En 2025, le secteur des Ehpad est traversé par des changements majeurs. De nouvelles lois révolutionnent les compétences infirmières, autorisant par exemple les IDE à prescrire certains traitements de manière encadrée . Parallèlement, les tendances médicales montrent des résidents plus âgés, plus dépendants et souvent atteints de troubles cognitifs. Ces évolutions bousculent le quotidien des équipes soignantes. Pour maintenir une prise en charge de qualité et respecter les nouvelles obligations, aides-soignants, infirmiers et infirmiers coordonnateurs doivent actualiser leurs compétences. Quelles formations clés peuvent-ils demander à leur employeur en 2025 afin de s’adapter à ces défis et améliorer les soins ? Tour d’horizon des formations incontournables pour chaque métier soignant en Ehpad.
Sommaire
- Des lois récentes qui élargissent les missions du personnel soignant
- Des résidents plus dépendants : vers une spécialisation gériatrique indispensable
- Virage numérique et télésanté : de nouvelles compétences technologiques
- Aides-soignants : consolider les fondamentaux et évoluer
- Infirmiers (IDE) : assumer de nouvelles responsabilités cliniques
- Infirmiers coordonnateurs (IDEC) : piloter la qualité des soins et l’accompagnement
Des lois récentes qui élargissent les missions du personnel soignant
En 2025, le cadre législatif français a profondément évolué pour les soignants en Ehpad. La loi n° 2025-581 du 27 juin 2025 marque un tournant historique : elle confère aux infirmiers de nouvelles prérogatives et crée officiellement le poste d’infirmier coordonnateur (IDEC) en Ehpad . Concrètement, les infirmiers exerçant dans les 7 500 Ehpad français sont désormais autorisés à mener des consultations infirmières autonomes, à établir un diagnostic infirmier, et à prescrire certains produits de santé inscrits sur une liste définie par les autorités . Ces nouvelles responsabilités renforcent l’autonomie des IDE et visent à améliorer l’accès aux soins des résidents.
L’impact est considérable sur la formation. Pour exercer ces missions élargies en toute sécurité, chaque infirmier devra acquérir de nouvelles compétences cliniques. La loi prévoit d’ailleurs une formation minimale obligatoire d’environ 40 heures par infirmier afin de se préparer à ces actes (examen clinique approfondi, prescription raisonnée, etc.) . Les Ehpad doivent anticiper cet investissement : adapter les protocoles internes et mettre à jour les logiciels médicaux pour intégrer les prescriptions infirmières font partie des défis immédiats . Former les équipes devient donc une priorité stratégique pour tirer parti de ces évolutions légales. En effet, les infirmiers devront être formés aux bases du diagnostic et de la prescription, tandis que les médecins coordonnateurs apprendront à collaborer avec les nouveaux infirmiers coordonnateurs .
Cette réforme législative répond aussi à la crise de recrutement dans les Ehpad. Le secteur souffre d’une pénurie chronique : 40 % des postes d’infirmiers en Ehpad sont vacants selon la fédération FEHAP . En élargissant le rôle des IDE et en reconnaissant l’IDEC, le législateur valorise la profession pour la rendre plus attractive. Mais cela implique, en contrepartie, de muscler la formation continue des soignants pour qu’ils montent en compétences. Les établissements qui investiront dès maintenant dans ces formations réglementaires disposeront d’un atout décisif pour améliorer leurs soins et fidéliser leurs talents .
Des résidents plus dépendants : vers une spécialisation gériatrique indispensable
En parallèle des changements légaux, les Ehpad font face à une aggravation du profil de leurs résidents. Le niveau de dépendance moyenne (GMP) a atteint 728 points, en hausse de +15 % en cinq ans . Surtout, les troubles cognitifs explosent : plus de la moitié des résidents en Ehpad seraient atteints de la maladie d’Alzheimer ou d’une pathologie apparentée . Cet enjeu colossal impose de renforcer l’expertise gériatrique des équipes. L’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) souligne d’ailleurs un déficit très important de professionnels formés aux démences et constate que près de la moitié des Ehpad ne dispose d’aucun dispositif spécialisé (unités Alzheimer, PASA…) en interne . Les soignants « généralistes » doivent donc être formés pour compenser ce manque et adapter leurs pratiques.
La prise en charge de la maladie d’Alzheimer est un domaine où la formation continue est cruciale. Les aides-soignants et IDE peuvent solliciter des formations spécialisées comme le certificat d’Assistant de Soins en Gérontologie (ASG). Ce cursus d’environ 20 jours, échelonné sur quelques mois, enseigne les techniques d’accompagnement spécifiques des personnes atteintes de troubles cognitifs : communication adaptée, gestion de l’agitation, activités de stimulation mémoire, etc. De plus, de nombreux Ehpad mettent en place des sessions sur les approches non médicamenteuses. Exemple : le groupe Korian propose un « Passeport Gériatrique » de 102 heures, ouvert aux aides-soignants et infirmiers, axé sur les pathologies du vieillissement, la stimulation cognitive et l’accompagnement de fin de vie . Les soignants y apprennent à intégrer au quotidien des méthodes comme la musicothérapie, l’art-thérapie ou la stimulation cognitive, afin d’améliorer la qualité de vie des résidents sans recourir systématiquement aux médicaments . Former les équipes aux “soins relationnels” et aux techniques comme la méthode Montessori adaptée ou la validation émotionnelle est devenu indispensable pour assurer des soins bienveillants aux personnes désorientées.
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J’accède au stock illimitéAutre priorité : les soins palliatifs. Chaque année en France, plus d’un quart des personnes décédées étaient des résidents d’Ehpad . Les soignants sont donc fréquemment confrontés à la fin de vie et doivent être préparés à accompagner au mieux ces moments délicats. Des formations en soins palliatifs et accompagnement de fin de vie permettent d’acquérir les bons réflexes : soulager la douleur, soutenir les familles, respecter les volontés du patient en phase terminale. Ces enseignements, souvent délivrés par des réseaux de soins palliatifs ou via le Développement Professionnel Continu (DPC), aident par exemple à maîtriser la démarche palliative et la loi sur la fin de vie (sédation profonde, directives anticipées, etc.). En 2025, alors que l’accompagnement du grand âge est un défi national, investir dans ces formations gériatriques et éthiques est essentiel. Cela garantit des soins plus humains et de meilleure qualité, tout en valorisant l’expertise des soignants auprès d’une population de résidents de plus en plus âgés et fragiles.
Virage numérique et télésanté : de nouvelles compétences technologiques
Les Ehpad connaissent également une petite révolution technologique. L’essor de la télémédecine en est l’illustration la plus marquante. En 2019, seuls 17 % des Ehpad y avaient recours régulièrement, contre 65 % des établissements en 2024 . Aujourd’hui, la majorité des Ehpad organisent des téléconsultations avec des médecins généralistes ou spécialistes à distance, pour pallier la pénurie de médecins ou éviter des hospitalisations inutiles. Cette pratique nécessite des soignants à l’aise avec les outils numériques. Il faut savoir installer un équipement de visioconférence, utiliser un chariot de télémédecine, brancher des dispositifs de monitoring à distance (tensiomètre connecté, oxymètre, etc.), voire assister le médecin en télé-expertise.
Les équipes doivent donc être formées à ces outils numériques. Les employeurs peuvent proposer des formations à l’utilisation du dossier patient informatisé, du Dossier Médical Partagé (DMP) ou des logiciels de soins. Il s’agit d’apprendre à saisir les informations de façon sécurisée, à naviguer dans les interfaces, et à respecter la confidentialité des données de santé. Par exemple, le programme national « ESMS numérique » vise à accompagner les établissements médicosociaux dans la transition digitale : de nombreux Ehpad bénéficient de subventions pour s’équiper et former leur personnel à l’e-santé. Résultat : les soignants les plus expérimentés, parfois peu familiers de l’informatique, doivent monter en compétences. Des ateliers de formation interne ou des modules en e-learning peuvent les aider à acquérir les bons réflexes (saisir une observation dans le logiciel, déclarer un incident en ligne, programmer une téléconsultation…).
Par ailleurs, l’arrivée de la technologie dans les soins quotidiens implique de nouvelles connaissances. Certains Ehpad déploient des outils innovants : détecteurs de chute, capteurs connectés pour prévenir les escarres, robots d’assistance à la mobilité, etc. Former les soignants à ces gérontechnologies est nécessaire pour qu’ils sachent paramétrer et interpréter ces dispositifs, tout en gardant un regard critique (la technologie doit compléter, non remplacer, l’humain). Enfin, les directions d’Ehpad accordent de plus en plus d’importance à la cybersécurité et à la protection des données : une sensibilisation des équipes aux bonnes pratiques (mots de passe, hameçonnage, RGPD…) peut être proposée pour sécuriser l’usage du numérique. En résumé, demander des formations sur la télésanté et l’outil informatique en 2025 est loin d’être un luxe : c’est devenu un prérequis pour exercer efficacement dans un Ehpad moderne et offrir aux résidents le bénéfice des avancées technologiques.
Aides-soignants : consolider les fondamentaux et évoluer
Les aides-soignants (AS) constituent le cœur du soin au quotidien – ils représentent environ 35 % du personnel en Ehpad en équivalent temps plein . Pourtant, ce métier souffre d’un déficit d’attractivité et de fortes tensions de recrutement. Dans le secteur privé lucratif, 9,2 % des postes d’aides-soignants étaient vacants en 2021 (soit plus de 15 000 emplois non pourvus) . Pour revaloriser cette profession essentielle, les pouvoirs publics et les employeurs misent sur la formation. Les aides-soignants ont tout intérêt à demander à bénéficier de ces opportunités de formation, à la fois pour améliorer leurs compétences et pour progresser dans leur carrière.
Renforcer les compétences de base. Le référentiel du Diplôme d’État d’Aide-Soignant (DEAS) a été actualisé récemment pour mieux préparer aux réalités du terrain . Les aides-soignants diplômés avant 2021 peuvent solliciter des formations continues pour se mettre à jour sur ces contenus. Par exemple, apprendre à “apprécier l’état clinique d’une personne” fait partie des nouvelles compétences enseignées aux élèves AS . Sur le terrain, cela se traduit par savoir observer les signes de douleur, de déshydratation, d’escarre débutante, etc., et les signaler efficacement à l’infirmier. Des modules de formation sur la détection de la douleur chez la personne âgée, la prévention des chutes ou la nutrition de la personne dépendante apporteront des connaissances pratiques immédiatement réutilisables dans les Ehpad. De même, les AS peuvent se former aux soins d’hygiène adaptés aux troubles cognitifs (comment faire la toilette d’une personne Alzheimer en douceur, par exemple) ou aux techniques de mobilisation sans risque pour éviter de se blesser et de blesser le résident. Ce sont des savoir-faire très concrets qui améliorent la qualité des soins de base.
Se spécialiser en gérontologie. Comme évoqué plus haut, les AS peuvent demander à suivre la formation d’Assistant de Soins en Gérontologie (ASG). Cette spécialisation, généralement financée par l’employeur via le plan de développement des compétences ou par les OPCO, est particulièrement utile pour les aides-soignants travaillant en unités protégées Alzheimer ou auprès de résidents très désorientés. Sur ~140 heures de cours, l’AS y approfondit les approches spécifiques de la démence (ateliers mémoire, techniques de communication verbale et non-verbale, activités ludiques thérapeutiques, etc.). Il apprend aussi à mieux collaborer avec les psychologues, psychomotriciens et ergothérapeutes de l’établissement. Une fois certifié ASG, l’aide-soignant devient référent en stimulation cognitive et peut être force de proposition pour améliorer l’accompagnement du public atteint de troubles neurocognitifs. Les employeurs valorisent de plus en plus ce type de profil formé, car il contribue à réduire les troubles du comportement chez les résidents et à rassurer les familles par une prise en charge plus adaptée.
Évoluer vers le métier d’infirmier. L’année 2025 apporte aussi un tremplin inédit pour les aides-soignants qui souhaitent devenir infirmiers. Un arrêté de juillet 2023 a ouvert une passerelle d’accès aux études d’IDE : désormais, les AS justifiant de 3 ans d’expérience à temps plein sur les 5 dernières années peuvent intégrer directement la deuxième année d’IFSI (Institut de formation en soins infirmiers) . Cette mesure vise à valoriser l’expérience de terrain et à accélérer la carrière des soignants motivés. Concrètement, l’aide-soignant candidat doit faire valoir son droit à la formation professionnelle auprès de son employeur, puis il suit et valide un parcours passerelle de 3 mois organisé par l’IFSI . Une fois ce stage réussi, il est admis en 2e année d’école d’infirmier, dispensé des enseignements de première année. C’est une opportunité exceptionnelle : en trois ans d’études au lieu de quatre, un AS peut décrocher son diplôme d’IDE. Les Ehpad ont tout intérêt à encourager ces évolutions internes, via des congés de formation ou des financements, car elles permettent de fidéliser du personnel expérimenté tout en répondant à la pénurie d’infirmiers. Du côté de l’aide-soignant, cela représente une progression de carrière et salariale significative, tout en restant dans le secteur qu’il connaît. En 2025, de nombreux groupes et associations d’Ehpad promeuvent activement cette passerelle, voyant là un moyen de résoudre en partie la crise de vocations. Un AS qui se sent prêt à franchir le pas ne doit donc pas hésiter à solliciter son employeur pour bénéficier de ce dispositif.
Enfin, les aides-soignants gagneront à suivre des formations transversales qui concernent l’ensemble du personnel soignant. On peut citer la “bientraitance” et la dignité des personnes âgées – des thèmes rendus encore plus sensibles après les scandales médiatiques récents. Des sessions de sensibilisation aux gestes et postures, à la gestion du stress ou aux premiers secours peuvent également être demandées pour améliorer le bien-être au travail et la sécurité des soins. Par exemple, apprendre les gestes d’urgence en cas d’étouffement ou d’arrêt cardiaque d’un résident fait partie des savoirs utiles à tous, aides-soignants compris. En somme, le métier d’AS se professionnalise de plus en plus en Ehpad : plus qu’un exécutant, l’aide-soignant est un soignant à part entière, dont l’expertise se développe par la formation continue.
Infirmiers (IDE) : assumer de nouvelles responsabilités cliniques
Pour les infirmiers diplômés d’État (IDE) en Ehpad, l’année 2025 est synonyme d’un élargissement historique du champ d’action. La récente loi sur la profession infirmière redéfinit le rôle de l’IDE autour de six missions stratégiques, dont l’accès direct aux soins de premier recours, la coordination du parcours de santé et le renforcement des soins préventifs et palliatifs . L’IDE d’Ehpad se voit ainsi reconnu comme un acteur central des soins primaires auprès des personnes âgées. Mais pour exercer pleinement ces nouvelles attributions, il doit acquérir des compétences complémentaires via la formation.
Formation aux actes infirmiers avancés. Désormais, un infirmier peut mener des consultations en autonomie et poser un diagnostic infirmier sur l’état de santé d’un résident . Ces actes, qui relevaient traditionnellement du médecin, nécessitent d’approfondir ses connaissances en sémiologie gériatrique. Les IDE ont tout intérêt à suivre des formations sur l’évaluation clinique avancée : apprendre à ausculter, palper, interroger un patient de manière systématique pour ne pas passer à côté d’un signe important. Par exemple, savoir différencier un râle pulmonaire signe d’oedème aigu du poumon d’un simple encombrement bronchique, ou détecter rapidement les symptômes d’un AVC, fait partie des compétences à renforcer. Des organismes proposent des ateliers de simulation médicale où les infirmiers s’entraînent à gérer des scénarios d’urgences gériatriques (malaise, chute avec trauma crânien, détresse respiratoire…). Comme l’indique la loi, l’IDE devra aussi être capable de prescrire certains examens et traitements sur une liste définie : vaccins, antalgiques de pallier 1, renouvellement de pansements spécifiques, etc. Il devra donc se former en pharmacologie gériatrique et en conciliations médicamenteuses afin de maîtriser les posologies, contre-indications et interactions pour un public polypathologique (un résident d’Ehpad prend en moyenne 7,2 médicaments par jour ). Des programmes de formation sur la prescription infirmière commencent à voir le jour, souvent en lien avec les ordres professionnels et les agences régionales de santé, pour guider les IDE dans ce nouveau rôle prescripteur.
Gestion des situations d’urgence et soins techniques. L’infirmier en Ehpad est souvent le seul professionnel de santé présent la nuit ou le week-end. Avec l’accès direct, il devra gérer davantage de situations aiguës en première ligne. Il est donc vivement recommandé de suivre des formations aux gestes d’urgence et soins critiques adaptés aux personnes âgées. Par exemple, obtenir l’attestation de formation aux gestes et soins d’urgence de niveau 2 (AFGSU 2) permet de savoir réagir à un arrêt cardiaque, un étouffement, une crise d’hypoglycémie ou une détresse respiratoire en Ehpad, en attendant l’arrivée du SAMU. De même, se former à la prise en charge de la douleur aiguë (utilisation du MEOPA – gaz anesthésique, évaluation de la douleur chez le non communicant) ou à la prévention du syndrome d’écrasement en cas de chute prolongée fait partie des compétences utiles. Les soins techniques ne sont pas en reste : avec le vieillissement, les Ehpad accueillent des profils plus lourds (sondes de gastrostomie, trachéotomies, perfusions sous-cutanées de fin de vie, etc.). Des formations “terrain” existent, parfois en collaboration avec les hôpitaux : par exemple un stage court en service de gériatrie ou d’urgences gériatriques, pour parfaire sa technicité sur les perfusions, les soins de trachéo, la pose de sonde urinaires chez l’homme, etc. Plus l’IDE d’Ehpad sera formé, plus il sera à l’aise pour prévenir les hospitalisations évitables (rappelons que 67 % des hospitalisations de résidents seraient évitables selon l’IRDES , grâce à une meilleure prise en charge en amont).
Coordination et éducation en santé. Le nouveau rôle de l’IDE l’amène aussi à devenir un pilier de la coordination. Il participe à l’orientation du résident dans son parcours de soins, en lien avec le médecin traitant, les spécialistes, l’hôpital, etc. . Pour cela, il peut être utile de se former à la gestion de projet en santé ou à la coordination gérontologique. Des formations courtes (2-3 jours) existent sur l’organisation des parcours patients, la préparation des staffs pluridisciplinaires et la conduite de réunions de coordination efficaces. L’IDE est également amené à jouer un rôle dans la prévention et l’éducation thérapeutique auprès des résidents et de leurs aidants . Des modules d’éducation thérapeutique du patient (ETP) spécialisés sur les maladies chroniques fréquentes (diabète, insuffisance cardiaque, Alzheimer…) peuvent être suivis pour apprendre à monter des ateliers de prévention des chutes, de dépistage de la dénutrition, ou encore d’information aux familles sur la maladie d’Alzheimer. Ces compétences « douces » améliorent la qualité de l’accompagnement et sont très valorisées dans les évaluations qualité des Ehpad.
Evolution vers la pratique avancée. Enfin, un IDE expérimenté peut envisager de demander à son employeur un soutien pour devenir Infirmier en Pratique Avancée (IPA). Ce nouveau métier, créé en 2018, monte en puissance et bénéficie en 2023-2025 de mesures d’encouragement. Les IPA ont un niveau master (bac+5) et des compétences élargies : ils peuvent suivre des patients chroniques en autonomie, renouveler ou adapter des traitements, réaliser des actes techniques délégués, etc. En Ehpad, l’IPA mention « pathologies chroniques stabilisées » ou « gérontologie » pourrait jouer un rôle clé, en prenant en charge certains résidents en direct pour soulager le médecin coordonnateur ou traitant . D’ailleurs, à titre expérimental, la loi autorise dès à présent des IPA à exercer en accès direct dans cinq départements pilotes . Devenir IPA requiert une formation universitaire de deux ans, ce qui est un investissement lourd pour le soignant et l’employeur. Néanmoins, plusieurs Ehpad pionniers encouragent leurs IDE à suivre ce cursus, quitte à financer partiellement la formation ou à aménager le temps de travail, car ils y voient un moyen innovant de pallier le manque de médecins. Si vous êtes un IDE ambitieux en Ehpad, cela vaut la peine d’en discuter avec votre direction : votre projet pourrait être soutenu, surtout dans le contexte actuel où l’on cherche à diversifier les profils. L’évolution de la pratique avancée infirmière est en marche : la loi de 2025 a encore élargi le cadre des IPA en leur ouvrant de nouveaux secteurs d’intervention stratégiques . Les Ehpad auront à gagner à compter dans leurs rangs des infirmiers ultra-qualifiés aptes à assurer un suivi approfondi des résidents les plus complexes.
En résumé, la formation continue des IDE en 2025 doit couvrir un spectre large : de la clinique pure (diagnostic, urgence, techniques) à la coordination et prévention, en passant par la maîtrise du numérique évoquée plus haut. Les employeurs sont conscients que ces efforts de formation sont indispensables pour que les infirmiers s’épanouissent dans leurs nouvelles missions et contribuent pleinement à la qualité des soins en Ehpad.
Infirmiers coordonnateurs (IDEC) : piloter la qualité des soins et l’accompagnement
L’infirmier coordonnateur (IDEC) – appelé aussi cadre infirmier en Ehpad – voit son rôle officiellement reconnu par la loi de 2025 . Si dans les faits beaucoup d’établissements avaient déjà un IDE référent faisant office de cadre, la fonction est maintenant inscrite dans le marbre, aux côtés du médecin coordonnateur. L’IDEC exerce « en collaboration avec le médecin coordonnateur et en lien avec l’encadrement administratif et soignant » . Sa mission : coordonner les soins et les équipes, veiller à la continuité et à la qualité de l’accompagnement, et déployer des projets de soins. Pour assumer ces responsabilités stratégiques, un solide bagage de compétences managériales et gériatriques est requis – d’où l’importance de formations ciblées.
Management d’équipe et leadership. Un IDEC encadre généralement l’équipe soignante (infirmiers, aides-soignants, auxiliaires). Il doit donc maîtriser les bases du management en secteur médico-social. Des formations “Infirmier coordinateur” existent, proposées par des instituts comme la Croix-Rouge ou des cabinets spécialisés. Par exemple, la Croix-Rouge française offre un cursus de 147 heures de cours + 70 heures de stage pour devenir coordonnateur de parcours de soins . Ce type de formation certifiante aborde la gestion de planning, la conduite de réunions d’équipe, la résolution de conflits, la communication managériale et la conduite du changement en Ehpad. Un IDEC doit en effet savoir motiver ses troupes, organiser le travail en 24/7, recruter et intégrer de nouveaux collaborateurs, et gérer les situations conflictuelles ou les imprévus (absences, pics d’activité lors d’une épidémie de grippe…). Les employeurs encouragent souvent les IDE promus à ce poste à suivre ces formations, car un management de proximité efficace se répercute directement sur la qualité des soins et la stabilité des équipes. Au-delà des formations diplômantes, des ateliers plus courts (2-3 jours) sur la gestion du stress de l’équipe, la prévention de l’épuisement professionnel ou le leadership bienveillant peuvent être proposés. Après la crise du Covid et l’affaire Orpéa, la qualité de vie au travail du personnel d’Ehpad est un enjeu majeur : l’IDEC en est l’un des garants, d’où la nécessité qu’il soit formé à ces aspects humains du management. À noter : certains grands groupes ont créé des “Académies de leadership” internes pour leurs cadres de santé, afin de partager la culture d’entreprise et les bonnes pratiques managériales. S’il en existe une dans votre organisation, profitez-en.
Expertise gérontologique et qualité des soins. L’IDEC est souvent le référent soins de l’établissement. Il doit donc posséder une expertise clinique solide en gériatrie. Même s’il ne réalise plus tous les soins lui-même, il doit pouvoir conseiller les IDE sur des cas complexes, analyser les indicateurs (perte de poids, escarres, chutes) et mettre en place des actions correctives. Pour cela, un Diplôme Universitaire (DU) en gérontologie ou en coordination en gérontologie peut être un vrai plus. Des universités proposent des DU sur 1 an, à raison de quelques jours de cours par mois, traitant de la psychopathologie du sujet âgé, de la pharmacologie gériatrique, des politiques gérontologiques, etc. Par exemple, l’Université de Paris Cité organise un DU “Infirmier référent et coordinateur en Ehpad” sur 8 sessions, combinant cours et stage pratique . Ce type de formation apporte une vision approfondie de la gériatrie et outille l’IDEC pour être force de proposition auprès de la direction (élaboration du projet de soin, plans de prévention, etc.).
Par ailleurs, l’IDEC doit maîtriser les démarches qualité et la gestion des risques en médico-social. La Haute Autorité de Santé (HAS) a mis en place en 2023 un nouveau référentiel d’évaluation des Ehpad, avec des critères sur la qualité des soins, la prévention de la maltraitance, la gestion des événements indésirables, etc. L’IDEC est généralement responsable du pilotage de ces évaluations internes. Des formations à la gestion de la qualité en Ehpad, à la méthode d’audits et à l’analyse des pratiques peuvent s’avérer précieuses. Elles apprennent comment mettre en place des protocoles conformes aux bonnes pratiques, organiser des audits hygiène, analyser les erreurs de médicaments, et animer des réunions de retour d’expérience (Rex) après un incident (par exemple une erreur de distribution de traitement). De même, une formation en gestion des risques infectieux (sur les précautions standard, les plans d’actions en cas d’épidémie de gastro, etc.) est souvent proposée aux IDEC, qui sont les correspondants “hygiène” dans la plupart des Ehpad.
Coordination et relations avec les familles et partenaires. L’IDEC occupe une fonction pivot : il coordonne avec le médecin coordonnateur les admissions en lien avec les familles, il participe aux commissions de coordination gériatrique avec la ville (MAIA, PTA, etc.), et il est l’interlocuteur privilégié des tutelles ou des kinésithérapeutes libéraux qui interviennent dans l’établissement. Il peut être judicieux qu’il renforce ses compétences en communication et en médiation. Par exemple, suivre une formation sur la relation avec les familles en Ehpad peut l’aider à mieux gérer les annonces difficiles, les plaintes ou les conflits avec les proches. De même, des modules sur le travail en réseau permettent d’appréhender les dispositifs territoriaux (filières gériatriques, SSR, soins palliatifs mobiles) et de créer des liens utiles. Certains IDEC choisissent aussi de se former à des approches spécifiques qu’ils pourront ensuite diffuser dans l’établissement : par exemple se certifier formateur interne en méthode Montessori adaptée ou en approche Humanitude pour former ensuite tout le personnel à ces méthodes de soins bien-traitants. Cette double casquette (manager + expert en méthode de soin) valorise énormément le poste d’IDEC.
Enfin, il ne faut pas oublier que l’IDEC, étant un infirmier, est soumis lui aussi à l’obligation de DPC (comme tous les soignants). Il doit réaliser au moins deux actions de formation ou d’évaluation des pratiques sur 3 ans. En 2025, il peut par exemple opter pour un DPC sur la loi 2025 et ses implications pratiques pour se tenir à jour sur les évolutions réglementaires : l’ordre infirmier ou les ARS proposeront sans doute des sessions spécifiques.
En synthèse, la formation de l’infirmier coordonnateur doit couvrir trois volets : le management, la gérontologie/qualité des soins, et la coordination partenariale. En combinant ces compétences, l’IDEC devient un véritable chef d’orchestre du soin en Ehpad. Les employeurs l’ont bien compris : beaucoup investissent dans la montée en compétence de leurs IDEC, conscients que de bons encadrants font de meilleurs soignants, et donc in fine un meilleur accompagnement des résidents.
Conclusion. La formation continue n’a jamais été aussi critique qu’en 2025 pour le secteur des Ehpad. Nouvelles législations, nouveaux besoins médicaux, nouvelles technologies – les soignants doivent évoluer en permanence pour suivre le rythme. L’effort de formation est certes exigeant, mais il comporte de nombreux bénéfices : un personnel mieux formé, c’est moins d’hospitalisations évitables, des résidents plus satisfaits et des équipes plus motivées . Directeurs d’Ehpad et soignants ont tout à y gagner. Aides-soignants, IDE et IDEC disposent aujourd’hui de multiples leviers pour se former, que ce soit via le plan de développement des compétences de l’employeur, le DPC, le CPF ou les passerelles diplômantes. Osez demander ces formations stratégiques à votre employeur : elles vous permettront d’améliorer vos pratiques au quotidien, d’évoluer dans votre carrière et de relever avec succès les défis du grand âge. En ces temps de profonde mutation, développer les compétences des soignants n’est pas qu’une obligation, c’est la clé pour réinventer des Ehpad où il fait bon vivre et vieillir.

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