offrir. On a envie de l’offrir à cette collègue qui pleurait hier dans la lingerie. On a envie de l’offrir à ce jeune stagiaire IFSI qui découvre la violence du terrain. On a envie de l’offrir aux familles pour qu’elles comprennent. On a même envie de l’offrir à certains directeurs, pour qu’ils se rappellent ce que manager veut dire.
Nicolas Morel signe ici bien plus qu’un guide pratique. Il signe un pacte de confiance renouvelé avec une profession abîmée. Il nous rappelle que soigner les vieux est l’une des tâches les plus nobles de notre civilisation, mais qu’elle ne doit pas se faire au prix du sacrifice de ceux qui l’accomplissent.
Verdict : Indispensable. Vital. Lumineux.
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Le livre « Soigner sans s’oublier : Manuel de survie en EHPAD » est disponible dès maintenant.
En raison du succès du lancement et du bouche-à-oreille très actif sur les réseaux sociaux soignants, il est conseillé de passer par le site officiel pour garantir la disponibilité.
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P.S. : Si vous êtes Directeur ou Cadre de santé, c’est sans doute le meilleur cadeau de fin d’année ou de QVT que vous puissiez faire à vos équipes. Un livre qui répare vaut mieux que dix discours.