Le média des professionnels en EHPAD
Guide complet 2026

Alzheimer et Maladies Neurodégénératives en EHPAD

Alzheimer, Lewy, Parkinson, DFT : diagnostic, prise en charge, unités spécialisées
et thérapies non médicamenteuses pour les professionnels d’EHPAD

1,4 M
Personnes atteintes d’Alzheimer
57 %
Résidents EHPAD avec troubles cognitifs
35,5 Md€
Coût annuel des MND
225 000
Nouveaux cas / an

1. Épidémiologie : des chiffres en hausse constante

Les maladies neurodégénératives (MND) constituent le défi majeur des EHPAD. En France, 1,4 million de personnes sont atteintes de la maladie d’Alzheimer (France Alzheimer, 2025), 270 000 de la maladie de Parkinson et 250 000 d’une démence à corps de Lewy. En EHPAD, 57 % des résidents présentent des troubles cognitifs modérés à sévères. Pour anticiper l’impact sur votre établissement, la connaissance de ces pathologies est essentielle.

225 000
Nouveaux cas Alzheimer / an
270 000
Patients Parkinson en France
250 000
Personnes atteintes de démence à corps de Lewy
x 2
D’ici 2050 (projection)
Coût économique : les MND coûtent 35,5 milliards d’euros/an à la France (dont 14 Md€ pour l’aide informelle des aidants). Seulement 34 % des personnes atteintes ont reçu un diagnostic formel, et le diagnostic est posé en moyenne 5 ans après les premiers signes.

2. Les 4 principales pathologies en EHPAD

🧠
Alzheimer

70 % des démences. Mémoire, orientation, langage.

👁
Corps de Lewy

20 % des MND. Hallucinations, fluctuations.

🗣
DFT

Désinhibition, apathie, troubles du langage.

Parkinson

Tremblements, rigidité, démence à 25-30 %.

Pour comprendre les 4 grands types de maladies neurodégénératives et leurs stades évolutifs, nous avons des articles dédiés. Savoir différencier vieillissement normal et démence est un préalable essentiel.

Maladie d’Alzheimer — 7 stades de Reisberg

StadeDénominationSymptômes clésMMSE
1-2Normal / Déclin très légerOublis bénins, mots manquants28-30
3Déclin léger (pré-démence)Troubles concentration, orientation, tâches complexes24-28
4Déclin modéréOubli événements récents, difficultés tâches complexes18-24
5Déclin modérément sévèreDésorientation, aide partielle nécessaire10-18
6Déclin sévèreAide pour AVQ, agitation, errance, hallucinations1-10
7Déclin très sévèrePerte communication, dépendance totale, fausses routes0

Démence à corps de Lewy (MCL)

Deuxième démence en France (20 % des MND), dont 67 % non diagnostiquées. La triade caractéristique associe fluctuations attentionnelles, hallucinations visuelles élaborées et troubles moteurs parkinsoniens. Attention : contre-indication formelle à certains neuroleptiques (risque de syndrome malin). Consultez notre article sur la maladie à corps de Lewy.

Dégénérescence fronto-temporale (DFT)

Début moyen vers 60 ans, aussi fréquente qu’Alzheimer chez les moins de 65 ans. La variante comportementale (la plus fréquente) se manifeste par désinhibition, apathie, perte d’empathie et modifications alimentaires. Aucun traitement curatif : seules les thérapies non médicamenteuses sont efficaces.

Maladie de Parkinson et démence parkinsonienne

270 000 patients en France, nombre multiplié par 3,5 en 30 ans. La démence parkinsonienne touche 25-30 % des patients et atteint 83 % après 20 ans d’évolution.

3. Outils d’évaluation cognitive

OutilPrincipeScore / SeuilDurée
MMSEOrientation, mémoire, calcul, langage, praxies/30 — pathologique <2410 min
MoCAAttention, fonctions exécutives, mémoire, visuospatial/30 — pathologique <2610-15 min
NPI / NPI-ES12 domaines comportementaux (fréquence + sévérité)/14415-20 min
GDS / Reisberg7 stades de détérioration cognitive1 à 7Variable
CDR6 domaines (mémoire, orientation, jugement…)0 à 3 (CDR-SB : 0-18)30-40 min
Test de l’horlogeDessiner un cadran avec aiguilles (11h10)Qualitatif2-3 min
En pratique : le MoCA est plus sensible que le MMSE pour détecter les troubles cognitifs légers. Le NPI-ES (version équipe soignante) est l’outil de référence pour évaluer les SCPD et constitue un critère d’admission en UHR.

4. Prise en charge : thérapies non médicamenteuses (TNM)

La HAS privilégie les interventions non médicamenteuses en première intention. Consultez notre article sur les INM en EHPAD : de l’intuition à la preuve.

ApprochePrincipeRésultats
SnoezelenStimulation multisensorielle dans un espace dédié-23 % d’agitation
Montessori adaptéeAutonomie, progression sans échec-30 % médicaments (certains EHPAD)
HumanitudeRegard, parole, toucher, verticalité-83 % soins difficiles, neuroleptiques / 7
MusicothérapieMusique personnalisée, réminiscenceRéduction agitation, amélioration humeur
Jardin thérapeutiqueDéambulation sécurisée, hortithérapieRéduction stress, stimulation sensorielle
Art-thérapieExpression créative non verbaleAmélioration communication et estime de soi
Activité physique adaptéeÉquilibre, marche, gym douceRéduction chutes, amélioration mobilité

La conception d’une salle Snoezelen et l’utilisation de la Tovertafel complètent l’arsenal thérapeutique. Les espaces de décompression ont également fait leurs preuves.

5. Gestion des SCPD (Symptômes Comportementaux et Psychologiques)

Les SCPD touchent 90 % des patients à un stade de la maladie. Ils sont la première cause d’épuisement des soignants et d’entrée en EHPAD.

SCPDFréquenceApproche recommandée
Agitation / Agressivité50-80 %Rechercher cause (douleur, inconfort), TNM, environnement apaisant
Déambulation / Errance40-60 %Sécuriser l’espace (espaces extérieurs), parcours fléchés, jardin thérapeutique
Hallucinations15-30 %Ne pas contredire, rassurer, environnement calme. Attention Lewy : pas de neuroleptiques classiques
Troubles du sommeil25-50 %Hygiène du sommeil, luminothérapie, activité physique en journée
Refus de soins30-40 %Approche Humanitude, report du soin, adaptation du moment
Apathie60-70 %Stimulation cognitive, activités personnalisées, Montessori

La prévention des fugues et la gestion de l’agressivité et violence sont des enjeux quotidiens. Notre article sur les situations de crise propose des solutions concrètes.

6. Unités spécialisées : PASA, UHR, UVP

UnitéPublicCapacitéSpécificités
PASARésidents Alzheimer mobiles avec SCPD modérés12-14 places / jourAccueil de jour dans l’EHPAD, activités thérapeutiques, assistant de soins en gérontologie
UHRSCPD sévères altérant la sécurité12-14 litsHébergement complet, ratio soignant renforcé, NPI requis, admission sur critères stricts
UVPRésidents déambulants avec troubles cognitifsVariableEspace fermé sécurisé, libre déambulation interne, jardin clôturé

Seuls 14 % des résidents concernés sont accueillis en unité spécifique (contre 11 % en 2015). Pour approfondir : Unités de Vie Protégée à l’horizon 2025, Unité protégée : entre ouverture et protection et 5 actions pour humaniser les unités de vie.

7. Cadre réglementaire

Texte / PlanContenu
Plan Alzheimer 2008-2012Création des PASA, UHR, MAIA, ESA. 1,6 Md€ de financement.
Plan MND 2014-2019Élargissement à Parkinson, SEP, DFT. 26 centres experts Parkinson.
Loi Bien Vieillir 2024Droit de visite, personne de confiance, cellules signalement.
Stratégie décennale MNDDoublement des équipes spécialisées Alzheimer annoncé pour 2026.
HAS – Recommandations AlzheimerTNM en 1ère intention, réévaluation régulière, formation équipes.
Référentiel HAS ESSMSCritères sur la personnalisation, le respect des droits, la bientraitance.
Rapport IGAS 2024 : recommande de réformer la grille AGGIR et le référentiel PATHOS pour mieux prendre en compte les troubles cognitifs et comportementaux dans le financement des EHPAD.

8. Accompagnement des familles

  • Annonce du diagnostic : moment clé nécessitant un cadre adapté (entretien dédié, présence du médecin coordonnateur)
  • Personne de confiance : désignation systématique, rôle clarifié par la loi Bien Vieillir 2024
  • Groupes de parole : espace d’échange entre familles animé par un psychologue
  • Droit de visite : inscrit dans la loi depuis 2024, quotidien et sans restriction
  • Répit des aidants : accueil de jour, hébergement temporaire, plateformes de répit
  • Information régulière : sur l’évolution de la maladie, les changements de traitement et les activités thérapeutiques

L’admission en EHPAD avec pathologie neurodégénérative nécessite un protocole spécifique pour préparer le résident et sa famille.

9. Innovations 2025-2026

Nouveaux traitements anti-amyloïdes

Le lecanemab (Leqembi) a obtenu l’AMM européenne en novembre 2024 et son autorisation d’accès précoce en France. Il ralentit le déclin cognitif de 27 % à 18 mois au stade précoce. Le donanemab (Kisunla) est également approuvé par la FDA. Ces traitements ciblent les plaques amyloïdes et marquent un tournant dans la prise en charge.

Biomarqueurs sanguins

Des tests sanguins détectant les protéines p-tau217 et Aβ42/40 permettent désormais un diagnostic précoce avec une précision de 90 %, réduisant le recours à la ponction lombaire ou au PET-scan amyloïde.

IA et détection précoce

  • Analyse vocale par IA : détection des changements subtils de langage indicateurs de déclin cognitif
  • Analyse de la marche : capteurs détectant les modifications de déambulation prédictives
  • IRM et IA : algorithmes identifiant les patterns d’atrophie cérébrale précoces

Innovations en EHPAD

  • Jardins thérapeutiques connectés : parcours sensoriels sécurisés avec géolocalisation discrète
  • Réalité virtuelle thérapeutique : réminiscence immersive, stimulation cognitive, relaxation
  • Tovertafel : jeux de lumière interactifs projetés sur table, stimulant l’interaction sociale

10. Questions fréquentes

Quel pourcentage de résidents EHPAD est concerné ?

57 % des résidents présentent des troubles cognitifs modérés à sévères. En USLD, ce chiffre atteint 70 %. Environ 261 000 résidents d’EHPAD souffrent d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée.

Comment différencier Alzheimer et démence à corps de Lewy ?

Dans Alzheimer, les troubles de la mémoire dominent d’emblée. Dans la MCL, les hallucinations visuelles, les fluctuations attentionnelles et les troubles moteurs parkinsoniens sont au premier plan. La MCL présente une contre-indication aux neuroleptiques classiques.

Qu’est-ce qu’un PASA ?

Le Pôle d’Activités et de Soins Adaptés accueille en journée 12 à 14 résidents Alzheimer mobiles avec SCPD modérés. Il propose des activités thérapeutiques encadrées par un assistant de soins en gérontologie (ASG). Il se distingue de l’UHR qui accueille les SCPD sévères en hébergement complet.

Les neuroleptiques sont-ils recommandés ?

Non en première intention. La HAS recommande les thérapies non médicamenteuses d’abord. Les neuroleptiques ne sont envisagés qu’en dernier recours, à dose minimale et durée limitée, après échec des TNM. Ils sont formellement contre-indiqués dans la démence à corps de Lewy.

Le lecanemab est-il disponible en France ?

Le lecanemab (Leqembi) a obtenu l’AMM européenne en novembre 2024 et bénéficie d’une autorisation d’accès précoce en France. Il cible les patients au stade précoce (MCI ou démence légère) avec confirmation de pathologie amyloïde. Il ralentit le déclin de 27 % à 18 mois.

Quels outils pour évaluer les troubles du comportement ?

Le NPI-ES (Inventaire Neuropsychiatrique version équipe soignante) évalue 12 domaines comportementaux. C’est l’outil de référence pour quantifier les SCPD et un critère d’admission en UHR. Le NPI est renseigné par les soignants et mesure la fréquence et la sévérité de chaque symptôme.

La démence fronto-temporale est-elle fréquente en EHPAD ?

La DFT représente environ 5-10 % des démences. Elle est aussi fréquente qu’Alzheimer chez les moins de 65 ans. Son profil comportemental (désinhibition, apathie, troubles alimentaires) la rend particulièrement difficile à gérer en institution.

Comment accompagner les familles ?

L’accompagnement passe par une annonce diagnostique adaptée, la désignation d’une personne de confiance, des groupes de parole, une information régulière sur l’évolution, et l’orientation vers les plateformes de répit. Le droit de visite quotidien est inscrit dans la loi depuis 2024.

Pour aller plus loin

Articles SOS EHPAD sur les maladies neurodégénératives

Unités spécialisées et approches thérapeutiques

Sources officielles