Maisons Cnav : comment adapter votre EHPAD aux nouvelles attentes des seniors en 5 leviers

Maisons Cnav : découvrez cette alternative aux EHPAD portée par les seniors eux-mêmes. Habitat participatif, gouvernance partagée et désinstitutionnalisation.

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Introduction

Face au rejet croissant du modèle classique d’EHPAD, une alternative émerge : les « maisons Cnav ». Portées par le Conseil national autoproclamé de la vieillesse, ces structures se veulent l’exact opposé de l’établissement médicalisé fermé. Après avoir recueilli la parole des personnes âgées, ce collectif présente dans un livre blanc les contours d’un lieu de vie collectif, ouvert sur la ville, pensé par et pour les seniors eux-mêmes. Pour les professionnels d’EHPAD, comprendre ce mouvement devient essentiel : il interroge directement le modèle dominant et pourrait redéfinir les attentes des familles et des pouvoirs publics dans les années à venir.

Sommaire

Un rejet assumé du modèle EHPAD classique

Depuis le scandale Orpea en 2022, l’image des EHPAD s’est considérablement dégradée dans l’opinion publique. Dans l’imaginaire collectif, ces établissements sont désormais associés à l’enfermement, à l’industrialisation du soin et à une forme de relégation en fin de vie. Une perception qui ne correspond pas toujours à la réalité du terrain, mais qui pèse lourd dans les choix des familles.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : aujourd’hui, la majorité des personnes âgées en perte d’autonomie vit encore à domicile, parfois dans des conditions très fragiles, plutôt que d’intégrer un établissement. Seule une minorité franchit le pas de l’EHPAD, souvent en derniers recours, lorsque le maintien à domicile n’est plus tenable.

« Les personnes âgées ne veulent plus subir leur lieu de vie. Elles revendiquent le droit de choisir comment et où vieillir », souligne le Conseil national autoproclamé de la vieillesse.

Face à ce constat, des collectifs de seniors comme Old’Up ou le Cnav (à ne pas confondre avec la Caisse nationale d’assurance vieillesse officielle) se sont organisés pour peser dans le débat public. Leur objectif : affirmer la capacité des personnes âgées à décider elles-mêmes de leur mode de vie et sortir de la posture de bénéficiaires passifs.

Pour les professionnels d’EHPAD, cette montée en puissance des revendications interroge : comment adapter les pratiques pour répondre à ces nouvelles attentes ? Comment éviter que l’établissement ne soit perçu uniquement comme un lieu de contrainte ?

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Les « maisons Cnav » : que se cache-t-il derrière ce concept ?

Les « maisons Cnav » se veulent une rupture radicale avec le modèle hospitalo-centré. Elles s’inscrivent dans la lignée des habitats inclusifs et participatifs, en plaçant les seniors au cœur de la conception et de la gouvernance.

Des lieux de vie avant tout

Contrairement aux EHPAD traditionnels où le soin structure l’organisation, les maisons Cnav se positionnent d’abord comme des lieux d’habitat. Les services médico-sociaux sont présents, mais adossés plutôt que centraux. L’idée : permettre aux résidents de conserver une vie ordinaire, avec des logements privatifs et des espaces communs conviviaux (cuisine partagée, jardin, salle commune).

Concrètement, ces structures se caractérisent par :

  • Une petite échelle : quelques dizaines de résidents maximum, pour éviter l’anonymat des grands établissements
  • Une architecture ouverte : inscription dans le tissu urbain, fonctions partagées avec le quartier (micro-crèche, café associatif, ateliers intergénérationnels)
  • Une gouvernance partagée : conseil des résidents doté d’un réel pouvoir décisionnel sur l’organisation quotidienne (horaires, activités, règles de visite)
  • Un accompagnement à la carte : panier de services personnalisables plutôt qu’un forfait standardisé

Une inscription dans les alternatives existantes

Les maisons Cnav ne surgissent pas du néant. Elles s’inscrivent dans un paysage d’alternatives déjà existantes :

  • Accueil familial : environ 2 000 places
  • Colocation intergénérationnelle : autour de 5 000 places
  • Résidences services seniors : 75 000 places, majoritairement privées
  • Résidences autonomie : 120 000 places, publiques ou associatives
  • Habitat inclusif : environ 10 000 places, en forte croissance depuis la loi Elan

Mais les maisons Cnav se distinguent par deux éléments :

  1. Une légitimité politique issue directement de la parole des aînés, via le livre blanc du Cnav
  2. Une ambition systémique : ne pas rester une niche pour seniors militants ou aisés, mais proposer un modèle généralisable

Désinstitutionnalisation : un mot-clé européen qui résonne en France

Au niveau européen, les stratégies sociales encouragent le passage de l’institution vers des formes de vie en milieu ordinaire. Les recommandations 2024-2025 alertent sur le risque de simplement remplacer de grands établissements par de « petites institutions » qui reproduiraient les mêmes logiques de contrôle et d’infantilisation.

Les critères de désinstitutionnalisation portés par l’Europe :

  • Taille humaine des structures
  • Liberté de choix réelle des résidents
  • Possibilité effective de changer de lieu de vie
  • Pouvoir décisionnel des résidents sur leur quotidien
  • Inscription dans la communauté locale

Les maisons Cnav tentent de répondre à ces critères en refusant la culture de l’ordre imposé qui caractérise encore nombre d’établissements traditionnels. Pour les professionnels d’EHPAD, cette dynamique invite à questionner : jusqu’où peut-on aller dans la personnalisation et l’autonomie décisionnelle des résidents ? Comment adapter les organisations actuelles pour s’en rapprocher ?

Entre idéal et réalité : les défis du modèle

Si le concept séduit, sa mise en œuvre se heurte à plusieurs obstacles majeurs.

Le nerf de la guerre : le financement

Le contexte budgétaire reste extrêmement tendu. Les syndicats dénoncent les économies réalisées sur la Sécurité sociale et le report de certaines revalorisations de pensions, ce qui accentue la précarité de nombreux retraités. Le PLFSS 2025-2026 fait l’objet de critiques pour son Ondam jugé insuffisant et pour les marges limitées allouées à l’autonomie et à la prévention.

La question centrale devient : comment financer ces nouvelles formes d’habitat sans creuser les inégalités ? Les maisons Cnav risquent-elles de devenir accessibles uniquement aux seniors disposant d’un capital économique et culturel suffisant ?

Pour les directeurs d’EHPAD, cette question résonne particulièrement. Les établissements classiques peinent déjà à équilibrer leurs budgets avec les dotations actuelles. Comment imaginer développer des modèles alternatifs sans moyens supplémentaires ?

« On ne peut pas demander aux établissements de se réinventer sans leur en donner les moyens. Le risque est de créer un système à deux vitesses : des lieux innovants pour une minorité, et des EHPAD classiques pour les plus fragiles », alerte un directeur d’établissement associatif.

Le risque de l’entre-soi

Autre écueil pointé : celui de l’entre-soi. Les premiers projets d’habitat participatif pour seniors (comme Boboyaka à Bègles) ont souvent été portés par des personnes informées, politisées, disposant d’un réseau associatif solide. Comment s’assurer que les maisons Cnav ne reproduisent pas ce schéma et restent accessibles aux seniors isolés, à faibles ressources, ou en situation de marginalité ?

Les questions opérationnelles se multiplient :

  • Comment accueillir des personnes très dépendantes dans un modèle pensé d’abord comme de l’habitat ?
  • Qui assure la coordination gérontologique et la continuité des soins ?
  • Comment articuler ces lieux avec les dispositifs de santé de proximité (Maisons France Santé, réseaux de soins à domicile) ?
  • Que devient le modèle lorsque l’état de santé des résidents se dégrade significativement ?

Éviter les « petites institutions »

Le piège serait de créer de petites structures qui, sous couvert de modernité, reproduisent les mêmes logiques institutionnelles que les grands établissements : horaires imposés, règles infantilisantes, manque d’intimité réelle, pouvoir décisionnel limité.

Pour y échapper, plusieurs leviers sont identifiés :

  1. Participation effective des résidents à toutes les décisions qui les concernent
  2. Possibilité réelle de partir et de changer de lieu si le projet de vie évolue
  3. Ouverture permanente sur le quartier et mixité des publics
  4. Formation des équipes à une posture d’accompagnement plutôt que de contrôle

Ces principes interrogent directement les pratiques en EHPAD classique. Où se situe le curseur entre sécurité et liberté ? Comment former les équipes à cette posture différente ?

Que peuvent retenir les professionnels d’EHPAD ?

Face à l’émergence des maisons Cnav, les professionnels d’EHPAD ne doivent pas se sentir dans une posture défensive. Au contraire, ce mouvement porte des enseignements précieux pour faire évoluer les pratiques actuelles, même sans révolutionner le modèle institutionnel.

Pistes d’amélioration applicables dès maintenant

Renforcer le pouvoir décisionnel des résidents :

  • Mettre en place des conseils de vie sociale réellement actifs, avec pouvoir décisionnel sur des aspects concrets (menus, activités, horaires)
  • Consulter systématiquement les résidents et leurs familles sur les décisions qui impactent le quotidien
  • Former les équipes à la co-construction plutôt qu’à l’application de protocoles descendants

Personnaliser davantage l’accompagnement :

  • S’inspirer de l’évaluation via la grille AGGIR pour affiner les réponses individualisées
  • Proposer des services à la carte plutôt qu’un tout-compris standardisé
  • Adapter les rythmes de vie aux préférences individuelles (lever, coucher, repas)

Ouvrir l’établissement sur l’extérieur :

  • Multiplier les partenariats avec le tissu associatif local
  • Développer les activités intergénérationnelles (crèches, écoles, centres sociaux)
  • Faciliter les allées et venues des familles et des proches

Repenser les espaces :

  • Aménager des lieux conviviaux (salon-cuisine, jardin accessible)
  • Garantir l’intimité réelle des chambres
  • Créer des espaces permettant la vie sociale hors des chambres

Anticiper les évolutions réglementaires

Le mouvement vers la désinstitutionnalisation est porté au niveau européen et commence à infuser dans les politiques publiques françaises. Les professionnels ont intérêt à anticiper ces évolutions plutôt qu’à les subir.

Concrètement, cela peut passer par :

  • Se former aux modèles alternatifs (habitat inclusif, résidences autonomie rénovées)
  • Participer aux réseaux de villes amies des aînés
  • Expérimenter des formules hybrides (petites unités de vie au sein de l’établissement, partenariats avec des habitats inclusifs)
  • Intégrer ces réflexions dans les projets d’établissement

Pour les établissements confrontés à des tensions d’organisation, des ressources comme l’optimisation du planning des aides-soignantes peuvent aider à dégager du temps pour ces nouvelles approches.

Former les équipes à une posture différente

Le passage d’une logique institutionnelle à une logique d’accompagnement en milieu de vie nécessite un véritable changement de posture des professionnels.

Axes de formation prioritaires :

  • Communication non violente et gestion des troubles du comportement sans escalade
  • Approches centrées sur la personne et respect des choix individuels
  • Travail en équipe pluridisciplinaire et coordination
  • Prévention de la maltraitance passive (celle qui découle de routines institutionnelles inadaptées)

Des ressources comme le Pack Prévention Maltraitance & Culture de la Bientraitance peuvent structurer cette montée en compétences.

Perspectives : vers un système hybride ?

Plutôt que d’opposer EHPAD et maisons Cnav, l’avenir pourrait résider dans un système hybride et gradué, offrant un continuum de solutions adaptées aux besoins et aux préférences de chacun.

Ce continuum pourrait inclure :

  1. Maintien à domicile renforcé avec services à la carte
  2. Habitat inclusif ou participatif pour les seniors autonomes souhaitant un cadre collectif
  3. Résidences autonomie rénovées avec services médico-sociaux adossés
  4. Petites unités de vie type maisons Cnav pour les personnes en perte d’autonomie modérée
  5. EHPAD spécialisés pour les situations de grande dépendance ou pathologies complexes nécessitant une médicalisation importante

Dans ce schéma, l’EHPAD ne disparaît pas : il se recentre sur son cœur de métier médico-social pour les résidents ayant réellement besoin de cette intensité de soins et de surveillance.

Les défis à relever restent immenses :

  • Financer ce continuum sans créer un système à deux vitesses
  • Former suffisamment de professionnels pour accompagner ces nouvelles formes
  • Éviter la multiplication de structures non viables économiquement
  • Garantir la qualité et la sécurité dans des modèles moins encadrés réglementairement

Conclusion : une invitation au questionnement

L’émergence des maisons Cnav ne signe pas la fin des EHPAD, mais elle porte un message clair : les attentes des personnes âgées et de leurs familles évoluent. Le refus de l’institutionnalisation classique s’affirme, porté par une génération de seniors plus éduqués, plus revendicatifs, habitués à l’autonomie décisionnelle.

Pour les professionnels d’EHPAD, l’enjeu n’est pas de reproduire ce modèle à l’identique, mais d’en saisir les principes pour faire évoluer les pratiques existantes : plus de participation, plus de personnalisation, plus d’ouverture, plus de respect des choix individuels.

Les outils et ressources existent déjà pour amorcer cette transition : formations ciblées, guides opérationnels comme SOS IDEC ou SOS Directeurs EHPAD, procédures actualisées pour sécuriser les pratiques tout en laissant davantage de place à l’individualisation.

La question n’est plus de savoir si le modèle va évoluer, mais à quelle vitesse et avec quels moyens. Dans ce contexte, les établissements qui sauront anticiper, expérimenter et former leurs équipes à ces nouvelles approches prendront une longueur d’avance, tant sur le plan de la qualité d’accompagnement que de leur attractivité auprès des familles.

« L’EHPAD de demain ne sera pas celui d’hier. Soit on subit le changement, soit on le pilote. » — Un directeur d’établissement engagé dans la transformation de son organisation.

Les maisons Cnav constituent un laboratoire d’idées précieux. Aux professionnels d’en tirer les enseignements utiles pour réinventer, pas à pas, le quotidien de leurs résidents.

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