L’année démarre dans un contexte de tensions budgétaires et d’attentes fortes de la part des Français : 84 % d’entre eux placent l’accès aux soins en tête de leurs priorités. Pour les professionnels d’EHPAD, débuter ce mois de janvier constitue une occasion stratégique de se fixer des résolutions concrètes, adaptées aux évolutions réglementaires et aux enjeux du secteur médico-social. Entre nouveaux décrets, pression démographique et innovations technologiques, voici 9 résolutions essentielles à prendre pour bien aborder cette année et renforcer la qualité d’accompagnement des résidents.
Sommaire
- S’approprier l’élargissement des compétences infirmières
- Intégrer les protocoles de coopération pour déployer de nouveaux rôles
- Adopter les outils numériques et l’intelligence artificielle au quotidien
- Renforcer la prévention et la couverture vaccinale
- Optimiser la coordination des parcours complexes
- Se former aux innovations thérapeutiques de pointe
- Améliorer la sécurité et la résilience face aux violences
- Réduire la charge administrative et fiabiliser la facturation
- S’adapter au boom des soins seniors et à domicile
- Encadré récapitulatif : Les 9 résolutions en un coup d’œil
- Perspectives : un virage stratégique à négocier ensemble
S’approprier l’élargissement des compétences infirmières
Le décret du 24 décembre dernier ouvre une nouvelle page pour les infirmiers. Il autorise désormais le diagnostic infirmier propre (évaluation clinique, analyse des antécédents, identification de besoins) ainsi que la vaccination autonome dès 11 ans, hors immunodépression.
À partir de juillet prochain, la prescription de dispositifs médicaux, pansements et bilans biologiques sera également possible sans ordonnance médicale préalable.
Pour les IDEC et infirmiers en EHPAD, cette autonomie renforcée représente un double défi :
- Se former aux nouvelles responsabilités (évaluation, prescription, traçabilité).
- Adapter les protocoles internes pour sécuriser juridiquement ces actes.
« Cette évolution va nous permettre de gagner en réactivité, notamment face aux plaies chroniques ou aux bilans de suivi. Mais elle nécessite une appropriation rigoureuse du cadre. » — Témoignage d’un IDEC en EPHAD rural.
Action pratique : organiser une réunion d’équipe dès janvier pour identifier les situations d’application concrètes (suivi de plaies, vaccination grippe/pneumocoque, renouvellement de dispositifs), et prévoir une formation interne sur la traçabilité et les limites de l’autonomie.
Intégrer les protocoles de coopération pour déployer de nouveaux rôles
La Direction Générale de l’Offre de Soins (DGOS) encourage les protocoles de coopération entre professionnels de santé. Ces dispositifs permettent de déléguer certaines tâches (aides-soignants, psychologues, orthophonistes) tout en valorisant les compétences de chacun.
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J’accède au stock illimitéEn EHPAD, cela peut se traduire par :
- La création de référents douleur ou nutrition parmi les aides-soignants formés.
- La mise en place de coordination structurée avec l’HAD pour les résidents en soins palliatifs ou nécessitant des perfusions complexes.
- L’implication d’orthophonistes dans l’évaluation systématique des troubles de la déglutition.
Bénéfices attendus :
- Réduction du temps de réaction face aux situations critiques.
- Reconnaissance accrue des compétences paramédicales.
- Prime de coopération instituée pour valoriser l’engagement.
Action pratique : faire le point avec la direction sur les protocoles déjà actifs ou envisageables, et structurer un groupe projet avec les équipes concernées. Penser à formaliser les missions déléguées pour garantir la sécurité juridique et organisationnelle.
Adopter les outils numériques et l’intelligence artificielle au quotidien
La stratégie nationale IA-santé 2025-2028 est désormais opérationnelle. Elle prévoit notamment :
- L’intégration d’assistants vocaux pour réduire la charge administrative (dictée de transmissions, remplissage du DMP).
- Des outils de prédiction multi-omique et de télésuivi pour les traitements anticancéreux oraux.
- Des dispositifs thérapeutiques numériques (DTx), comme les applications de réalité virtuelle pour gérer l’anxiété, la douleur ou stimuler les fonctions cognitives.
Dans un EHPAD, ces innovations peuvent paraître lointaines, mais plusieurs applications existent déjà :
- Litière numérique pour optimiser les changes et prévenir les escarres (plus de détails dans cet article).
- Logiciels de suivi nutritionnel connectés pour alerter en cas de dénutrition.
- Tablettes de stimulation cognitive adaptées aux troubles neurocognitifs.
« L’IA ne remplace pas le soignant, mais elle libère du temps pour ce qui compte vraiment : le lien avec le résident. »
Action pratique : réaliser un diagnostic des outils déjà disponibles (logiciels de soins, DMP, matériel connecté) et identifier une seule innovation à tester en 2026, en mode projet pilote avec formation des équipes.
Renforcer la prévention et la couverture vaccinale
L’Assurance Maladie a publié 60 propositions pour améliorer la prévention et l’accès aux soins. Parmi elles :
- Booster les dépistages (cancers colorectal/sein/col, hypertension artérielle, troubles visuels).
- Augmenter la couverture vaccinale, notamment grippe, pneumocoque et zona.
- Former 1 million de secouristes en santé mentale pour repérer précocement les signes de détresse psychologique.
En EHPAD, la prévention reste un enjeu majeur face au vieillissement et à la polypathologie des résidents. L’autonomie vaccinale infirmière facilite désormais les campagnes internes sans mobiliser systématiquement un médecin.
Points de vigilance :
- Maintenir un calendrier vaccinal actualisé pour chaque résident.
- Organiser des dépistages systématiques (vision, audition, dénutrition, douleur).
- Sensibiliser les familles à l’importance des vaccinations, notamment en cas de refus initial.
Action pratique : auditer le taux de couverture vaccinale actuel de l’établissement et fixer un objectif d’amélioration de 10 points d’ici la fin du premier trimestre. Intégrer ce suivi dans les réunions d’équipe pluridisciplinaire.
Optimiser la coordination des parcours complexes
Les résidents en EHPAD présentent souvent des parcours de soins lourds : hospitalisations répétées, polypathologie, troubles psychiatriques, fin de vie. La coordination entre acteurs (médecin traitant, HAD, CPTS, hôpital, familles) est cruciale mais encore trop souvent insuffisante.
Nouvelles possibilités :
- Devenir infirmier référent de parcours au sein d’une CPTS (Communauté Professionnelle Territoriale de Santé).
- Structurer les sorties d’hospitalisation pour éviter les ruptures de traitement ou les ré-hospitalisations évitables.
- Utiliser le BSI (Bilan de Soins Infirmiers) et les outils Equilibres pour ajuster les ressources en fonction de la charge réelle.
« Quand la sortie d’hôpital est bien coordonnée, on évite 70 % des situations de crise dans les 48 heures. » — Retour d’expérience d’un IDEC.
Action pratique : cartographier les acteurs du territoire (médecins, HAD, CPTS, pharmaciens) et identifier un référent coordination au sein de l’établissement. Mettre en place un protocole de transmission structuré lors des entrées/sorties, avec checklist et délais de suivi.
Se former aux innovations thérapeutiques de pointe
Les traitements évoluent vite. En neurologie, gériatrie et oncologie, de nouvelles molécules et approches thérapeutiques arrivent ou sont en phase avancée de déploiement :
- Thérapies géniques (CRISPR pour drépanocytose, thérapies oculaires).
- GLP-1 oraux pour le diabète et la perte de poids (orforglipron attendu fin d’année).
- Anti-amyloïdes pour Alzheimer (Lecanemab, Donanemab) qui ralentissent le déclin cognitif.
- CAR-T allogéniques, thérapies ciblées en oncologie et ARN messager hors COVID.
Pourquoi cela concerne les EHPAD ?
Parce que certains résidents peuvent être candidats à ces traitements ou en bénéficier déjà. Les équipes doivent :
- Connaître les effets secondaires (troubles neurologiques, immunosuppression).
- Adapter le suivi (bilans biologiques, télémédecine, coordination avec le spécialiste).
- Informer les familles de manière éclairée.
L’échelle de Scheltens, utilisée en imagerie pour mesurer l’atrophie hippocampique, permet par exemple d’objectiver la progression d’Alzheimer et d’ajuster l’indication de certains traitements.
Action pratique : intégrer dans le plan de formation une session dédiée aux nouvelles thérapeutiques, en lien avec le médecin coordonnateur. Prévoir également une veille mensuelle via des sources institutionnelles (HAS, Prescrire).
Améliorer la sécurité et la résilience face aux violences
La loi adoptée fin juin dernier aggrave les peines contre les infractions commises à l’encontre des soignants, quel que soit le lieu d’exercice. Ce durcissement témoigne de la réalité des violences subies, y compris en EHPAD (agressions de résidents souffrant de troubles du comportement, tensions avec les familles).
Les leviers à activer :
- Former les équipes à la gestion des situations d’agressivité et à la désescalade.
- Mettre en place un système de signalement interne pour recueillir et traiter systématiquement les faits (registre, analyse, mesures correctives).
- Renforcer la culture de la bientraitance, qui protège à la fois résidents et soignants.
Le PACK INTÉGRAL : Neuro-Gériatrie & Troubles du Comportement propose des outils concrets pour structurer la prévention et l’accompagnement au quotidien.
Action pratique : organiser un débriefing systématique après chaque incident, avec analyse collective et mise en place de mesures préventives. Ne jamais banaliser. Penser également à l’accompagnement psychologique des soignants exposés.
Réduire la charge administrative et fiabiliser la facturation
Le DMP (Dossier Médical Partagé) devient incontournable. L’Assurance Maladie conditionne désormais certains tarifs à l’alimentation systématique du DMP. Parallèlement, les plateformes de transport et la nomenclature NGAP évoluent pour mieux reconnaître les actes de coordination, les perfusions longues ou les soins de fin de vie.
Risques à éviter :
- Baisse de tarifs en cas de non-alimentation du DMP.
- Facturation erronée ou incomplète (perte de recettes).
- Dégressivité tarifaire en cas de non-respect des règles (notamment en soins infirmiers libéraux intervenant en EHPAD).
Opportunités :
- Reconnaissance financière des actes de coordination (notamment visite de coordination NGAP).
- Optimisation des transports via la nouvelle plateforme de l’Assurance Maladie.
Action pratique : auditer la complétude du DMP pour tous les résidents et former les équipes aux nouveaux codes NGAP applicables. Prévoir une revue trimestrielle de la facturation pour éviter toute perte de recettes.
S’adapter au boom des soins seniors et à domicile
Le vieillissement démographique explose. D’ici 2029, il faudra 56 % de places supplémentaires en EHPAD. Parallèlement, 74 % des seniors refusent l’entrée en établissement et privilégient le maintien à domicile (données DREES).
La loi « Bien vieillir » impose aux entreprises de plus de 1 000 salariés d’employer 5 % de seniors de plus de 60 ans. Le secteur médico-social doit recruter 350 000 postes d’ici trois ans.
Pour les EHPAD, cela signifie :
- Développer les liens avec l’HAD et les services de soins à domicile.
- Proposer des formules d’accueil temporaire ou de jour pour répondre aux besoins intermédiaires.
- Intégrer des outils de télésuivi pour accompagner les résidents en sortie ou en pré-admission.
« Nous avons ouvert un accueil de jour en septembre. En trois mois, il nous a permis de fidéliser 8 familles qui envisagent désormais une entrée en hébergement permanent. » — Retour d’un directeur d’EHPAD.
La grille AGGIR et le GMP restent des outils clés pour ajuster les moyens et anticiper l’évolution de la dépendance.
Action pratique : étudier la faisabilité d’un accueil de jour ou d’une offre d’hébergement temporaire. Renforcer les partenariats avec les acteurs du domicile (SSIAD, infirmiers libéraux, HAD) pour fluidifier les parcours et éviter les ruptures.
Encadré récapitulatif : Les 9 résolutions en un coup d’œil
- S’approprier l’élargissement des compétences infirmières (décret de décembre, prescription, vaccination autonome).
- Intégrer les protocoles de coopération pour élargir les rôles et valoriser les équipes.
- Adopter les outils numériques et l’IA pour gagner du temps et améliorer la qualité.
- Renforcer la prévention et la couverture vaccinale (grippe, pneumocoque, dépistages).
- Optimiser la coordination des parcours complexes (sorties d’hôpital, HAD, CPTS).
- Se former aux innovations thérapeutiques (anti-amyloïdes, GLP-1, thérapies géniques).
- Améliorer la sécurité et la résilience face aux violences (loi, signalement, bientraitance).
- Réduire la charge administrative et fiabiliser la facturation (DMP, NGAP, plateforme transports).
- S’adapter au boom des soins seniors et à domicile (accueil de jour, HAD, télésuivi).
Perspectives : un virage stratégique à négocier ensemble
Ces résolutions ne sont pas de simples vœux pieux. Elles répondent à des évolutions structurelles du système de santé : déficit de la Sécurité sociale (-19,4 milliards d’ici 2029), croissance limitée des dépenses de soins de ville (+0,9 %), pression démographique et attente forte des usagers.
Les EHPAD ont un rôle central à jouer dans la transformation du parcours de santé des personnes âgées. Mais pour y parvenir, ils doivent :
- Former et soutenir les équipes, notamment via des formations en ligne ciblées.
- Investir dans les outils (numérique, matériel, protocoles).
- Renforcer la coordination interne et externe.
- Valoriser les compétences et sécuriser juridiquement les pratiques.
L’année qui démarre sera exigeante, mais elle offre aussi des opportunités inédites pour améliorer l’accompagnement, fidéliser les professionnels et réaffirmer la place des EHPAD dans le parcours de santé. À condition de s’en saisir dès maintenant, de manière collective et structurée.
Pour aller plus loin, le guide « Soigner sans s’oublier » peut constituer un point de départ pour ouvrir le dialogue avec les équipes sur la charge de travail, l’épuisement professionnel et les leviers de bien-être au travail. Parce que prendre soin des résidents commence par prendre soin de ceux qui les accompagnent.

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