L’organisation et le pilotage des commissions gériatriques en EHPAD représentent aujourd’hui un levier stratégique majeur pour garantir la qualité des soins et la sécurité des résidents. Dans un contexte où le vieillissement démographique s’accélère et où les attentes des familles en matière de transparence se renforcent, ces instances pluridisciplinaires doivent évoluer vers des pratiques plus rigoureuses et mieux documentées. Cet article propose un panorama opérationnel pour structurer, animer et évaluer efficacement une commission gériatrique.
Sommaire
- Composer une équipe pluridisciplinaire performante et adaptée aux réalités du terrain
- Structurer les réunions pour maximiser leur efficacité et leur traçabilité
- Piloter la réévaluation médicamenteuse et la prévention des risques iatrogènes
- Personnaliser les plans de soins et garantir leur mise en œuvre quotidienne
- Évaluer la performance de la commission et ancrer une culture d’amélioration continue
- Vers une approche stratégique et pérenne de la qualité des soins en institution
- Mini-FAQ
Composer une équipe pluridisciplinaire performante et adaptée aux réalités du terrain
La première condition de réussite d’une commission gériatrique réside dans la constitution d’une équipe aux compétences complémentaires. Le médecin coordonnateur occupe une place centrale. Il assure la cohérence médicale, valide les prescriptions et garantit le respect des référentiels de bonnes pratiques.
Autour de lui, l’infirmier coordinateur ou l’IDEC apporte une vision opérationnelle quotidienne. Il connaît les capacités réelles des résidents, identifie les risques et facilite la transmission des informations entre soignants et médecins. Les aides-soignants, souvent en première ligne, doivent également être représentés ou consultés : leur regard clinique est précieux pour détecter des changements subtils chez les résidents.
L’intégration d’un psychologue ou d’un psychomotricien enrichit l’approche. Ces professionnels apportent un éclairage sur les troubles du comportement, la dépression ou l’anxiété, fréquents chez les personnes âgées dépendantes. Un ergothérapeute peut également intervenir ponctuellement pour adapter l’environnement ou proposer des aides techniques.
Une commission efficace repose sur la pluridisciplinarité réelle, pas seulement formelle. Chaque membre doit pouvoir s’exprimer librement et être écouté.
Bonnes pratiques pour constituer l’équipe
- Identifier un référent par pôle (médical, paramédical, psychosocial)
- Formaliser les rôles et responsabilités de chaque membre
- Organiser un temps d’échange préalable pour aligner les attentes
- Prévoir des suppléants pour garantir la continuité en cas d’absence
- Former les membres aux outils d’évaluation (AGGIR, NPI, MMSE, etc.)
Structurer les réunions pour maximiser leur efficacité et leur traçabilité
Une commission gériatrique ne peut fonctionner sans une organisation méthodique. La fréquence des réunions doit être adaptée à la taille de l’établissement et au profil des résidents. En moyenne, une réunion mensuelle est recommandée pour les EHPAD de 80 à 120 lits. Les structures plus petites peuvent opter pour une fréquence bimestrielle, à condition de mettre en place des points de vigilance intermédiaires.
L’ordre du jour doit être préparé en amont et diffusé au moins 48 heures avant la séance. Il doit inclure :
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- Les résidents présentant une évolution clinique notable
- Les réévaluations de prescriptions médicamenteuses
- Les incidents iatrogènes ou chutes survenus depuis la dernière réunion
- Les demandes spécifiques des équipes ou des familles
Chaque dossier doit être traité selon une trame standardisée : présentation du contexte, analyse clinique, décision collégiale, plan d’action et responsable du suivi. Cette structuration facilite la prise de décision et garantit la traçabilité.
Exemple concret
Un EHPAD de 95 lits en région Auvergne-Rhône-Alpes a mis en place une fiche pré-remplie numérique pour chaque résident discuté en commission. Cette fiche, renseignée par l’IDEC, compile l’évolution des constantes, les transmissions ciblées, les derniers résultats biologiques et les observations des aides-soignants. En commission, le médecin coordonnateur dispose ainsi d’une vision synthétique et peut se concentrer sur la décision médicale. Le temps moyen de discussion par résident est passé de 12 à 7 minutes, permettant de traiter davantage de dossiers sans allonger la réunion.
Piloter la réévaluation médicamenteuse et la prévention des risques iatrogènes
La polymédication concerne une majorité des résidents en EHPAD. Selon les données de la Haute Autorité de Santé, plus de 60 % des personnes âgées en institution prennent au moins 7 médicaments par jour. Ce phénomène augmente les risques d’interactions, d’effets indésirables et de pertes d’autonomie.
La commission gériatrique doit donc intégrer un volet dédié à la révision des prescriptions. Cette démarche s’appuie sur des outils validés comme les critères de Beers ou les recommandations STOPP/START. L’objectif est double : éviter la surprescription et optimiser les traitements réellement nécessaires.
Étapes de la réévaluation médicamenteuse
- Identifier les résidents prioritaires : ceux ayant plus de 7 médicaments, une fonction rénale altérée ou des antécédents de chutes.
- Analyser chaque ligne de prescription : indication, posologie, durée, interactions potentielles.
- Décider collégialement : arrêt, substitution, ajustement ou maintien.
- Informer le résident et la famille : expliquer les raisons des modifications.
- Suivre l’évolution clinique : réévaluer après 15 jours puis à 1 mois.
En moyenne, une réévaluation médicamenteuse bien conduite permet de réduire de 15 à 20 % le nombre de lignes de prescription sans impact négatif sur l’état de santé.
Le rôle du pharmacien référent est essentiel dans ce processus. Certains EHPAD ont formalisé des binômes médecin-pharmacien pour analyser les ordonnances avant chaque commission. Cette collaboration améliore la pertinence des décisions et renforce la sécurité des résidents.
| Risque iatrogène fréquent | Classe médicamenteuse | Action recommandée |
|---|---|---|
| Chutes et confusion | Benzodiazépines | Déprescription progressive |
| Hypotension orthostatique | Antihypertenseurs | Ajustement posologique |
| Troubles digestifs | AINS | Substitution par antalgiques de palier 1 |
| Déshydratation | Diurétiques | Surveillance hydrique renforcée |
Conseil opérationnel : Mettez en place un tableau de bord mensuel listant les résidents poly-médicamentés et les modifications apportées. Ce suivi permet d’évaluer l’impact des décisions prises en commission.
Personnaliser les plans de soins et garantir leur mise en œuvre quotidienne
Un des objectifs majeurs de la commission gériatrique est de définir et d’ajuster les plans de soins individualisés. Ceux-ci doivent refléter les besoins réels des résidents, en tenant compte de leur état de santé, de leurs capacités fonctionnelles, de leurs préférences et de leur projet de vie.
L’évaluation repose sur plusieurs outils complémentaires. La grille AGGIR permet de mesurer le degré de dépendance et d’orienter les ressources humaines. Le GIR Moyen Pondéré (GMP) influence directement le financement de la section dépendance et doit être mis à jour régulièrement.
Mais ces indicateurs ne suffisent pas. La commission doit intégrer une dimension qualitative : quelles sont les activités que le résident peut encore réaliser seul ? Quelles stimulations peut-on proposer pour maintenir ses capacités ? Comment respecter ses habitudes de vie ?
Questions fréquentes
Comment adapter le plan de soins en cas de refus de soins répétés ?
Plutôt que de forcer, adoptez la méthode DICE : décrivez le comportement, investiguer les causes possibles, créer une stratégie adaptée et évaluer l’efficacité. Cette approche respecte la dignité du résident tout en facilitant l’accompagnement.
Quel rôle joue la famille dans la révision du plan de soins ?
La famille doit être informée et associée aux décisions importantes. Organisez des rencontres régulières pour recueillir leurs observations et ajuster le projet d’accompagnement en conséquence.
Comment gérer les situations d’agressivité en EHPAD ?
Identifiez les facteurs déclenchants, formez les équipes aux techniques de gestion de l’agressivité et intégrez des approches non médicamenteuses avant d’envisager un traitement pharmacologique.
Assurer le suivi et la traçabilité des décisions prises
Chaque décision prise en commission doit être documentée dans le dossier du résident et communiquée aux équipes de soins. Les transmissions ciblées sont un outil efficace pour structurer l’information et garantir la continuité des soins.
Un tableau de suivi centralisé, accessible via le logiciel de gestion des soins, permet de vérifier la mise en œuvre des actions décidées. Chaque action doit avoir un responsable identifié et une échéance claire.
Conseil opérationnel : Organisez un point d’étape deux semaines après chaque commission pour vérifier l’application des décisions et ajuster si nécessaire.
Évaluer la performance de la commission et ancrer une culture d’amélioration continue
Une commission gériatrique efficace ne se contente pas de fonctionner : elle s’évalue régulièrement pour progresser. Les indicateurs clés de performance doivent être définis dès la mise en place de l’instance.
Indicateurs quantitatifs
- Nombre de résidents discutés par réunion
- Taux de mise en œuvre des décisions
- Nombre de déprescriptions réalisées
- Évolution du GMP de l’établissement
- Nombre d’incidents iatrogènes ou de chutes
Indicateurs qualitatifs
- Satisfaction des équipes soignantes
- Retours des familles sur la qualité de prise en charge
- Sentiment de sécurité des résidents
- Degré de participation active des membres de la commission
Un audit annuel peut être mené par un consultant externe ou par la direction de l’établissement. Cet audit permet d’identifier les points d’amélioration et de valoriser les bonnes pratiques.
Exemple de tableau de bord mensuel
| Indicateur | Objectif | Réalisé | Écart |
|---|---|---|---|
| Résidents discutés | 15 | 18 | +3 |
| Actions réalisées | 90 % | 85 % | -5 % |
| Chutes du mois | <5 | 3 | +2 |
| Déprescriptions | 10 | 12 | +2 |
Former et soutenir les équipes pour pérenniser la démarche
La réussite d’une commission gériatrique dépend aussi de la compétence et de l’implication des équipes. Les formations obligatoires en EHPAD constituent un socle indispensable, mais il faut aller plus loin.
Proposez des formations spécifiques sur la gériatrie, la pharmacologie, les troubles cognitifs ou la bientraitance. Encouragez les échanges de pratiques entre établissements. Valorisez les initiatives des soignants et reconnaissez leur expertise.
En période de tension sur les effectifs, l’activation d’un mode dégradé peut s’avérer nécessaire. La commission gériatrique doit alors prioriser les résidents les plus fragiles et adapter temporairement son fonctionnement.
Conseil opérationnel : Créez un groupe de travail dédié à la commission gériatrique, avec des temps de préparation et de débriefing. Cela renforce la cohésion et facilite l’adhésion de tous.
Vers une approche stratégique et pérenne de la qualité des soins en institution
La commission gériatrique n’est pas une simple obligation réglementaire : c’est un outil de pilotage central pour améliorer la prise en charge des résidents en EHPAD. Elle favorise la pluridisciplinarité, la coordination et la sécurité des soins.
Dans un contexte de vieillissement accru de la population, de renforcement des attentes des familles et de tensions sur les ressources humaines, il est indispensable de professionnaliser ces instances. Cela passe par une structuration rigoureuse, une traçabilité exemplaire, une évaluation régulière et une formation continue des équipes.
Les établissements qui investissent dans cette démarche constatent rapidement des bénéfices concrets : diminution des incidents, amélioration de la qualité de vie, meilleure satisfaction des résidents et de leurs proches, valorisation des équipes soignantes.
Une commission gériatrique performante contribue directement à la qualité de vie des résidents et à la sérénité des équipes.
Les EHPAD engagés dans une démarche de certification trouveront dans la commission gériatrique un atout majeur pour répondre aux exigences de la Haute Autorité de Santé. La transparence, la traçabilité et l’amélioration continue sont des piliers désormais incontournables.
Enfin, n’oubliez pas l’importance de la communication. Les décisions prises en commission doivent être partagées avec l’ensemble des équipes, mais aussi avec les résidents et leurs familles. L’affichage des documents réglementaires à l’entrée de l’établissement participe de cette démarche de transparence.
Mini-FAQ
Quelle est la fréquence idéale pour organiser une commission gériatrique ?
Une réunion mensuelle est recommandée pour les EHPAD de taille moyenne. Pour les petites structures, une fréquence bimestrielle peut suffire, à condition d’organiser des points intermédiaires en cas de besoin urgent.
Qui doit obligatoirement participer à la commission gériatrique ?
Le médecin coordonnateur, l’infirmier coordinateur (IDEC) et un représentant de la direction sont indispensables. L’intégration d’un psychologue, d’un pharmacien ou d’un ergothérapeute est fortement conseillée selon les sujets abordés.
Comment impliquer les aides-soignants dans la commission gériatrique ?
Même s’ils ne participent pas systématiquement aux réunions, recueillez leurs observations en amont via des fiches de transmissions ou des temps d’échange dédiés. Leur regard est essentiel pour comprendre les besoins réels des résidents.

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