Les résidents atteints de dysphagie en EHPAD nécessitent une attention particulière pour assurer leur sécurité alimentaire. La gestion adéquate des textures alimentaires, l’utilisation judicieuse des épaississants et le suivi régulier des apports nutritionnels sont essentiels pour prévenir les risques de fausses routes, de déshydratation et de dénutrition.
Choisir les textures adaptées selon l’IDDSI pour une alimentation sécurisée
L’ajustement des textures alimentaires est fondamental pour les personnes dysphagiques. L’initiative internationale IDDSI (International Dysphagia Diet Standardisation Initiative) a établi une classification standardisée des textures des aliments et des liquides. Ce système facilite la mise en place de régimes adaptés en EHPAD.
- Niveau 7 – Texture normale : Aliments tendres, sans restriction de taille, mais sans morceaux durs ou fibreux.
Niveau 6 – Petits morceaux tendres : Viandes cuites et tendres découpées en morceaux de 0,8 cm à 1,5 cm, adaptées pour une mastication minimale.
Niveau 5 – Finement haché et lubrifié : Aliments finement hachés avec une taille de particules contrôlée, facilitant la déglutition.
Niveau 4 – Mixé : Préparations homogènes et lisses, sans morceaux, pour une ingestion sans effort de mastication.
Niveau 3 – Liquéfié : Aliments sous forme liquide, pouvant être consommés à la cuillère ou au verre, adaptés aux difficultés de déglutition sévères.
Adapter les textures selon cette classification permet de répondre aux besoins spécifiques de chaque résident, en tenant compte de l’évolution de leur dysphagie.
Utiliser efficacement les épaississants pour sécuriser les boissons
L’épaississement des liquides est une pratique courante pour faciliter la déglutition chez les résidents dysphagiques. Le choix de l’épaississant influe sur la texture, la stabilité et la palatabilité des boissons.
- Épaississants à base de gomme de xanthane : Ces produits offrent une texture stable, transparente et sans goût. Ils ne continuent pas d’épaissir avec le temps et résistent à l’action de l’amylase salivaire. Ils sont idéaux pour les résidents nécessitant un contrôle strict des glucides et des calories.
Épaississants à base d’amidon : Bien que pratiques, ils peuvent continuer à épaissir après préparation et leur texture peut être altérée par la chaleur ou la salive. Il est donc crucial de les utiliser avec précaution pour maintenir une consistance adéquate.
Les niveaux d’épaisseur des liquides, définis par l’IDDSI, permettent d’adapter les boissons aux capacités de déglutition des résidents :- Niveau 1 – Très légèrement épais : S’écoule rapidement, peut être bu au verre.
Niveau 2 – Légèrement épais : S’écoule plus lentement, toujours buvable au verre.
Niveau 3 – Modérément épais : Nécessite un effort modéré pour être aspiré, peut être consommé au verre ou à la cuillère.
Niveau 4 – Très épais : Doit être consommé à la cuillère, ne peut pas être bu au verre ni aspiré à la paille.
Une formation du personnel sur l’utilisation des épaississants et une évaluation régulière des préparations sont indispensables pour assurer la sécurité des résidents.
Assurer un suivi rigoureux des apports nutritionnels et hydriques
Le suivi des apports est crucial pour prévenir la déshydratation et la dénutrition chez les résidents dysphagiques. Plusieurs mesures peuvent être mises en place en EHPAD.
- Positionnement lors des repas : Veiller à ce que le résident soit bien installé, en position redressée, pour faciliter la déglutition et réduire les risques de fausses routes.
Soins de bouche : Un nettoyage régulier de la bouche et des dents prévient les infections pulmonaires liées à l’aspiration de bactéries buccales.
Suivi des apports hydriques et nutritionnels : Tenir un registre quotidien des quantités ingérées pour détecter rapidement toute insuffisance.
Enrichissement de l’alimentation : Proposer des repas enrichis en calories et en protéines, ainsi que des compléments nutritionnels oraux, pour maintenir un bon état nutritionnel.
Encourager le plaisir alimentaire : Offrir des repas agréables et variés pour stimuler l’appétit et favoriser la participation des résidents.
Un travail en équipe pluridisciplinaire, incluant médecins, diététiciens, orthophonistes et personnel soignant, est essentiel pour adapter les stratégies nutritionnelles à chaque résident.
Mettre en place des pratiques sécuritaires pour les repas en EHPAD
Au-delà des textures et des apports, d’autres facteurs contribuent à la sécurité alimentaire des résidents dysphagiques.
- Utilisation de vaisselle adaptée : Préférer les verres à découpe nasale, qui permettent au résident de boire sans incliner la tête en arrière, réduisant ainsi le risque d’étouffement.
Éviter les contenants inappropriés : Les canettes, verres hauts ou à goulot peuvent augmenter les risques de fausses routes. Il est recommandé de les remplacer par des contenants plus sécurisés.
Former le personnel : Sensibiliser l’ensemble de l’équipe aux spécificités de la dysphagie et aux gestes à adopter en cas de difficulté lors de l’alimentation.
Impliquer les résidents : Encourager l’autonomie quand cela est possible et respecter les préférences alimentaires pour maintenir une qualité de vie optimale.
En intégrant ces pratiques, les EHPAD peuvent offrir un environnement sécurisant pour les résidents dysphagiques, tout en préservant leur plaisir de manger.
Assurer une nutrition sécurisée pour les résidents dysphagiques en EHPAD est un enjeu majeur qui nécessite une approche globale. En adaptant les textures, en utilisant les épaississants de manière appropriée et en assurant un suivi régulier des apports, les établissements peuvent garantir le bien-être de leurs résidents et prévenir les complications liées à la dysphagie.